8 juin 2008

The Passionate Friends (1948) David Lean / Les amants passionnés



     Nous sommes en 1949 et David Lean est un cinéaste à succès, ses deux adaptations de Dickens sont derrière lui et font son prestige. The Passionate Friends semble être alors un anachronisme, une redite, un Brief Encounter bis. C'est Ronald Neame qui commence cet opus mais avec beaucoup de difficultés, Lean reprendra les rênes et en fera son film. L'histoire est banale, Mary est amoureuse de Steven mais préfèrera se marier avec Howard qui est bien plus riche, seulement le destin les fait se rencontrer neuf ans après... Mary (Ann Todd, la froide et toute récente hitchcockienne de The paradine Case) est une sorte de madame Bovary, qui rêve sa vie, éternelle insatisfaite perdue dans les limbes aux multiples possibles de sa pensée. Elle rêve même lorsqu'elle est en présence de Steven, interprété assez mièvrement, il est vrai, par un Trevor Howard auquel Lean ne prêtera aucune attention pendant le tournage. Il faut dire qu'il se mariera avec Todd juste après, ceci expliquant cela. Pour elle il reste un fantôme, ce qu'elle lui dit lors de cette échappée alpine. La structure du film reflète l'état mental de Mary avec des flashs backs emboîtés. le premier retour en arrière occupe d'ailleurs presque une heure de film, soit les deux tiers...L'histoire est assez conventionnelle, presque inintéressante. L'élément majeur du film est le personnage du banquier, incarné par le sublime Claude Rains, cet acteur à la présence hypnotique et au charme incomparable. Il subit les atermoiements de son épouse avec une tolérance assez libérale mais n'acceptera pas de se croire trompé, il veut alors le divorce. A travers ce personnage, le film prendra toute son intensité et toute sa force. C'est de son point de vue qu'est tournée la scène du balcon où l'on voit Mary pénétrer dans sa chambre pour accourir sur le balcon afin de faire un dernier au revoir à Steven, seulement Howard est là, assis à l'intérieur de la pièce, l'attendant et voyant sa précipitation, son trouble et ses larmes. Suit un cut qui amène un gros plan sur la demande de divorce... Une autre scène magnifique est celle qui voit Howard sauver Mary dans la station de métro. Etreinte passionnelle où les époux deviennent amants et se révèlent l'un à l'autre. Certes la morale est sauve mais cela est si bien filmé qu'on excuse cette convention. Pour qui aime David Lean le film est intéressant à plus d'un titre, nous reconnaissons la présence de la nature qui écrase les personnages, les Alpes viennent les pousser dans des émotions plus intenses et Lean sait utiliser ces paysages grandioses, la suite de sa filmographie en est la preuve évidente. A noter une scène presque hitchcockienne, comme un hommage, avec les jumelles où Howard finit par apercevoir les amants revenir de leur escapade. La secrétaire qui sait tout, tremblant de peur, fera un amusant lapsus, utilisant le terme "outrancier" pour "financier". Enfin quelques plans "mécaniques" que j'aime beaucoup, ce plan sur un train d'atterrissage précurseur de The Sound Barrier, sur le mécanisme du téléphérique, ou sur les évolutions du Chris-Craft que Lean conduisait beaucoup sur le tournage.