19 févr. 2010

Cobra Woman (1944) Robert Siodmak



Le film préféré de Kenneth Anger, selon imdb. Tom Peeping l'aime beaucoup également, c'est à cause de lui ou grâce à lui que je me suis procuré cette édition.
Il faudrait avoir vu ce film enfant pour en être marqué. Vous savez, ceux que l'on voit avec ravissement des dizaines de fois puis, une fois adulte, que l'on continue de regarder, avec plus d'étonnement mais tout autant d'amour. J'ai les miens, celui-ci n'y figure pas.
Néanmoins j'apprécie la rapidité, et l'insipidité, des péripéties. Le grotesque de certains personnages, le jeu balourd et caricatural et dénué de psychologie de l'ensemble de la distribution. Là n'est pas l'intérêt. Il réside tout entier dans la beauté des costumes, dans l'étrange naïveté qui traverse le film, dans le soin apporté aux décors magnifiquement sublimés par un Technicolor ravissant. Alors nous nous laissons séduire par Maria Montez, uniquement lorsqu'elle interprète la cruelle Naja, nous ressentons même un plaisir coupable lorsqu'elle désigne à la mort les futures victimes de son doigt sadique pointé en rythme. Danse du cobra, ondulations hypnotiques, Cobra Woman est une surprise rafraîchissante et exotique, made in Hollywood.

14 févr. 2010

Monster (2003) Patty Jenkins



Itinéraire d'une enfance violée. Ou comment une femme s'accroche désespérément à l'amour alors que sa vie n'est qu'un cauchemar quotidien. Histoire vraie d'Aileen Wuormos, condamnée et exécutée. Le film est assez routinier, il n'y a guère de surprise, nous connaissons ce genre de trajectoire qui nous sont offertes à travers les reportages télévisés. La différence est artistique. La réalisatrice tient à révéler la part profondément humaine de la meurtrière. La réalité est souvent plus complexe, plus nuancée. Du coup cette trame scénaristique presque banale devient insupportable parce que nus avons l'impression qu'il ne faudrait pas grand chose pour qu'un destin change, il faudrait un soutien, une main tendue. cet amour, inespéré, se confronte à une société implacable pour les faibles. Certes les rêves d'Aileen sont démesurés, aussi vastes que la générosité et l'énergie qu'elle déploie pour les réaliser, cependant le poids des souffrances et des coups reçus semblent les anéantir, tranquillement et inévitablement.
Charlize Theron réalise une performance impressionnante. Nous ne cessons d'être émus, bouleversés et horrifiés à la fois devant ce qui se passe sous nos yeux.
L'exécution qui met à un terme à ce parcours est sauvage et brutale, cela même si les crimes commis par Wuornos sont condamnables.

6 févr. 2010

Ne change rien (2009) Pedro Costa



J'aime Jeanne Balibar. Je l'avais aimée dans Va savoir de Rivette, adorée dans Le stade de Wimbledon d'Amalric... J'aime sa frimousse enfantine, pleine de discrétion et de défiance, j'aime le son de sa voix.
Parlons de sa voix. Une après-midi, je ne sais plus quand, je tombe sur un clip, sur la 5, je crois, un petit format qui présente des chansons dans un studio, jouées live. Et je vois Jeanne Balibar avec Rodolphe Burger, Rose. Je tombe immédiatement sous le charme, je ne savais pas qu'elle chantait. Beau morceau d'ailleurs, que je préfère écouter en direct.
Sa voix, qui peut éviter de zapper lorsque nous la reconnaissons vantant une marque de café, nous ne zappons, nous fermons les yeux en montant le volume.
Et ce film qui montre l'artiste au travail. Des répétitions en studio, des séances de travail avec un professeur de chant exigeant qui la mène au bout, des répétitions d'une pièce d'Offenbach. Une artiste qui se donne, qui chante simplement, backstage, on stage, une voix...
Filmé avec un noir et blanc épais, granuleux, ce documentaire prend le temps de la répétition nécessaire à toute création. Laisse le temps filer doucement dans des pièces isolées où l'on parle peu, où l'on se dit des choses à travers un regard furtif. Ce qui est beau c'est de constater à quel point l'artiste se donne, donne de lui-même pour laisser émerger la grâce, fruit d'un talent qui croît par la peine. Pedro Costa a su capter cela de la plus belle des manières, avec presque rien...