31 déc. 2011

Tango Tangles / Charlot danseur (1914) Mack Sennett


La traduction française du titre est trompeuse, il ne s'agit pas ici du personnage de Charlot mais d'un client ivre qui vient finir sa soirée à un bal déguisé. Chaplin n'arbore ni sa moustache, ni son costume en fin de vie. Il tombe sous le charme de la préposée au costume qui se contente de se tenir droite comme un porte-manteau, ce qui prouve bien qu'il est ivre. D'autres personnages vont la lui disputer, les stars du studio : Ford Sterling et Roscoe 'Fatty' Arbuckle. Encore une fois c'est Chaplin qui emporte le morceau, je ne parle pas de la demoiselle mais de son jeu comique. Arbuckle fait deux, trois choses impressionnantes, comme soulever un homme tel un fétu de paille ou se ramasser violemment par terre sans anicroches ! Le plus beau est la bagarre entre Chaplin et Sterling, rien ne m'amuse tant que ces gifles données par surprise, ces coups de pied dans le derrière, il y a un côté primaire qui me fait rire. 
C'est Mack Sennett qui dirige cet opus, peut-être parce qu'il fallait le boss du studio pour tenir les vedettes et les empêcher de partir dans des improvisations personnelles.

A Film Johnnie / Charlot fait du cinéma (1914) George Nichols


Charlot s'attarde devant un Nickelodeon, ces petites salles où l'on jouait les courts fabriqués par les studios. Cela ne coûtait pas cher, un nickel suffisait pour y entrer. Quelques chaises font l'affaire à en juger par celui montré (reconstitué ou pas) à l'écran. Un préposé à l'entrée devait prendre les tickets et s'assurer de la bonne  conduite des spectateurs. Charlot se fait rapidement expulser de la salle. 
Ce qui est intéressant c'est que ce court nous permet de voir un peu l'envers du décor, un "Keystone Tour" en quelque sorte, car Charlot arrive ensuite devant les studios. Plusieurs véhicules arrivent et les vedettes du studio descendent, Lehrman (dont Chaplin s'est débarrassé puisque c'est Nichols qui réalise, notons que ce dernier ne lui donne pas non plus satisfaction), Mabel Normand, Ford Sterling mais surtout l'imposant Roscoe 'Fatty' Arbuckle. Une fois entré dans le studio Charlot gêne, le spectateur sourit devant ce corps qui n'est pas à sa place mais c'est le décor qui attire le regard, les multiples techniciens qui s'affairent pour créer l'illusion d'un salon, le dépôt des accessoires... Chaplin improvise alors avec un faux pistolet et s'en donne à coeur joie, c'est le meilleur moment du métrage.
La scène suivante nous montre un quidam marchant dans la rue et, voyant une maison prendre feu, se dirigeant vers un appareil téléphonique pour avertir le studio. Toute l'équipe part sur le lieu du sinistre pour tourner une scène et bénéficier gratuitement d'images spectaculaires. Cette scène pointe l'improvisation, la débrouille et la réactivité des professionnels de l'époque. Ce qui comptait est ce qui se voyait à l'écran. Nous retrouvons ce principe avec Hitchcock lorsqu'il filma le Normandie échoué dans le port de New York par un incendie, dans Saboteur.
Reconstitution ou témoignage d'une méthode, l'univers des studios est le sujet de ce film où Chaplin peaufine encore son personnage.

30 déc. 2011

Between Showers / Charlot et le parapluie (1914) Henry Lehrman


Los Angeles, entre deux averses, abondantes si l'on en juge l'eau qui coule derrière les personnages, l'équipe dirigée par Lehrman improvise une histoire de parapluie volé à un policier qui changera de mains à de nombreuses reprises. Ce court n'est pas aussi intéressant que les précédents, le scénario est peu développé et Chaplin n'est pas au centre du récit. Ford Sterling, le premier voleur, a un rôle important ce qui contribue fortement à amoindrir l'intérêt du spectateur. En effet Sterling surjoue et use de grimaces avec profusion. Le jeu plus fin de Chaplin renforce sa grossièreté. 
Les désaccords entre Chaplin et Lehrman conduiront Sennett à confier sa jeune vedette entre les mains d'un autre technicien, sachant que Chaplin ne désire qu'une seule chose : prendre les commandes. Le comédien n'était pas vraiment heureux et satisfait de ce qu'il réalisait au sein de Keystone, pas au début.
Dans La parade est passée... de Kevin Brownlow, Chester Conklin, acteur qui avait ses habitudes chez Keystone dit à l'auteur : "C'était un acteur comique de composition. Il devait travailler sur la lenteur. Nous, nous obtenions notre comique avec des mouvements rapides, et Charlie ne pouvait pas faire cela."
Notez les passants à l'arrière-plan qui sont surpris par le tournage, ils se sauvent avec une conscience très professionnelle ou bien assistent tranquillement à la scène...

3 Bad Men / Trois sublimes canailles (1926) John Ford


Western muet de 1926, 3 Bad Men mêle l'épopée, la grande histoire de la ruée vers l'Ouest de 1876 à la petite, celle d'une pionnière qui va être prise en charge par trois canailles recherchées un peu partout.
Un carton indique clairement que ces terres sont volées aux Sioux. De l'or a été trouvé et ces lieux qui vont faire l'objet d'un partage entre colons, tous doivent se rendre à Custer et démarrer la course à une heure précise. Le film raconte les préparatifs de cette course à travers plusieurs destins. Les Sioux sont exclus du récit, hormis le carton qui rétablit une vérité historique, quelques plans les montrent regardant les colons passer.
Un discours religieux auréole l'histoire, il s'agit de ne pas courir vers cet or impur mais de prendre conscience que la richesse se trouve dans la terre, prête à être cultivée par les colons, message délivré par un pasteur. La trajectoire des trois canailles est celle d'une rédemption, de truands ils passent au rôle de protecteur et permettent au jeune couple, O'Malley et Lee Carlton, de fonder une famille. Cette rédemption se fera au prix du sacrifice de chacun d'entre eux. Le shérif de Custer incarne l'ange du mal, sa mort est traitée cinématographiquement avec une lumière sublime qui souligne la possession de l'individu et l'importance de sa mort.
Encore une fois les extérieurs sont grandioses et les scènes intérieures sont à l'unisson. Ford multiplie les plans larges, montrant l'importance de cette ruée, les courses qu'elle entraîne, les espoirs, les aspects grotesques également (voir le véhicule totalement en retard ou encore une de ces bicyclettes anciennes avec une roue immense  tirée par la queue d'un cheval) mais développe le portrait d'un nombre important de personnages. Il manquerait une trentaine de minutes à la version DVD éditée par Fox mais le film n'a pas plu et a subi des coupes, c'est dommage car même en l'état il y a énormément de points satisfaisants, le premier étant l'humour et la tendresse qui parcourent le film.

Kid Auto Races at Venice / Charlot est content de lui (1914) Henry Lehrman



Il faut imaginer le contexte de l'époque, celui où les films se faisaient à la pelle et étaient rapidement distribuer dans les salles. Le tournage de celui-ci était peut-être prévu à l'avance, en prévision de l'événement qui se déroulait sur la plage de Venice ou bien le tournage de Mabel's Strange Predicament commencé, Lehrman et/ou Chaplin profite(nt) de la course automobile pour enfants pour réaliser KARAV.
C'est la liberté et les idées qui comptent. Au final voici le premier film présenté au public et mettant en scène Charlot, en réalité le deuxième mais MSP n'étant pas terminé c'est celui-ci, plus court, monté plus rapidement, qui fit l'objet d'une sortie anticipée.
Que voit-on ? Un personnage, Charlot, venant se pavaner devant la caméra qui doit filmer la course automobile. Effet hilarant garanti, aujourd'hui les équipes de journalistes qui filment en direct depuis la rue ont ce genre de problèmes, des anonymes voient la caméra, savent qu'elle retransmet en direct et cherchent à entrer dans le champ, même s'il faut irriter le présentateur ou l'équipe de tournage. Sans compter que le quidam, muni de son portable,  prévient toute sa famille, ses amis qu'il passe à la télé. C'est le principe de la célébrité selon Andy Warhol, tout le monde veut son quart d'heure de gloire.
Charlot ne cesse de rentrer dans le champ de la caméra, expulsé, bousculé par le réalisateur (Lehrman), il n'a de cesse de revenir et de faire le beau. La foule de spectateurs, réunie pour la course, finit par se désintéresser totalement de ce pourquoi elle était venue et assiste à un show en direct ! 
Il faut regretter la mise en abyme qui vient placer à l'intérieur du champ une fausse équipe, qui elle ne filme rien, le procédé perd en efficacité et en pouvoir comique. 
La grimace finale n'est pas utile au regard de la simplicité et de la pertinence du dispositif global.

29 déc. 2011

Mabel's Strange Predicament / Charlot à l'hôtel (1914) Mabel Normand



Ce court est sorti après Kid Auto Races At Venice mais son tournage débuta avant. Ce qui a son importance car c'est à cette occasion que Chaplin trouva le personnage le plus célèbre de l'histoire du cinéma : le vagabond. Initialement il ne devait pas figurer dans ce film mais Sennett lui demanda de s'habiller et de venir faire le pitre dans le hall de l'hôtel. L'acteur partit se changer et ne voulait plus du costume de reporter qu'il arborait dans le film précédent. Il désirait quelque chose de différent, il conserva sa canne de bambou, mit des chaussures beaucoup trop grandes pour lui, trouva un pantalon trop large mais, pour créer un contraste, se munit d'un chapeau étroit et d'une veste qui lui serrait la taille. Une moustache et le tour était joué. Le tout fonctionna si bien que Sennett le garda pour l'ensemble du récit. Il était le vagabond qui traînait et qui avait trop bu, cherchant à séduire les demoiselles et s'engouffrant dans un jeu de chambres avec Mabel Normand. Dès qu'il n'est plus à l'image le niveau baisse dangereusement, un personnage est né !
Cette fois il use moins de grimaces et joue plus avec son corps, les accessoires qui l'entourent, sa canne, le rocking chair. Sa démarche saccadée, maladroite se met en place, il trouve instantanément les tics qu'il développera avec plus de finesse plus tard néanmoins il est évident qu'il endosse le rôle avec un naturel confondant.

Making a Living / Pour gagner sa vie (1914) Henry Lehrman



Un seul court métrage de Chaplin est porté disparu à ce jour, le reste est disponible en dvd dans de bonnes conditions. Pour les Keystone Comedies cela est vrai depuis peu, avec le travail conjugué de plusieurs amoureux du cinéma.
Je ne connais de Chaplin que les longs métrages, c'est dire que je suis devant les films qui m'attendent comme un gamin impatient de monter sur sa première mobylette bien que cela ne me soit jamais arrivé. Les coffrets Keystone et Essanay/Mutual sont là et attendent que je veuille bien les ouvrir. C'est avec un léger trac que je commence mon aventure chaplinesque, avec également de la joie et de l'excitation.
Chaplin a déjà une solide formation d'acteur lorsqu'il est demandé par le cinéma. L'offre est tentante, son salaire est doublé, il rejoint l'équipe de Mack Sennett et ne pense pas rester longtemps dans l'univers cinématographique. Son souhait est de devenir célèbre et de revenir au théâtre glorieux et reconnu. Son départ pour les Etats-Unis n'avait pour but que d'échapper à une stagnation dans sa carrière d'acteur comique en Angleterre et de lui offrir un tremplin avec retour fracassant.
Le voici donc à l'image, il est au premier plan, c'est un jeune désoeuvré à la frontière de la précarité qui va escroquer l'homme qui arrive (Henry Lehrman, le réalisateur), d'abord en lui demandant de l'argent, puis en lui prenant sa fiancée, enfin en lui volant son job et le résultat de son travail. Le personnage est un roublard sans scrupule, sa moustache tombante est là pour le signifier au spectateur.
Le personnage de Charlot n'est pas encore né mais quelques signes sont déjà en place, la canne, accessoire qui ne quitte pas le personnage et cette façon de tortiller ses pieds sur place bien caractéristique. Le personnage de Charlot est tellement inscrit dans nos esprits que ce chapeau haut de forme irrite, gêne et lorsqu'il finit par tomber l'on se sent soulagé comme James Stewart se grattant enfin dans Rear Window
Comédie burlesque donc rythme, course-poursuite et bousculades en pagaille. Chaplin était surpris par le tournage qui rompait la continuité théâtrale, il découvrait la fabrication de l'objet film. Il constatera que ses meilleurs gags avaient été supprimés du montage final, rejetant la faute sur le réalisateur qui étant acteur dans le film ne voulait pas trop paraître démuni devant les effets de cet inconnu. Il est vrai que ses nombreuses grimaces ne sont pas à la hauteur de l'acteur maître de ses moyens qu'il deviendra par la suite.

27 déc. 2011

The Iron Horse / Le cheval de fer (1924) John Ford



Film muet de 148 minutes, The Iron Horse raconte l'épopée de la construction de la ligne de chemin de fer reliant les deux côtes américaines. John Ford est aux commandes et la Fox lui donne les moyens lui permettant de donner au récit le souffle nécessaire, le réalisateur disposa de six semaines de tournage en extérieurs dans le Nevada, extérieurs qui se voient à l'écran. 
C'est une Americana qui glorifie, à travers ce projet ferroviaire, l'unité nationale, l'effort et la participation des immigrants ainsi que de multiples facettes de la mythologie de l'Ouest.
Le prologue met en exergue la figure d'Abraham Lincoln, c'est sur lui que le film s'achève. McBride dans son John Ford paru chez Institut Lumière / Actes Sud en 2007 ne donne pas à Ford la paternité de l'idée, néanmoins son traitement dans le film et la suite de la filmographie fordienne donne la mesure de l'importance du personnage. La guerre de Sécession est encore à l'oeuvre lorsque le projet sera lançé et ce dernier donne une raison collective de réjouissance qui est essentielle et traitée comme telle dans le film.
La liaison amoureuse qui traverse le métrage n'est guère passionnante, l'on se moque pas mal de cette union et la fin n'est pas surprenante. C'est autre chose qui capte notre intérêt, notamment l'assemblage des différentes nationalités qui aident à la construction de la ligne : chinois, italiens, irlandais... Ford nous fait sentir les différences qui les séparent pour au final les rassembler. Vision de l'Amérique toujours assez idéalisée chez Ford, ses origines irlandaises sont vécues de manière complexe et il est rare qu'un groupe soit vu de façon manichéenne, même les indiens qui sont contre le cheval de fer, d'autres collaborent, ont droit à une tendresse, à un trait qui jure sur l'ensemble, nous pensons précisément à cette scène où un guerrier meurt, son chien vient de suite se recueillir sur le corps, nous le rendant plus humain, plus familier. Ce mélange ethnique avait lieu sur le tournage, ce brassage folklorique prenait place dans les décors, arrosé par un bootlegger ambulant, par des prostituées arrivant chaque soir de Reno. Ford réussissait à faire travailler à l'unisson tout ce petit monde avec une efficacité confondante. Il faut noter que les drames pouvaient survenir, deux morts survinrent durant le tournage dont une suite à un accident, le chauffeur d'un véhicule était ivre et renversa un homme. Lors de la construction de la voir ferrée des villes, camps assez importants équipés de tous les marchands, parasites attirés par l'argent, naissaient et disparaissent au gré de l'avancée de la voie. Une scène montre cela. C'est le départ, l'on enterre un homme, les fossoyeurs évoquent un vieil ivrogne. Il est là, parmi d'autres monticules, une veuve le pleure pendant qu'à l'arrière-plan le convoi disparaît vers un autre lieu. Ford ponctue ses films de ses moments graves où les personnages sont parmi les morts, c'est encore le jeune Davy sur la tombe de son père.
Le drame côtoie le rire, de nombreuses scènes, typiquement fordienne, nourrissent le film en ce sens. Les trois poivrots nommés les trois mousquetaires en sont les plus représentatifs, voir la séquence du dentiste drôle en diable. Ford sait manier l'élégie et le burlesque, le détail pittoresque et l'épopée. Les personnages célèbres, Lincoln, Buffalo Bill sont traités à égalité avec les petits, les anonymes. Les scènes intimes font place à d'autres plus spectaculaires, comme ces plans filmés en contre-plongées où l'opérateur et quelques techniciens dont Ford se terrent dans une fosse recouverte de planches pour filmer un troupeau au galop.
La mythologie de l'Ouest opère à plein dans le film, Bill Cody, les grands espaces, les indiens, le saloon et les bagarres, feu de camp, troupeaux menés par quelques cow-boys, le juge de paix alcoolique et idiot, la putain au grand coeur. Le film recherche le grand spectacle qui émeut et divertit le spectateur et réussit à atteindre son objectif à plusieurs reprises. McBride le juge sévèrement, quant à nous ce sont les qualités énumérées ci-dessus qui font de ce film une preuve du talent et de la maîtrise de John Ford.

22 déc. 2011

Baby Face (1933) Alfred E. Green



Lily (Barbara Stanwyck) n'en peut plus de vivre dans le speakeasie de son père. C'est la prohibition, les ouvriers sortent des usines et viennent y boire abondamment, profitant de la présence de la jeune femme au passage. Même un politique véreux vient, sous la bienveillance du père, profiter de la peau jeune et laiteuse de la belle. En quelques plans toute une atmosphère misérable est installée. Il y a une maîtrise évidente de la mise en scène, le plan où Chico, la domestique noire, lave les bouteilles en chantant un blues, seule dans une pièce en retrait fait écho à cette misère en lui ajoutant une dignité, une sérénité impressionnantes.
Seul le vieux Cragg veille sur Lily, lui prêtant des volumes de Nietzsche et lui soulignant des passages qui doivent la convaincre de prendre sa liberté, de quitter toute sentimentalité et d'utiliser les hommes pour se sortir de sa situation. Le destin lui force la main, son père meurt et elle part à New York pour changer de vie.
Dès son arrivée c'est une ascension sociale fulgurante qui va avoir lieu, la propulsant au sommet, lui procurant fortune et réussite. La caméra accompagnera cette ascension en s'élevant en parallèle le long de la façade où elle va opérer : une banque. De l'agent en faction jusqu'au président elle séduira plusieurs hommes (dont un jeune John Wayne), les laissant parfois s'entre-tuer sans qu'elle ne s'en émeuve. Cette partie est rondement menée. Stanwyck est parfait dans le rôle et use de ses charmes en usant de répliques cinglantes qui font mouche à chaque coup. Le film a été censuré et c'est une version qui est plus complète qui nous est donnée dans le coffret "Forbidden Hollywood Volume One", même si le happy ending n'est pas dans le projet initial. Période pré-code oblige, le film est osé et va assez loin dans la description du parcours de Lily. Les hommes n'étant que des mâles ne pouvant s'extraire de la possession vampirique qui les envoûte absolument.
Un plan est sublime, simple et sublime. Il se trouve au tout début du film, Lily, que le spectateur voit pour la première fois, monte l'escalier extérieur (symbole de sa trajectoire sociale), Stanwick regarde la caméra (voir capture ci-dessus) comme pour à la fois prendre le spectateur en témoin, témoin de sa condition misérable, mais aussi et surtout pour anticiper tout jugement moral qu'il pourrait avoir à la fin, un regard de défi. Green coupe très vite après ce regard caméra fugace, si bien qu'il n'est pas si évident que cela. Néanmoins il infléchit fortement le propos et oriente le point de vue que nous pourrions avoir. 

27 nov. 2011

Christmas in July / Le gros lot (1940) Preston Sturges



Jimmy et Betty vivent encore chez leurs parents et rêvent d'un avenir radieux. Un concours de slogan pour une marque de café fait rêver toute l'Amérique. Jimmy est certain de le remporter et attend fiévreusement l'annonce du vainqueur qui tarde à venir. Ses collègues de bureau lui font une farce et conçoivent un faux qui lui annonce la victoire.
Comédie où l'on ne s'ennuie jamais, le scénario qui vient d'une pièce écrite par Sturges lui-même varie les plaisirs. Le fond moral prône la mise en valeur des jeunes talents, la nécessité de donner sa chance à la jeunesse tout en se moquant du progrès, de la publicité, du capitalisme à tout va. Il faut voir avec quelle facilité le chèque est attribué. C'est un mélange du Chaplin de Modern Times, de Capra, pas aussi admirable mais d'une fraîcheur efficace. Dick Powell et Ellen Drewe sont agréables, j'ai une nette préférence pour Raymond Walburn qui aboie ses répliques comme un chien enragé.

26 nov. 2011

Liberty Heights (1999) Barry Levinson



Evocations d'amours adolescentes sur fond de maccarthysme et de barrières ethniques, le film joue sur plusieurs tableaux en évitant le prêchi-prêcha, ce qui constitue une première réussite. Pourtant le scénario a de quoi faire peur sur le papier. 
"Alors ce serait l'histoire d'une famille juive de Baltimore, le père gagne sa vie avec un club de strip-tease mais surtout avec des paris clandestins. Ses deux fils vont chacun tomber amoureux d'une non-juive (you know ? the other kind...), l'un avec une richissime blonde ressemblant à Grace kelly dont le père est homosexuel, l'autre avec une jeune noire.
- C'est tout ?
- Non, on va rajouter l'émergence du rock 'n' roll, et puis un peu de politique style MacCarthy, tu vois, de la paranoïa, le FBI, James Brown..."
Les acteurs sont justes, Adrien Brody, Ben Foster, Joe Mantegna et Carolyn Murphy... La reconstitution de ce qui pouvait ressembler à l'Amérique des mid-fifties est crédible, c'est la ville natale de Levinson et c'est son époque. 
Agréable moment que ce récit de passions naissantes qui restent à l'esprit plus pour le sentiment vécu que  pour l'objet de nos désirs.

Saint Jack (1979) Peter Bogdanovich



Jack Flowers (Ben Gazzara), après avoir servi en Corée, s'établit à Singapour. C'est un entremetteur, il attire les occidentaux de passage vers les bordels. Il le fait avec une chaleur étonnante si l'on considère l'activité même. Il a le souci de son prochain, est d'une générosité rare. Tout le monde le connaît et le salue sur son passage, l'on sent un homme honnête, loyal. Son seul défaut est de vouloir monter sa propre affaire, ce qu'il va réussir par deux fois mais c'est sans compter avec la pègre chinoise qui refuse de voir un blanc à la tête de ce genre de business. Un comptable qui vient travailler de temps en temps à Singapour, William Leigh (Denholm Elliott) va découvrir en Jack un véritable ami.
Pas vraiment éloigné des préoccupations de Cosmo Vittelli, Gazzara est, comme le titre l'indique, un saint. Certes, particulier, mais cette humanité débordante est rare, le personnage, aidé en cela par l'interprétation magnétique de Gazzara, dispose d'un capital sympathie énorme. Denholm campe avec la même sympathie le personnage qui introduit le spectateur à ses côtés. En arrière-plan la pression de la mafia chinoise, la fin de la guerre du Vietnam viennent mettre les bâtons dans les roues à Jack. Ces projets, hymne à la gloire du bien-être, prostitution détendue, presque post-hippie, échouent rapidement. L'homme est obstiné, n'a rien a perdre, et part pousser de nouveau son rocher.
La parenthèse sénatoriale n'est là que pour tenter Jack, tester son intégrité morale. C'est là tout le paradoxe du film, nous faire aimer un mac, nous désigner cet individu comme meilleur que le commun des mortels.
Bogdanovich y joue le rôle d'un américain riche qui fait des affaires, cigare à la Welles en bouche. La photo est de Robby Müller, le film est produit par Corman et Hugh Hefner himself.

24 nov. 2011

Moon (2009) Duncan Jones



Le meilleur atout de ce film est l'esthétique des décors, véhicules et autres détails. Elle relève d'un effet un peu rétro, années 80 qui donne une patine crédible et affective au film. Le second est la présence de Sam Rockwell, acteur que j'avais découvert dans un très bon Ridley Scott, Matchstick Men. Il n'y est pas aussi fascinant mais ce n'est pas de sa faute, le scénario peine à décoller et j'avoue un ennui récurrent dont je n'arriverai pas à me défaire. Pourtant j'apprécie les références à 2001, A Space Odyssey, la voix de Spacey mais cela ne suffit pas à combler le peu d'intérêt que j'éprouve, même avec le final et le discours philosophique sous-jacent. Dommage car c'est typiquement le film que l'on a envie d'aimer. 

23 nov. 2011

The Bravados (1958) Henry King



Jim Douglass (Gregory Peck) fait un long trajet pour assister à la pendaison de quatre hommes qu'il tient responsables du viol et du meurtre de sa femme. Ces derniers s'échapperont de la prison, Douglass les pourchassera sans répit.
Ce western classique dans sa facture révélera sa raison d'être dans son final. Le rythme est assez tranquille, parfois trop et l'on se demande ce que vient faire le personnage accessoire joué par Joan Collins, cette manie de placer absolument une affaire de coeur dans les films est assez pénible lorsqu'elle n'est pas véritablement motivée. Il rompt une volonté d'épure qui, si elle avait été plus manifeste, aurait apporté beaucoup plus d'efficacité au film. Néanmoins les paysages sont bien utilisés même si je ne goûte pas vraiment l'usage intensif (il me semble) de scènes tournées en nuit américaine. Le propos est intéressant, il permet de penser la violence, la vengeance et du coup la peine capitale avec plus de nuances et de morale que dans la plupart des westerns de ce genre, les films de vengeance ne s'encombrent que rarement de morale. C'est une idéologie, il faut simplement choisir son camp et King le fait avec une sobriété efficace.
Stephen Boyd, Lee Van Cleef et Henry Silva sortent du lot. 
Pas un film qui donne envie d'être revu mais qui vaut le coup d'oeil.

Underworld U.S.A. / Les bas-fonds new-yorkais (1961) Samuel Fuller



Le jeune Tolly Devlin est témoin du passage à tabac mortel de son père dans une rue, les quatre hommes qui le frappent feront l'objet de sa vengeance bien des années plus tard. Sur son chemin Tolly rencontrera l'amour avec Cuddles.
Tous les personnages sont des paumés qui tentent de se sortir de leur misère. Chacun a son drame et il n'est pas donné à tout le monde d'avoir une deuxième chance.
Fuller donne à cette histoire une énergie folle et fait de ses héros des figures tragiques, il signe là un objet digne d'admiration. Les scènes s'enchaînent pleine d'inventivité et nous avons à peine le temps de savourer un plan qu'un autre aussi génial vient le remplacer.
Hal Mohr est responsable de l'image et donne un noir et blanc aux contrastes appuyés et appropriés, un vrai film noir où l'ombre joue un rôle de premier plan. Le score est tout aussi efficace.
Le film est placé sous le signe de la colère symbolisé par le poing serré de Tolly enfant sur lequel Fuller fait un fondu enchaîné pour retrouver la même main vingt ans plus tard ouvrant un coffre-fort. Fatalité du destin en quelques images, plus qu'une simple ellipse c'est un point de vue qui est exprimé. Ces bas-fonds où les âmes sont condamnées par avance et desquels ils pourront difficilement s'extirper. Le plan final est d'autant plus poignant. L'urgence et la colère qui animent Tolly sont restituées superbement par la composition de Cliff Robertson, j'avoue avoir été captivé par son visage, ses expressions, son regard sans cesse changeant. L'homme est torturé et il faudra bien la magnétisme brûlant (de celui qui fait fondre la glace) de Dolores Dorn (qui interprète Cuddles)  pour faire fuir ses démons. Dorn filmée comme une icône (pas religieuse) sexuelle, ah !!! ces gros plans aux lèvres humides, cette chevelure qui envahit l'écran dans un champ contre-champ où Tolly l'embrasse. C'est grâce à ce personnage que Fuller se laisse aller à un sentimentalisme qui fait souvent écho à la plus grande violence dans ses films. Les violons peuvent surgie dans le chaos, même s'ils jouent brièvement ils sont bien présents.
J'aime également la manière dont Fuller utilise le travelling avant dans de nombreuses scènes, par un mouvement bref et rapide qui scande le récit, lui donnant cette intensité vitale.
Et les trouvailles, l'ingéniosité, la mise en scène !!
C'est l'usage de la piscine où le boss (Robert Emhardt, incontournable) se vautre dans son peignoir et sa voix résonnant étrangement dans cet espace vide. C'est la scène du coup de fil dans la cuisine où Tolly se promène une dinde à la main. C'est Cuddles et son bâton de glace (âmes sensibles s'abstenir). C'est la mort de Gunther expédiée rapidement et efficacement. C'est la façon dont Fuller joue avec les mentions écrites qui parcourent le film : "National Projects Youth", la poubelle percutée par Tolly à la fin "Keep Your City Clean" et l'affiche d'appel au don de sang sur le mur près duquel il vient échouer "Give Blood Now !"
Une fin qui rappelle celle de The Asphalt Jungle, amère, désespérée, noire.

21 nov. 2011

Waterloo Bridge / La valse dans l'ombre (1940) Mervyn LeRoy



Déjà adaptée par James Whale la pièce de Robert E. Sherwood refait surface alors que la Seconde Guerre mondiale a débuté. Le scénario est remanié pour coller à une actualité brûlante, nul doute que les amants passionnés virent le film avec une sensibilité accrue. Comment résister aux charmes de Vivien Leigh et Robert Taylor, d'autant plus que la mise en scène de Mervyn LeRoy est souvent heureuse. La scène de la rencontre au Candelight Club est superbe, le jeune couple valse dans l'ombre qui s'accroît au fur et à mesure que les musiciens, jouant le dernier morceau avant le couvre-feu, éteignent une à une les bougies. Devant l'impossibilité d'écrire des dialogues satisfaisants LeRoy eut recours, avec bonheur, à cette astuce toute cinématographique. Leigh est parfaite, enthousiasme fou, déchirure intérieure, elle sait dessiner toutes les émotions sur son visage tandis que Robert Taylor irradie de droiture et de simplicité sans pour autant renoncer à donner de la profondeur à son personnage. Personnages qui existent pleinement à l'écran. Les moments forts sont nombreux, les émotions aussi. Bien sûr il y a ce visage éclairé par les phares qui avance vers son destin mais j'aime également la manière dont le premier baiser surgit. C'est le moment où Myra aperçoit Roy à travers la fenêtre, elle sort, le rejoint, leurs deux corps restent encore séparés par la pudeur puis se rejoignent après un bref moment qui ne peut durer plus longtemps. Voilà un film qui ne peut vous laisser insensible, une histoire d'amour portée par deux acteurs éblouissants.

The Gift / Intuitions (2000) Sam Raimi



Thriller paranormal longuet, assez indigeste. Cate Blanchett bat les cartes et aide les cinglés du coin (Etat de la Géorgie, USA) en plus de s'occuper de ses trois enfants, seule puisque son mari est mort. Le premier problème est l'ambiance angoissante qui n'existe pas, l'on peut écrire n'importe qu'elle histoire si le frisson ne vient pas dans un film de genre c'est peine perdue. Ensuite les ficelles sont visibles, notamment le final près de l'étang où tout est dévoilé avant que la scène ne se déroule, les flashforwards sont plus meurtriers que ceux qui se passent au sein du récit. C'est la faute au personnage qui a des visions, too bad.
Restent les arbres que Raimi sait filmer (voir Evil Dead).
Bref, de l'ennui, retenons un casting bien conçu qui empêche le naufrage total.
A éviter.

Pal Joey / La blonde ou la rousse ? (1957) George Sidney



On ne refuse pas de voir une comédie musicale où figurent au générique Rita Hayworth, Frank Sinatra et Kim Novak. Ce qui ne nous empêche aucunement d'exprimer notre mécontentement devant le manque de soin apporté à sa réalisation. Peu d'entrain au niveau des mouvements de caméras, peu de rythme, trop peu d'enthousiasme en général. Les acteurs n'ont pas eu le temps de soigner la synchronisation lors des chansons, le play-back, les voix doublées ne sont pas synchrones et c'est gênant. Kim Novak fait le minimum, elle reviendra sur les lieux du crime (San Francisco, en habit vert) quelques temps plus tard sous la direction de Hitchcock. Rita Hayworth est fatiguée, elle a des valises sous les yeux, même si nous l'admirons nous ne pouvons constater une certaine tendance  à faire le job, sans plus. Sinatra emporte le morceau, il est de toutes les scènes et garde cette aisance qui sauve le film car le reste est poussif. La rudesse de Hank Henry est appréciable, il a de bons moments et sa bouille reste agréable à voir. Quant au scénario je crois qu'il n'a jamais fait naître un quelconque intérêt ce qui est un écueil conséquent.
Pas une réussite.

20 nov. 2011

Of Human Bondage / L'ange pervers (1964) Ken Hughes



Adaptation du roman de Somerset Maugham publié en 1915, l'intrigue se déroule durant l'époque victorienne, c'est d'ailleurs une des réussites du film, la qualité de la reconstitution, le soin apporté aux intérieurs, les rues pavées humides, un noir et blanc du plus bel effet apportent une crédibilité efficace. Les liens, irrationnels (bien que Kim Novak soit une raison suffisante) et masochistes qui unissent les deux personnages principaux sont brillamment traités, Laurence Harvey a ce maintien aristocratique qui sied à son personnage, un prologue évoque son drame et la raison pour laquelle il pensera qu'il est naît pour souffrir. Quant à Novak, c'est un grand rôle qu'elle habite avec aisance et crédibilité, elle a d'ailleurs cette beauté particulière, très charnelle, voire même vulgaire dont elle usera à merveille dans Vertigo. Elle passe de la séduction la plus pure à la bassesse la plus crue. La fragilité intérieure de son personnage, son désespoir profond sont rendus subtilement par l'actrice. Ce n'est pas la mise en scène d'un Losey néanmoins le film se pare d'atouts suffisamment attractifs pour nous attirer dans ses filets.

Summer of '42 / Un été 42 (1971) Robert Mulligan



Nantucket Island, l'été, une bande d'adolescents qui pensent à une seule chose : entrer en contact avec les filles, entrer dans l'âge adulte par la sexualité, domaine qui leur semble aussi fascinant et inconnu que la mécanique quantique. Hermie en pince pour une jeune femme qui habite dans les environs, son mari part à la guerre, la voici seule, il entre en contact avec elle alors que son meilleur ami échafaude des sorties ciné avec les ingénues locales.
Suivre les émois, les élans timides de Hermie, ses enthousiasmes, déceptions, petites victoires est un doux plaisir. Nous nous lovons dans ce récit avec nos propres souvenirs (la scène de l'achat des préservatifs), dans cette période métaphysique, le paradoxe se nichant entre la préoccupation charnelle et ses développements sublimés aussi hypothétiques que vitaux. L'arrivée du télégramme est d'une émotion rare, la réalité venant frapper de plein fouet cette période hors du temps, hors de tout. L'île semblait jusqu'alors épargnée des considérations historiques, de tout lien avec une réalité autre que celle du désir de sortir de sa condition adolescente.
Mulligan a trouvé les acteurs parfaits, complètement naïfs et touchants à la fois. Le thème de Legrand est délicieux, comme à chaque fois.
Puis arrive la fin de l'été, la fin d'une époque.

19 nov. 2011

Breakout / L'évadé (1975) Tom Gries



Divertissement honnête qui n'a aucune ambition si ce n'est  de faire passer un moment agréable en compagnie de Charles Bronson (détendu comme un poisson dans l'eau) et d'autres acteurs que nous aimons bien comme Emilio Fernandez (dont la présence conjuguée à celle de Lucien Ballard font du début du film une sorte de clin d'oeil à Peckinpah), Robert Duvall (sous-utilisé), Randy Quaid et John Huston qui vient y fumer un ou deux cigares derrière un bureau.
Le récit oscille entre film de prison nerveux (c'est l'intention) sauce complot financier et comédie, sans jamais vraiment lier les deux parties avec brio. Il suffit d'accepter l'écart et de s'amuser à voir les efforts accomplis pour s'en sortir sans trop de dommages. Sheree North éclipse totalement Jill Ireland et le bad guy est découpé au mixer géant comme dans un film gore, c'est l'une des surprises du film, véritable chili composite qui, somme toute, se digère assez bien si l'on n'est pas d'une exigence folle.

12 nov. 2011

The Lord of the Rings (2001-2003) Peter Jackson


C'est un voyage étonnant, un long périple éblouissant pour qui passe une dizaine d'heures en compagnie de ce coffret ci-dessus et je ne parle que des films, versions longues.
Je ne suis absolument pas amateur de fantasy mais j'avoue être bluffé par le souffle du récit, cela me donne envie de lire Tolkien. Quant au soin apporté à la réalisation de cette oeuvre, Jackson doit certainement avoir laissé quelques années de vie en moins si l'on considère l'effort accompli.
Les créatures, les décors, les paysages, les batailles sont des délices, découvrir ces films enfant doit marquer durablement. La qualité des effets spéciaux n'y est pas étrangère mais ils sont utilisés dans une conception réaliste qui est appréciable, peu de moments laissent transparaître un artifice appuyé. C'est tout le paradoxe de l'oeuvre : croire à l'incroyable. La durée permet de consacrer aux personnages secondaires suffisamment de place pour que nous ne sentions pas la pesanteur des minutes écoulées. J'ai été conquis. 

31 oct. 2011

The Last Picture Show (1971) Peter Bogdanovich



Film magnifique sur l'adolescence dans un trou paumé, émotions qui peuvent être vécues ailleurs, il suffit d'avoir été jeune avec des yeux et une mémoire. Rêves, espoirs, amours foudroyantes et passagères, écart entre le rêve et la réalité. Insouciance et naïveté, gravité et interrogations et puis le vent qui traverse la rue principale de Anarene, Texas (en réalité Archer City, Texas). 
Les adultes sont là, ils sont restés. Les paumés du coin qui jouent aux cartes, aux dominos en attendant la mort et les autres qui peuvent encore se permettre le luxe d'avoir des souvenirs, à cet âge et à cet endroit ce terme prend le sens de regrets. Les individus pensent à élargir leur univers et se retrouvent tous inextricablement liés, prisonniers. Tout se délite peu à peu, les morts, les dernières projections et le vent.
C'est une belle distribution : Timothy Bottoms, Jeff Bridges, Cybill Shepherd, Randy Quaid, tous très jeunes, du désir à ne plus savoir qu'en faire, épaulés par un Ben Johnson superbe de dignité, quelques baignades particulières qui tiennent lieu de jardin secret, Ellen Burstyn (a-t-elle jamais été mauvaise ?) et Cloris Leachman qui tient là un grand rôle.
Bogdanovitch réalise un petit bijou qui tient tout seul, le noir et blanc lui donne une nostalgie et une dureté, voire même une intemporalité appropriées. 

24 oct. 2011

Usual Suspects (1995) Bryan Singer



Un film qui me plaît toujours autant. Le scénario est parfait, le plaisir de la narration en est le sujet. Nous pourrions penser que ce plaisir est le plus attendu, désiré par Verbal Kint. C'est un personnage palpitant qu'incarne Kevin Spacey. Le reste de la distribution est à la hauteur avec une mention à Del Toro qui me fait rire en gangster folle à l'accent sud-américain. Ce film est fait pour être vu plusieurs fois, d'abord pour le comprendre tout à fait, ensuite pour se glisser dans l'intrigue et apprécier le jeu des acteurs. Ce n'est pas un grand film mais un film plaisant, c'est déjà beaucoup.

15 oct. 2011

Just Pals (1920) John Ford



Poursuivons le cycle John Ford avec ce muet de 1920 qui nous fait découvrir Buck Jones. D'après la fiche imdb c'est un acteur qui a surtout tourné des westerns de série B, payé à 300 $ la semaine. Il est notamment connu pour avoir péri dans un incendie en tentant de sauver des victimes. Il joue ici un bon à rien, un paresseux que le village de Norwalk rejette. Très vite il se lie d'amitié avec le petit Bill, un jeune vagabond qui arrive par le train, un de ces "runaway boys" jetés par la dépression à travers tout le territoire. Ce sont un peu les précurseurs du célèbre couple Chaplin/Coogan. Ils vont vivre dans ce village un tas de péripéties qui finiront bien. La morale sera sauve en ce qui les concerne car pour les autres habitants de la ville ! Ces deux vagabonds incarnent toutes les vertus : courage, honnêteté, loyauté, dévouement... tandis que le médecin, le shérif, le caissier de la banque, le comité des monuments, les voleurs et les religieux sont montrés comme des idiots, des voleurs, des assoiffés de la corde (celle que l'on entoure autour d'un cou), des pingres... Tout ceci se déroule sous une caméra tirant le meilleur parti de lumières naturelles et offrant des compositions souvent bluffantes, dignes d'un Murnau. La tonalité globale du film tire vers la comédie, il n'y a pas d'aigreur ou de discours politique appuyé, simplement le portrait d'un village typique où les idiots sont châtiés et les bonnes âmes récompensées. J'ajouterai qu'il y a un regard sur l'enfance assez touchant, d'abord par le jeune héros mais aussi quelques autres de passage dans la narration, ce gamin par exemple qui fait sembler de noyer les chatons pour mieux les libérer. Les enfants semblent, à quelques exceptions près, plus raisonnables et plus rationnels que les adultes.

14 oct. 2011

Bucking Broadway / A l'assaut du boulevard (1917) John Ford



Criterion nous permet de voir ce muet dans de bonnes conditions, à défaut d'une projection en salle. Le film est disponible en supplément de Stagecoach.
Ford a tourné de nombreux muets, la plupart sont perdus. Ce sont les Archives françaises du film qui ont restauré cette copie, merci à eux. Nous y découvrons Harry Carey, avec qui Ford a tourné 24 films, c'est dire l'affection qui liait les deux hommes. le fils de l'acteur rejoindra la troupe de Ford plus tard. Carey joue le rôle du bon cowboy, loyal et droit. Il aime la fille du patron, elle l'aime aussi. Tout va bien jusqu'à l'arrivée d'un acheteur de bétail en complet veston et voiture qui la séduit et l'emmène avec lui jusqu'à New York. Il faudra aller la chercher en ville pour revenir couler des jours heureux à la campagne.
Je n'ai pas une connaissance suffisante des westerns muets pour juger de la qualité de celui-ci par rapport à la production courante mais je dois dire qu'il m'a séduit sur bien des points.
La caméra est toujours fixe, excepté un léger panoramique qui vient dévoiler aux spectateurs les bottes pleine de poussière de deux personnages aux costumes neufs identiques, cependant Ford a une manière de faire entrer et sortir les personnages de façon que nous ne sentons pas la rigidité du plan. Ils ne durent d'ailleurs jamais bien longtemps et le montage naturel permet de fluidifier le récit tant et si bien qu'il n'y a aucune lourdeur, aucun rigidité.
La composition des cadres est un des points forts de Ford, il aime montrer la beauté des paysages dans des plans où le sujet est au premier plan, l'arrière dévoilant une perspective souvent sublime, celle des grands espaces, des collines boisées, des fleuves en contrebas. Il n'est pas rare de voir arriver des personnages au loin, à l'arrière plan et de les voir venir à nous, laissant le temps au spectateur d'apprécier la vue. cela permet aussi de traiter le thème de la confrontation ville / campagne en montrant une préférence nette pour cette dernière. Ainsi une fois arrivée à New York, l'héroïne n'est filmée qu'en plans rapprochés qui la cloisonnent et l'étouffent, ces plans culminent dans la courte scène du train.
Le lyrisme n'est pas absent du film qui compte de nombreuses tonalités différentes, le moment où Cheyenne Harry montre la maison qui doit faire le bonheur du futur couple est intime, l'éclairage vient de quelques allumettes grattées et entoure les visages avec chaleur et fusion des êtres. Ces scènes contrastent avec le burlesque de la bagarre finale ou le comique de la scène d'essayage des costumes.
Des plans à la limite du grotesque comme ces cowboys dans la ville (plans filmés à Los Angeles et non à New York) voisinent avec ceux, si familiers lorsque l'on connaît bien les films de Ford, du père qui attend sur le seuil sa fille.
C'est un film important au regard des thèmes, des différences de tons présents mais aussi très agréable à regarder de par la maîtrise du récit qui s'en dégage.

12 oct. 2011

L'assassino / L'assassin (1961) Elio Petri



Le Musée national du cinéma de Turin est invité au festival Lumière 2011 et nous permet de voir le premier film d'Elio Petri dans une très belle copie. Petri était peu aimé en Italie, Alberto Barbera, le directeur du musée venu présenter le film dans un français impeccable raconte que les critiques aimaient davantage Bellocchio, Pasolini... Petri a une conscience politique très forte, c'est un militant communiste qui a été l'assistant de De Santis, ce qui lui a permis de rencontrer Marcello Mastroianni. C'est lui qui a lu le scénario et qui a pu faire en sorte que le film puisse voir le jour. Non sans peine puisque le catalogue du festival nous apprend que le film a subi près d'une centaine de modifications. Mastroianni était fier de ce film, fierté redoublée lorsqu'il vit l'affiche sur un des murs de la demeure hollywoodienne de Scorsese.
Mastroianni joue un antiquaire qui escroque ses clients, qui triche tranquillement, sans vraiment penser à mal. Il aime la vie et ses plaisirs. Seulement la police fait irruption chez lui et l'accuse du meurtre de sa maîtresse. L'enquête s'engage et les multiples stratagèmes pour qu'il vienne confesser ce crime. La fête est finie, Nello Poletti, l'antiquaire, se débat.
Le film fait penser invariablement au Procès de Kafka, la culpabilité commence une fois les portes du système judiciaire (ici policier) franchies. La police est montrée dans sa brutalité première qui fait de toute personne interrogée un coupable. L'engrenage est enclenché et Nello n'en sortira pas indemne. La société même le place dans ce statut qu'il finit par endosser parce qu'il ne lui reste que cette position à tenir et parce qu'il n'en vivra que mieux. Le coupable est mieux accepté que l'innocent.
Durant son arrestation Nello se souvient de tout ce qui a pu le mener dans cette situation, des flash backs amusants construisent une personnalité trouble. Une fois les travers de son âme dévoilés il redevient libre et se fond dans son quartier dont les habitants ont été indignes avec lui.
Mastroianni est parfait dans le rôle, il se montre fragile, apeuré, acculé mais aussi roublard, malicieux. C'est toute une attitude italienne, celle de la bourgeoisie que Petri dénonce sans pour autant épargner les petites gens qui prennent position facilement. Une bassesse morale et intellectuelle et qui tourne avec l'efficacité d'une horloge ancienne.

10 oct. 2011

A Star Is Born (1937) William A. Wellman



Vu en salle dans un très beau Technicolor aux tons doux, pastels, cette évocation de Hollywood, que Cukor refera avec plus d'acidité en 1954, est, comme l'a dit Philippe Garnier avec justesse, plus un film de Selznick qu'un film de Wellman. Selznick était un producteur qui prenait le contrôle et ne laissait pas grand chose au réalisateur. Après de multiples moutures le scénario final fut signé par Alan Campbell et Dorothy Parker, Parker connaît bien ce qui peut se passer entre un homme et une femme, lire à ce sujet le recueil de nouvelles La vie à deux (trouvable en poche).
Garnier a qualifié le film de drôle et touchant, c'est exactement cela.
Drôle parce que plusieurs acteurs y figurent en bonne place avec des répliques qui font mouche, des répliques et des gueules ! D'abord Andy Devine, le célèbre conducteur de diligence fordien, sa voix éraillée se repérerait en pleine heure de pointe dans Grand Central. Ensuite May Robson, la grand-mère qui façonne le monde à sa volonté et enfin Lionel Stander, l'attaché de presse efficace et sans pitié. Sa réplique finale est terrible, elle fait rire mais jaune. Ces acteurs rythment le film par leurs apparitions et l'entraînent dans la comédie. Frederic March et Janet Gaynor ont de beaux moments issus de la même veine, leur rencontre dans la cuisine, la scène de la caravane (qui fera l'objet d'une reprise avec variante dans The Long, Long Trailer de Minnelli), le moment où Gaynor joue à l'actrice lors de la réception est savoureux. D'ailleurs j'aime beaucoup le début et la fin sur les pages du scénario ainsi que le traitement subi par les techniciens de la jeune star sur le plateau. La machine dans toute sa splendeur.
Puis vient le drame, la déchéance et je dois dire que j'ai aimé la manière dont March arrive à faire ressentir son isolement en nuances subtiles. La fin n'est que le retrait d'un homme amoureux qui refuse de faire de l'ombre à celle qu'il aime.
Ce serait une erreur de comparer la version de Cukor à celle-ci car bien que le sujet soit le même ce n'est pas le même film. Le Wellman prend sa place, une place douce-amère dans la longue lignée de mise en abyme produite sur l'usine à rêves. Dans la liste viennent se greffer des visons différentes, des réalisateurs différents. Mon préféré étant le Mulholland Drive de Lynch.

Story of G.I. Joe / Les forçats de la gloire (1945) William A. Wellman


Ernie Pyle est un correspondant de guerre qui a gagné le prix Pulitzer en relatant la vie quotidienne des hommes au front. C'est cette vie que relate Wellman dans ce film. Loin des scènes spectaculaires, loin de la glorification d'un héros (en cela la traduction du film est un contre-sens) Wellman peint un tableau où les personnages sont mis sur un pied d'égalité. En dépit du charisme évident de Mitchum qui joue le capitaine, ce sont les hommes pris dans leur globalité qui intéressent le réalisateur. Même Burgess Meredith qui joue Pyle n'est pas mis en avant. Il erre tel un fantôme entre les différentes compagnies, va et vient et tente d'apporter du réconfort à ces hommes qui rêvent de rentrer chez eux. Pas de fanfare, de clairon pour partir au front, juste la fatigue, l'éreintement, la pluie, la boue et l'envie que ça s'arrête.
La caméra de Wellman rassemble les visages, les aligne dans des mouvements qui leur donnent une cohésion. Les morts sont hors-champ, une scène de bataille dans un village est pratiquement la même que dans Saving Private Ryan, l'impact sonore en moins. De beaux moments d'émotion ponctuent le film, des instants volés, comme le fil narratif du disque de Warnicki, la distribution du courrier, le chien Arabe, la police d'assurance, la douche.
A l'issue du film personne n'a envie de vivre cette expérience. 

Valhalla Rising (2009) Nicolas Winding Refn


Les mentions écrites qui débutent le film mettent l'accent sur l'aspect religieux du film, ce moment particulier du premier millénaire où les hommes quittent peu à peu la nature pour se tourner vers un Dieu qui les poussent à partir en croisade. La bêtise, la violence, l'espoir qui portent ces vikings établis en Ecosse est patente. Tous sont séduits, intrigués par un guerrier silencieux, borgne, qui excelle dans l'art du combat et qui les accompagne, flanqué d'un jeune garçon qui le protège et qui s'abrite derrière son corps rugueux.
Les paysages magnifiques qui impressionnent la pellicule semblent être plus grands que ces idéaux maladroitement défendus et le guerrier s'y attarde souvent. Il est fatigué, las des combats répétés. Une tristesse infinie l'habite, il sonde son âme et attend la fin.
Refn filme la nature et les éléments avec une majesté qui sied parfaitement au récit. Une spiritualité nimbe le film qui ne peut que toucher le spectateur, il y a là quelque chose de grandiose, de plus puissant que l'homme qui paraît puéril avec ses croix et son Dieu. La quête intérieure du guerrier, interprété magistralement par Mads Mikkelsen, est passionnante, ses visons mentales, son mutisme en font un être mythique qui transcende son essence terrestre, ceux qu'ils rencontrent sont captivés et effrayés à la fois. Le final est intriguant car n'est-ce pas un sacrifice volontaire de sa part, les indiens agissant pour préserver leur cosmogonie, attentifs à détruire celui qui vient de loin et qui pourrait remplacer leur propre spiritualité. Ils ne font que retarder un peu le moment où les autres viendront leur imposer leurs lois, leur religion. Ce monde, pour un instant encore, est intact, pur.

23 août 2011

Opération béton (1955) Jean-Luc Godard


Lorsque Godard tourne ce court métrage il a déjà fréquenté le milieu. Parvenu à écrire aux Cahiers du cinéma il en partira avec la caisse ! Il trouve alors un travail par l'intermédiaire de ses parents sur le barrage de la Grande-Dixence. Son souhait est de faire un film sur la manière de produire le béton qui sert à la construction de l'ouvrage. Adrien Porchet tournera les plans, Godard écrit un commentaire littéraire qui n'épouse pas si bien que cela les images documentaires de Porchet. La musique classique en fond sonore dérange par sa monotonie. L'ensemble reste maladroit, mal agencé, sans direction particulière, reste que les efforts accomplis par le jeune Godard pour travailler sur le barrage, investir tout son argent (et celui des autres) sur le film et mener à bien son projet témoignent d'un désir de cinéma attachant.

17 août 2011

Chisum (1970) Andrew V. McLaglen


On regarde certains John Wayne comme l'on mange certains plats, ils ne sont pas exceptionnels, même parfois un peu honteux mais la satisfaction que l'on en retire est suffisante et les émotions obtenues par le passé exigent une petit rappel de temps à autre alors...
Alors John Wayne (le prononcer à la manière de Modine dans Full Metal Jacket) est un peu grassouillet, ne se fait plus filmer lorsqu'il monte à cheval mais peut quand même s'énerver voire même distribuer une bonne praline ou avoine, pour rester dans le champ lexical équestre, à qui le mérite. Et le clown à chapeau d'en face la mérite. 
Alors il lui donne et le spectateur est content.
C'est Chisum, c'est un peu mou, avec un zeste d'humour et quelques marrons. J'ai mon John Wayne pour quelques semaines...

Walkabout (1971) Nicolas Roeg


Un père emmène ses enfants dans le désert, tente en vain de les tuer et finit par se suicider. Les deux enfants, un jeune garçon et une adolescente sont livrés à eux-mêmes et tentent de survivre dans un milieu hostile. Leur rencontre avec un aborigène va transformer leur manière de vivre dans cet environnement...
Voici un film qui donne une raison supplémentaire d'aimer le cinéma anglais. Le montage et le style employés par Roeg sublime cette nature. Le walkabout du titre est un long séjour solitaire dans la nature que doivent effectuer les aborigènes lorsqu'ils franchissent l'étape les menant à l'âge adulte. C'est un walkabout forcé que subissent le frère et la soeur. Roeg utilise de nombreux plans avec des animaux faisant des errants les corps étrangers de ce milieu sublime et étrange pour eux. Etrange comme la rencontre avec cet homme qui semble danser en descendant les dunes. Il chasse, il sait comment vivre dans ce milieu et va accepter les deux zouaves sans se poser de questions. La communication passe mieux avec l'enfant comme si l'innocence qu'il porte suffisait à la permettre. Le film prend alors une autre dimension et peu à peu c'est une harmonie qui s'installe. Une sorte de famille recomposée s'établit avec des parents et leur enfant. Un lien sous-s'insinue entre le jeune homme et la fille, quelque chose qui relève d'une sexualité platonique, prête à naître sans vulgarité ni signe manifeste mais tout est là, prêt à jaillir. La séquence de la baignade, la plus belle du film, est un moment paradisiaque où l'innocence et la pureté surgissent de l'écran. Roeg a le don de sublimer son sujet. Les évolutions de la jeune baigneuse sont un des plus beaux moments cinématographiques qu'il m'ait été donné de voir. L'utilisation d'un choeur d'enfants n'est pas étranger à la beauté du film et à son aspect utopique, celui des contes, d'une réalité à qui l'on tourne le dos pour en recréer une autre qui vous sied davantage. Quelques séquences naissent spontanément ici et là, des images du monde réel justement, qui deviennent brutales et vulgaires parce que plongées dans le bain d'un monde premier, originel. La jeune fille n'arrive pas à y plonger complètement et reste hermétique aux propositions de l'aborigène. Il faut dire que sa danse d'amour est aussi belle qu'intrigante. Dans la séparation finale il y a la perte, l'impossibilité de vivre le rêve, un rêve partagé. La dernière séquence, celle du regret, est exemplaire, elle exprime l'échec, celui qui est le plus douloureux, celui qui surgit après le mauvais choix, celui du non-retour.

14 août 2011

Lo squartatore di New York / L'éventreur de New York (1982) Lucio Fulci


Moins débile que beaucoup de ses congénères voici un film d'horreur bien foutu. Je l'avais vu il y a très longtemps et il se revoit très bien. Fulci dispose de suffisamment de moyens pour s'amuser à bien nous faire sentir les lames trancher les chairs et autres organes en pagaille. Comme souvent dans les slashers l'érotisme se conjugue avec le sang, nous sommes servis sur les deux plans. J'avoue une préférence pour le couple Lodge, monsieur envoyant madame enregistrer ses ébats et prenant son plaisir à écouter les enregistrements qu'elle prend soin de lui rapporter. Quelques plans de New York : le Brooklyn Bridge, le Staten Island Ferry, les tours du World Trade Center et Columbia University, plus intéressants que la pseudo enquête menée par le flic fade et le génie universitaire sans charisme. Ce qui compte ce sont les irruptions violentes ou érotiques qui ponctuent le film et qui occupent toute l'attention du réalisateur. 
Le film est disponible dans un excellent Blu-ray chez Blue Underground, avec des sous-titres français pour ceux qui en ont la nécessité. Version uncut, c'est-à-dire la plus gore.

26 juil. 2011

The Civil War / La Guerre de Sécession (1989) Ken Burns


Documentaire captivant qui retrace l'histoire de la Guerre de Sécession, de 1861 à 1865. Période souvent abordée dans les westerns mais que je n'avais jamais vraiment pris le temps de connaître avec plus de sérieux. Ce documentaire d'une durée de 11h20 prend le temps d'en faire la chronologie avec soin. Burns effectue un montage subtil entre photographies d'époque (un million de photographies ont été prises durant le conflit), les extérieurs tournés aujourd'hui sur les lieux de combat et les diverses interventions d'historiens spécialistes de la question. Des schémas décrivant les stratégies des différents généraux ponctuent le récit.
De l'élection d'Abraham Lincoln en 1860 jusqu'à sa mort en 1865, Burns aborde tous les aspects de cette guerre. Il mêle lettres de simples soldats, lettres de sommités politiques, de généraux, d'épouses, d'esclaves... toutes ces voix s'unissent et permettent de sentir les enjeux individuels et collectifs de ce conflit. Préservation de l'Union, Abolition de l'esclavage, volonté d'indépendance des Etats, autonomie, centralisme, l'on apprend beaucoup, l'on comprend bien plus et l'on est effaré devant la violence des batailles, l'aveuglement de certains, le courage d'autres. 
Burns a le grand mérite de rendre toute cette période claire sans prendre parti, en maintenant un respect pour les différents camps et en préservant émotion et grandeur des individus. 
Le soin apporté à l'habillage sonore est admirable, bruitages et chants traditionnels complètent avec précision l'articulation des documents et sources diverses.

25 juil. 2011

The Kiss / Le baiser (1929) Jacques Feyder


Diffusé et vu chez Brion voici le dernier film muet de Greta Garbo, le dernier également de la MGM.
Irène (GG) aime un jeune avocat, André (Conrad Nagel) mais ce dernier refuse de la déshonorer en fuyant avec elle. Charles, son mari, la suspecte d'avoir une liaison avec un autre jeune homme, Pierre. Il les surprend tous deux lors d'un baiser assez innocent. Une lutte s'engage, Charles meurt. C'est André qui prendra la défense d'Irène.
L'intrigue n'est pas vraiment passionnante et puis la version présentée à la télévision n'était vraiment pas à la hauteur de la beauté de Garbo. Tant pis, il n'y a qu'un dvd de ce film alors il ne fallait pas le manquer.
Garbo est sans cesse vêtue différemment dans le film, l'on sent le star system à l'oeuvre et cela n'est pas pour nous déplaire tellement elle irradie de beauté. Il y a un plan où elle se démaquille ou se maquille, je ne sais plus, devant sa coiffeuse, Feyder la filme en gros plan, vu dans une salle avec un écran adéquat je pense que j'aurais du me retenir de ne pas lever les bras vers elle. Elle utilise son visage assez sobrement mais avec une efficacité redoutable. C'est bien simple, je ne regardais qu'elle, tous les autres acteurs paraissant insipides. Je rêve d'une édition à la mesure de sa beauté.
J'exagère à peine.
J'ai pu, malgré l'état d'hébétude dans lequel je me trouvais, remarquer deux, trois choses qui rendent le film intéressant. L'usage parcimonieux du son synchrone (ou de son illusion) avec le bruit d'une chute, l'usage d'une sonnerie de téléphone. L'utilisation d'un flash back mental où, lors d'un interrogatoire, Garbo fait, à l'image, le récit de la soirée fatale à un inspecteur. Et puis ce travelling arrière, lors du dîner où elle revoit André, qui laisse apercevoir le mari sur la gauche, l'épiant discrètement.
Ce qui persiste c'est Garbo et l'envie de la voir dans d'autres films.

22 juil. 2011

Dead Calm / Calme blanc (1989) Phillip Noyce



Thriller sur mer. Un couple part en longue croisière sur leur bateau pour se remettre du décès de leur enfant.  Ils récupèrent un jeune homme qui va s'échiner à ruiner leur projet.
Film assez laborieux, je ne retiens que les scènes où Sam Neill tente de remettre à flot l'épave en devenir, ces moments où des choses doivent être faites et où le montage conserve les scènes où elles se font sont souvent des moments précieux au cinéma. Nicole Kidman, assez jeune, fait déjà le job avec un certain professionnalisme, captant la caméra et impressionnant la pellicule avec un certain charme. Une réserve sur Billy Zane qui, en dehors de sa plastique summer beach, ne réussit pas à dégager le trouble et la folie de son personnage.
Un film de tout début d'après-midi entre la fin du repas et la sieste.

17 juil. 2011

Il cappotto / Le manteau (1952) Alberto Lattuada


Carmine de Carmine est un employé de mairie qui n'a pas vraiment de compétence, si ce n'est un talent pour la calligraphie. Il est moqué par ses chefs et, en plein hiver, peine à se réchauffer avec son manteau troué. Le film va décrire les moyens qu'il va employer pour en acquérir un neuf puis les conséquences du vol presque immédiat qui suis son acquisition.
C'est sous l'aspect de la comédie que commence le film, Renato Rascel a un talent fou pour faire rire le spectateur avec une économie de moyens, une comédie qui a un fort accent social. La nouvelle de Gogol est la véhicule idéal pour décrire la corruption, la bassesse du Maire, de son secrétaire général, des employés de la mairie, de sa cour. Les rires sont vite suivis d'une sorte d'étouffement, la misère de Carmine, la volonté qui le pousse à sortir de son milieu sont si pathétiques, si vains que le cauchemar prend vite la succession de ces rires. Une teinte tragique, kafkaïenne s'insinue dans le récit pour ensuite virer au fantastique onirique. Giulio Stival qui joue le Maire est formidable, personnage truculent a la voix de stentor, imbu de lui-même finira par se repentir, marqué visuellement par l'apparition de Carmine qui hantera les rues de sa ville. Le tailleur, joué par Giulio Cali, est un phénomène, une ombre dévorée d'ambition qui misera beaucoup avec Carmine. Les personnages de ce récit, les miséreux, sont d'autant plus ambitieux et aveugles que leur misère est grande, ils semblent dévorés par le désir de sortir de leur situation mais n'en ont pas les moyens. Il y a du rire mais c'est celui du Fanfaron de Risi, un rire tragique et désespéré. 

In the Electric Mist / Dans la brume électrique (2009) Bertrand Tavernier


L'adaptation du roman de James Lee Burke est une initiative de Bertrand Tavernier. Une fois le film tourné le montage a posé de gros problèmes car le Tavernier eut de fortes divergences avec Michael Fitzgerald, le producteur, tant et si bien que deux montages différents virent le jour, un effectué sous la supervision du producteur américain, l'autre par le réalisateur français. Le film sortit directement en dvd aux USA, avec un net succès, le montage Tavernier est celui qui est visible dans le reste du monde. Dans le commentaire audio que signe Tavernier nous sont données quelques explications quant à ces divergences, explications qui ont fait l'objet d'un livre, notamment la préférence marquée de Tavernier pour le plan séquence. En l'état, après l'avoir vu en salle, le film est passionnant, porté par des acteurs de premier plan et mis en scène efficacement.
La guerre sans nom n'est pas une oeuvre anodine dans la filmographie de Tavernier, elle marque la nécessité de s'engager socialement et pointe l'impact du passé dans le présent. Il y a de cela dans la Louisiane filmée par ses soins. Les événements du passé sont encore dans les esprits, plus ou moins réceptifs aux fantômes qu'ils laissent dans la nature, c'est le Général John Bell Hood, c'est le cadavre du jeune noir assassiné avec ses chaînes. La guerre civile américaine mais aussi le Vietnam qu'a vécu Dave Robicheaux. Hormis le premier, le reste est évoqué subrepticement, sans insistance aucune, parmi d'autres : Bagdad, l'empire romain... La ségrégation rôde encore chez certains personnages, un marquage racial et social hante le film et rend l'intrigue policière encore plus singulière. La précarité est palpable, Tavernier a filmé quelques maisons dévastées par Katrina, l'escroquerie aux fonds d'aide dont parle Rosie Gomez n'en est que plus méprisable.
L'atmosphère sonore du film restitue la beauté des lieux qui sont choisis pour le tournage et les décors sont de premier ordre. La version US, dixit Tavernier, a saboté par endroits ce travail sur le son (prise de son directe, mixages des sons naturels pris sur place...).
Le film repose beaucoup sur les épaules solides de Tommy Lee Jones dont Tavernier souligne les trouvailles et le grand professionnalisme. John Goodman est, comme toujours, excellent en mafioso vulgaire et immonde. Peter Sarsgaard est amusant en star bourrée non-stop, il forme un couple attachant avec Kelly Macdonald. Une mention spéciale à Mary Steenburgen, craquante à souhait ! Sans oublier Ned Beatty, le potentat local et Julio Cedillo vu dans Trois enterrements.

9 juil. 2011

Eugénie (1974) Jess Franco


Mon premier Jess Franco (merci Axel).
A en juger par sa filmographie c'est l'homme qui tourne plus vite que son ombre. Réalisateur bénéficiant d'une aura particulière, je sais que de nombreux cinéphiles lui vouent un culte solide et persistant, c'est là un film assez plaisant à regarder. D'abord parce que Soledad Miranda a la fraîcheur et l'innocence d'une héroïne sadienne, ensuite par que de nombreux plans sont suffisamment soignés pour auréoler le film d'un savoir-faire plaisant, je m'attendais à quelque chose de plus foutraque. La musique de Bruno Nicolai participe du charme de l'objet. 
Petite baisse de régime lors des séquences avec l'amoureux, l'on a peine à croire au charisme de Paul mais il se peut que dans l'oeuvre originale ce personnage ne soit pas séduisant, ce qui ajouterait à la fureur d'Albert.

D.O.A. / Mort à l'arrivée (1950) Rudolph Maté



Frank Bigelow (Edmond O'Brien) se rend au commissariat pour signaler son propre meurtre par empoisonnement, il ne lui reste que quelques heures pour relater les faits et tenter de se sortir de cette situation.
C'est sur cette trame ingénieuse que Maté, qui a travaillé pour le grand Alexandre Korda, pour Dreyer, signe un polar mené tambour battant. O'Brien, excellent, est bien accompagné, le futur propriétaire de l'hôtel au crocodile de Eaten Alive, Neville Brand, joue là son premier rôle, il est déjà bien déjanté. L'on aperçoit également, pour les fans de Notorious, Ivan Triesault qui dirige ici un studio photo. 
Les moments les plus réussis du film sont ceux qui conduisent le héros dans un club de jazz où règne une effervescence toute musicale, c'est une parenthèse incongrue qui enrichit le récit, tout comme cette course panique qui prend Bigelow, traversant San Francisco tel un damné il heurte de véritables passants n'ayant aucune conscience du film qui se tourne et dont ils font partie.
Bigelow commence le récit comme un adulte qui n'aurait pas encore grandi, cherchant amusement, rencontres d'un soir, pris dans un étau fatal il découvrira, finalement, ce qui fait le sel d'une existence.
Un polar bien ficelé, usant d'extérieurs variés, qui tient le spectateur en haleine. Tentant, non ?

26 juin 2011

A Conversation With Gregory Peck (1999) Barbara Kopple


Un ami a attiré mon attention sur ce documentaire et il a eu raison.
Le documentaire consacré à un grand acteur est souvent ennuyeux comme la mort, faisant se succéder proches et moins proches venant dire devant l'objectif tout le bien qu'ils pensent du héros du jour. Pas de cela ici, nous sommes très loin de l'hagiographie concentrée. Non pas parce que Peck ne le mérite guère, nous apprenons qu'il a eu bien des mérites à se sortir de situations qui auraient rendu fou un individu lambda mais parce que ce portrait dévoile d'abord un homme dans son rôle de mari, de père. Cadre typiquement américain néanmoins montré dans ce film avec des nuances qui font mouche. L'acteur n'insiste guère sur le choix souvent politique de ses rôles, il est humble. Le nom de la réalisatrice, Barbara Kopple, suffit à souligner cet aspect social, souvenons-nous de l'excellent Harlan County, USA.
La seule émotion que laisse échapper Peck, parmi ces images qui le voient parcourir les Etats Unis avec le spectacle où il vient à la rencontre de son public, parmi les moments captés auprès de sa famille, est celle où il vient de vivre la naissance de son petit-fils. Il est heureux, nous dit-il, et certainement conscient du peu de temps qu'il lui restait à vivre. La vie est injuste, l'apprécier à ce point (manger une figue, donner du chocolat à une chèvre dans sa cuisine de Grasse, se moquer gentiment de son ami Jacques C.) et n'en avoir plus que pour quatre années.
Le documentaire laisse passer le temps, les instants et nous avons vraiment le sentiment d'avoir vécu un peu avec ce chouette acteur.

4 juin 2011

Kawaita Hana / Fleur pâle (1964) Masahiro Shinoda


Film noir japonais réalisé en 1964, Fleur pâle raconte la passion qu'éprouve un yakuza confirmé pour une jeune femme mystérieuse qui adore jouer en pariant des sommes importantes. Filmé en majeure partie la nuit le film baigne dans une ambiance d'outre-tombe, ambiance rendue séduisante par un souci esthétique évident. Les cadres sont magnifiques et la photographie est à l'unisson. La musique dissonante de Toru Takemitsu insuffle aux images une puissance enivrante, mystérieuse et hypnotique. Les deux personnages principaux vivent dans un désenchantement profond, la jeune femme, Saeko (Mariko Kaga dont le regard pétrifie quiconque le croise), tente de donner à sa vie un souffle que seuls le hasard et l'intensité du jeu peuvent faire naître. Muraki, le yakuza (Ryô Ikebe, très classe, sobre et envoûtant), se rend compte de cet abandon, il va tenter de la protéger d'une autre ivresse plus dangereuse, la drogue. La scène du meurtre final est très belle car elle est un sacrifice et un don. C'est une histoire d'amour particulière qui se déroule sous nos yeux ébahis, une relation pure et parfaite où le moindre geste compte, comme ceux ritualisés des parties de cartes, rituel qui permet de s'oublier et de laisser son esprit errer et croiser le regard d'une belle inconnue.

25 mai 2011

Electra Glide in Blue (1973) James William Guercio


Guercio se voit proposer de tourner un film en toute liberté, il vient du monde de la scène musicale mais en connaît un rayon sur les films : il en a vu beaucoup, vu la qualité de son travail il faut croire que cela suffit.
Le sujet est simple, c'est l'histoire d'un flic à moto qui se fait buter par un abruti (derrière le fourgon qui abrite l'assassin on peut lire sur des autocollants "America, love it or leave it", cela me fait penser à d'autres abrutis).
On oppose souvent ce film à Easy Rider, c'est une erreur, il est vrai qu'au début les deux flics s'entraînent au tir sur l'affiche du film mais John Wintergreen n'a rien contre les hippies, il le prouve à de nombreuses reprises, il désire simplement appliquer la loi d'ailleurs il est en désaccord avec Zipper puis il reprochera à Harve d'avoir poursuivi ces jeunes sans raison. Le fétichisme du personnage n'est pas éloigné de celui qui se dégage des personnages principaux envers leur Chopper. Mais plus encore la nature profonde du personnage est la même que les deux compères du film de Hooper. Lui aussi a un idéal, lui aussi tente de plier le monde vers sa réalité, le final ne souligne que plus encore ce rapprochement. Nous pouvons même dire que John les dépasse un peu plus en maturité, il a pris conscience de la vanité de ses rêves et il en revient désenchanté mais apaisé, voir l'indulgence accordée au chauffeur du van. La fin n'est qu'une pirouette absurde qui donne au film sa modernité. John Wintergreen (passionnant Robert Blake) est un héros qui est naïf au début du récit mais qui acquiert une noblesse par la suite, il se refuse aux concessions, au cynisme. La chanson du générique de fin appelle cette quête, en espérant qu'il ne soit pas trop tard. Car la quête du rêve américain mène les personnages à leur perte, Jolene et sa carrière foireuse, Zipper et sa moto, Harve et l'amour de sa vie, Willie et l'amitié, c'est l'hécatombe. Guercio fait remarquer dans l'introduction que ce film fait appel à un besoin, rétablir un espoir ou mieux encore garder, au milieu de la tempête (Vietnam, flics corrompus, Watergate) une ligne de conduite. Inscrire ce film dans ces paysages fordiens c'est donner à John le décor idéal de sa quête. La différence est qu'ici ce héros est un flic, c'est la modernité du film. Comme Pasolini parlant de ces cons d'étudiants en 68 qui se battaient avec les policiers, des gars venant du peuple, se trompant de cible, agissant avec des clichés en tête, Guercio dépasse le pauvre clivage flic/hippie pour prendre de la hauteur. John croit en un monde meilleur, après avoir franchi le miroir, il l'est devenu, c'est peut-être là la limite, c'est déjà contribuer à améliorer le monde, ceux qu'ils rencontrent à la fin n'ont pas réussi à le voir différemment.

22 mai 2011

Drive, He Said (1970) Jack Nicholson


Premier film réalisé par Jack Nicholson, période BBS, après le carton Easy Rider. Scénario de Nicholson, Larner (l'auteur du roman original), Robert Towne et Terrence Malick.
Tourné à Eugene, Oregon à cause du terrain de basket ball. Le but était d'en avoir un à l'ancienne, bien préservé. Hector y règne en maître et s'apprête à passer pro. Influencé/éveillé par les propos contestataires de son ami Gabriel il commence à se rebeller contre le coach interprété par Bruce Dern qui hante le coffret Criterion BBS. Il est entre une option d'intégration facile, par son talent et une liberté qui le séduit mais dont il ne sait que faire. Richard (joué par Towne himself), qui vit avec Olive (Karen Black, deuxième fantôme du coffret, Dern et Black font mon bonheur, Nicholson c'est l'émotion au-dessus) le lui fait comprendre. Olive qui couche de temps en temps avec Hector mais qui finit par le refouler. Ce personnage féminin est très réussi, d'abord vu comme un jouet avec lequel s'amuse les hommes, "prêtée" par Richard à Hector qui lui fait l'amour de temps en temps, pratiquement violée par Gabriel (ange qui se perd dans ses idéaux jusqu'à en devenir fou) elle tentera de devenir indépendant "I'm me". Le vietnam, la libération de la femme, le changement désiré dans l'urgence, les thèmes majeurs des années 70 irriguent le film sans le noyer dans un discours caricatural, les personnages sont attachants parce qu'ambivalents. C'est uen belle découverte, soignée dans sa réalisation, son montage. Le film contient de très belles scènes, comme la libération des animaux du laboratoire scientifique universitaire, les tests d'aptitude pour la circonscription, les matchs de basket sont bien filmés également.
Petite remarque à propos de Orange Mécanique, on y voit une scène de viol similaire où la victime s'empare d'un objet pour tenter de frapper son agresseur. Certes ce dernier est utilisé plus subtilement dans le Kubrick mais la ressemblance est frappante, le Nicholson est sorti six mois avant le Kubrick.
Le thème du film est signé Moondog (salut Lise !).