19 janv. 2012

Fail Safe / Point limite (1964) Sidney Lumet


Sorti la même année que Dr Strangelove, le film de Lumet a souffert de cette double exposition nucléaire. Le premier correspond à l'adret, face ensoleillée de la peur nucléaire, farce énorme et terrible pour les politiques, les militaires au pouvoir. Celui-ci est côté ubac, halte à la blague, l'heure est grave. Les deux sont admirables mais pas pour les mêmes raisons. Nous aborderons les vertus du Kubrick une autre fois, voyons ce qui fait notre joie avec le Lumet.
Ce qui frappe au premier abord, c'est l'économie des moyens inversement proportionnelle à l'efficacité qui en résulte. Absence de musique, décors rudimentaires, animations simples, tout est fait avec discrétion et épure, cependant nous sommes happés par la force dramatique du récit, par une intensité croissante qui culmine dans les décisions finales du président américain, interprété avec grande classe par Henry Fonda (quel acteur !) assisté d'un interprète sensible (Larry Hagman tout frais) ou encore dans l'échange entre Bogan (poignant Frank Overton) et Koniev, se rappelant Londres. Il n'y a rien et il y a tout. Lumet, à travers le scénario de Walter Bernstein, fait la part des paranoïaques de service, les conseillers suicidaires (Walter Matthau est irritant à souhait) et des grands hommes, responsables, au service du bien commun. Il y a une croyance en l'homme qui n'existe que très peu dans le versant kubrickien. 
Un autre thème est exploité dans le film, celui de l'exploitation et le contrôle des machines par l'homme, thème éminemment kubrickien d'ailleurs. En dépit de l'esthétique dépassée des appareils le discours reste visible et touche au but. Sur ce seul point esthétique, le film souffre un peu de sa comparaison avec Dr Strangelove, en même temps il est difficile de se placer au niveau de Kubrick.


0 commentaires: