27 janv. 2009

Wise Blood / Le Malin (1979) John Huston



         Décontraction et  simplicité régnaient sur le tournage, aucun caprice de star, pas de demandes extravagantes particulières... un artiste loin des studios se reposant de temps à autre sur un banc, faisant son film. Quel film ? Une adaptation de Flannery O'Connor dont je n'ai lu aucun ouvrage, lacune devant être comblée. 
          Âmes incultes, ignorance crasse, patelin paumé dont l'unique route permet de rejoindre la ville, fuir le silence, le vide pour ceux qui en ont la force.
          Les autres ? A la recherche, dynamique vaine et désespérée, toujours à la recherche de quelqu'un, de quelque chose qui viendraient les sauver, âmes damnées et esseulées.
        A la recherche de la religion, ancienne ou nouvelle. A la recherche de l'amour, de la maternité, d'une famille ou même d'une simple main à serrer. Amour, fraternité, famille, communauté... tout a disparu de la surface de ce microcosme. Seuls les petits mécanos paraissent sensés, ultime rigolade devant la pauvreté d'esprit. Avec une lumière qui n'est pas travaillée pour être belle, avec des plans qui ne sont pas conçus pour être beaux, le film dégage une force naturelle, presque la brutalité du documentaire. Et Huston porte un regard amusé mais aussi empreint d'une certaine compassion devant ces êtres en quête d'une idée plus grande qu'eux. "The world is an empty place"

11 janv. 2009

Cinéma Cinémas la collection (2008) A. Andreu, M. Boujut, C. Ventura


          Très loin des émissions pitoyables que nous avons l'habitude de voir à la télévision où le propos est si pauvre que l'on se surprend à avoir les yeux ouverts devant l'écran, Cinéma Cinémas avait le net avantage d'être réalisé par de véritables amoureux du grand écran.  Neuf années d'émissions, de reportages, d'essais filmés, de pépites... Jeunet est à l'initiative, Ventura aux commandes pour concocter cette compilation de 12 émissions. Le coffret est sorti.
          Un peu à la manière de James Stewart dans Vertigo, essayant de réanimer l'être aimé, l'équipe part à la recherche d'anciennes gloires hollywoodiennes plus ou moins disparues pour des entretiens mémorables. Etrange de voir ces acteurs, réalisateurs dans leur quotidien, chaise près de sa piscine pour Hudson, Tippi Hedren dans sa cuisine, Vincent Price dans son petit jardin, Capra sur sa pelouse, Dunaway allongée sur le lit de sa chambre d'hôtel... Ils sont là, vivants et nous parlent... Presque tous morts aujourd'hui, présences émouvantes par-delà l'écran... Le dispositif mis en place pour les interviews provoque une proximité neuve et troublante. Parce que nous ne voyons jamais ces grandes figures fictionnelles dans leur quotidien et parce qu'ils sont justement nus, délestés de tout ce qui les magnifie sur le plateau. Et pourtant le charme agit, même s'il est encore joué. Il faut lire le livret qui accompagne ces 4 dvds, écrites par Garnier les remarques tournent autour du making-of, on apprend les dessous des entretiens : comment Mitchum doit se confier, comment Widmark est "attrapé", Angie Dickinson et sa petite tenue... Garnier est captivant dans ses remarques. Lisez d'ailleurs sa bio de David Goodis ou encore Caractères (Grasset, 2006) sur les seconds rôles de l'industrie du rêve.
          Une atmosphère étrange, mélancolie d'un monde disparu ou en train de disparaître, émane de ces images, admirablement filmées, loin de la crasse médiocrité qui hante la télévision. De l'émotion, de précieuses informations, de la passion, c'est ce que l'on ressent en voyant la synthèse faite par Ventura. J'espère que ce coffret sera le premier d'une longue série.