Précédant la Nouvelle Vague française, le mouvement Free Cinema qui naquit an Angleterre permet à quelques jeunes hommes en colère de s'exprimer sur leur pays, de prendre les caméras et de le filmer tel qu'ils voulaient le montrer.
Lindsay Anderson promène sa caméra dans un parc d'attractions britannique situé à Margate dans le Kent. Lieu étrange car la laideur évidente qui y règne attire les foules venues chercher un moyen de combler le temps libre dont ils disposent, une façon d'employer son temps. Mannequins animés aux rires artificiels, manèges, machines à sous, crochets qui attrapent le vide, nous connaissons tout cela, enfants c'était un lieu magique où l'on ne voyait que le mouvement, les lumières, les chansons, les sucreries.
Ensuite nous grandissons et nous en percevons toute l'artificialité, toute l'horreur, qui peut, par ailleurs, fasciner.
Anderson montre tout cela et en parallèle les regards des spectateurs qui se pressent, qui sont là, un peu déshumanisé car peu d'expressions transparaissent de leurs visages. Le rêve, l'exotisme promis par cet univers n'arrivent pas. Seule une misère dénuée de toute poésie s'inscrit sur l'écran.
Et je me souviens d'une vieille femme édentée qui ne cessait de prononcer ces quelques mots d'une voix monotone : "Venez jouer, venez gagner..."
A qui appartient cette luxueuse Bentley qu'un homme brique avec soin ? Au propriétaire du parc ? Certainement pas à l'une des âmes qui vient dépenser quelque argent à l'intérieur.
"Venez jouer, venez gagner..."

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