25 nov. 2010

Hunted / Rapt (1952) Charles Crichton


Démarrage en fanfare pour ce film anglais des années 50. Le petit Robbie s'enfuit de chez lui, ayant mis le feu par inadvertance, après avoir failli se faire renverser dans la rue il atterrit dans un immeuble désaffecté où un meurtre vient juste de se produire. Lloyd, l'assassin, encore présent, s'enfuit avec l'enfant. C'est une longue chasse qui commence.
Edité par PVB, le dvd se trouve facilement sur le net pour quelques euros, il serait dommage de ne pas en profiter. La distribution est de premier ordre, Dirk Bogarde fait preuve d'un registre assez étendu et le petit Jon Whiteley est remarquable, il sera le petit John Mohune de Moonfleet quelques années plus tard.
Bogarde campe un personnage qui, par jalousie, est devenu un meurtrier, fiévreux, violent, il finira par s'apaiser au contact de l'enfant. C'est une belle leçon d'humanité qui passe à travers le scénario sans jamais sombrer dans le pathos facile. Les deux compères sont pourchassés par la police, leur itinéraire est un prétexte à nous montrer une Angleterre très différente. Des quartiers londoniens au port écossais de Portpatrick, en passant par les paysages miniers de Stoke-on-Trent et la campagne anglaise, Crichton offre une superbe photo autour de ses fugitifs. Leur isolement dans des paysages divers n'en devenant que plus dramatique. Le port, les marais, la ville, la basse montagne, chaque paysage est remarquablement intégré au récit.
Crichton prend le soin d'intégrer une dimension sociale à son histoire. Il filme en quelques plans courts, ou en arrière-plan, une Angleterre laborieuse, celle des petites gens. C'est le passant qui offre sa dernière cigarette, les mines devant lesquelles Lloyd s'échappe, des ouvriers se rendant au travail à l'aube, la propriétaire avenante de la chambre louée, les harenguiers et toute la séquence du port. C'est aussi l'enfance maltraitée, le sort réservé aux plus faibles (notons que l'homme assassiné est mort plus du mépris qu'il affichait envers Lloyd que du rôle qu'il jouait envers sa petite amie).
A côté de cet aspect social et documentaire il y a toute une séquence, celle du retour à l'appartement (Lloyd veut y récupérer de l'argent avant de s'enfuir), digne des bons films noirs, cadrages très stylisés, usage des ombres, de la profondeur de champ. Crichton fait montre d'un talent multiple, d'un professionnalisme assuré. Une belle découverte avec le charme des accents anglais en prime.

15 nov. 2010

Castle Keep / Un château en enfer (1969) Sidney Pollack



Ce sont des hommes épuisés qui arrivent aux alentours d'un château en Belgique. Soldats américains sur une Jeep qui ne roule plus très bien, c'est la Deuxième Guerre Mondiale, les allemands s'apprêtent à lancer leur attaque surprise dans les Ardennes belges, c'est l'hiver 1944. La guerre semble lasser les soldats par-dessus tout, ils ne se désignent que par leur métier dans le civil. Un plan nous montre le major dont on ne voit guère le visage tant la vitre de la Jeep est opaque. Ils vont alors rencontrer les nobles qui possèdent le château. Ce sera alors l'occasion de vivre une féerie particulière, une parenthèse qui permet à tous de se détendre, de se passionner pour des femmes, des tableaux, du pain ou une voiture. C'est une pulsion créatrice, de celles qui précèdent la mort, les plus intenses. Ajouté à cela une quête désespérée pour maintenir à l'abri du conflit un univers intemporel. Ambiance déconcertante car le film adopte des tonalités diverses, de la comédie au psychédélique en passant par le fantastico-érotique. Lassés par la guerre les personnages plongent dans l'illusion de pouvoir y échapper, elle se rappellera violemment à eux, dans des scènes spectaculaires.
Pollack a pris soin de donner à son récit une forme baroque, n'hésitant pas à faire des ellipses audacieuses, à faire déborder les voix de leur scène d'origine sur la séquence suivante, à inonder de lumières certains plans...  La musique de Michel Legrand oscille entre séquences très contemporaines et padabada... entre climats inquiétants et magie de voix aériennes.
Séquences fortes des prostituées accueillant les chars allemands avec des bouteilles qu'elles s'empressent d'enflammer pour les jeter contre eux, celle encore du tank qui pulvérise une église, la guerre vient mettre fin à une ultime tentative de recréer l'univers intime de chaque personnage dans un cadre préservé qui paraît totalement anachronique.
C'est un film de guerre ambitieux, très particulier que Pollack signe avec brio. 

1 nov. 2010

Divorzio all'italiana / Divorce à l'italienne (1961) Pietro Germi


Vous avez bientôt 40 ans, votre femme ne vous procure plus aucun désir puisqu'elle vous est dévouée et, il faut bien le dire, vous ennuie. Vous l'aviez choisie à cause de ses hanches rondes, vous étiez jeune. Vous pouvez encore, c'est un sentiment tout personnel et subjectif, séduire. Il se trouve que vous êtes amoureux de la petite cousine, celle qui vit à côté de vous. Comment quitter sa femme alors que le divorce vous l'interdit ? La tuer ? Ce sont là  les images mentales qui vous obsèdent. Un fait divers vient vous donner une idée, il faut la trouver avec un amant pour ensuite avoir un motif bien compréhensible et excusable de l'assassiner. Quelques années de prison suffiront à résoudre le problème : vous retrouver avec la belle et jeune Angela...
Comédie italienne par excellence, Mastroianni y est formidable dans le rôle du baron bellâtre qui veut encore séduire. Il donne à son personnage le détachement nécessaire pour qu'il ne soit plus en phase avec la réalité, réalité qu'il croit cependant maîtriser, diriger. Le film est construit à partir de son point de vue, voix-off très présente, et c'est un régal de le voir élaborer des stratagèmes très complexes pour arriver à ses fins.
Merveilleux portrait d'un village sicilien touché doucement par la modernité, la volonté de s'émanciper du cadre familial et religieux mais dont la communauté reste attachée aux traditions. La scène des toilettes où le fils doit laisser la place au père qui s'impatiente témoigne d'un déterminisme tenace. La projection très suivie de La dolce vita est un clin d'oeil appuyé vers la superficialité du désir. Un des spectateurs, sous le regard accusateur de sa promise, tente d'atténuer verbalement ce que sa concentration contredisait, il regardait alors l'écran où Anita Ekberg dansait chevelure dorée au vent : "C'est un mammifère de luxe mais sans âme..." 
Germi raconte son histoire avec une maîtrise évidente, rapidité, richesse des détails (Mastroianni voulant séduire la jeune cousine fait attention à la quantité de sucre qu'il met dans son café, lorsqu'il est en pleine excitation à cause du meurtre qu'il échafaude il revient à sa dose habituelle sans pour autant que le réalisateur s'attarde sur ce fait), noir et blanc très dense qui sied à merveille aux extérieurs inondés de soleil... 
Il y a beaucoup d'intelligence et de rires dans ce joyau du cinéma, un classique.