13 déc. 2010

The Big Combo / Association criminelle (1955) Joseph H. Lewis


Cornel Wilde, l'inspecteur Leonard Diamond, a la tronche du mec sympa, sympa et même un peu con. Pas étonnant qu'il se fasse dévorer par Richard Conte, Mr Brown, manipulateur en diable et adorateur de son nombril, un peu de haine et de personnalité font la différence. C'est là le grand couple du film, bien plus que la fade Jean Wallace qui ferait presque passe Conte pour un idiot. Les scènes où les deux ennemis se rencontrent, le flic et le boss, sont les meilleures du film. Conte a des indications précises, il ne doit pas s'adresser directement à Wilde, ce dernier ne vaut rien, a une paye de misère et vient jouer les parasites dans les parages. Première rencontre, Diamond est haineux mais Brown l'ignore et s'adresse à lui indirectement en demandant à son homme de main de transmettre. La deuxième rencontre est plus marrante, sur le plan communicationnel s'entend, Diamond est kidnappé, histoire de lui faire subir un petit rappel hiérarchique et Brown teste l'échange par appareil auditif, beuglant dans le micro jusqu'à ce que Diamond s'évanouisse devant le style développé par Mr Himself. La suivante les voit se rejoindre chez un antiquaire, Brown a brûlé quelques documents compromettants juste avant l'arrivée de Diamond. Il lui tournera le dos durant tout l'échange, soulignant la jalousie du flic qui lui n'a guère de personnalité.... Seul le final annule le dispositif dans une scène assez faible, Brown n'est pas à la hauteur et seul le phare braqué sur lui permet de rendre la scène intéressante. Diamond touchera presque la haine du doigt suite à la mort de sa danseuse mais n'en fera rien, restant sympa et un peu con à la fois. Il y a une rivalité troublante dans ce duo qui est souligné en écho chez les sbires de Brown, Fante et Mingo. Le premier est joué par Lee Van Cleef, gueule superbe, allure d'avion de chasse et le second par Earl Holliman, parfait dans le rôle de l'équipier fidèle à l'extrême. La relation homosexuelle est nettement appuyée. Ces passions masculines font le charme de ce polar. La violence du personnage de Brown n'a d'égale que ces liens sous-jacents. La relation qui unit Susan à Brown est de cet ordre, elle le déteste mais lui est dévouée, l'attirance sexuelle qu'elle éprouve pour son mâle est manifeste lors de la scène du baiser, juste après que Diamond rende visite à Rita qui lui reproche d'avoir attendu six mois pour qu'il vienne se soigner de ses peines de coeur. Une actrice plus séduisante aurait porter ce film au rang de chef d'oeuvre.

Il n'en est pas loin puisque des plaisirs supplémentaires nous sont procurés. Les présences de Brian Donlevy et de sa moustache familière mais aussi de Ted de Corsia, que j'aime beaucoup, que nous retrouvons vieilli et fan de spaghettis, contribuent à diffuser ce petit plus que l'on ne refuse pas. J'ajoute deux scènes bien mises en scène, celle de la mort de Rita qui d'une main lâchant une cigarette se termine par un néon clignotant dans la nuit et autre final, celui de McClure, privé de son appareil auditif voyant la mort surgir par les armes à feu qu'il n'entend pas, superbe moment muet... La photographie aux contrastes appuyés de John Alton est parfaite et donne envie de revoir le tout dans des conditions optimales.

1 déc. 2010

Ich möchte kein Mann sein (1918) Ernst Lubitsch


Film muet allemand de 1918, cette oeuvre surprend par sa liberté de ton. Ossi Oswalda joue une jeune femme libérée avant l'heure, aimant jouer au poker avec le personnel, fumer sa cigarette tranquillement, boire de l'alcool, plaisirs qui ne plaisent guère à son oncle et à sa gouvernante qui savent, eux, les apprécier, en cachette. Car il faut tenir son rang, l'étroitesse de ce dernier ne sied guère à Ossie. Son oncle partant en voyage confie la nièce aux bons soins du Dr Kersten, qui se jure de la dresser comme il se doit. Ossi se sauve, s'habille en homme et se rend au bal où elle gagnera l'amitié de Kersten.
Ce sont 45 minutes d'air frais offertes par Lubitsch. La sexualité y est vue comme une notion qui doit être entourée de différentes soies que nous pourrions nommer liberté, naturel, distraction, jeu et autres désignations décomplexées. La rigueur de l'époque fait réagir Ossi qui ne cesse de s'agiter, d'avoir envie d'exploser, de libérer son énergie folle, très communicative et enjouée. Lorsqu'elle se rend chez le tailleur, profession que le père de Lubitsch a exercée, les garçons se bousculent pour lui prendre ses mesures, ils finissent par convenir que chacun aura une partie du corps. Objet de désir, Ossi ne laisse personne indifférent. Habillée en homme, ce sont alors les femmes qui sont intriguées par la bouille juvénile du personnage. Elles dansent avec elle/lui, se passant son corps d'un bras l'autre. La séduction, l'attirance sexuelle est un thème qui s'installe au premier plan de ce moyen métrage étonnant. Vient alors la scène la plus troublante, après avoir incarné un rival potentiel, Ossi, toujours travestie, entame une amitié avec Kersten. La nuit passe, le bal, les verres de champagne, l'amitié... Les deux compères se parlent, les visages très rapprochés puis finissent par s'embrasser à plusieurs reprises, toujours avec le même cérémonial, visages rapprochés puis baisers. Nous pourrions croire à une amitié virile mais les personnages sont des hommes, même si l'un d'entre eux ne l'est pas. Sexualité irradiante d'Ossi qui se diffuse par-delà les apparences ou abandon proustien libéré par l'alcool, les circonstances ? Toujours est-il que ce sont là deux beaux moments assez étonnants si nous considérons l'année de production. Lubitsch tisse son fil libérateur sans complexe, certes la fin remet chacun à sa place derrière les rires du dénouement cependant ses scènes sont plus puissantes que ne le laisseraient à penser leur inscription placée sous l'égide de la comédie. Le titre vient de la dernière réplique d'Ossi, qui après avoir désiré vivre comme un homme ne le veut plus. Son aventure de l'autre côté du miroir nous aura bien plu.