22 avr. 2008

The Naked Spur (1953) Anthony Mann / L'appât



          The Naked Spur commence in media res, de suite le spectateur est tenu en haleine par la quête de Howard Kemp. Tourné dans les Montagnes Rocheuses du Colorado, le film bénéficie d'un scénario à multiples rebondissements que Mann réussit à transcender au-delà de nos espérances. Oui, ce film est une merveille pour tout amateur de westerns : les paysages sont époustouflants de vérité et illustrent parfaitement les âmes  torturées et malsaines de ces marginaux recherchant or, argent, revanche...La nature humaine brossée par Mann est peu digne d'éloges, seule Lina, sublime Janet Leigh, témoigne d'une humanité profonde, c'est elle d'ailleurs qui permettra à Kemp de renaître et d'avoir une seconde chance, c'est elle qui donnera confiance à Howard, plan magnifique où Stewart apparaît pris d'une vive émotion, rarement vue au sein de sa filmographie. Les autres acteurs sont vraiment très bons : Robert Ryan en vicieux campe un parfait bad boy, Millard Mitchell est sympathique à souhait si ce n'était sa fièvre de l'or qui le perdra, Ralph Meeker est l'opportuniste réincarné, sans aucune morale, seule le gain motivant ses actes... Un scénario à rebondissements, des acteurs parfaits, des décors naturels exceptionnels...Mann y ajoute une mise en scène bien personnelle. Au-delà de ses cadrages soignés j'aime beaucoup la manière dont il laisse la caméra tourner dans un silence de mort après l'attaque des indiens, on y sent une désolation, une perte de toute valeur, de toute dignité humaine. Cette dignité sera retrouvée par Kemp grâce à Lina, lors d'une scène finale semblable à la scène initiale venant inscrire le film dans un cercle parfait d'où surgira quelque chose ressemblant à une humanité digne et intègre.

14 avr. 2008

Il tempo si è fermato (1959) Ermanno Olmi / Le temps s'est arrêté

         Le temps s'est arrêté est une véritable surprise, quel beau film... Olmi filme les gestes du quotidien avec une poésie, une fraîcheur toute empreinte d'humilité devant le monde et les hommes. Ce vieil ouvrier aux gestes jamais inutiles est magnifique d'attention lorsqu'il est confronté à la jeunesse de son ami. Cette relation se construit avec le temps, par petites touches, on se regarde, on s'observe et finalement on se découvre. La scène finale de l'église est magistrale, quelque chose se passe qui n'est que suggéré et pourtant la spiritualité est présente et envahit l'image...un film qui réussit à atteindre la puissance par la discrétion et la sobriété.

La vie d'un honnête homme (1953) Sacha Guitry

          Film sombre où les personnages sont détestables. Un Guitry teinté d'un pessimisme tenace. La fin me paraît surprenante puisqu'on offre l'opportunité au bourgeois de vivre son rêve alors qu'il n'y croyait plus. Je vois là une critique supplémentaire de Ménard - Lacoste qui allait refaire les mêmes erreurs, qui semblait revivre sa vie qui le déprimait si bien sans lutter, sans se débattre, comme aveuglé...c'est une remarque du médecin qui le forcera à prendre in extremis la fuite pour devenir, on aime à l'imaginer, un Boudu...

Aux deux colombes (1949) Sacha Guitry

         Générique assez long où Guitry présente ses collaborateurs comme d'habitude mais cette fois avec un souci didactique. Avec un beau gag qui concerne un acteur voulant se faire engager pour le film, qui finira par l'être in extremis mais que l'on ne verra guère. Il sera seulement évoqué comme un valet de peu d'expérience qui ne pourra donc pas converser avec le maître de maison, pas encore... Le rouge est mis, Guitry lance un "moteur" et le film commence. Guitry regarde alors la caméra et explique la situation, il renouvellera ce procédé plus tard dans le film. Guitry aime jouer avec les possibilités que lui offre le cinéma et il en use. Suit une comédie endiablée, façon théâtre filmé où fleurissent les répliques, je retiens celle-ci : "Les femmes ont toujours huit ans même si elles les ont cinq ou six fois !"

La Poison (1951) Sacha Guitry



          Générique habituel et généreux où Guitry fait la présentation des techniciens, du décorateur, des musiciens, du producteur et autres artistes ayant contribués à la réalisation de son film, avec un hommage appuyé à l'immense Michel Simon. Film d'une méchanceté vive où tous les personnages sont avares, intéressés, hypocrites, méchants...Les entretiens entre Simon et Debucourt qui joue l'avocat sont grandioses. les numéros au tribunal également. Quant à Pauline Carton, elle étincelle de connerie. Un merveilleux divertissement.

La Malibran (1943) Sacha Guitry



          Je m'attendais à un film assez chiant à cause du côté biopic que je n'aime pas trop et aussi parce que l'opéra m'est un univers étranger. J'ai été comblé. Le film commence par la présentation d'objets ayant appartenus à la cantatrice. Objets qui deviennent des reliques, le ton est donné, il s'agira d'adoration...on connaît le goût immodéré des objets par Guitry, ceux-ci devaient sûrement lui appartenir. Il termine cette présentation par le masque mortuaire de l'artiste. Un peu morbide mais le spectateur comprendra mieux à la scène suivante. On trouve le père de la Malibran qui explique que le chanteur d'opéra a un masque et qu'il doit faire en sorte que sa voix, un chant de vérité, doit traverser ce masque. Ainsi le film traversera l'écran pour exprimer la vérité de la Malibran. La vérité de la Malibran et celle de l'auteur. Les deux artistes se rejoignent là où l'amour et l'art se rencontrent. La malibran est partageuse, elle aime transmettre, dès le berceau Guitry nous la montre apprenant à son père comment déclamer correctement, puis ce sera au roi de Naples de savoir comment et quand applaudir, enfin elle donnera une modeste leçon de chant à sa voisine et ce, au seuil de sa mort. Tous les personnages de ce film sont attachés profondément à l'art tels les artistes romantiques présents dans le film : Hugo, Lamartine, Berlioz... aphone la Malibran réussira à chanter par envie, désir de faire plaisir, un plaisir qui sera souligné en une plongée ostentatoire, l'auteur se rapprochant de son sujet. Guitry, en 1943, donne à voir ses préoccupations premières, l'art avant tout. Ce film est soigné, les cadres sont précis, voir la manière dont Malibran entre dans la loge de la chanteuse et entoure, encercle sa proie, son reflet apparaîssant entièrement dans le miroir vient alors doubler sa présence à l'écran. Son père venant un peu plus tard aura droit à un léger mouvement de caméra afin que le sien ne soit pas  visible dans le miroir. Le film est un manifeste, une prise de position à travers la biographie traitée : le corps meurt, l'art reste, ce que prouvera Guitry à la fin : la Malibran meurt en chantant, arrêt sur image sur la bouche ouverte, le chant continue en off...Guitry diffuse à travers ce film une émotion profonde et peu habituelle.

The Honey Pot (1967) Joseph Léo Mankiewicz / Guêpier pour trois abeilles

          Ce film n'a pas le niveau de perfection qu'atteindra Sleuth quelques années plus tard néanmoins il en est une très belle esquisse. Qui est Cécil Fox ? Un homme ruiné qui cherche à retrouver son indépendance, encore une fois le thème de l'argent est au coeur de l'oeuvre, ou bien un individu pris d'une passion excessive pour la manipulation, le jeu, la maîtrise ds autres, l'excitation intellectuelle...? Rex Harrison joue Fox à merveille, il faut le voir effectuer quelques pas de danse, épris de l'ivresse liée à l'avancement de son plan...Encore un divertissement de haute tenue, des dialogues jouissifs, plaisir du spectateur qui se laisse piéger par les méandres du scénario avec délectation.

9 avr. 2008

Rebel Without A Cause (1955) Nicholas Ray / La fureur de vivre

               Le film a un peu vieilli même si le problème posé par Ray reste d'actualité, ces parents qui ne sont pas à leur place, qui n'arrivent pas à comprendre les désirs de leurs enfants, leurs besoins...Quelques longueurs s'ajoutent à cela. Mais le film tient surtout par la sincérité des acteurs, par une émotion qui traverse l'écran en dépit des clichés véhiculés et de la fin toute en happy ending". Il y a une réelle force qui se dégage de l'écran, une sorte d'urgence. Ray a 44 ans lorsque le film sort sur les écrans, on pourrait croire que l'oeuvre est le fruit d'un réalisateur bien plus jeune...cette force, cette sincérité, cette passion font tout l'intérêt du film.

Five Fingers (1952) Joseph Léo Mankiewicz / L'affaire Cicéron



                 Cicéron est le nom de code de l'espion interprété par James Mason (Diello).   Mankiewicz    signe un film d'espionnage qui ne se contente pas de divertir son spectateur avec des scènes de suspense tout en plan séquence mais il y ajoute de l'esprit, de l'éloquence agrémentés d'un brin d'insatisfaction. C'est tout ce que pense Diello de ce personnage historique, c'est également une grille de lecture offerte au spectateur. Le bel esprit, l'éloquence : Cicéron est un orateur remarquable, Diello l'est tout autant, la suaveté de sa voix, la clarté de son expression, son intelligence et son art de la persuasion, il sait "faire illusion", témoignent de son esprit et de son éloquence. Qualités, d'ailleurs, présentes tout au long du film, nombreux sont les bons mots, nombreuses les répliques qui font mouche...Goering tuant un sanglier ? un fratricide...l'étonnant ? ce n'est pas que Ribbentropp puisse trouver ce nom de code, Cicéron, mais bien qu'il en ait entendu parler... Quant à l'insatisfaction. Quel est donc l'étrange parcours de cet homme brillant, intelligent qui est resté un valet toute sa vie ? Cicéron, vient de la plèbe et a réussi a quitté sa condition, c'est un homme habité par l'ambition, Diello est hanté par la vision d'un homme riche qu'il a vu de bateau. Ce dernier en smoking blanc regardait de la terrasse de sa villa le lointain...les hauteurs, la richesse...Ce rêve va devenir le moteur du personnage, Diello veut faire fortune, vivre son rêve, fatigué de rêver sa vie. ce sont des personnages faustiens, la comtesse, exquise Danielle Darrieux et son ancien valet, homme en noir voulant se parer de blanc. Prêts à tout pour trouver le pouvoir grâce à l'argent, valeur suprême. tout cela finira dans un rire proche de la folie, où l'intelligence verra la vanité et la pitoyable condition de l'homme aux ailes brûlées d'avoir voulu toucher le soleil argenté...