22 juil. 2010

The Firm (1993) Sidney Pollack



Sidney Pollack fait partie de ces réalisateurs qui ont du métier. Pas d'esbroufe, pas de chichi, de l'efficacité, une histoire, de bons acteurs et bang !! Vous prenez le film en pleine poire, vous êtes ailleurs et une fois terminé vous pensez que le temps a passé bien vite. Certains ne seront pas d'accord, jugeront ce film ringard, cousu de fil blanc. Faut juste se détendre, ouvrir les yeux et se laisser conter l'histoire...
Cruise campe un étudiant encore tout tendu de l'aviron pratiqué à Harvard. Il en a bavé, a bossé et les cabinets d'avocats se pressent autour de lui pour solliciter son talent. Ce sera Memphis et la Firme, une quarantaine d'avocats, des avantages qui font voir la vie en couleurs, la réussite... Mais peu à peu ce qui constituait un tremplin vers la gloire se révèle être un piège inextricable.
Adapté du roman de Grisham que je n'ai pas lu le film bénéficie d'un casting remarquable avec mention spéciale pour Gene Hackman qui réussit à nous faire ressentir tout le spectre des émotions grâce à son interprétation. Cruise est excellent et les seconds rôles sont parfaits : Hal Holbrook (Into the Wild) a la patine des années qui provoque la sympathie et la confiance nécessaires pour attraper les naïfs, Wilford Brimley (The Thing) est sombre comme la mort, Holly Hunter (Crash, La leçon de Piano) n'a pas beaucoup de scènes mais elle a une telle présence qu'on ne peut l'oublier, Gary Busey est de la même trempe, sa tignasse blonde et sa gueule de voisin idéal sont toujours un bonheur. Et encore Ed Harris, crâne d'oeuf du FBI, Gary Busey (magnifique dans sa scène de Running on Empty) est de la partie, Davis Strathairn a beaucoup de charisme, je ne le connaissais pas, Tobin Bell a une vraie tête de dingue avec ses cheveux blonds de mort-vivant empaillé, parfait pour le tueur de service. Sans parler de Paul Sorvino, un de nos mafiosi préférés. 
Ambiance pop corn et chamallow pour l'ascension, musique limite irritante, puis le film quitte les zones paradisiaques pour déambuler vers des espaces plus morbides, plus paranoïaques et là cela devient vraiment intéressant. Pour finir on ne peut qu'être ravi d'entendre une réplique issue d'un très bon Mann : Thief, Pollack est un homme de goût.

19 juil. 2010

Selon Matthieu (2000) Xavier Beauvois



Beauvois est un cinéaste qui compte beaucoup à mes yeux. Il est de ceux qui s'attachent à décrire de vrais personnages dans leurs milieux sociaux en essayant de porter sur eux un regard juste.
Le film commence par quelques plans aériens qui traversent l'espace géographique de manière à développer l'ensemble du territoire : de la mer à la campagne, des villes aux demeures prestigieuses en passant par l'usine. Eléments différents constitutifs d'un même ensemble.
Matthieu travaille dans la même usine que son père et son frère. La vie est sans surprises : partie de chasse encadrée par le directeur de l'entreprise, journées de travail, mariage, projet immobilier, enfants à venir. Pas de surprises, beaucoup y trouvent leur bonheur et cela est normal. Le père fait l'erreur de fumer une cigarette à son poste et se fait licencier froidement après des années d'ancienneté. Déprime, il se jette sous une voiture peu après le mariage de son fils. Matthieu va essayer de réagir, en vain. Il est celui qui refuse la situation, celui qui veut se frotter aux puissants mais le collectif ne prend pas. Il décide alors de séduire la femme du patron...
Il y a d'abord l'amour d'un fils pour son père. Matthieu est le cadet, il a la fougue et la rage de la jeunesse devant Eric, son frère, qui veut fonder une famille. Matthieu le lui reprochera ce conformisme. Les relations entre les hommes de la famille sont esquissées avec tact et subtilité. Toute l'admiration du père pour le cadet se voit lors de la partie de chasse initiale, la maladresse et le manque de brio de l'aîné semble être une constante qui fait la sympathie du personnage. Benoît Magimel est parfait, il incarne avec justesse la détermination et la force de son personnage, Antoine Chappey est brillant, il joue à merveille la fragilité, le retrait et sait révéler la force, plus complexe, de cet homme qui veut la paix, qui veut réussir à s'extraire de la maison familiale. L'application de Matthieu, application maniaque, pour laver la tombe de son père témoigne de cet amour et de cette colère. Amour filial et colère envers l'injustice du système qui broie l'individu en situation de faiblesse.
Amour filial et relation fraternelle, la rivalité, les différences qui se font jour entre les deux frères ne sont qu'une écorce fragile qui renferme un attachement et une détresse mêlés. Voir la scène finale, sublime d'émotion et d'intensité.
Ajoutons à ces lignes celles qui traversent les différences sociales. Matthieu, comme Cagney dans White Heat expliquant à ses complices l'histoire du cheval de Troie contée par sa mère, va pénétrer au coeur de l'ennemi, cachant son secret, son identité, sa vengeance. Beauvois montre les possédants, les puissants de la région, ceux qui emploient les ouvriers dans leur humanité, il nous laisse juge et leur permet de se défendre, dévoilant une complexité plus nuancée. L'épouse du "patron", Nathalie Baye, n'est pas la bourgeoise hautaine qui méprise la populace, ce qui rend la tâche de Matthieu plus difficile. Il tombe amoureux, il est séduit. Il est intéressant de suivre l'intrigue et de se demander s'il ne va pas perdre pied. Baye réussit admirablement à donner chair à cette femme, c'est "une vraie personne", pas un cliché. Le propriétaire de l'usine est travaillé dans la même optique, il existe pleinement et n'est pas antipathique. 
C'est là que fonctionne le souffle lyrique, c'est dans cette présentation dénuée de traits grossiers que peut se développer l'émotion, le regard captivant de Beauvois sur ses personnages, sur la vie.

18 juil. 2010

Inside Man (2006) Spike Lee



Scénario impeccable pour ce film de braquage réalisé par Spike Lee. Acteurs de premier ordre : Clive Owen en gangsta leader qui contrôle la situation, Denzel Washington en inspecteur ultra cool qui ne lâche rien, Jodie Foster en garce professionnelle. Nous avons même droit à Willem Dafoe qui joue un flic un peu rustre et Christopher Plummer qui est le fondateur de la banque qui fait l'objet du braquage, j'adore cet acteur. Le récit se passe à New York, là où on peut diffuser sur haut parleur une langue étrangère qui peut être reconnue par un quidam, la ville multi-ethnique. Un grand enjeu pour Spike Lee, voir la scène du client sikh qui se fait arrêter par les flics et l'interrogatoire qui suit. De l'action, du suspense, une distribution impeccable, une réalisation nerveuse mais pas trop, du grand confort pour un excellent divertissement.

Pioniere in Ingolstadt / Pionniers à Ingolstadt (1970) R. W. Fassbinder



Ingolstadt. Des pionniers, soldats du génie, sont en train de construire un pont. Les jeunes demoiselles de la ville veulent en profiter pour trouver un partenaire, les soldats veulent en profiter. Berta (Hanna Schygulla) veut un homme, un vrai, elle cherche l'amour, le frisson de l'âme. Alma (Irm Hermann) cherche l'efficacité et ne voit aucun inconvénient à vendre son corps. Ces jeunes femmes semblent profiter de la venue des soldats pour sortir d'une vie sordide, d'une existence où elles n'ont pas le sentiment d'exister. Les pionniers ont l'habitude, en dehors du café et du travail, ils savent charmer grâce à leurs uniformes, atout qui leur permettent de rivaliser avec les bourgeois et leur argent. Le discours social opère constamment entre les individus. Fassbinder les montre, pris dans leurs conditions, sans pour autant les juger. Tous les personnages ont leurs raisons : existentielles, économiques ou sociales. Le rapport de force s'exerçant diversement entre eux. Il y a cet homme riche, puissant, qui force son fils à avoir des relations superficielles très vite, pour qu'il devienne un homme, ensuite il aura une voiture. Discours encore présent chez beaucoup  de mâles, la femme n'étant plus une personne mais un objet rituel. Pas d'amour ou si vite oublié, il faut, dira un soldat, faire comme si on avait aimé... Désolation totale, angoisse de n'être personne et de disparaître. Ceux qui cherchent une relation pure doivent passer leur chemin. Les plus belles scènes, celles qui bénéficient d'une lumière naturelle sont celles où les soldats travaillent sur le pont, la vengeance vient détruire la quiétude qui les habitait.

17 juil. 2010

Sky Captain and the World of Tomorrow (2004) Kerry Conran



J'avais lu quelque chose de positif sur dvdclassik, j'avais gardé ça dans un coin et en tombant sur le dvd je m'étais dit pourquoi pas... Parce que je ne suis pas un fan absolu des films de science-fiction et que celui-ci me paraissait hybride. Un côté rétro vu que l'ancrage se fait autour de la fin des années 30, à en juger par la programmation ciné, science-fiction de par les inventions et la technologie développée. Les acteurs y figurant ne sont pas des acteurs très charismatiques... bref, pas mal de réticence mais placé dans une liste que je me dois de respecter ce film ne m'a pas déçu. Il m'a même enthousiasmé avec cette facilité, cette manière de tout oser avec simplicité comme dans une bonne bande dessinée qui vous divertit tranquillement mais puissamment. Visuellement il y a un gros boulot, assez homogène, les personnages sont interprétés avec un certain détachement qui renforce l'aspect "comic" du récit. Un peu d'humour mais pas trop, juste ce qu'il faut pour apporter un peu d'intelligence. A noter l'utilisation de Laurence Olivier, post-mortem, je crois que c'était là la seule info qui était, à l'époque de la sortie du film, parvenue à mes oreilles. A conseiller, à voir pour petits et grands.

16 juil. 2010

Petits arrangements avec les morts (1994) Pascale Ferran



Famille heureuse, famille nombreuse ? Autour d'un château de sable, petites histoires familiales. Celle d'une famille et celle d'un petit garçon, spectateur d'un instant dont Ferran nous dévoile en trois parties les failles. Toutes liées à la mort d'un proche, drame qui pèse sur l'instant, qui accompagne les destinées des personnages comme l'ombre sur cette plage ensoleillée. Ce que le film nous dit c'est qu'il faut vivre avec, qu'il faut composer avec. Ce sont les petits arrangements, faire comme on peut pour avancer, pour construire ce château qui sera détruit "nous serons tous détruits". Il y a peu de moments heureux dans le film ce qui les rend précieux. Il se trouve des périodes d'accalmie, de repos, d'abandon où la fatigue et le désespoir tentent d'être conjurés mais en vain car cela n'est pas possible. Le plus beau est celui où un barrage de sable est dressé ensemble pour préserver l'édifice fragile de la mer qui monte. Pour le faire vivre un peu plus longtemps, ce qui est beau c'est l'oubli des soucis, l'élan collectif. 
Ferran touche juste, ses personnages sont seuls, Jumbo, François et Zaza. Pourtant ils se doivent de nouer des liens avec les autres. Ce lien opère dans la douleur mais subsite l'espoir (qui apparaît par la mention du livre de Malraux) qui doit l'emporter sur la part des ténèbres (c'est le Stephen King qui est posé près d'une serviette sur la plage). La magie c'est que le collectif l'emporte sur l'individuel, c'est avec cette émotion que l'on quitte le film.
La construction du film fait appel à l'intelligence du spectateur posant les éléments un à un. Par des inserts sur les coquillages vides, les algues abandonnées sur la plage, les insectes avec lesquels travaille François, les patients moribonds de Zaza, la plante asséchée, la mort rôde et rappelle le drame vécu par les personnages dans leur enfance, adolescence. Le désir est difficile à vivre dans ces conditions.

14 juil. 2010

The Ballad of Cable Hogue (1970) Sam Peckinpah




Peckinpah sort à peine de The Wild Bunch, et se détend avec celui-ci. Film attachant avec des personnages attachants, le monde de Cable Hogue (Jason Robards) est moins violent, on y meurt mais en ayant fait la paix avec ses ennemis et avec le sourire. Cable, dépouillé de tout, illettré, meurt presque dans le désert mais il trouve de l'eau en un endroit stratégique. Il  va alors édifier son petit royaume, ce que l'Amérique lui permet. C'est un peu la naissance d'une nation à lui tout seul, un retour aux sources alors que le progrès expédie ses voitures, démons rares et stupéfiants. Dans ce nouveau monde il tombe amoureux de Hildy (Stella Stevens) qu'il idéalise, elle vient sauver ce naïf, cet homme qui se prend les pieds dans les cordes, qui peine à monter à cheval mais qui, motivé par un élan pionnier, va investir toute son énergie dans son projet. Le progrès refuse le bonheur du vieil homme, il l'atteint ridiculement mais sûrement, une mort guère héroïque, un peu comme Nico et son vélo. Les thèmes de Peckinpah sont présents mais vécus avec sérénité, on y trouve de nombreux passages comiques voire même lorgnant du côté du burlesque quand la vitesse de défilement des images est utilisée... A la manière de Ford, Peckinpah fait le portrait d'une tribu constituée de gens humbles qui finissent par partager le même mode de vie, c'est un film profondément émouvant que l'on garde à l'esprit avec réconfort et apaisement.

12 juil. 2010

La comédie de l'innocence (2000) Raoul Ruiz



Un petit garçon prétend que sa mère n'est pas celle qu'il a depuis sa naissance mais une autre qui a perdu son fils...
J'aime beaucoup ce film, Jeanne Balibar, Isabelle Huppert, Charles Berling, Denis Podalydès et Edith Scob  contribuent à le rendre aimable mais c'est l'atmosphère étrange qui émane du film qui me séduit. Ruiz distille un trouble, une inquiétante étrangeté dans un cadre banalement domestique. Cette histoire invraisemblable prend corps et intrigue, de par la tolérance et la sérénité de la mère (Huppert). Puis les éléments divers jouent afin de perturber notre rapport au réel, ce sont les plans et mouvements de caméra à l'intérieur de la maison, les fragments filmés par Camille, le petit garçon, ce sont également les distorsions de l'image. L'innocence c'est celle du petit qui d'un seul coup peut prétendre ne plus être le fils de ses parents, qui n'a pas eu le vif sentiment d'avoir connu cette même certitude ? Alors la comédie commence, pour échapper au monde et en intégrer un autre, voire les références au conte...
Il faut souligner aussi les relations assez troubles qu'entretiennent les adultes autour de Camille, propices à vouloir épouser leur mode de vie. C'est le père, un peu sévère, un peu chiant, qui peut provoquer le désir d'être un autre. Son absence, soulignée lors du coup de fil final, est également un facteur déstabilisateur. C'est la détresse d'Isabella (Jeanne Balibar), identifiée comme telle et vecteur du transfuge, personnage complexe et émouvant. C'est la mère, qui cède tout à son enfant et qui risque de se perdre dans ses caprices. C'est enfin Serge, qui m'intéresse le plus, fragile et au coeur de relations multiples avec les femmes. Tous ces réseaux permettent le passage d'un cercle à un autre, ces derniers étant mal définis, poreux. La musique de Jorge Arriagada emmène le tout vers le mouvant, l'incertain.
C'est au final une espèce de fable domestique, belle et étrange, qui nous porte vers ces récits que l'on aime lire pour nous y perdre et que réussit admirablement bien Ruiz.

11 juil. 2010

Ordinary People / Des gens comme les autres (1980) Robert Redford



Un drame bouleverse une famille, la mort d'un fils. Le cadet sort de l'hôpital après une dépression mais n'arrive pas à retrouver son équilibre, il cherche en vain l'affection de sa mère qui ne veut pas se confronter à la vérité, celle de son insensibilité manifeste...
Distribution de première main, le film prend le temps de développer la psychologie des personnages mais je n'arrive pas vraiment à être en empathie avec eux. Il y a parfois de drôles de résonances personnelles qui empêchent toute émotion. Pourtant Donald Sutherland est impeccable en père attentif qui a le courage d'affronter les événements. Timothy Hutton réussit à être juste et à montrer toute la souffrance de son personnage. La mère est jouée par Mary Tyler Moore avec brio, rôle difficile entre détresse, assurance et froideur apparente. Judd Hirsch, que je retrouve pour la troisième fois en peu de temps (hasard des visionnages), fait tranquillement le job et en plus la bouille de M. Emmet Walsh se pointe sans crier gare (je tente toujours d'en savoir le moins possible sur le film, c'est après que j'aime me renseigner). En dépit du casting, de la réalisation sobre de Redford, rien ou si peu d'émotion. Il faudra le revoir dans quelques années afin de vérifier si le film me laisse autant de glace.

Unagi / L'anguille (1997) Shohei Imamura




Takuro Yamashita est en prison pour avoir tué sa femme à coups de couteau. Une lettre lui avait appris qu'elle le trompait lors de ses parties de pêche nocturnes. Nous retrouvons le personnage huit ans après lors de sa sortie de prison. Il est placé sous la surveillance d'un  moine bouddhiste qui fait office d'agent de probation, étant en liberté conditionnelle il ne doit pas s'attirer d'ennuis. Animé d'un forte détermination il tient à installer un salon de coiffure dans un endroit assez improbable. C'est alors que Keiko, une jeune femme lui rappelant son épouse assassinée, lui demande de servir dans son salon, il faut dire que Takuro avait permis de la sauver suite à une tentative de suicide... 
Film composite que celui-ci, plusieurs niveaux de lecture jouent pour assouvir l'intérêt du spectateur. C'est d'abord l'histoire simple de cet homme qui ne veut plus être au contact des femmes, refoulant son désir, le réprimant de peur de retomber dans une jalousie meurtrière. L'anguille dont il prend soin a cet aspect asexué qui l'apaise et le réconforte. C'est ensuite celle d'un individu tentant de se réinsérer, de s'ouvrir à une communauté. Les personnages périphériques sont presque tous fantasques, particuliers, ils viennent donner au récit une fantaisie et une légèreté qui jurent avec le drame intérieur de Takuro. Enfin les choses se complexifient lorsque le doute est posé quant à la véracité de la lettre anonyme qui l'avait informé des frasques de son épouse. La lettre n'existant plus il est permis de douter même de l'existence de l'amant. Ce dernier reçoit un coup de couteau, s'enfuit et ne réapparaît plus après l'événement. Du coup la virilité du personnage principal est posé, le discours sur sa sexualité irrigue la dernière partie du film et les doutes, les images mentales (Takasaki, son ex-compagnon de cellule étant l'incarnation même de ses démons intérieurs) font de cette histoire une sorte d'exorcisme qui permettra, peut-être, à Takurao de refaire sa vie, de retrouver un équilibre.
Un film dense, riche qui nécessite un deuxième visionnage, pour en apprécier toutes les subtilités, pour vérifier quelques hypothèses...

8 juil. 2010

Born on the Fourth of July / Né un quatre juillet (1989) Oliver Stone




Ron Kovic est né un 04 juillet, jour de la fête d'indépendance aux Etats-Unis, fête nationale. Il fait tout pour être le meilleur, plaire à sa famille, c'est un bon américain, qui aime son pays aussi quand arrive la guerre du Vietnam il s'engage, comme son père ou son grand-père auparavant, à d'autres époques, pour d'autres guerres. Stone prend le temps de scander le récit avec les grandes étapes initiatiques de tout jeune américain conscient de l'être : le défilé national, les majorettes, le base-ball, le bal du lycée... Les symboles fourmillent, drapeaux, sourires, encouragements à se dépasser, cependant des failles se laissent percevoir, comme ce vétéran du début qui sursaute à cause des pétards, encore traumatisé par la violence des combats... Mais ce détail ne pèse rien face à la vie qui passe, pleine d'échéances, de défis... Le score de John Williams contient ce souffle, il accompagne avec efficacité l'élan de cette jeunesse innocente.
Puis vient la guerre, le drame. Ron voulait faire partie de l'Histoire, il y est. Retour, paralysie, mouvements contestataires, abandon du gouvernement qui délaisse les vétérans blessés. C'est alors un drôle de parcours que va effectuer le héros, se réapproprier son corps et son esprit, devenir quelqu'un alors qu'il n'est plus entier. 
Ce que j'aime dans ce film c'est que Stone montre bien que la possibilité de devenir un héros passe aussi par une victoire sur soi-même. Il ne crache pas sur l'Amérique qui délaisserait ses enfants, il porte la critique sur le gouvernement et la politique mise en place, ce qui est autre chose. Kovic remportera une victoire grâce notamment aux médias, qui jouent leur rôle. En cela l'espoir est maintenu et l'objectif de Kovic, servir son pays, est rempli. 
La plus belle scène est celle qui voit Kovic se rendre auprès de la famille du soldat qui le hante. Famille américaine modeste, meurtrie, qui a beaucoup donné, qui pourrait avoir du ressentiment mais qui donne encore. Grand moment, filmé simplement.
La performance de Cruise est magistrale, il habite son personnage avec sincérité. Lisez la notice sur imdb, on y apprend beaucoup de choses intéressantes. 
Tom Berenger a un petit rôle, je le signale parce que je l'aime beaucoup, ainsi que Michael Wincott qui n'a qu'une réplique. Willem Dafoe reste, comme d'habitude, excellent.

7 juil. 2010

Courts métrages (1957-1964) Maurice Pialat


Ceux qui aiment Maurice Pialat ont les deux coffrets reprenant l'intégrale de son oeuvre parue chez Gaumont. Le volume 2 possède deux pépites, précieuses car rares : les sept épisodes de La maison des bois réalisés pour la télévision en 1970 et ces courts métrages.

Les courts métrages turcs (1964) :

Samy Halfon est un producteur lettré, né à Istanbul. Il produit L'immortelle de Robbe-Grillet. Ayant vu le travail de Pialat,  il décide de lui donner un peu de pellicule pour qu'il parte avec l'équipe du long faire quelques courts. Pialat est accompagné de Willy Kurant qui a son propre matériel soit une caméra 16mm et une 35. C'est Pialat qui trouvera l'angle littéraire pour accompagner les images qu'ils prendront de la réalité turque, à la manière des opérateurs Lumière. Dans la pratique Kurant explique, dans l'entretien qui figure dans le dvd, qu'il était responsable de la caméra, un peu moins pour celui en couleur. Le choix des sujets, les moments choisis qui devaient impressionner la pellicule étaient certainement voulus par Pialat. On constate d'ailleurs qu'une fois les images principales captées il y a toujours des digressions sur ce que le producteur appelait "le côté misérabiliste". La carte postale est souvent trahie par des zones de solitude, des gamins délaissés, des animaux efflanqués, des rues désertes que traverse péniblement un chariot... L'amour existe dirait Pialat. Non pas que la ville ne soit pas objet de fascination, celle-ci est bien présente mais il faut couvrir tout le spectre pour qu'il y ait vérité. Les deux hommes restent deux mois entiers, filment au hasard ou pas, emmenés par leur chauffeur francophone, captent la lumière naturellement à l'exception de la scène de circoncision qui aura droit à un ajout lumière. Et ce sont de belles images, au cadrage précis qui nous parviennent. Celles architecturales qui témoignent du temps historique à l'oeuvre et celles de la vie difficile qui pour certains constituent une épreuve quotidienne. Comme dit Kurant "Pialat regardait très fort et très bien".

Bosphore (13'30)

Seul court en couleurs, reprise des différents thèmes abordés par les courts suivants.


Byzance (10'50)

Byzance s'appuie sur un texte de Stephan Zweig. Il développe un fil historique s'attachant aux vestiges, aux remparts, rejouant les grandes batailles qui avait pour cadre la ville sous ses différents noms (Byzance, Constantinople, Istanbul). Viennent ensuite les images moins glorieuses, celles d'une misère tenace et universelle. Pialat voulait que Kurant saute sur son matériel pour filmer un cheval mort dans un parc, celui-ci offrait son ventre déchiré aux passants, Kurant refusa, 40 années après Pialat lui en fit le reproche, frustration toute baudelairienne...


La Corne d'or (12'17)

Le commentaire est un texte de Gérard de Nerval. Notons que les courts turcs sont illustrés par un thème musical de Delerue, sobre et beau, totalement en accord avec la tonalité de l'objet. Les prises de vue se focalisent sur le golfe, le port, Sainte-Sophie et les bâtisses en bois qui longent le fleuve.

Istanbul (12'48)

La ville, les trottoirs surpeuplés, les ruelles en pente, les petits métiers qui permettent de survivre. Le trafic automobile "Tous les chauffeurs sont des champions, les autres sont morts...". Le marché la nuit... La foule, vivante, grouillante...

Maître Galip (11'00)

Sur un poème de Nazim Hikmet. Poème marqué par son discours social qui pointe le chômage, le manque d'espoir et de considération, l'abandon... Thèmes que l'on retrouve à de nombreuses reprises dans l'oeuvre de Pialat. Une fête de circoncision, le petit garçon au centre de tous les regards qui ne sait pas ce qui l'attend. Des portraits pris dans la rue d'enfants qui ne savent pas ce qui les attendent... Celui-ci est le plus engagé, le plus personnel.

Pehlivan (12'55)

Pehlivan signifie le chevalier, le lutteur. Tradition qui voit s'affronter des hommes enduits d'huile et de sueur, corps luisants où chacun cherche à renverser l'adversaire, ventre au soleil. Le pantalon de cuir noir est abondamment huilé pour qu'aucune main ne s'y agrippe. Captés au téléobjectif ces combats sont virils et érotiques à la fois, la peau, les étreintes et les contacts forment un ballet étrange où la force a besoin de repos pour se renouveler, elle laisse alors place à une paix silencieuse et charnelle, les deux combattants se collant l'un à l'autre avant de reprendre leurs efforts. Un film que Kenneth Anger ne doit pas ignorer...

Deux courts métrages amateurs :


Drôles de bobines (17'00)

Film muet tirant vers le burlesque où Pialat s'amuse avec ses collègues de travail. Il sévit alors chez Olivetti. Esprit très potache. Tourné en 1957.

L'ombre familière (23'00)

L'ombre familière date de 1958. On ne rigole plus. Oeuvre plus expérimentale, à la bande-son très présente, musique électronique oblige. Ambiance fantastico-morbide autour d'un couple et de leur ami poète dont le suicide est annoncé dès le début. Souvenir de la visite d'une piscine municipale abandonnée, jeu de séduction, triangle amoureux, velléité artistique du mari qui hésite à s'accomplir (trace autobiographique) face à l'autre qui a franchi le cap. Une curiosité. Pialat se cherche...

Hell Drivers (1957) Cy Endfield



Typiquement la série B qui se joue en double programme. Film pour mâles en manque de sensations fortes et qui seraient tentés par l'accroche de l'affiche : "Roaring Down the World's Deadliest Roads !".
Tom sort de prison et cherche du travail. Cartley embauche mais pour un job risqué : conduire des 10 tonnes à toute allure sur des routes de campagne étroites et sinueuses. Il s'agit d'aller chercher du ballast et de le ramener au dépôt. Une prime est offerte et les chauffeurs sont sous la poigne de Red, psychopathe du volant, façon "Aigle de la route". 
Le film délivre sa dose de scènes d'action, plutôt bien montées mais réussit en plus à faire le portrait nuancé de quelques personnages, comme Gino, émigré voulant revoir son Italie et rêvant de se marier avec la secrétaire qui, elle, ne s'intéresse qu'à Tom. Outre le plaisir de voir un film anglais, il faut apprécier la performance de Stanley Baker (vu souvent chez Losey), c'est un acteur formidable, rudesse, sensibilité... Patrick McGoohan est méconnaissable, loin de la classe du Prisonnier, il interprète Red avec talent, un vrai furieux, allumé de première, prêt à tous les coups bas... Les seconds rôles sont bien distribués, y figurent Sean Connery, avant qu'il n'éclate dans James Bond, et David McCallum.
Marginalité, corruption, rédemption, le film offre quelques facettes plus subtiles que ce que promet l'intrigue. 

6 juil. 2010

Toni (1934) Jean Renoir




Toni est un ouvrier immigré italien qui revient travailler dans une carrière provençale. Il se lie avec Marie, sa logeuse, mais est amoureux de Josepha. Cependant c'est Albert, le contremaître qui se marie avec elle. Un amour contrarié qui conduira au drame.
Le film vient d'un fait divers qu'un ami de Renoir, commissaire de police, lui a raconté. Le producteur Pierre Gaut avance à Renoir la moitié des fonds, c'est Pagnol qui doit aider, avec ses studios et ses moyens de production, à fournir le reste. 
La particularité du film, pour l'époque, est son style en relation directe avec son économie de moyens. Acteurs non-professionnels pour la plupart, tournage en extérieurs, son direct, pas de musique composée pour le film : tout concourt à réduire le coût mais tout contribue à nourrir le récit d'une substance réaliste. 
La beauté de la Provence n'a pas été utilisée pour enjoliver, illustrer le propos, Renoir se contente d'enregistrer l'inexorable marche des petits événements. Le drame s'installe sans bruit, il arrive presque naturellement, tragiquement. L'effet est d'autant plus efficace que Renoir organise tout pour que le spectateur soit devant la vie qui passe. Les accents sont naturels, la mixité, l'origine diverse des ouvriers sont celles de ceux pour qui "mon pays c'est celui qui me fait bouffer"... La nature est là, présente mais sans ostentation. Elle semble regarder les personnages qui la traversent avec une indifférence totale. Cela ramène   le discours à une lutte quotidienne de l'ouvrier pour s'en sortir, sans pathos, ni diversion. Il y a le travail et les affaires de coeur dans lesquelles se perd Toni. C'est peut-être son erreur, vouloir changer le cours des choses, celles qui se sont installées, ce dont la prévient Josepha lorsqu'elle est vue par lui avec Albert pour la première fois.
Sur le tournage travaille un jeune assistant, Luchino Visconti, qui se souviendra des méthodes appliquées pour tourner Ossessione.

4 juil. 2010

Ernst Lubitsch in Berlin : from Schönhauser Allee to Hollywood (2006) Robert Fischer



Avant de regarder les films de ce coffret, qui me sont inconnus, petit tour de chauffe avec le documentaire de Robert Fischer consacré à la période allemande de Lubitsch (dvd # 6). Hormis le plaisir, sans cesse renouvelé, d'apprendre de nouvelles choses celui-ci a le mérite de donner envie de voir les films qui l'accompagnent. Vous me direz que c'est là la moindre des exigences mais les compléments dvds sont souvent décevants alors lorsque notre plaisir survient ne le cachons pas.
Informations bibliographiques de rigueur, interventions éclairées, extraits pertinents, le documentaire permet de poser quelques balises pour voyager à travers les films proposés. Je vous en fais quelques commentaires d'ici une poignée de jours...

Running on Empty / A bout de course (1988) Sidney Lumet


Activistes politiques Arthur et Annie Pope firent sauter un laboratoire qui produisait du napalm, employé comme on le sait durant la guerre du Vietnam notamment sur des civils. Par mégarde un gardien se retrouve aveugle et paralysé. Depuis ils fuient le F.B.I. à travers le pays. Universitaires brillants ils arrivent à trouver du travail et à composer avec le quotidien. Ils sont avec leurs deux garçons : Danny et Harry.
Le début nous montre Danny en train de jouer au baseball, il est félicité mais il s'en moque totalement, il est ailleurs. En rentrant chez lui il aperçoit une voiture suspecte et très vite toute la famille déménage en douce. Opération qui se renouvelle tous les six mois et qui ne laisse guère de place à la construction de relations durables. D'où le détachement du jeune garçon devant les compliments reçus.
La famille arrive à Waterford, New Jersey. C'est une famille soudée qui déborde d'amour au premier abord mais les tensions sont présentes. Le père la dirige comme un petit groupe militaire "We're a unit !!" dira-t-il à son fils. Il se doit de faire attention au moindre détail pour ne pas être repéré. L'idéalisme de sa jeunesse, la volonté de changer le monde et l'échec qui en a résulté trouvent un exutoire dans le contrôle de la cellule familiale, petit paradis reconstitué. Arthur y jette toute ses forces avec la sincérité de celui qui veut le bien pour ses enfants seulement Danny est à un carrefour capital. Il doit choisir la faculté qu'il devra intégrer et il tombe amoureux d'une jeune fille intelligente. Il doit, en somme, s'accomplir et du coup s'affranchir du noyau familial. C'est cette tension, ce point de rupture qui fournit une bonne part de l'intérêt du film. L'amour du père se heurte au désir du fils, bien que Arthur et Annie aient rompu avec les leurs. Scène superbe où Arthur apprend la mort de sa mère sur un trottoir, par le biais d'un camarade activiste qui l'aide de temps en temps. Le plan dure et c'est tout son isolement et sa détresse qui viennent envahir l'écran. Scène encore plus magistrale de la rencontre entre Annie et son père, en quelques minutes la gorge se noue et l'émotion irradie le spectateur. Il faut dire que le casting est irréprochable, River Phoenix, Christine Lahti, Judd Hirsch, Jonas Abry, Ed Crowley et Steven Hill sont impeccables.
La fin est très belle, à vous d'aller le voir, on trouve l'édition dvd pour pas cher...
Décidément la filmographie de Sidney Lumet regorge de pépites, celle-ci brille durablement, j'avais vu le film en salles il y a peu et le revoir en dvd permet de constater qu'il ne perd rien de sa force.


3 juil. 2010

Warnung vor einer heiligen Nutte / Prenez garde à la sainte putain (1970) R. W. Fassbinder




Qui est cette sainte putain ? C'est le cinéma. Film amer qui marque la fin d'un idéal, celui de la troupe de Fassbinder, l'Antiteater. Fin d'une aventure collective d'où il ressort des tensions, un poids trop grand pour Fassbinder qui se sert de ce film pour régler des comptes. Autocritique en sus. Le film relate un tournage en Espagne, même si Fassbinder prend soin de laisser le spectateur repérer le lieu véritable situé en Italie. L'équipe attend dans un hôtel le réalisateur qui tarde à arriver. Ce sont des regards en coin, l'on s'épie, s'aime aussi rapidement que l'on se déteste. Corps en manque de tournage attendant le messie qui annoncera le début de la messe. Hurlements, caprices, crise dépressive, étreintes, gifles... tout se passe et rien ne se crée, pas encore. Puis vient le maître qui passe d'un groupe à l'autre sous l'oeil désabusé de la vedette, Eddie Constantine, qui garde suffisamment d'énergie pour ravir la Marylin de supérette un instant. C'est un groupe en perdition que peint Fassbinder, uni momentanément autour d'un projet auquel le réalisateur ne croit plus. Les boissons éclusées à foison, toujours la même : un Cuba Libre (sauf pour la star qui tourne au whisky), les petits drames vécus à la vue de tous, le temps qui passe et au bout la solitude pour chacun. Pourtant le film finira par se faire, le travelling est posé et la magie opère...
Après tant de désillusion Fassbinder aura envie de s'ouvrir aux autres, ce que l'Antiteater ne permettait que difficilement. Le prophète est fatigué de devoir composer avec ses apôtres.

2 juil. 2010

Gas-oil (1955) Gilles Grangier



Auvergne. Là où l'on peut poser une brouette en plein milieu de la rue sans gêner personne. Notre Gabin est un brave camionneur qui est bien chez lui, il a ses amis, son boulot, son institutrice (Jeanne Moreau). Seulement des caves viennent lui chercher noise sans se rendre compte qu'il n'est pas le bon zigue. 
C'est un peu long, il faut attendre une heure avant que Gabin ne s'énerve et dix minutes encore pour le premier contact avec les petits truands de la ville. Ensuite c'est la confrontation sur les routes de la campagne auvergnate. Le film frôle le nanar mais il fait chaud et l'air frais de la cambrousse est revigorant.
A voir pour l'atmosphère naphtalinée de la France des années 50, pour Moreau et Gabin et quelques tronches plus ou moins fantaisistes : Roger Hanin en chef de bande peu crédible, Marcel Bozzuffi, Robert Dalban, Jean Lefebvre en chauffeur de car que l'on voit trente secondes, Ginette Leclerc en garce multicouches...