30 juil. 2009

Magnificent Obsession (1935) Stahl / (1954) Sirk

Voir les deux versions à la suite est un exercice stimulant qui peut être préjudiciable au second, ne serait-ce que par la redite scénaristique. Néanmoins cela permet de voir les spécificités de chaque adaptation, leurs ressemblances également. Qu'en est-il ?
D'abord le sujet : Robert Merrick fait le fanfaron, riche, gâté par la nature, il ne peut s'empêcher de mener une vie dissolue. Lors d'un accident il est sauvé par un appareil qui aurait pu être utile à un autre, en l'occurrence le Dr Philips. De plus il rendra aveugle l'épouse de ce dernier en la harcelant par ses avances. C'est un ami proche du Dr qui lui ouvrira les yeux en lui montrant le chemin de l'amour et de la rédemption.
Le roman initial est écrit par un ancien prêcheur qui a choisi l'écriture pour ramener les brebis égarées au bercail. Le sujet est religieux, il s'agit de sortir d'un individualisme obscur pour se dépasser, faire don de soi... La version de Stahl est fidèle à cette trame, lorsque Taylor se réveille dans l'atelier du sculpteur c'est une croix qui apparaît en gros plan. Sirk en fait un élément plus important, plus manifeste, voulu ou pas par le studio. Dans cette version, celle de 1954, les effets sont trop appuyés à mon goût : voir la manière dont le sculpteur devenu peintre éteint les lumières, fait entre la lumière (seconde capture), influence Hudson lors de l'opération tel Dieu de sa hauteur... les métaphores et comparaisons sont si épaisses qu'elles dépassent du trait initial. Il est vrai que Sirk s'empare du sujet pour le tirer vers le bigger than life, Hudson n'a pas la bonhomie, la banalité de Taylor, il est plus puissant, va plus vite (épisode du bateau introductif), s'enivre plus fort... Sirk en fait un personnage tragique plus manifeste. Tout y est excessif, l'on peut même penser que tomber amoureux de Jane Wyman est la punition suprême pour ses fautes, tout homme normalement constitué tomberait amoureux de la fille pas de la mère. Mais il faut passer par là pour obtenir le pardon... Ce qui permet à Sirk de passer la barre avec succès est l'écrin somptueux qu'il donne à cette histoire devenue presque grotesque, en effet sa mise en scène est on ne peut plus délicate, couleurs et éclairages idéalisent le sujet, créant ainsi une dimension métaphysique qui accentue l'irréalisme du propos sans en amoindrir le message. Du coup l'objet en devient fascinant.


Je garde une nette préférence pour la version de Stahl, pour le jeu frais et charmant de Taylor, pour la beauté de Dunne, pour l'humour qui parsème le film sans pour autant atténuer la force mélodramatique du sujet. Stahl réussit à m'émouvoir bien plus alors que Sirk me procure une émotion esthétique, plus cérébrale.
Pour terminer, parlons du plaisir de revoir Agnes Moorehead, présente dans les deux premiers Welles. Soulignons la superbe copie du coffret Carlotta (merci Ermens) et l'heureuse initiative d'avoir ajouté le Stahl dans les suppléments.