25 mai 2009

Who's That Knocking at My Door (1969) Martin Scorsese



          Un ami me parlait de ce film récemment, j'en avais des souvenirs assez précis, j'avais même envisagé de le revoir à l'occasion. Les conversations sont souvent des cailloux lancés au loin, certains tombent, le dialogue ayant pris fin, d'autres plongent dans un espace aquatique et continuent leur course, aussi quelques bulles remontent à la surface et ramènent à notre esprit des passages, quelques mots imprécis, des erreurs. J'avais parlé d'une fille épileptique, je m'étais trompé, confondant les univers très proches de Mean Streets et de ce premier long métrage. Cette erreur est revenue comme un flash, alors j'ai regardé ce WTKAMD plus rapidement que prévu.
          Scorsese a tourné quelques courts qui furent remarqués ici et là mais l'aventure de ce premier film dura trois années...  Ce qu'il faut de volonté et de désir pour parvenir à ses fins. Nourri de cinéma européen, des nouvelles vagues naissantes Scorsese, lui aussi, voulait parler de son quotidien, de son quartier, de ses préoccupations et il tourne là un film étrangement composite, plein de fraîcheur, de liberté, voire même d'innocence dans sa croyance au matériau cinéma. Et en même temps c'est accompagné d'une maîtrise narrative, d'une audace filmique que ce film avance vers nous.
         J. R., Harvey Keitel, est un jeune garçon de son quartier, bagnoles, musique, filles, amis jouant aux caïds amateurs. Il mène une double vie, à l'extérieur, avec ses amis, il s'intègre, s'amuse, est léger mais il semble, intérieurement, rechercher tout autre chose, et d'abord sortir de son milieu. Il abordera une jeune américaine, de bonne famille, blonde, ce qui constitue un rêve, lui italo-américain issu d'une famille modeste (voir la mère de Scorsese préparer un pâté à la viande dans une séquence pleine de religiosité). C'est le seul de la bande à parler cinéma, culture, secrètement il veut s'échapper, cela ne fait aucun doute et la jolie blonde représente cet ailleurs, cette autre vie. Il la séduit. Mais il n'arrive pas à lui faire l'amour, comme si des convictions profondes l'en empêcher. Pour montrer à J.R. son désir sincère, elle lui fait une confidence, un garçon qui a abusé d'elle, mais c'est bien son premier vrai amour. J. R. n'arrivera pas à surmonter cette "faute", il la perdra. Vient alors la nécessaire confession...


          Légèreté insouciante de la bande son, déjà remplie, saturée de tubes pops, tels que Scorsese les entendait constamment sortir des fenêtres, des voitures... Gravité, solitude d'un individu qui cherche sa place entre tradition culturelle auréolée de religion catholique et volonté d'ouverture, d'ailleurs. J'aime ces plans épars où l'on sent la détresse de J. R., son incompréhension devant les faits complexes, devant cette vie fuyante qu'il peine à saisir. Paradoxalement la religion vient en secours, forme codée que l'on peut appréhender, secours disponible, réconfort pour les humbles, les désespérés.

          
          Chronique d'un conflit interne, Scorsese pose les jalons de thèmes qu'il reprendra très vite. Son style nerveux donne au film une énergie sourde qui témoigne d'un manque de moyens et de beaucoup d'imagination mais qui illustre surtout parfaitement l'intensité intérieure de ce personnage. La narration en est affectée, usant de rythmes différents, entre ralenti de la fête au pistolet et éclatement psychique de la scène des filles de petite vertu (scène d'ailleurs tournée trois ans après le matériel d'origine qui donnait un titre tout différent au film : I Call First, mais qui était exigée par le distributeur sans qui...).
            Film passionnant pour qui s'intéresse à Martin Scorsese.

20 mai 2009

The Ipcress File (1965) Sidney J. Furie



          La série naissante des James Bond connaissant un net succès, par conséquent il se trouve des producteurs qui misent sur une autre franchise. Len Deighton a écrit quelques années plus tôt un roman qui a très bien marché. Le pari est lancé. Le personnage principal interprété par un séduisant Michael Caine est loin de la virilité incarnée par Connery, il est flemmard, se soucie de l'argent qu'il peut gagner grâce à ses missions, aime les femmes et surtout la cuisine, Deighton a signé quelques livres gastronomiques, en somme notre héros, Harry Palmer, présente des caractéristiques normales. Suit une intrigue dont l'intérêt n'est pas de premier ordre. Ce qui force la curiosité et l'attention est le style du film. Furie prend soin de cadrer son histoire de manière totalement inédite, il multiplie les objets au premier plan (voir ci-dessous) qui par la force des choses envahissent singulièrement l'écran. Le plaisir vient de l'incertitude de la prochaine trouvaille. Plaisir assuré si cette forme ne dégage pas d'animosité particulière chez le spectateur. Quelques personnages bien sentis, comme Alice, la ronchonne à la clope au bec, ou le Major Dalby agrémentent le cours du récit. Palmer, myope, indiscipliné suit le fil de l'action et se tire, évidemment avec brio, du noeud inextricable qui l'enserre. 
          Les extérieurs londoniens sont toujours une source de joie en ce qui me concerne et j'apprécie particulièrement tout plan issu de cette réalité chérie. Mention spéciale pour l'immeuble du contre-espionnage avec ses multiples couloirs, pièces et sous-sol qui regorgent de collaborateurs et de bureaux divers et variés. Cadrages osés, plongées frénétiques, contre-plongées extatiques, musique sophistiquée de John Barry, tout contribue à faire de ce petit film une réelle bonne surprise. J'aime moins le passage du traitement "albanien", un peu longuet. Palmer reviendra dans deux suites dont la dernière mise en images par Ken Russell, que je n'ai pas vue et dont on dit le plus grand bien.



          Cette lampe rouge est un peu voyante, elle n'est qu'une des nombreuses passions pour les objets que développe Furie. 

          Finalement le Major se montre...


          Arghh, la lampe se venge et vient l'écraser vicieusement. The Ipcress File ou la révolte des objets.