4 mars 2012

L'amour existe (1961) Maurice Pialat


Portraits de la France au début des années 60. Pialat, sur une musique de Georges Delerue, réalise un court documentaire (avec quelques scènes jouées comme la rixe des adolescents filmée de nuit) qui évoque une banlieue parisienne qui disparaît, les guinguettes, les accordéons, le studio de Méliès... Banlieue remplacée par des zones pavillonnaires : "C'est la folie des p'titesses. Ma p'tite maison, mon p'tit jardin, mon p'tit boulot, une bonne p'tite vie bien tranquille." , des grands immeubles "dégradés avant la fin des travaux...".
Puis les bidonvilles où s'entassent les travailleurs immigrés (tant désirés puis délaissés, comme ici, comme partout), les longs trajets banlieue/Paris, matin et soir. Le manque d'offre culturelle en dehors de Paris, la vie travestie par la publicité qui pointe son nez...
Documentaire politique et autobiographique d'un homme averti, sensible qui ne se résigne pas. Pialat est tout entier dans ces vingt petites minutes, de l'amour, de la nostalgie, de la colère froide, lucide et sèche.

3 mars 2012

Der siebente Kontinent / Le septième continent (1989) Michael Haneke


Haneke décrit le quotidien d'une famille, description clinique, précise, sans fantaisie parce que leur vie n'en comporte aucune. Il est question de réveil matin, de préparatifs, du petit déjeuner, de ces mille gestes répétés mécaniquement qui nous amènent sur notre lieu de travail, qui montrent les individus dans la banalité et l'aliénation du quotidien. J'aime ce film car il refuse le confort et assène son propos brutalement. Cette famille va soudain prendre conscience du vide et va s'engouffrer dans une spirale mortelle toute aussi mécanique.
Dans le court entretien que le réalisateur livre dans les suppléments, il parle d'hommes "au service des choses", il en ressort une tristesse, un enfermement. Celle qui est livrée par Kubrick dans de nombreuses scènes de 2001, A Space Odyssey, lorsque nous voyons Dave Bowman au travail, faire du sport, écouter le message d'anniversaire envoyé par ses parents. La même précision des actes, la même vie organisée autour d'eux se retrouvent dans le film d'Haneke. Un film assez perturbant qui rend l'art plus nécessaire encore.

25 févr. 2012

Recreation / Fièvre printanière (1914) Charlie Chaplin


Prévu pour accompagner un film éducatif, Recreation est un film paresseux. Conçu et tourné pour meubler. Un parce, des bancs, un couple et Charlot qui tente de séduire madame. Baffes et briques volantes, policiers... Comme tout ce beau monde a chaud ils finissent dans le lac.
Le film a souffert et le matériel récupéré n'est pas suffisant pour le monter dans son intégralité. Je n'ai pas le sentiment que nous ayons manquer quelque chose.
Vraiment pour compléter.

Bad Boys (1983) Rick Rosenthal


Délinquance juvénile, rivalité de rue, centre de détention pour mineurs et rédemption...voilà le programme de ce film qui a pour acteur principal Sean Penn, plutôt bon. Les qualités principales sont l'authenticité dégagée par le jeu des acteurs, le soin apporté aux décors, l'image granuleuse du film. Eric Gurry (Horowitz) a une bonne bouille mais il n'a pas fait long feu dans l'industrie cinématographique en revanche Clancy Brown (et sa chevelure viking) est resté dans le circuit, son visage et sa corpulence se rencontrent ici et là, pas toujours dans des productions ambitieuses d'ailleurs.
Scénario de base qui ne fait pas l'intérêt du film mais Rosenthal arrive à conserver une homogénéité et de vraies ambiances dans les scènes qui se succèdent sans transcender le spectateur mais sans l'ennuyer véritablement non plus.

24 févr. 2012

The Face on the Bar Room Floor / Charlot artiste peintre (1914) Charlie Chaplin


Où l'on sent poindre chez Chaplin une ambition qui va au-delà des slapsticks habituels, non pas que ces derniers soient inférieurs mais depuis son arrivée chez Keystone Chaplin veut aller plus loin que le statut d'acteur. Il désire réaliser et une fois qu'il arrive à ses fins il veut apporter un supplément dramatique à ses réalisations.
Ainsi ce court qui parodie un poème relatant les mésaventures d'un peintre qui voit sa belle partir avec un autre homme. Charlot rentre dans un bar et commence à raconter son passé. De nombreux cartons, assez inhabituels, traduisent la crainte du réalisateur que les spectateurs ne comprennent pas bien le fil narratif. Suivent son histoire, racontée par le biais de retours en arrière, autre élément novateur chez Chaplin. Le comique surgit du fossé entre ce que raconte le vagabond aux autres clients du bar (ce qui rend les cartons nécessaires) et la réalité représentée. Le charisme et le talent chantés par Charlot sont absents des scènes en flash back. 
Voici un court plus étoffé, cinématographiquement parlant, que toutes les réalisations précédentes de Chaplin. L'intérêt de les voir dans leur ordre chronologique repose essentiellement sur ces manifestations,  percevoir les soubresauts, la naissance d'un talent qui va se transformer en génie.