7 janv. 2012

Fish Tank (2009) Andrea Arnold


Fish Tank est à ranger à côté de Kes, l'héroïne est un peu plus agée que le gamin de Loach mais ils font partie de la même famille. Les trois courts métrages réunis dans l'édition BR Criterion nourrissent ce film, la cellule familiale brisée, une mère seule avec ses deux filles, la zone, l'exclusion et les rêves.
Seulement ce film a la magie de la réussite, tout y est savamment pesé, aérien.
La distribution n'y est pas étrangère. 
Katie Jarvis incarne Mia, une jeune fille rebelle qui ne va plus à l'école, presque un cliché de l'ado de service mais après quelques minutes sous la caméra d'Arnold c'est une jeune fille sensible qui se dévoile, derrière sa carapace, sa capuche, ses airs de garçon manqué elle est éprise de liberté, de beauté. La lumière magnifique qui illumine le personnage et de nombreuses scènes est là pour nous rappeler que la vie est à portée, même dans une situation sociale précaire. Sa mère, jouée par Kierston Wareing, est une de ces femmes qui ont eu des enfants très tôt, privée de son adolescence, seule, elle veut encore danser, être belle, séduire et ne s'occupe guère de ses enfants. Faisant écho à l'étreinte de Wasp, il y a une scène où nous retrouvons cet amour caché derrière la dureté des propos mais bien présent, je pense à la danse finale ou encore aux propos échangés par Mia et sa jeune soeur ("I hate you. / I hate you too.")
Arnold parvient à insuffler au film de nombreux moments de grâce, les scènes avec le cheval, le vent qui souffle dans les branches des arbres, sur le linge, les scènes de danse, la pêche avec Connor...
Mia regarde souvent ailleurs, elle sait qu'il faut partir, ce qu'elle fera à la fin.
Le personnage de Connor est ambigu, Michael Fassbender le joue à la perfection. C'est un opportuniste, un de ces hommes qui profitent de la situation, de la détresse de ces femmes seules, genre le vendeur d'encyclopédies en rase campagne. Il est doux, prévenant, apporte de réels instants de communion (la sortie à la pêche et l'illusion d'une famille reconstituée) mais il piège, il capture, c'est un prédateur. Mia traverse ces épreuves de désillusion, elle doit s'endurcir, sa tenue noire, son mascara qui coule ne masquent pas sa souffrance. C'est toute la difficulté de vivre dans ces lieux (ici une partie de l'Essex), les individus désirent la même chose que tous mais il est beaucoup plus difficile de l'obtenir. Les lieux sont d'ailleurs exploités avec un brio exemplaire, les personnages semblent vivre sur une île, une zone d'exclusion traversée par des voies rapides auxquelles ils ne font guère attention, les conversations ont lieu d'un côté, de l'autre, du terre-plein central au trottoir, entrecoupées de véhicules qui passent à toute allure sans que cela ne gêne. La liberté de Mia est évidente si l'on considère la façon dont elle se déplace, elle passe par-dessus les barrières, grillages, haies, portails... Mia est une force en mouvement, un concentré d'énergie, de ces énergies que la société perd à force de stigmatiser, exclure cette jeunesse. 

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