16 avr. 2010

Morgane et ses nymphes (1971) Bruno Gantillon



Découvert à L'Etrange Festival de Lyon dans une projection vidéo, plus longue que celle réalisée en 35 mm. Lorsque nous apprenons que Bruno Gantillon se dirigera ensuite vers la réalisation d'épisodes pathétiques de la série Sous le soleil ou encore Louis la brocante, nous nous disons que le talent peut parcourir des chemins détournés. Ce qui n'enlève rien à la beauté envoûtante de ce film.
Françoise et Anna sont deux amies qui partent batifoler à la campagne, évidemment elles se perdent et doivent passer la nuit dans une étable. Le confort de la paille, l'intimité, le besoin de se rassurer les amènent à vivre les anciennes pratiques de Lesbos. Au matin Anna a disparu, Gurth, un nain à la voix douce, invite Françoise à le suivre sur les contrées de Morgane. Là elle devra faire le choix de la jeunesse éternelle, sous la tutelle de Morgane ou de la vieillesse.
Françoise et Anna sont charmantes, mi-bas blancs, peaux laiteuses, belles et ingénues. L'innocence, la fraîcheur, la naïveté sont des atouts que le récit met en avant pour séduire le spectateur. Le budget ne semble pas élevé mais l'intégration des paysages offre un luxe naturel qui ajoute au plaisir. Lac, forêt, château sont les éléments féeriques où évoluent les personnages. La belle Françoise a ma préférence, alors qu'Anna semblait occuper l'espace principal, elle disparaît pour lui laisser toute la place, ô ravissement.
Le rythme est lent, contemplatif et nous savourons avec confort les dialogues littéraires qui appuient le thème du film : la jeunesse, obsession qui mérite tous les sacrifices.
Morgane habite son château, belle utilisation du Château  Val dans le Cantal, avec ses nymphes. Tout y est raffiné, danses nues sous les voiles, tapis, corps sur peaux de bêtes, douceurs, lumières tamisées, baisers tendres, étreintes suaves... L'ensemble avec variations flamenco à la guitare sèche ou musique électronique signées Cisco El Rubio, pseudonyme utilisé par François de Roubaix. Beaucoup de bon goût dans cette oeuvre.
Absent de toute vulgarité, le film laisse son charme opérer, il mérite bien plus qu'une étiquette "cinéma bis" et constitue un enchantement, un rêve étrange et pénétrant... 

5 avr. 2010

Splice (2009) Vincenzo Natali



Séance avant-première à L'Etrange Festival de Lyon. Le film étant prévu pour juin 2010 aux Etats-Unis mais dans une version réduite de dix minutes. Sortie France pour juillet.
Un couple de scientifiques, Adrian Brody et Sarah Polley, travaillent sur l'ADN pour créer des formes animales susceptibles de fabriquer des médicaments plus efficaces. De l'animal à l'homme, la tentation est grande et le pas vite franchi. Le couple n'a pas d'enfant, génération "carrière d'abord" et la créature produite va vite occuper l'espace familial. Conçu dans la clandestinité, ce "bébé", d'abord kangourou sans poils pour allergiques divers, va se transformer en une séduisante jeune femme, pour peu que l'on soit fan des Smashing Pumpkins et de Billy Corgan en particulier. Séduisante mais très vite encombrante...
Produit par Guillermo del Toro, le film débute avec un très beau générique, tout en épiderme sensible, thème organique oblige. Les effets spéciaux sont soignés et efficaces. Ils sont intégrés dans le film avec un réel savoir-faire. Ne le regardez pas avec un oeil scientifique car le couple jette allègrement les principes déontologiques de base très loin au fond du labo. L'éthique n'est pas leur fort même s'ils se posent quelques questions de temps en temps. J'ai préféré, de loin, tout ce qui tourne autour de la parentalité. Le couple, une fois la bête apprivoisée, développe les mêmes comportements qu'un jeune couple pourrait avoir, au sens général. Le père est en réaction de rejet, la mère s'investit à 200 %. Puis les choses évoluent, il semblerait que Natali et ses co-scénaristes aient ingurgité l'intégrale freudienne avec plusieurs services sur le complexe d'Oedipe. Ces passages peuvent plaire ou agacer, au choix, ils m'ont amusé et parfois irrité (j'ai oublié de préciser que l'alternative n'était pas exclusive). Le mari reproche à sa femme une décision retardée : "Tu ne voulais pas d'enfant normal de peur de perdre le contrôle". La science étant un désir de contrôle, le projet de son épouse ne pouvait que naître dans ce cadre rigoureux. Les jeunes parents ou ceux en devenir se doivent de voir ce film, ils vont y retrouver une grande part de leurs craintes, résumées à la sauce hollywoodienne, certes mais en deux petites heures nous pouvons nous y amuser. Le reste est classique, un peu d'action, quelques trames narratives secondaires pas toujours bien amenées...