29 mai 2010

Lunga vita alla signora ! (1987) Ermanno Olmi



Libenzio est un jeune élève de l'école hôtelière qui est envoyé avec cinq autres camarades dans un château qui accueille des groupes pour des congrès et autres sauteries mortuaires. Fasciné par les lieux et les secrets que son imagination lui laisser apercevoir, il doit suivre le mouvement imposé par le rythme des serveurs et de la préparation du grand repas qui s'annonce. Une dame, la signora, a prévu un repas et les instructions sont des plus précises. Le film impose au spectateur la longue préparation, éprouvante et en même temps intéressante, le travail à l'oeuvre reste une des forces du cinéma d'Olmi. L'apprentissage d'un métier suscite le désir de la connaissance, l'attente du geste parfait. Seulement la rigueur excessive du dispositif laisse présager la catastrophe. Les invités arrivent et attendent avec solennité la maîtresse de cérémonie. Seul un convive perturbe le protocole avec un ravissement assumé. Nous sommes aux premières loges et le faste froid et ordonné nous fait préférer le désordre de la coulisse. Les domestiques, les serveurs sont bien plus humains que les convives, qui, à l'exception d'un seul, obéissent avec stupeur et tremblement à cette vieille dame cadavérique, momie antique venue d'outre-tombe qui tient à boire son champagne avec une paille en or Dior. Libenzio est utilisé comme un objet par le rite professionnel qu'il doit maîtriser, ce qui l'empêche de percer le mystère du bout de tissu près de la cave, ce qui l'empêche de poser les yeux plus longuement sur cette belle rousse attablée qui le fait rêver... Une bourgeoise lui a demandé son briquet, celui qui doit être à la disposition des fumeurs, et profite de cela pour l'inviter dans sa chambre après le repas. De serveur il devient objet sexuel, comprenant que la dame se prépare à le croquer il fuit et se perd dans le château. Revenant dans sa chambre il comprend alors qu'il doit fuir, son instinct lui commande l'escapade. Partir à l'aube d'un endroit qui vous déplaît est un rare plaisir. S'avancer doucement dans le couloir, franchir un à un les espaces qui vous séparent de la liberté vous donne ce frisson qui vous rappelle que vous êtes vivant, encore. Une fois dehors Libenzio se fait poursuivre par le gros chien de la signora, il lâche ses valises et s'étale sur l'herbe, pensant qu'il allait être dévoré par le monstre. L'animal est un frère, le carton de fin nous indique que lassé de cette vie de star (un domestique amateur de bandes dessinées s'occupait exclusivement de lui) il ne voulait pas le mordre mais il attendait qu'il se remette à courir... pour jouer.
Film captivant par le cérémonial exhibé, par la confrontation entre le regard innocent de l'enfance, fasciné par les lieux puis horrifié par ce qu'il y trouve et par la bassesse des convives, qui volent quelques couverts, ce qui n'étonnent pas les serveurs, qui restent hypocrites et s'extasient devant la vulgarité des chiffres et courbes économiques qui sont le centre de la soirée. C'est un peu la vieille de Lo scopone scientifico qui rencontres ses administrateurs lors de la réunion annuelle.

27 mai 2010

Moi, petite fille de 13 ans : Simone Lagrange témoigne d'Auschwitz (2010) E. Coronel, F. Gaillard, A. de Mezamat



Récit bouleversant d'une enfant qui a vu sa famille périr dans les camps et qui réussit à devenir une femme, à continuer à "tenir à la vie". La voir raconter simplement, avec un sourire qui ne s'efface qu'à de rares moments, ces instants vécus est une expérience rare. Se sortir de l'enfer, puis de sa cuisine, apercevoir Klaus Barbie sur son téléviseur, l'homme qui a mené les siens vers la mort. Ensuite témoigner, l'affronter puis repartir... C'est une force étrange qui émane de cette femme, de la fureur et de l'ignominie elle réussit à préserver une humanité, une confiance étonnante qui redonne espoir. A montrer à tous ceux qui doutent, à tous ceux qui n'y croient plus...

Merci à Ermens pour avoir attirer mon attention sur cet objet précieux.

14 mai 2010

The Manxman (1929) Alfred Hitchcock



Dernier film muet de Sir Alfred. Il dira à Truffaut que c'est là son seul intérêt, "un film très ordinaire, sans humour." Le jugement est radical mais je le crois juste, avec quelques nuances bien entendu. Mais à regarder sa filmographie, période muette, les trois films que je garderais précieusement sur mon île déserte (avec courant et salle de projection) seraient The Lodger, The Ring et Downhill. Pas celui-ci. 
Hitchcock peut toutefois s'enorgueillir d'avoir étoffer sa palette de metteur en scène. Il filme et utilise les extérieurs, la Cornouaille qui représente l'île de Man, avec brio, voir la scène où Kate et Philip se rejoignent sur la plage. Les effets sont moins nombreux que dans ses films précédents, je pense à l'usage du journal intime pour signifier le rapprochement de Philip et Kate. Un plan me ravit, celui d'où est extrait la capture. Pete se penche sur Kate mais celle-ci souffre de devoir rester avec lui, les flammes surgissent à l'arrière-plan  comme issues des pensées de cette dernière qui, de plus, et grâce au jeu précis de Anny Ondra, témoigne d'une tension interne entre l'envie de meurtre et le cri de désespoir. Voyez ce passage, je le trouve admirable. Le reste est souvent assez lent et le travail sur le déplacement des acteurs, la profondeur de champ ne suffit pas à me rendre ce mélodrame agréable. Il me manque l'émotion que je trouve chez Stahl ou chez Sirk. En dépit du triangle amoureux, le film ne me semble guère hitchcockien, il relève plus d'une maîtrise du récit, d'un travail soigné auquel il manque un supplément d'âme. Carl Brisson, que je trouve excellent dans The Ring, me paraît bien trop niais dans celui-ci. Ondra est en revanche ravissante et apporte beaucoup de charme et de passion à son personnage.

13 mai 2010

La viaccia (1961) Mauro Bolognini



Une famille italienne à la fin du XIXème siècle, à Florence. Le paternel meurt et c'est le fils, Ferdinando, petit bourgeois commerçant, qui devient le propriétaire. Le frère, Stéfano (Pietro Germi), doit attendre que ce dernier décède pour hériter du terrain familial, appelé "La viaccia". Vouant sa vie à la terre qu'il cultive il a peur que cette dernière lui échappe, il fait mine d'envoyer son fils Amerigo (Jean-Paul Belmondo) auprès de l'oncle afin de l'amadouer et d'avoir la certitude d'être bien vu, ce dernier étant fragile du coeur et devant mourir prochainement. C'est sans compter avec la femme qui vit avec lui et qui fait tout pour qu'il se marie enfin avec elle, elle deviendrait ainsi l'héritière et donnerait un avenir au fils, non reconnu, qu'elle a eu avec le marchand de vins. Amerigo arrive à Florence et tombe amoureux de Bianca, une prostituée (Claudia Cardinale). 
Dans un magnifique noir et blanc, Bolognini montre avec une cruauté sans détour une famille se déchirer ridiculement pour des biens. Voir la façon dont Stéfano donne son fils à son frère, veut laisser sa belle-fille à son service ou encore s'abaisse à flatter Beppa, devenue l'héritière. L'autorité dont il fait preuve avec son fils cache une humiliation absolue issus du désir de garder la terre qu'il travaille. Amerigo veut s'émanciper de cette destinée paternelle et l'amour qu'il porte à Bianca est ce qu'il vit comme la manifestation de son identité. Elle en joue et semble osciller entre un réel désir et la possibilité qu'il devienne héritier. L'argent, encore une fois, vient pervertir, troubler les relations entre les êtres. Le personnage, joué par Belmondo, est déplacé de son milieu originel et n'arrive pas vraiment à trouver sa place. La parenthèse politique qui semble se tenir maladroitement entre les anarchistes et lui révèle son incapacité à "jouer un rôle", à avoir une position bien définie. J'aime à croire que les belles séquences où Amerigo erre dans Florence, alors que le jour peine à se lever du brouillard qui l'emprisonne, ne sont que la métaphore de son incapacité à se réaliser, à devenir un homme. Rejeté de tous, il finit par mourir à l'écart, comme un héros romantique, marginal et esseulé.

9 mai 2010

Champagne (1928) Alfred Hitchcock



Hitchcock est déprimé, nerveux. Non pas parce que les meurtriers ont fui sa filmographie depuis quelques temps mais parce qu'il s'apprête à devenir père et cela le dépasse. Spoto raconte que lors de l'accouchement il quitta les lieux pour ne revenir que le lendemain. En offrant un bijou à son épouse il avoua n'avoir pas supporté ce suspense insoutenable!!
Selon lui ce film est "ce qu'il y a de plus bas dans sa production." C'est du moins ce qu'il dit à Truffaut. Il est vrai que le sujet n'est pas excitant mais nous savons qu'un sujet peut être sublimé par la mise en scène.
Cette histoire de champagne était, au départ, celle d'une jeune ouvrière de Reims qui décide de suivre le parcours de ces caisses qu'elle conditionne, et donc de gagner la ville. Devait suivre une autre "pente" qui la ramènerait au point de départ mais avec un tout autre point de vue sur ces bouteilles. Mycroft et le studio veulent plus d'humour, les spectateurs ayant apprécié celui distillé dans The Farmer's Wife, et tirent le récit vers l'anecdotique et le gag. 
Hitchcock en était dépité, il dira à un journaliste qu'il avait placé le maigre scénario dans un almanach, espérant qu'il absorbe quelque chose d'intéressant. Michael Powell dans le premier volume de son autobiographie, Une vie dans le cinéma, raconte que Hitchcock sabotait le travail des photographes du département publicité, il disait à qui voulait l'entendre que le film était superficiel et n'aimait guère l'actrice principale Betty Balfour qu'il qualifiait "d'obscénité banlieusarde". Powell aborde le film pour raconter comment il arriva à gagner sa confiance et faire les photographies de plateau.
Et le film?
Je dois dire qu'il ne constitue pas une réussite. Je le trouve bavard ce qui est un comble pour un muet, truffé de longueurs, même si les trouvailles visuelles habituelles chez Hitchcock sont présentes, constater que le plaisir de la mise en scène manque est un constat facilement vérifiable.
Gordon Harker n'a pas la même présence que ses films précédents, le tic qui anime sa joue gauche n'est pas assez remarquable pour effacer le peu de consistance de son rôle. Balfour est assez terne mais elle s'en sort honorablement. Le faux pervers, ami du milliardaire, est constamment en train de jeter des regards plein de suspicion, ils deviennent vite lassants tout comme le maître d'hôtel qui se frotte les mains continuellement.
Quelques passages à noter : le point de vue subjectif au début et à la fin du film où l'on voit la scène à travers le verre de champagne qu'un personnage est en train de vider et qui a nécessité la construction d'un verre à taille suffisante pour permettre l'effet ; le panoramique rapide sur des robes de luxe qui se surimpressionne sur le visage de la jeune qui vient d'apprendre que son père est ruiné ; le vol des bijoux où le cadre ne montre que les pieds, les quatre serveurs qui se transmettent la commande ; la manière dont en cuisine les mets sont manipulés sans précaution et la différence de traitement lorsqu'ils sont servis au client...
La fausse scène où la jeune fille se fait abuser par l'ami du père, Hitchcock s'amuse alors à tromper son spectateur. Une scène me rappelle un autre film de Hitchcock mais je ne sais plus lequel (cela reviendra puisque je vais tous les revoir...), lorsque la jeune fille regarde une vitrine où l'on vante des croisières à l'étranger, j'aime beaucoup ces redites.
Au final le film doit être vu par tout geek hitchcockien qui se respecte mais il n'aurait pas sa place dans une rétrospective de qualité.

8 mai 2010

The Farmer's Wife / Laquelle des trois ? (1928) Alfred Hitchcock



Hitchcock n'avait pas une affection particulière pour ce film, il dit à Truffaut : "J'ai fait mon boulot mais ce n'était pas un très bon film." Tiré d'une pièce à succès, Hitchcock utilise de nouveau Lillian Hall-Davis, toute en émotion retenue mais surtout Gordon Harker, excellent en intendant ronchon et misogyne.
L'histoire est celle d'un homme qui perd sa femme, marie sa fille et se retrouve seul. Il décide après un moment de se trouver une épouse et dresse une liste de quatre noms, le titre fait référence à trois femmes, ne me demandez-pas pourquoi... Il s'apercevra, après avoir essuyé un échec total, que celle qu'il attendait n'est autre que sa servante, dévouée et attentionnée.
Encore une fois pas grand-chose à se mettre sous la dent chez Truffaut ou chez Spoto. J'aime tellement découvrir, redécouvrir pour certains, ces films de la période anglaise qu'il me manque de quoi y apprendre plus de choses. J'ai trouvé un livre qui risque d'être très intéressant : English Hitchcock par Charles Barr, le sommaire et l'index sont consultables sur Amazon (USA), je l'ai commandé et l'attends désormais avec impatience...
Hitchcock est célèbre à l'époque, alors même qu'il rejoint le studio le plus important du pays, il perd de son pouvoir de décision. Les sujets lui sont imposés, paradoxe gênant. Spoto signale avec justesse une lettre ouverte que le réalisateur donne au London Evening News, à la même époque. Hitch aspire à faire des films aussi personnels que les oeuvres des plus grands écrivains, il prône dans cette lettre le contrôle total : "... when moving pictures are really artistic they will be created entirely by one man...". Seulement il est sous la coupe de Walter Mycroft, un ancien écrivain et critique de cinéma, qui décide des sujets et ne lui laisse pas la liberté espérée.
Au moment où le parlant fait son apparition aux Etats-Unis, Hitchcock doit adapter cette pièce le moins théâtralement possible. Ce qu'il réussit. Le film n'est pas des plus passionnants mais il se regarde volontiers. Les acteurs y sont bons, l'intérêt réside dans la manière dont le récit est mis en images.
Comment éliminer la frontalité lassante des adaptations théâtrales ? Hitch choisit d'abord un découpage assez dynamique. Il faudrait compter les plans du film par rapport à d'autres adaptations convenues, nous en constaterions un nombre plus important. Aérer le sujet de scènes tournées en extérieur. Le Devon et le Surrey offre un cadre magnifique à cette histoire romantique, de très beaux plans, cadrés avec soin, parsèment le film. Hitch achètera une maison dans les environs, tombé amoureux de la campagne, et voulant se retirer de Londres le week-end. Ensuite les échelles de plans sont très diversifiées avec raccord dans l'axe, inserts, changements de points de vue. L'oeil n'a guère le temps de s'éterniser, ce n'est pas un film d'action mais le travail sur l'image est si précis que l'aspect théâtral du film disparaît nettement. Enfin le décor est utilisé avec gourmandise, les personnages vont et viennent et l'action se déploie souvent dans plusieurs pièces contiguës. Parfois la caméra plonge au coeur de la scène et suit un ou deux personnages parmi les autres, je pense notamment à la réception donnée pour le mariage de la fille de Sweetland.
Film mineur mais certainement pas dénué d'intérêt, The Farmer's Wife permet à Hitchcock de travailler la forme (le chef opérateur étant tombé malade il devra même le remplacer et s'occuper d'une partie des plans) et le style. Good job!!

7 mai 2010

The Ring / Le masque de cuir (1927) Alfred Hitchcock



Continuons notre exploration des films muets de Sir Alfred...
Les coffrets Studio Canal nous permettent d'apprécier de nombreux films de sa période anglaise dans de très bonnes conditions alors ne nous privons pas de ce plaisir.
Le film est très peu abordé dans le Donald Spoto et encore moins dans le Truffaut. C'est un peu regrettable, si vous avez une référence à me conseiller sur sa période anglaise n'hésitez pas à nous la communiquer.
Hitchcock est désormais le réalisateur le mieux payé d'Angleterre. Son contrat avec Balcon et la Gainsborough Pictures est honoré, le voici chez British International. Il a les mains libres pour y réaliser son premier film. Ce sera un scénario original qui brille par l'absence de trame policière. Deux hommes, deux boxeurs, sont amoureux de la même femme. L'un est le mari, amateur, l'autre un champion. L'épouse se laisse séduire par le plus prestigieux.
Hitchcock confie à Truffaut que c'est là son deuxième film, celui qu'il revendique pleinement, dont il est satisfait. Il le peut car derrière une intrigue assez maigre il truffe son récit de trouvailles visuelles où l'ingéniosité le dispute à la virtuosité.
J'aime d'abord voir dans cette histoire une métaphore du jeune réalisateur partant à l'assaut d'un studio plus important sans complexe aucun. Comptant sur l'amour véritable qu'il voue au cinéma. Je force un peu le trait mais cela me plaît.
Ce qui frappe le spectateur est la maîtrise évidente du réalisateur pour conter son histoire avec un enthousiasme et une invention qui n'est jamais gratuite. Dès la séquence d'ouverture, l'animation de la fête foraine est restituée par un découpage rythmé où les plans en mouvements se succèdent les uns aux autres avec une fluidité parfaite. Vient la rencontre entre l'étalon australien, le très bon Ian Hunter, et la jeune femme, Lilian Hall-Davis, dont le nom n'est, je crois, jamais mentionné. Jeu de regards subtils... il faut alors apprécier la manière dont Hitchcock joue de la profondeur de champ, les personnages sont souvent isolés, quittant le plan dans la profondeur, s'inscrivant dans des cadres internes à l'histoire, portes, pièces contiguës, fenêtres... A la structure cyclique répond les lignes horizontales et verticales qui viennent séparer les personnages, les enfermer dans leurs névroses, notamment Jack et sa jalousie parfois maladive. Le cinéma fortement stylisé allemand qu'aime tant Hitchcock transpire dans tous les plans. il y a une rigueur langienne chez lui, une précision architecturale.
Le cercle est d'abord le ring sur lequel se bat Jack, combat qui doit lui permettre de reconquérir l'être aimé. C'est aussi l'anneau de mariage qu'il doit honorer, selon la formule consacrée prononcée devant le prêtre. C'est également le bracelet offert par le champion, bracelet qui figure un serpent, signe évident, qui vient troubler l'union du couple. C'est ce bracelet qui, au début du film, brise l'image du baiser dans l'eau, en tombant l'image se brise. Comme toute forme parfaite c'est à la fin du film, le cercle étant refermé, que le couple retrouvera son unité, et c'est à travers du même élément qu'Hitchcock inscrira ce moment : l'eau du seau destinée à rafraîchir le boxeur qui renverra l'image retrouvée de la jeune femme.
Le cercle revient à de nombreuses reprises, c'est le jeu de cartes étalé sur la table de la diseuse d'aventures, c'est le punching-ball où jack passe ses nerfs, le visage de Corby (Ian Hunter) en surimpression...
Entre le cercle et les lignes droites, les distorsions.
La quête de Jack ne s'effectue pas sans souffrances, les coups pris sur le ring troublent naturellement la vue du jeune boxeur mais ce qui est plus intéressant ce sont les images mentales distordues qui sont engendrées par la jalousie, Clouzot dans L'Enfer en fera un parcours très complet. Le film a cet aspect psychologique très marqué qui fera la beauté d'oeuvres ultérieures du maître, The Ring est aussi le combat mental qu'effectue Jack avec douleur. Le choix de Carl Brisson est judicieux, il a cette bonhomie  toute sympathique qui gagne le spectateur, il faut noter que Hunter n'est pas son contraire, il est décontracté, joue de la séduction mais ne se fait pas haïr. C'est le personnage féminin qui incarne la faute et qui regagnera son intégrité in extremis. 
L'horizontale et la verticale.
Le film développe avec brio deux niveaux, deux plans horizontaux qui figurent le monde du dessous et celui de la réussite. Le jeu des affiches qui montrent le succès de Jack symbolise le passage vertical qui le mènera "à l'étage supérieur". Jack est issu d'un milieu modeste, petit vainqueur, petite gloire d'une attraction, il partage avec ses amis les joies d'une vie simple. Jack a ce coeur simple flaubertien, issu du peuple, pur et désintéressé, sans "the girl" le champagne n'a plus de raison d'être, il ne pétille plus. En revanche Corby est de la haute, l'argent dore son univers. Hitchcock joue alors de ces deux plans... Jack, attendant celle qui ne vient pas, prête l'oreille à l'ascenseur qui ne lui renvoie rien. Pour la reconquérir il devra combattre, en bas, là d'où il vient, sur le ring.
Ce ne sont que quelques exemples mais le plaisir vient d'abord d'une forme extrêmement travaillée, d'une histoire d'amour qui ne cache rien des pièges de la vie, le manager aux dents longues, la femme se laissant abuser par les bulles et le prestige, d'une fin pas si sûre que cela, les couples chez Hitchcock vivent toujours des difficultés abyssales. Beauté également des matchs où l'intérêt se situe dans la foule qui regarde. Le combat final est amené avec soin, Hitchcock faisant attendre le spectateur en prenant le temps de montrer les préparatifs. Ellipses et accélérations du récit, les affiches avec l'arbre différent selon les saisons, les spectateurs qui remplissent le Royal Albert Hall... 
Je voulais signaler ce très beau plan, sage et pourtant fortement érotique, lorsque Jack déchire la robe de sa tendre, l'épaule et le bras dénudé de la belle laisse alors apercevoir le bracelet de sa passion du moment, fermement entouré sur sa peau nue. Le plan est amené avec une force si inattendue, si naturelle qu'il irradie de beauté.