3 juil. 2009

Juillet 2009

Vus en salles (en gras) / Film du mois (***)

- Cary Grant : A Class Apart (2004) Robert Trachtenberg
- The Hangover (2009) Todd Phillips
- Tellement proches (2009) Olivier Nakache, Eric Toledano
- Bancs publics (Versailles rive droite) (2009) Bruno Podalydès
- Whatever Works (2009) Woody Allen
- Public Enemies (2009) Michael Mann

30 juin 2009

Juin 2009

Vus en salles (en gras) / Film du mois (***)

- Los abrazos rotos / Etreintes brisées (2009) Pedro Almodovar
- Les Quatre cents coups (1959) François Truffaut
- Antoine et Colette (1962) François Truffaut
- Baisers volés (1968) François Truffaut
- Domicile conjugal (1970) François Truffaut
- L'Amour en fuite (1979) François Truffaut
- Terminator Salvation (2009) Joseph McGinty Nichol
- Antichrist (2009) Lars von Trier
- Bug (2006) William Friedkin
- Cassandra's Dream (2007) Woody Allen
- Le couteau dans l'eau (1962) Roman Polanski
- Profils paysans : l'approche (2000) Raymond Depardon
- La Chambre verte (1978) François Truffaut
- Les Années déclic (1983) Raymond Depardon, Roger Ikhlef
- Coraline (2009) Henry Selick
- Les Beaux gosses (2009) Riad Sattouf
- Sunshine Cleaning (2008) Christine Jeffs
- Whisky Galore ! (1949) Alexander Mackendrick ***
- Nausicaä de la vallée du vent (1984) Hayao Miyazaki
- Apollo 13 (1995) Ron Howard
- Jeux de pouvoir (2009) Kevin Macdonald
- Directed by John Ford (1971) Peter Bogdanovitch

15 juin 2009

Whisky Galore (1949) Alexander Mackendrick



Morosité, déprime passagère ou ancrée, irritations diverses et variées... levez-vous et courez vous procurer le coffret Ealing édité par Studio Canal, vêtu de l'union Jack et arborant fièrement la maxime "So British!". Pourquoi ? Parce qu'il offre, si vous me permettez ce double clin d'oeil à Truffaut, de quoi se rendre compte de la vitalité d'une certaine tendance du cinéma britannique. Une tendance dont on ne peut se passer une fois goûtée. Tous les films sont accompagnés de bonus où Tavernier déborde d'informations et d'anecdotes précieuses.
Après avoir apprécié comme il se doit le coup de gong de la Rank c'est un début sur le mode documentaire qui nous fait entrer dans la fiction, mais le commentaire nous fait dire que ce film ne sera pas tout à fait banal. Puis la nouvelle tombe, brutale et cataclysmique : les habitants qui forment la petite communauté écossaise de l'île Todday sont consternés, non pas parce qu'ils sont en guerre mais parce qu'il n'y a plus une goutte de whisky. Breuvage incontournable, ciment social, etc., etc. ...
Un navire fait naufrage qui contient 50 000 caisses de ce précieux nectar. Toutes les marques, là, à portée de rames. Après avoir respecté, non sans tourments, le sabbat, coutume religieuse observée dans certaines îles écossaises, c'est la ruée, les barques reviennent chargées et la communauté peut se retrouver autour d'un, voire de plusieurs verres. Seul le capitaine Waggett, anglais chargé de veiller sur cette partie de l'Empire au cas où les Allemands rôderaient, veille et voudrait que ce chargement ne soit pas volé.
Mackendrick signe là son premier film et réussit d'abord à constituer une équipe d'acteurs professionnels, ou pas, de premier ordre. Il faut entendre la voix suave et enivrante de Joan Greenwood lorsqu'elle répond au téléphone, supplice délicieux s'il en est. Il faut apprécier le jeu de Basil Radford, magnifique en vieux serviteur benêt mais honnête jusqu'à respecter les lois avec ténacité et candeur. La malice écossaise, un peu sauvage et terriblement humaine lui échappe et cette rencontre entre puissance dominante divine et irrespect intrinsèque païen fait souvent mouche dans les détails les plus subtils. Le rire final de Mme Waggett témoigne de cette tension comique qui entoure le capitaine, seul individu vivant dans un monde qui disparaît sans qu'il s'en aperçoive. L'idiotie de Waggett provoque le rire mais sa noblesse, sa croyance en ses valeurs imposent un respect plein de tendresse.

10 juin 2009

Les Années déclic (1983) Raymond Depardon



          1957-1977. De sa voix retenue Depardon commente des photographies qu'il a prises durant cette période, de l'intime au futile en passant par les conflits internationaux... une vocation, celle des images, photographie, du petit labo de développement dans le grenier de sa ferme natale, puis de l'installation d'un studio en ce même lieu, viennent ensuite l'apprentissage dans la ville la plus proche, le départ à Paris, les piges, les coups de chance, le job puis la création de l'agence Gamma qui amènent les photographes à disposer de leurs travaux, à être plus libres mais aussi plus responsables.
          Où l'on voit que d'abord il y a l'action, un photographe le devient parce qu'il n'a de cesse de creuser son sillon. Depardon nous montre qu'il a ça dans le sang et s'investit constamment dans son travail. Ce qui est émouvant c'est de voir cet homme qui s'est fait tout seul, pas vraiment d'études mais du terrain, de la réalité. Sa voix hésitante, ses fautes de grammaire ne comptent pas, quelque chose le pousse à vagabonder, à fuir jusqu'à parfois chercher la souffrance, punition, danger qu'il s'inflige, la culpabilité rôdant. Absent à la mort de son père il constate qu'il a manqué une part importante de sa vie. C'est un conflit intérieur qui revient sans cesse et qui donne envie d'aller voir son travail de plus près pour en apercevoir les chemins tortueux qu'il laisse parfois remonter à la surface.

8 juin 2009

Profils paysans : l'approche (2000) Raymond Depardon

 
          Dans le bonus dvd de la trilogie "Profils paysans" éditée par Arte, Depardon en évoque la genèse. D'abord un "noeud", une honte qu'il éprouve après avoir quitté la ferme du Garet et laissé ses parents. Pour des agriculteurs un fils représente quelque chose. Cette honte qui le poursuit et à laquelle il répond avec son travail. Et puis une "colère", pour les oubliés, ces agriculteurs de montagne perdus dans des régions désertiques, au bout des routes.
          Le dispositif est le suivant, un cadre fixe, caméra sur pied, aucun ajout lumière, pour mieux capter ces corps et le temps qui les traverse. Objectif réussi comme pour cette scène émouvante, magique et profonde où il filme Paul prendre son petit déjeuner. Paul, célibataire, qu'il connaît depuis dix ans et qui, pour la première fois, laisse le cinéaste franchir le seuil de sa cuisine. Il est là et prend son petit déjeuner, et l'on sent toute cette force issue de longs moments solitaires, et l'on voit les gestes précis répétés, tremper la tartine, racler le fond du bol de sa cuillère parce qu'on ne jette rien et de voir les regards lancés vers la fenêtre, voir le temps qu'il fait, se sentir moins seul...
         Moments précieux où l'on négocie le veau à vendre, seule recette du trimestre, la plaisanterie en façade et dessous la détresse, le jeu du marchandage et le besoin vital d'avoir une rentrée d'argent suffisante. Marchander mais pas quémander, garder sa dignité dans une situation terrible. Parce qu'il pose sa caméra, qu'il est accepté, qu'il se fait petit, modeste, Depardon enregistre une réalité précieuse, celle d'un monde difficile où la lutte est d'autant plus belle que les individus gardent leur dignité, leur humanité jusqu'à ce que la mort survienne au détour d'une journée, à peine le temps de dire au revoir à ceux qui comptent. Quelles vies !! Vies rendues admirables par cette captation honnête et sensible.


Noz w wodzie / Le Couteau dans l'eau (1962) Roman Polanski



          Après ses premiers essais Polanski est à Paris, chez sa soeur. Le scénario du Couteau dans l'eau venait d'être refusé par la censure, une de ses relations de l'école de Lodz l'appelle pour lui dire que le vent a changé et que c'est le moment de présenter le projet avec quelques changements minimes. Cette fois l'autorisation est donnée. Il s'agit d'un huis-clos entre trois personnages, un couple et un auto-stoppeur, le tout sur un bateau. En plus de la difficulté de tourner en extérieurs, de surcroît sur un lac, Polanski engage une non-professionnelle pour interpréter la jeune fille. 
          Un couple se dirige vers un lac pour faire un peu de voile, l'homme ne peut s'empêcher de faire des commentaires sur la conduite de sa compagne, celle-ci arrête le véhicule et lui passe le volant. Un peu plus loin il manquera d'écraser un jeune auto-stoppeur qui, finalement, les rejoindra pour passer ce moment sur l'eau. Suit une confrontation entre l'homme mûr, sûr de lui, ayant une situation et une maîtrise technique qu'il ne transmet absolument pas et le jeune garçon, plus libre, plus inexpérimenté aussi. Différence de classe sociale, différence de génération, d'un côté l'arrogance, de l'autre l'orgueil. Entre les deux une femme qui compte les points et s'exaspère du comportement machiste de son compagnon. Peu à peu la tension monte...
          La beauté des images, la maîtrise du récit font penser à un film tourné par un vieux briscard, Polanski a cette compétence et cette audace qui lui permettent de n'avoir peur de rien et d'appréhender le film avec sûreté. Pourtant la jeune actrice ne sait pas nager, ne retient pas ses répliques, n'arrive pas à suivre les indications précises de mise en scène. Elle sera doublée dans l'eau et lors du travail de doublage sonore, Polanski s'occupant de doubler également la voix de l'auto-stoppeur qui n'était pas assez fluette. Le film terminé il faut repasser devant la Nomenklatura polonaise. Le journaliste sûr de lui conduit une Mercedes dans le film, cela gêna un officiel, les plans extérieurs où l'on aperçoit la voiture furent retournés avec une Peugeot, les plans voiture intérieurs furent conservés ajoutant un cachet supplémentaire. Notons que le responsable de ces changements paradait dans le dernier modèle de chez... Mercedes.
          Le charme hypnotique de la musique de Krzysztof Komeda ajoute à la beauté du film. Critiques acerbes en Pologne mais accueil favorable à l'étranger, une de Time (septembre 1963), prix de la critique au Festival de Venise 1962, nomination à l'Oscar du meilleur film étranger, Polanski fut battu par le magnifique Otto e mezzo de Fellini... bref, la carrière internationale de Polanski fut lancée, ce qui ne veut pas dire qu'il ne rencontra pas de difficultés avant de tourner les films passionnants qui allaient suivre.

6 juin 2009

Cassandra's Dream (2007) Woody Allen



          Deux frères s'offrent un voilier qu'ils ne peuvent se permettre d'acheter, c'est le début d'une course effrénée pour se sortir de sa triste condition d'ouvriers laborieux. Rêves d'ascension sociale, belles voitures empruntées, femmes séduites... Âmes vendues à un oncle d'Amérique, illusions perdues... Un Woody Allen bien interprété, un excellent Colin Farrell, un cauchemar servi par la musique lancinante de Philip Glass.

Bug (2006) William Friedkin



          Si aimer signifie regarder dans la même direction alors Bug est une histoire d'amour, entre deux paumés. 
          Agnes est seule, recluse dans une chambre de motel, son ex vient de sortir de prison et commence à la harceler au téléphone. Elle a perdu son enfant il y a de cela quelques années et vit dans cette douleur et cette solitude intérieure un chemin de croix statique. Vient alors Peter, ex-soldat traumatisé par des expériences, ils apprendront à se connaître et finiront par se rapprocher, s'aimer jusqu'à partager leurs plus sombres pathologies.
          Huis-clos paranoïaque des plus intéressants, Peter, le plus timbré, semblant sans cesse avoir le contrôle et entraînant dans sa folie Agnes qui, devenue amoureuse, s'abandonne et se perd. Première partie où la séduction s'opère, la reconnaissance de la solitude et de la souffrance de l'autre puis une seconde où les âmes esseulées se rejoignent et sombrent dans une union destructrice mais libératrice. Histoire d'une passion, Bug est construit de la même façon : identification progressive et embrasement intense. 

30 mai 2009

Mai 2009

Vus en salles (en gras) / Film du mois (***)

- The Quiet Earth (1985) Geoffrey Murphy
- The Wreck of the Mary Deare (1959) Michael Anderson
- Passage to Marseille (1944) Michael Curtiz ***
- The Nightcomers / Le Corrupteur (1972) Michael Winner
- Whity (1970) R. W. Fassbinder
- The Ipcress File (1965) Sidney J. Furie
- The Men Who Made the Movies : George Cukor (1973) Richard Schickel
- Who's That Knocking At My Door (1968) Martin Scorsese
- Looking For Eric (2009) Ken Loach
- Drag Me To Hell (2009) Sam Raimi
- Tokyo Godfathers (2003) Satoshi Kon

27 mai 2009

Radiohead - All I Need (Scotch Mist Version)

25 mai 2009

Who's That Knocking at My Door (1969) Martin Scorsese



          Un ami me parlait de ce film récemment, j'en avais des souvenirs assez précis, j'avais même envisagé de le revoir à l'occasion. Les conversations sont souvent des cailloux lancés au loin, certains tombent, le dialogue ayant pris fin, d'autres plongent dans un espace aquatique et continuent leur course, aussi quelques bulles remontent à la surface et ramènent à notre esprit des passages, quelques mots imprécis, des erreurs. J'avais parlé d'une fille épileptique, je m'étais trompé, confondant les univers très proches de Mean Streets et de ce premier long métrage. Cette erreur est revenue comme un flash, alors j'ai regardé ce WTKAMD plus rapidement que prévu.
          Scorsese a tourné quelques courts qui furent remarqués ici et là mais l'aventure de ce premier film dura trois années...  Ce qu'il faut de volonté et de désir pour parvenir à ses fins. Nourri de cinéma européen, des nouvelles vagues naissantes Scorsese, lui aussi, voulait parler de son quotidien, de son quartier, de ses préoccupations et il tourne là un film étrangement composite, plein de fraîcheur, de liberté, voire même d'innocence dans sa croyance au matériau cinéma. Et en même temps c'est accompagné d'une maîtrise narrative, d'une audace filmique que ce film avance vers nous.
         J. R., Harvey Keitel, est un jeune garçon de son quartier, bagnoles, musique, filles, amis jouant aux caïds amateurs. Il mène une double vie, à l'extérieur, avec ses amis, il s'intègre, s'amuse, est léger mais il semble, intérieurement, rechercher tout autre chose, et d'abord sortir de son milieu. Il abordera une jeune américaine, de bonne famille, blonde, ce qui constitue un rêve, lui italo-américain issu d'une famille modeste (voir la mère de Scorsese préparer un pâté à la viande dans une séquence pleine de religiosité). C'est le seul de la bande à parler cinéma, culture, secrètement il veut s'échapper, cela ne fait aucun doute et la jolie blonde représente cet ailleurs, cette autre vie. Il la séduit. Mais il n'arrive pas à lui faire l'amour, comme si des convictions profondes l'en empêcher. Pour montrer à J.R. son désir sincère, elle lui fait une confidence, un garçon qui a abusé d'elle, mais c'est bien son premier vrai amour. J. R. n'arrivera pas à surmonter cette "faute", il la perdra. Vient alors la nécessaire confession...

          Légèreté insouciante de la bande son, déjà remplie, saturée de tubes pops, tels que Scorsese les entendait constamment sortir des fenêtres, des voitures... Gravité, solitude d'un individu qui cherche sa place entre tradition culturelle auréolée de religion catholique et volonté d'ouverture, d'ailleurs. J'aime ces plans épars où l'on sent la détresse de J. R., son incompréhension devant les faits complexes, devant cette vie fuyante qu'il peine à saisir. Paradoxalement la religion vient en secours, forme codée que l'on peut appréhender, secours disponible, réconfort pour les humbles, les désespérés.

          
          Chronique d'un conflit interne, Scorsese pose les jalons de thèmes qu'il reprendra très vite. Son style nerveux donne au film une énergie sourde qui témoigne d'un manque de moyens et de beaucoup d'imagination mais qui illustre surtout parfaitement l'intensité intérieure de ce personnage. La narration en est affectée, usant de rythmes différents, entre ralenti de la fête au pistolet et éclatement psychique de la scène des filles de petite vertu (scène d'ailleurs tournée trois ans après le matériel d'origine qui donnait un titre tout différent au film : I Call First, mais qui était exigée par le distributeur sans qui...).
            Film passionnant pour qui s'intéresse à Martin Scorsese.

20 mai 2009

The Ipcress File (1965) Sidney J. Furie



          La série naissante des James Bond connaissant un net succès, par conséquent il se trouve des producteurs qui misent sur une autre franchise. Len Deighton a écrit quelques années plus tôt un roman qui a très bien marché. Le pari est lancé. Le personnage principal interprété par un séduisant Michael Caine est loin de la virilité incarnée par Connery, il est flemmard, se soucie de l'argent qu'il peut gagner grâce à ses missions, aime les femmes et surtout la cuisine, Deighton a signé quelques livres gastronomiques, en somme notre héros, Harry Palmer, présente des caractéristiques normales. Suit une intrigue dont l'intérêt n'est pas de premier ordre. Ce qui force la curiosité et l'attention est le style du film. Furie prend soin de cadrer son histoire de manière totalement inédite, il multiplie les objets au premier plan (voir ci-dessous) qui par la force des choses envahissent singulièrement l'écran. Le plaisir vient de l'incertitude de la prochaine trouvaille. Plaisir assuré si cette forme ne dégage pas d'animosité particulière chez le spectateur. Quelques personnages bien sentis, comme Alice, la ronchonne à la clope au bec, ou le Major Dalby agrémentent le cours du récit. Palmer, myope, indiscipliné suit le fil de l'action et se tire, évidemment avec brio, du noeud inextricable qui l'enserre. 
          Les extérieurs londoniens sont toujours une source de joie en ce qui me concerne et j'apprécie particulièrement tout plan issu de cette réalité chérie. Mention spéciale pour l'immeuble du contre-espionnage avec ses multiples couloirs, pièces et sous-sol qui regorgent de collaborateurs et de bureaux divers et variés. Cadrages osés, plongées frénétiques, contre-plongées extatiques, musique sophistiquée de John Barry, tout contribue à faire de ce petit film une réelle bonne surprise. J'aime moins le passage du traitement "albanien", un peu longuet. Palmer reviendra dans deux suites dont la dernière mise en images par Ken Russell, que je n'ai pas vue et dont on dit le plus grand bien.


          Cette lampe rouge est un peu voyante, elle n'est qu'une des nombreuses passions pour les objets que développe Furie. 

          Finalement le Major se montre...

          Arghh, la lampe se venge et vient l'écraser vicieusement. The Ipcress File ou la révolte des objets.


    

16 mai 2009

Whity (1970) R. W. Fassbinder



          Après avoir tourné des polars, Fassbinder tourne un western !! Je n'ai pu voir celui-ci que depuis peu, il n'était guère disponible et le coffret Opening vient compléter celui, magistral, de Carlotta, en offrant dans son trio Whity. Aborder le film de genre c'est avant tout s'incliner devant les oeuvres qu'un réalisateur a pu aimer, le film de genre étant celui qui fait entrer tout individu en amour avec le cinéma. C'est ensuite vouloir inscrire, ou tenter d'inscrire, sa marque dans un champ balisé de codes. Ainsi lorsqu'un auteur tourne un polar, un western, un film d'aventures, etc., il se situe à un point intéressant pour le spectateur : entre respect de la tradition, classicisme et modernité... 
          La troupe est présente : Günter Kaufmann incarne un esclave noir, Whity, qui subit les outrages de ses maîtres, les Nicholson, famille de dégénérés. Hanna Schygulla est une prostituée de qui Whity tombe amoureux, c'est elle qui sera à l'origine de sa libération, de sa révolte. Katrin Schaake, bourgeoise conspiratrice et nymphomane. Ulli Lommel, l'un des fils de la famille, homosexuel vampirique. Kurt Raab en joueur de piano bar... Fassbinder lui-même jouant le bad guy de service, voir vignette ci-dessus.
         Histoire d'un affranchissement, Whity décline les topoï du western avec une application appuyée : la bagarre dans le saloon et le pianiste qui doit jouer avec entrain, la pute de bar, le télégraphiste, les chansons en off de rigueur... mais Fassbinder en fait autre chose, un lieu d'expérimentation, d'expression libre. Le propos est d'exister de devenir soi-même aussi ce western ne ressemble à nul autre. Il faut voir les visages de nombre de personnages enduits d'une crème verdâtre, crème brechtienne de la mort, de la décomposition, du cadavre en devenir, voir aussi les couleurs criardes. Notons l'arrivée de Michael Ballhaus qui signe une superbe photographie dans un écrin 2. 35 : 1. 
          La libération vient de la femme, ici une marginale qui règne dans sa chambre mais qui est méprisée par les autres, voir la scène du télégramme où une dame lui signifie son dédain avec ostentation. Le milieu qui entoure Whity est un univers de déviances, de jalousies, où la vénalité est une vertue cardinale. La fuite est nécessaire, ce que tarde à faire Whity, Hanna le lui reprochera dans un échange majeur qui aboutira au massacre final (voir ci-dessous).

Whity veut faire l'amour avec Hanna. Cette dernière se met à lui faire des reproches : "Je ne te comprends pas. Tu ne veux pas être libre. Tu aimes bien quand ils te battent... Salaud... Soumis et dépendant...Tu ne mérites pas mieux."


Blessé dans son orgueil, Whity lui demande de venir s'allonger, elle lui tourne le dos et regarde une peinture modeste où une paysanne nourrit des oies. Il sort alors de l'argent et lui déclare qu'il peut payer. 

 C'est à ce moment que la caméra fait un lent travelling gauche/droite qui vient l'inscrire derrière les barreaux du lit, en soulignant qu'il n'est pas, à ce moment du film, un personne libre. C'est tout le discours d'Hanna que la mise en scène valide.


Le mouvement se termine sur ce plan, Hanna nie la présence de Whity et lui assène un "Rhabille-toi et va-t-en !!" qui va le remettre en question et provoquer sa rébellion.

          Une fois la liberté retrouvée, nous retrouvons le couple en plein désert, Whity vide sa gourde, Hannah lui demande s'il se rend compte qu'ils vont mourir de soif. Il la prend dans ses bras et ils dansent, dansent... Liberté impossible pour deux marginaux si ce n'est de choisir leur mort.

7 mai 2009

Passage to Marseille (1944) Michael Curtiz



          Casablanca obtient un succès considérable, Warner décide de rempiler pour un nouvel effort de guerre en portant à l'écran une histoire qui témoigne du patriotisme profond porté à la France alors occupée. Seulement nous sommes à Hollywood et quelques libertés seront prises, That's Entertainment !! Ainsi Bogart reste Bogart et il ne faut pas chercher les racines françaises qui l'animent, c'est plutôt la rébellion et la ténacité, voire la citoyenneté du personnage d'Ed Hutcheson qu'il incarnera quelques années plus tard dans Deadline USA qui sautent à l'esprit.
          L'histoire est celle d'une poignée de détenus qui s'évade de l'Ile du Diable, bagne français, pour lutter contre les nazis, ils seront recueillis sur un navire et apprendront la capitulation de la France et donc la constitution du gouvernement de Vichy. Ils rejoindront alors, après quelques péripéties, les forces alliées en Angleterre... Pas forcément de manichéisme forcené, le Capitaine Freycinet, calme et serein, Claude Rains toujours parfait, évoque Pétain en ces termes : "un vieillard aux mains des barbares". La partition de Max Steiner comporte une bonne dose de gammes autour de La Marseillaise et surtout de En passant par la Lorraine, les croix de Lorraine fleurissent et le film se termine par un "La France vit ! Vive la France !". Film patriotique, de propagande comme il se doit, mais ces derniers éléments, excepté le personnage du jeune mousse qui me semble trop appuyé, sont de bonne guerre dans ce genre de production.
          Ce qui est plus intéressant c'est cette manière de porter le film ailleurs, je parle surtout de la longue séquence qui nous montre les forçats au bagne. Séquence qui préfigure le Papillon de Schaffner, avec mitard identique, végétation luxuriante et belliqueuse et évasion décrite dans les moindres détails. La photographie de James Wong Howe fait merveille, appuyant les contrastes, jouant de la lumière et des ombres avec brio, certains plans sont magnifiques d'épaisseur et de nuances. Le film vaut le coup d'oeil ne serait-ce que par cet épisode. La presque totalité des acteurs de Casablanca et de l'équipe technique est présente pour cet opus de guerre, tous sont bons. Seul le développement de l'intrigue amoureuse qui voit Morgan jouer l'épouse de Bogart est inutile et traitée avec peu d'intérêt. La mer, la guerre, le bagne l'étouffent facilement.
          Récit avec flashbacks enchâssés, trois ou quatre qui s'emboîtent sans poser de problèmes de compréhension mais qui amènent une certaine lourdeur dans le rythme, Passage to Marseille témoigne d'un savoir-faire très sûr, de plusieurs séquences fortes et denses qui provoquent parfois l'ennui et souvent l'enthousiasme. Décors soignés, lumière souvent sublime, plaisir narratif (il faut voir la façon dont les maquettes - bateaux, trains, avions, crocodile- s'insèrent ludiquement dans un récit techniquement maîtrisé), acteurs excellents... de nombreuses raisons pour voir le film. Warner, une fois de plus, rend les petits, les moins que rien, plus grands, plus héroïques que les nantis. Vive Curtiz ! Vive Warner !

5 mai 2009

The Wreck of the Mary Deare / Cargaison Dangereuse (1959) Michael Anderson



          Gary Cooper ne tournera qu'un seul film après celui-ci, avec le même réalisateur, responsable d' Orca qui a fait les joies de nombreuses soirées, il me faudrait le revoir pour vérifier s'il tient la route. 
          C'est l'histoire d'un homme seul, Gary Cooper quoi, qui va mettre à jour une escroquerie à l'assurance en milieu aquatique. Il se fera aider par Charlton Heston formant ainsi un duo très charismatique. Car c'est bien la présence de ces acteurs qui permet d'apprécier ce moment passé en mer. Le récit est mou, flottant, dérive lentement vers un procès qui nous fait apercevoir trop brièvement Michael Redgrave.  Richard Harris qui n'avait encore que peu d'expérience sur pellicule, incarne le bad guy de service, avec brio, on sent une perversité qui ne demande qu'à s'exprimer.
          Plaisir de voir Cooper, vieillissant, jouant avec précision et qui réussit à donner de l'épaisseur à un personnage banal. Cela suffit à mon plaisir.
          Hitchcock était pressenti pour tourner l'adaptation du roman original. Ernest Lehman devant écrire le scénario, il se plaint auprès d'Hitch pour lui signifier qu'il n'arrive pas à en tirer grand-chose. Ce dernier lui répondant de ne pas trop s'inquiéter, il travaillait alors à un autre projet : North By Northwest. En effet, pas de quoi s'inquiéter...

30 avr. 2009

Call Northside 777 / Appelez Nord 777 (1948) Henry Hathaway



          Le printemps, pluies fréquentes, herbes folles. Aujourd'hui il fait soleil, idéal pour tondre la pelouse, mettre un peu d'ordre. Je ferme les volets et je regarde Call Northside 777. Le jardin attendra.
          Un début qui me fait penser à The Naked City de Jules Dassin, même voix off, même volonté documentaire, faire rentrer la ville dans le film, ou faire sortir le film dans la ville, comme vous voudrez. La voix off est ici moins envahissante, plus homogène avec l'histoire vraie d'un journaliste (James Stewart) qui est chargé d'enquêter sur une étrange annonce : on offre 5000 dollars pour avoir des renseignements sur un meurtre commis onze ans plus tôt. L'auteur est une femme modeste qui a réunit la somme à force de ménages et autres tâches ingrates pour faire sortir son fils innocent interprété par Richard Conte.
          Tourné en décor réels, Call Northside 777 capte différents milieux avec brio. Celui du journalisme d'abord, le duo Stewart / Lee J. Cobb fonctionne efficacement et rend compte de la nécessité pour un journal de captiver en premier lieu ses lecteurs. Le scepticisme de Stewart va devoir s'effacer derrière le désir de son rédacteur en cher de poursuivre les articles, les arguments moraux de ce dernier sont souvent un moyen de dissimuler un filon mercantile. Peu  peu la vérité et l'innocence du condamné vont s'imposer et faire du journal son meilleur allié.
         Les bas quartiers où Stewart part enquêter et où vivent les immigrés polonais sont inquiétants et s'opposent au confort tranquille de l'appartement de Stewart où seul un puzzle, loisir préféré de son épouse, vient métaphoriquement constituer un élément intéressant en symbolisant l'affaire difficile que doit mener le mari de plus en plus anxieux et torturé. Le parcours du personnage de Stewart, d'abord laxiste puis surmotivé, est passionnant. Le couloir qu'il franchit pour rencontrer la mère au début du film est montré par Hathaway dans son intégralité, il va dans un autre univers, un autre monde et en sortira différent. Un beau champ contrechamp nous dévoile ce parcours, insistant sur l'écart géographique mais aussi social qui le sépare de ceux à qui il va venir en aide. A la fin du film il est aussi montré à l'écart, en arrière-plan, acteur de la libération de Frank mais ailleurs, en retrait. J'aurais bien aimé voir le personnage un peu plus longtemps pour mesurer le parcours intérieur franchi. Ce sont aussi les moments où Hathaway le film en contre-jour qui me donnent cette impression psychologique. La composition sobre de Stewart est remarquable et permet peut-être de partir dans ces pistes de lecture.
         La séquence de la prison me paraît un peu fausse, je viens de finir un Bunker que je n'avais pas encore lu, L'Éducation d'un malfrat, et l'endroit était trop silencieux à mon goût, mettons que les prisonniers étaient en promenade. En revanche la scène du détecteur de mensonges est intense de par l'aspect documentaire, les explications du technicien qui, selon imdb, est Leonard Keeler (Killer), le propre inventeur de l'appareil. Le jeu de Conte en plus.
          Le hasard fait que je vois de nouveau Charles Lane, le Hawkins de Primrose Path, il interprète ici, très brièvement, un avocat général. John McIntire est le seul personnage fictif, les auteurs venant ainsi apporter un suspens supplémentaire vers la fin du film. Son apparition est toujours un plaisir.

Avril 2009

Vus en salles (en gras) / Film du mois (***)

- The Woman in Question (1950) Anthony Asquith
- Le Violon Rouge (1998) François Girard
- Villa Amalia (2009) Benoît Jacquot ***
- Cheri (2009) Stephen Frears
- A Woman's Secret (1949) Nicholas Ray
- Frost / Nixon (2008) Ron Howard
- Fast and Furious (2009) Justin Lin
- Les Trois royaumes (2009) John Woo
- Duplicity (2009) Tony Gilroy
- Ponyo sur la falaise (2008) Hayao Miyazaki
- The Parallax View (1974) Alan J. Pakula
- Rescue Dawn (2006) Werner Herzog
- La Trahison (2006) Philippe Faucon
- Undertow / L'Autre rive (2004) David Gordon Green
- Dark Water (2003) Hideo Nakata
- Empire du Soleil (1987) Steven Spielberg
- The Big Steal (1949) Don Siegel
- La Journée de la jupe (2008) Jean-Paul Lilienfeld
- OSS 117 : Rio ne répond plus (2009) Michel Hazanavicius
- Erreur de la banque en votre faveur (2009) Gérard Bitton, Michel Munz
- In the Electric Mist (2009) Bertrand Tavernier
- Illegal (1955) Lewis Allen
- Itinéraire d'un enfant gâté (1988) Claude Lelouch
- Primrose Path (1940) Gregory La Cava
- Persépolis (2007) Marjane Satrapi, Vincent Paronnaud
- Call Northside 777 (1948) Henry Hathaway

27 avr. 2009

Primrose Path (1940) Gregory La Cava



          "Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s'y engagent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent." Mt 7 13-14 (La Bible de Jérusalem, Cerf, 1998)
          "Sentier printanier des plaisirs", selon la traduction de Jean-Michel Déprats (Bibliothèque de La Pléiade, 2002),  évoqué dans Hamlet de Shakespeare par Ophélie au premier acte, scène 3 "... the primrose path of dalliance treads..." dans le texte original.
          Nous sommes chez le petit peuple, celui qui vit à la lisière de San Francisco, pauvreté, alcoolisme, prostitution, amour acide de la belle-mère envers son gendre... C'est la difficile survie au quotidien, viable grâce aux billets que peut encore arracher la mère qui se dévergonde avec des hommes anonymes, des Mr. Smith. Ellie May (subtile Ginger Rogers) va emprunter la porte étroite alors que tout la prédestine à s'engager dans l'espace béant qui mène à la perdition. Le déterminisme social semble inéluctable, et Ellen, la fille aînée veut encore croire en ses rêves, elle quitte alors la guillotine familiale pour vivre avec Ed, jeune homme sain qui veut s'en sortir par le travail. Joel McCrea est bluffant de naturel, comme les autres acteurs d'ailleurs. Une authenticité se dégage des scènes banales qui se succèdent et qui fait le charme du film. Henry Travers (l'ange inoubliable de It's a Wonderful Life) n'y est pas étranger. 
          Le film n'est pas un pur mélodrame bien qu'il en emprunte le ton et les voies scénaristiques, il lui manque le final dramatique. Il faudrait savoir si ce dénouement heureux est une compensation pour atténuer l'aspect sombre et provocateur du film, la prostitution et l'alcoolisme sont traités sans retenue aucune, ou bien si c'est le triomphe de la persévérance et de la vertu, ce qui justifierait pleinement le titre. 
          La Cava joue à merveille de cette frontière ténue qui fait pencher une vie vers l'horreur ou la bonheur, de ces petits riens qui changent une vie. Le trait n'est pas forcé, en dépit des apparences, car chaque personnage, aussi ignoble qu'il puisse paraître, a ses raisons, évoquées à un moment ou à un autre du film. Le passage qui me touche le plus est celui du bruit du side-car qui se perd parmi d'autres dans la nuit, Ellie arrive un dixième de seconde trop tard...
          Film qui n'aura pas de succès, La Cava en tournera encore trois autres.

22 avr. 2009

The Big Steal (1949) Don Siegel



           Découvert dans le coffret Film Noir IV édité par Warner U.S (dvds lisibles pour ceux qui n'ont pas de lecteur dézonné), The Big Steal est une surprise des plus agréables. Nous nous attendons à un polar vite fait, bien fait, surtout lorsque la jaquette annonce 72 minutes, et nous avons droit à quelque chose d'autre...
           Duke Halliday (Robert Mitchum, détendu comme rarement) est poursuivi par le capitaine Vincent Blake (William Bendix qui doit garder les yeux toujours ouverts, et qui, un instant, communique avec les chèvres). Mais Duke n'a guère le temps de s'attarder car il doit capturer Jim Fiske (Patric Knowles à la fine moustache) que Joan  poursuit également (Jane Greer délicieuse même en plein milieu du Mexique). Intelligents comme ils sont Duke et Jane s'uniront pour trouver Fiske tout en essayant de contenir les assauts vigoureux de Blake. 
          Scénario dont nous n'avons a priori que faire, en revanche les dialogues sont exquis, particulièrement les répliques de Greer qui, avec classe et style, démontre à Mitchum qu'une femme est autre chose qu'une maîtresse de maison. Les personnages mexicains sont subtils et révèlent l'excentricité comportementale des américains. Je me régale des répliques vulpines de l'inspecteur général (Ramon Navarro, excellent) ou encore des passages avec le barbier. Il y a tout un pan du film qui traite du problème de la langue. Entre le lieutenant général qui profite de la venue des gringos pour approfondir son anglais et Mitchum, Blake qui n'entendent que très peu l'espagnol, c'est la barrière de la langue qui vient se substituer à l'intrigue policière et qui donne au film sa tonalité légère le rapprochant ainsi de la comédie. Siegel sait manier les nuances de ton, il le prouvera avec maestria dans le sublime The Beguiled à venir. 
          Le film est rapide, précis et laisse apercevoir un talent sûr, une maîtrise certaine. Un exemple : Greer s'adresse à Mitchum dans un passage qui devient dangereusement et étonnamment artificiel :
" Duke, please, don't go !!
- Chiquita, amore mio...
A peine le temps de se demander ce que ce passage lourdingue vient faire ici qu'un coup de feu stoppe net cette conversation mielleuse, coup de feu comme un manifeste disant que le film n'ira pas dans cette direction !!

          Disponible également dans la petite collection RKO chez Montparnasse, si vous ne voulez pas acquérir le coffret américain, ce qui est un tort, regardez cette escapade mexicaine où tout le monde semble être en vacances et semble vouloir offrir aux spectateurs un produit modeste mais d' excellente qualité

17 avr. 2009

Dracula Prince of Darkness (1966) Terence Fisher



          Le roman épistolaire de Bram Stoker a produit un nombre assez important de films où le comte Dracula tient la vedette, j'aime beaucoup celui-ci. 
          Il commence avec la fin de Dracula, réalisé en 1958, qui a marqué mon enfance, d'ailleurs ces films de la Hammer étaient une aubaine pour un enfant car suffisamment réalistes pour apporter la crédibilité suffisante à distiller un effroi tenace qui donnait envie de revoir de nombreuses fois les oeuvres coupables.
          Le reste du film est assez convenu, les scènes classiques se succèdent : le château non inscrit sur la carte, le cocher amenant les voyageurs qui refuse d'aller plus loin car il va faire nuit, l'attelage sans cocher qui vient les chercher, le château vide, la table mise, le repas , le serviteur inquiétant (superbe épouvantail incarné par Philip Latham, voir la capture d'écran ci-dessous), puis vient la nuit... Scènes convenues mais que l'on prend plaisir à suivre car sans surprises, le charme de la reconstitution, des acteurs choisis pour les rôles, des couleurs utilisées opère à merveille.
          Un des passages que je préfère est celui où Klove attire Alan afin de le tuer, ce qui permet la résurrection du maître de la nuit. Parce que la film s'attache à décrire avec précision ses moindres gestes et je n'aime rien tant que cela, lorsque le cinéma montre le travail, les tâches durant leur déroulement précis et juste. C'était d'ailleurs une des fonctions essentielles des films Lumière : montrer l'extraordinaire qui jaillit de l'ordinaire. 
      Dracula n'arrive qu'à la moitié du film, se faisant attendre avec impatience. Lee ne prononce pas un mot dans cet opus. Nous lisons ici et là qu'il se serait plaint de la faible consistance des dialogues écrits pour l'occasion, il décide alors de ne pas les prononcer, bonne pioche car l'épaisseur de son personnage n'en est que plus manifeste.
          Les morsures sont filmées comme des jouissances, avec préliminaires indispensables à tout plaisir. La prude Helen (Barbara Shelley, aux multiples registres) se révèle insatiable, telle la Volpina dans Amarcord de Fellini. Il faut la voir se trémousser devant le pieu tendu, entourée par une assemblée de prêtres...
         A noter que le couple le plus important du film se compose de Charles et Diana, que cette dernière a la fâcheuse habitude d'avoir des accidents, j'en compte deux dans le film...
          Plus sérieusement, le personnage qu'interprète Tom Waits dans le Dracula de Coppola est très proche de celui que joue Thorley Walters, Ludwig le mangeur de mouches. Présent dans le roman original, il est l'assistant lointain, pris sous la métempsycose vampirique de son maître, le comte Dracula.