30 juin 2010

La vida loca (2008) Christian Poveda


Depuis la guerre civile Christian Poveda n'a jamais vraiment quitté le Salvador qu'il connaît depuis trente ans. Les jeunes gens qui ont fui le pays se retrouvent, pour la plupart, à Los Angeles où règnent les gangs chicanos. Pour se défendre ils se regroupent et forme le leur. Ils deviennent puissants et vont se diviser à cause d'une femme convoitée par plusieurs chefs. Ils se scindent alors en deux groupes appelés les maras : la Mara 18 et la Mara Salvatrucha. La guerre dure depuis vingt ans et frappe de plein fouet la jeunesse salvadorienne. Ce sont les membres de la Mara 18 qu'a réussi à approcher Poveda. Sin Nombre montre la difficulté de sortir de ces groupes.
Beaucoup de ses membres sont orphelins, ils vivent ensemble, pour le groupe et par le groupe, font des enfants, se font tuer, arrêter et laissent ces derniers dans le dénuement, prêts à intégrer le groupe et à le renouveller. Ils vivent d'extorsion de fonds, de la vente de la drogue et passent leur temps à essayer de décimer les membres du groupe ennemi. Les tribunaux les jugent séparément, consacrant une journée sur deux à un groupe pour ne pas qu'ils se croisent et se massacrent dans les couloirs, les prisons les séparent également. Pendant les fiestas du week-end la moitié du groupe boit pendant que les autres sont de garde pour les protéger, c'est dire la haine et le danger qui rôdent...
L'intérêt du documentaire est de sortir du fait divers, de porter le regard ailleurs que sur les corps ensanglantés même si les assassinats et les enterrements scandent le film. Il est d'ailleurs terrifiant de voir des personnages mourir alors que le film les présenter avec humanité et empathie. La violence n'est pas évacuée, elle fait partie du quotidien de ces gangs mais il y a autre chose, un désir de solidarité, la volonté de reconstituer une famille éphémère mais solide. Les tatouages prennent alors valeur d'appartenance, la peau recueillant le groupe, les "frères". Des moments précieux sont captés, la fierté de Wizard qui réussit à se trouver "bien" de nouveau en soignant son oeil blessé, le pain sortant du four qui doit permettre à quelques membres de se réinsérer, le désir de Chucky de retrouver sa vraie famille, le couple formé par Bambam et Little One. Poveda fait vivre, exister ces destins fragiles et permet à la beauté, à la sensibilité de faire irruption. Il permet l'incroyable.
Le film a été apprécié par tous ceux qui ont été filmés, Poveda est quelqu'un qui leur a apporté un supplément d'âme. Il faut croire que la jalousie d'autres membres a poussé certains à commettre l'irréparable. Alors que le dvd est piraté et qu'on le trouve partout dans les quartiers où règnent les gangs, Poveda est retrouvé assassiné de quatre balles tirées à bout portant, toutes dans la tête. Un contrat aurait été lancé sur tous ceux qui ont pris part au documentaire. Les luttes intestines sont banales dans ces groupes ultra-violents et elles se règlent avec une radicalité des plus macabres.
Reste le film, des photographies, le travail et le regard d'un homme.

Goodbye Bafana (2007) Bille August



Nouvelle section pour les films, trop nombreux, que je vois et qui méritent d'être oubliés. 
Celui-ci est l'oeuvre de Bille August, souvent récompensé, dont je n'avais rien vu auparavant. Adaptation d'un récit autobiographique, celui du responsable de la censure qui travaillait auprès de Nelson Mandela lorsque ce dernier était prisonnier politique sur l'île de Robben Island. Peu à peu le geôlier devient l'intermédiaire privilégié entre Mandela et ses supérieurs et va changer sa position sur l'apartheid.
Le sujet est intéressant et donne envie d'y voir de plus près. L'aura de Mandela, déjà manifeste dans Invictus, opère de nouveau, ce devait être un diable d'homme, modèle incomparable... Ici le point de vue est centré sur James Gregory (Joseph Fiennes), Mandela est joué par Dennis Haysbert et la femme de Gregory est incarnée par Diane Kruger. 
Le film est bien trop lisse et ne bénéficie pas d'une interprétation de qualité. Le vieillissement des acteurs n'est pas convaincant, le récit se développe sur plusieurs décennies, et Fiennes peine à nous faire ressentir ses démons intérieurs. Or c'est là tout l'intérêt du propos, comment un blanc au discours sectaire parvient à tomber en admiration pour le détenu qu'il contrôle. Rien, ou si peu, de tout cela ne transparaît pas de nuances mais des scènes qui se suivent sans profondeur. August délivre un album froid et didactique où aucune âme réelle ne se dégage. Quel dommage !! En comparaison le film d'Eastwood réussit à poser un vrai personnage, et même deux avec les prestations de Morgan Freeman et Matt Damon. Je délaisse volontairement les parties de rugby filmées sans talent. Le réalisateur scandinave ne semble pas vibrer pour son sujet, il l'illustre pauvrement et se contente d'enchaîner les scènes sans passion, sans force.

20 juin 2010

A Beautiful Mind / Un homme d'exception (2001) Ron Howard


 Le hasard fait que je me retrouve avec ce dvd dans les mains. Fan de Russell Crowe, sensible aux charmes de Jennifer Connelly, je ne pouvais qu'y jeter un oeil intéressé. Je retrouve même Judd Hirsch qui était excellent dans Running on Empty de Sidney Lumet. L'histoire est passionnante, celle d'un génie des mathématiques qui lutte contre une schizophrénie tenace mais le film ne décolle qu'à de trop rares moments. J'ai le sentiment que Ron Howard a le chic pour plomber ses sujets. Il n'y a que Frost/Nixon que j'ai trouvé réussi, de ceux vus à ce jour. Film mal rythmé, bien reconstitué mais manquant de noirceur, de trouble, ce qu'aurait pu en faire un Cronenberg me laisse rêveur. Quelques bonnes répliques mais tout sent le consensuel, le téléfilm du dimanche. Une déception. 

5 juin 2010

Gung Ho / Du saké dans le moteur (1986) Ron Howard



Hunt Stevenson, Michael Keaton, part au Japon pour convaincre des entrepreneurs de reprendre l'entreprise de sa ville natale. Le projet va se concrétiser mais les japonais vont vouloir appliquer leur modèle productif. Choc des cultures qui est le sujet du film, augmenté d'un discours social ambigu. Car si relever le défi de produire 15000 voitures est réussi, il ne peut l'être qu'une fois. Le film est daté, l'avenir verra les financiers balayer les efforts des ouvriers, si méritants soient-ils...
Keaton assure le service et justifie à lui seul la vision du film. Quelques problèmes de rythme se posent qui, résolus, auraient pu donner une dimension supplémentaire. Le tagline de l'édition dvd promet des rires qui "passent à la vitesse supérieure". L'objectif est loin d'être atteint. En revanche c'est un sourire amer qui naît lorsqu'au final les ouvriers américains se mettent à accomplir la gymnastique matinale à la japonaise. Le succès narratif est d'une désespérance aliénante.