15 janv. 2012

Il posto / L'emploi (1961) Ermanno Olmi


Domenico, personnage lunaire à qui Sandro Panseri prête ses grands yeux, est pauvre. Il vit chez ses parents en Lombardie. Il part à la conquête de la ville passer un examen dans une grande entreprise milanaise. C'est dans ces circonstances qu'il fait la connaissance d'Antonietta.
Voici un film touchant, délicat, poétique et riche de ses détails multiples. Décidément Carlotta a édité un bel objet. Je retiens encore un peu mon désir de revoir L'arbre aux sabots.
Olmi fait le récit de la découverte de la ville et de l'amour à travers le jeune Domenico. Tout est beau dans ce film, beau et triste à la fois car ce que l'on abandonne, même si la valeur est infime, ne se fait jamais sans peine.
L'atmosphère confinée de l'appartement des Cantoni est admirablement restituée avec la place dominante de la mère, celle du père qui joue la partition avec humilité. Puis c'est Milan et son énergie dévorante. A l'époque Milan construit son métro et le chantier à ciel ouvert avec ses fosses, son agitation permet à Olmi de bien caractériser, dans le bruit et la fureur, ce passage délicat entre la province et la ville. Domenico regagne l'entreprise et voici les tests d'embauche, les épreuves que doivent subir le héros et d'autres avec lui. La fantaisie de Tati est présente dans ces scènes, ainsi qu'un soupçon d'horreur kakfkaïenne. Nous sourions et sommes effrayés à la fois. Ce double mouvement pétrifie littéralement Domenico mais Antonietta lui apporte l'amour. Tout arrive en même temps, le réel se gonfle d'émotions, de sensations intenses que l'individu n'arrivera pas à digérer. Il lui faudra du temps pour les digérer et faire le tri. Parviendra-t-il à voir le tragique de sa situation ? ce que ce bureau représente ? La scène du réaménagement du bureau suite au décès de l'employé/écrivain est sordide. C'est un instant décisif, une fin en soi pour Domenico, une mort programmée également. Le son répétitif de la machine à polycopier souligne ce destin clos et tragique.

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