30 déc. 2008

Tora! Tora! Tora! (1970) Richard Fleischer


          Film de guerre réalisé par Fleischer en 1970, Tora! Tora! Tora! a pour sujet l'attaque de Pearl Harbour par les japonais le 7 décembre 1941 qui fit entrer les Etats Unis dans la Seconde Guerre Mondiale. Plus grande base navale américaine dans l'Océan Pacifique, Pearl Harbour fut attaquée dans le plus grand secret. L'intérêt du film réside dans la volonté des auteurs de présenter les faits le plus vraisemblablement possible. Ils bénéficièrent de l'appui de conseillers historiques et tentèrent de s'éloigner de toute glorification guerrière.
          L'attaque n'arrive qu'à la fin du film. Le spectateur suit les préparatifs qui sont dévoilés avec une grande minutie. Le soin apporté à cette mission par les japonais est monté en alternance avec le point de vue américain qui est loin des traditionnels portraits épiques en usage dans les productions habituelles. Les japonais sont souvent cadrés de façon à faire ressortir une organisation parfaite : lignes parallèles, groupes symétriques, rigueur des proportions, alignements des personnages... Kurosawa devait filmer la partie japonaise, ayant promis que ce serait Lean qui serait son alter ego et ayant appris qu'il n'en était rien, Kurosawa fit tout pour que la production le désavoue, ce qui arriva. J'aurais bien aimé voir le résultat de son travail mais seule un fragment fut conservé dans le résultat final. Lean et Kurosawa : cela laisse rêveur. La partie japonaise montre des soldats impatients, un gradé dira avec sagesse qu'ils le sont ne sachant pas ce qu'est réellement une bataille. Les préparatifs sont ici facteur de réussite. Pour la partie américaine, c'est la désorganisation qui règne, les lourdeurs du système hiérarchique et les moyens de communication bien trop lents, ainsi qu'une préparation inadéquate combinée avec le fait que les japonais atttaquèrent un dimanche. Souci méticuleux de montrer des faits sans sombrer dans un manichéisme béat, c'est ce qui donne au film sa force.
          Vient ensuite l'attaque elle-même, nous ne sommes pas encore dans l'ère du numérique et des effets spéciaux sur demande. Le résultat est bluffant, les explosions, avions, bateaux sont réussies. Le tout est très efficace et satisfait pleinement aux passages obligés du film de genre.
          Très bonne distribution : Martin Balsam (le détective de Psycho), E. G. Marshall, un de ces acteurs que l'on reconnaît de suite sans pouvoir mettre un nom sur son visage, idem pour James Whitmore et puis surtout Jason Robards, mon préféré.

29 déc. 2008

The Tall Target (1951) Anthony Mann



          1861, Lincoln s'apprête à faire un discours en tant que nouveau président élu. Un complot visant à l'assassiner est dénoncé par John Kennedy. Il tentera d'empêcher le drame.
          La tension présente au sein de la société américaine à cette époque est manifeste. En effet, les américains avaient le choix entre Lincoln, partisan de l'abolition de l'esclavage, et Jefferson Davies qui était plutôt conservateur. La Guerre de Sécession commencera en 1861. Les discussions des voyageurs, les motivations des protagonistes illustrent cette déchirure politique efficacement et tissent une toile de conflit et de violence propre à nourrir l'aspect nerveux du film. 
          Le personnage principal, interprété par Dick Powell, ne cessera de lutter contre les éléments qui se déchaînent contre lui,. C'est d'abord son supérieur qui le désavoue. L'action se joue ensuite dans un train, ce sera le cadre principal de l'action. Mann utilise à merveille ce décor à l'espace restreint pour installer une ambiance claustrophobique, un univers paranoïaque qui servent l'intrigue admirablement. Leif Erickson campe un homme de main inquiétant à souhait, Adolphe Menjou est impeccable, sa bonhomie et sa jovialité renforcent la perversité du grand manipulateur qu'il incarne. Acteur impressionnant dont Kubrick s'est servi avec brio dans Paths of Glory.
          Le complot est un fait historique, les détails du film le sont moins. Ce qui reste c'est cette énergie malsaine distillée par une caméra dynamique. Aucune musique ne vient troubler l'atmosphère noire habitée par un Dick Powell au visage sombre et mûr. Seul un léger double menton laisse transparaître cette mine joufflue qu'on lui connaît dans ses films antérieurs.

27 déc. 2008

Waterloo Bridge (1931) James Whale



          Un James Whale pré-Frankenstein. Une jeune prostituée rencontre un jeune soldat qui va l'aimer éperdument. Ce dernier est issu d'une famille aisée alors que la première lui cache la source de ses maigres revenus. Dilemme de la belle, torturée entre la passion qu'elle éprouve pour Roy et l'impossibilité de se lier à lui. Comme toute tragédie la fin ne sera guère heureuse. 
          Malgré un début poussif et théâtral la fraîcheur de Douglas Montgomery et surtout la beauté de Mae Clarke relèguent un ennui naissant dans des espaces éloignés et laissant place à un drame romanesque porté par le jeu touchant de l'actrice. Beau crescendo émotionnel, Waterloo Bridge est une réussite. Notons la discrète présence de Bette Davis qui incarne la soeur de Roy et l'amusante prestation de Frederick Kerr, le major sourdingue.

26 déc. 2008

Red Headed Woman (1932) Jack Conway


  
          Dans le premier volume de son autobiographie "Une Vie dans le cinéma" (Institut Lumière / Actes Sud, 1997), Powell parle de Conway comme un professionnel impressionnant. Le film l'est tout autant. Comédie qui a pour personnage principal une mangeuse d'hommes, une briseuse de ménages, une arriviste, bref une femme qui veut alpaguer un homme riche pour réussir socialement. Dès l'ouverture les préparatifs pour accrocher le patron sont dévoilés au spectateur : parfum, petite photo en médaillon épinglée en haut des bas... Chester Morris, le boss un peu con, est corvéable à merci comme la plupart des hommes présents dans le film : ils n'arrivent guère à repousser les avances dynamiques de Jean Harlow (la sympathique Lilly). De sangsue détestable et perfide le personnage de Lilly finit par devenir charmant, non pas pour ces atouts physiques qui sont le fruit d'une subjectivité fluctuante, mais pour l'énergie et l'optimisme qu'elle déploie. Elle a une faculté étonnante, ses échecs la renforcent et elle renaît constamment de ses cendres. Il faut dire que les hommes qui l'entourent ne sont pas à leurs avantages. En 1h20, nous sommes conquis, rythmes changeants et maîtrisés, acteurs brillants. Justement les acteurs : Chester Morris fait penser au Joaquim Phoenix de Two Lovers, un mec un peu épais et inconstant (certains vont hurler au scandale mais c'est ainsi). J'aime ce plan où il vient de gifler Lilly, elle est à terre et Conway cadre Lilly au sol avec Bill coupé en haut du nombril. Nous voyons ses mains se crisper comme s'il allait la tuer puis finalement il l'enlace... Nous retrouvons May Robson, la Lady for a Day de Capra mais pas assez à mon goût, même si elle réussit l'exploit de donner la réplique à un chien. Henry Stephenson campe un milliardaire qui singe Bill avec brio, voir la façon dont Lilly joue avec ses cheveux épars. Et Jean Harlow, assez extraordinaire en allumeuse vampirique. J'aime aussi Leila Hyams, touchant dans sa dignité froissée et plus jolie que Jean Harlow...
          Quelques moments grandioses : lorsque Lilly dit à un domestique : "Don't call me Madame ! " Lorsque Bill la frappe et qu'elle en redemande... Lorsqu'elle laisse éclater son bonheur à Sally, sa copine lui disant qu'elle est la plus heureuse du monde parce qu'elle est amoureuse et va se marier : 
Sally : "You're gonna mary Albert ?
Lilly : No, Gaerste.
Sally : In love with Gaerste ?
Lilly : No, Albert."
           Charles Boyer (Albert)  jouant le chauffeur français qui servira de poisson pilote à Lilly.
         La fin m'a presque déçu, j'ai cru que le film se terminait par le coup de feu et les titres de journaux, venant ainsi par trop moraliser cette héroïne malsaine et puis la conclusion m'a rassuré. L'ellipse finale persistant dans la veine comique et amenant une conclusion plus adéquate.
          Je ne résiste pas à placer ici cette mention sur imdb, témoignage ultime du pouvoir de séduction de Lilly (mention disponible dans la rubrique Goofs du film) : "In the scene where Sally is removing her pajamas to give back to Lillian, the camera is constantly moving to keep the nudity out of the frame. However, when Sally removes her top and hands it to Lillian, you can easily see Jean Harlow's right breast for about 12 frames (between 0:17:18 to 0:17:19 on the DVD)" N'est-ce pas mignon ?
          Film disponible dans ce coffret zone 1 qui présente quelques films de l'ère pré-code Hays, époque où les studios n'avaient pas encore envie de précéder les désirs de la censure en allégeant leurs productions.

         

25 déc. 2008

The Law and Jake Wade / Le trésor du pendu (1958) John Sturges



          Robert Taylor est le héros taciturne et hanté de ce western qui ne vaut que par la présence remarquée de Richard Widmark en bad boy sans coeur mais avec des valeurs, s'il vous plaît... Histoire convenue, sans importance. Il faut juste attendre que Widmark assène ses répliques et les savourer. Elles sont pleines d'ironie mordante, de morgue affichée. Il faudrait remonter ces séquences et se les passer de temps à autre, avec sa carrière  il y aurait de quoi remplir un coffret dvd !! 

14 déc. 2008

Le Duel silencieux / Shizukanaru Ketto (1949) Akira Kurosawa



          Parce qu'il est contaminé, lors d'une opération, Kyoji (Toshiro Mifune), chirurgien militaire sur le front, renonce à la femme qu'il aime, Misao, sans lui en expliquer la raison. La première scène entre Kyoji et Misao est vue à travers une grille qui cristallisera leur amour impossible et qui viendra ponctuer le film en marquant les saisons qui passent sans changer la séparation du couple. Plusieurs personnages gravitent autour d'eux. La stagiaire méprisante qui, bouleversée par la souffrance et le sacrifice du jeune médecin deviendra une infirmière dévouée et admirative. Le disciple et le maître. Puis le vérolé, cynique et insouciant, entièrement dans le déni mais traité avec humilité lors de son désarroi final. Kurosawa en fait une victime après avoir laissé transparaître ses bas instincts depuis le début.
          Atteinte du point culminant avec ce presque baiser, noué autour du désir impossible. Suit une confession à l'infirmière qui demande à l'ascète comment fait-il pour résister à l'envie charnelle. "Il y a deux sortes de malades : ceux qui hurlent et ceux qui souffrent en silence." Souffrance de lutter contre ce désir pur qui voudrait s'exprimer à travers un corps impur. Figure du saint, du "sage" dira le père du chirurgien. Comment noyer, apaiser ses souffrances en atténuant celles des autres. Kurosawa porte sur ses personnages un regard humaniste empli d'espoir et de compassion.

6 déc. 2008

Passe ton bac d'abord (1979) Maurice Pialat



       Succès de Nous ne vieillirons pas ensemble, pour fêter ça Pialat tourne La Gueule ouverte qui vient ruiner sa société de production. Il décroche difficilement de l'argent du CNC mais en cours de film il s'aperçoit qu'il fait fausse route. Il reste 700 000 francs de l'époque, ce qui est peu pour un long métrage. Vient alors Lens, une région qu'il affectionne et un scénario de base autour de quelques jeunes. Pialat tourne au jour le jour, s'adapte, improvise avec des ados du coin, recruté pour préparer logistiquement le film et se retrouvant devant la caméra. Qu'en est-il ? Des ados juste avant le bac qui sèchent les cours, en fin de scolarité, en tout cas en fin de période et avec l'angoisse du devenir, la faculté n'étant pas une solution émise spontanément. Alors les cafés, les étreintes, les flirts, les jalousies, unions d'un soir, ruptures et autres arabesques urbaines, fragiles et universelles. Peu importe qui vient entre ses bras pourvu que naisse l'amour. Une bande de copains, pour tenir chaud et passer le temps, pour ne pas être seul. Un barman nostalgique qui tente de sortir une petite. Des parents aussi, un autre monde, mur d'incompréhension entre générations, les vacances, la mer... Pas très loin la maladie rôde avec le père mineur sillicosé, le chômage aussi, l'ennui. Pialat était déstabilisé pendant le tournage, trouvant qu'il n'y avait pas de personnage principal. C'est la force du film, très beau portrait de group, angoisses d'adolescence, sensualités, blessures. 
         Un cours de philo ouvre le récit et le termine, le même cours, le même discours, le même prof , la caméra se penche au-dessus d'Elisabeth, enceinte et redoublante, qui pressent une année morne et triste. Gros plan sur la table saturée de graffitis, cris et appels à l'aide d'une jeunesse éternelle.

4 déc. 2008

Thunderbolt and Lightfoot (1974) Michael Cimino



          Plan fixe sur un champ de blé. Cut. Une église. Un homme y pénètre et tire sur le pasteur qui s'empresse de parcourir avec motivation le champ précédent. Le poursuivant meurt, percuté par un véhicule, le prêtre  monte, Thunderbolt et Lightfoot sont réunis. Présentations en pleine nature. Ou comment filmer le paysage américain en prétextant animer l'écran avec une action secondaire. 
          Tout comme Lightfoot (touchant Jeff Bridges) avec Thunderbolt (Eastwood impeccable, comme d'habitude) le spectateur prend l'histoire en cours de route et Cimino s'attachera à filmer les paysages qui vont avec. Avec nos deux héros une règle est de mise : quitter les chemins balisés dès que possible, dès que le danger pointe il faut retrouver la cambrousse, c'est ce qui sauve, l'appel instinctif des vraies valeurs, une variation du "Are you ready for the country" de Neil Young... Cimino ne pense qu'à ça : balancer ses personnages, les virer de la route et en avant Mother Earth et Big Blue Sky, voir comment il filme ses personnages en contre plongée pour mieux capter le ciel à l'arrière-plan. Théorème poussé à bout par le Crazy Driver (Bill McKinnay sorti de Deliverance avec une guinde trafiquée), taré aux lapins, cul-terreux accro au bitume qui fera une sortie de route mais extrême.
          Terre et Ciel. Communauté aussi, réduite mais quand même. C'est Lightfoot qui fait cette prière, trouver l'amitié en son aîné Thunderbolt. Ces deux-là forment un noyau dur qui s'enrichit assez vite de Leary (George Kennedy), grosse brute que l'on croit au coeur tendre et de Goody, (Geoffrey Lewis) victime née. Pour cimenter leur union un braquage est prévu et commis. La partie la moins intéressante du film. Le groupe éclate, Leary se révèle être sans pitié et finira "just like dead meat" pour avoir trahi, à noter que lors de son échappée il restera sur la route, ne quittant pas le ruban et finissant au coeur de la ville. 
          Lightfoot dérouille, Leary lui a mis une trempe. Le rêve est accompli, la Cadillac blanche décapotable surgit mais trop tard. Plus d'amitié possible, la mort s'interpose. L'amitié, valeur d'un autre temps, comme cette ancienne école, vestige célébré d'une Amérique disparue. Thunderbolt s'en va devant un paysage superbe et indifférent.