31 déc. 2011

Man Without a Star / L'homme qui n'a pas d'étoile (1955) King Vidor


Les personnes allergiques au jeu de Kirk Douglas sont priées de passer leur chemin car ici il règne en maître. Je suis un fan absolu des Vikings de Fleischer où il en fait des tonnes mais cela m'a toujours plu. Dans ce western, il réussit à se dépasser. Bon, le Fleischer a été tourné après mais je l'avais vu avant, pardonnez-moi cette bouillie temporelle. Son visage passe par toutes les expressions, y compris, je ne saurais dire pourquoi, la vulgarité la plus extrême. D'une seconde à l'autre je passais du dégoût à la sympathie.
Douglas est cet homme qui erre, qui ne veut pas d'étoile pour se repérer car il aime se diriger où bon lui semble. C'est la figure même de l'individualiste. Dans ce western tout est nuancé, plus complexe, Douglas joue les individualistes mais va s'enticher d'un jeune homme naïf (joué admirablement par William Campbell), il va lui servir de mentor. Individualiste mais materné par une prostituée, éternelle Claire Trevor. Hanté par ses démons il a besoin d'elle pour se remettre dans le droit chemin. Celui de Douglas est contrarié par les barbelés qui commencent à fleurir dans ces plaines (filmées en un très beau Technicolor). Ces derniers préfigurent un Ouest, une Amérique des grands propriétaires. Le patron du ranch est une femme d'affaires ambitieuse qui n'en veut pas mais le voisin, qui possède du bétail en moins grand nombre, ne peut lutter contre les têtes qu'elle fait venir et qui risque de ne plus laisser un brin d'herbe dans la région. Douglas, devant les méthodes violentes de la gente dame, change de camp. Autre contradiction. Il faut dire que l'atmosphère a changé, la solidarité et la courtoisie (voir les scènes de chanson où Douglas joue du banjo en faisant des vers) cèdent devant la violence et les intimidations.
En cela le héros est remarquablement bien construit, mettant de côté son drame individuel pour servir la justice, la civilisation. 
Jack Elam joue le rôle de l'assassin au couteau du début, Jay C. Flippen celui du régisseur qui ne veut pas d'ennui et Richard Boone le rôle du bad bad guy.
Tout comme le visage de Kirk Douglas le film a tout pour plaire, des scènes où règne une atmosphère de fête, de communion entre les individus, des scènes de violence brutales, féroces, des dialogues savoureux et plusieurs thèmes qui s' entrecroisent sans sombrer dans le manichéisme.

Tango Tangles / Charlot danseur (1914) Mack Sennett


La traduction française du titre est trompeuse, il ne s'agit pas ici du personnage de Charlot mais d'un client ivre qui vient finir sa soirée à un bal déguisé. Chaplin n'arbore ni sa moustache, ni son costume en fin de vie. Il tombe sous le charme de la préposée au costume qui se contente de se tenir droite comme un porte-manteau, ce qui prouve bien qu'il est ivre. D'autres personnages vont la lui disputer, les stars du studio : Ford Sterling et Roscoe 'Fatty' Arbuckle. Encore une fois c'est Chaplin qui emporte le morceau, je ne parle pas de la demoiselle mais de son jeu comique. Arbuckle fait deux, trois choses impressionnantes, comme soulever un homme tel un fétu de paille ou se ramasser violemment par terre sans anicroches ! Le plus beau est la bagarre entre Chaplin et Sterling, rien ne m'amuse tant que ces gifles données par surprise, ces coups de pied dans le derrière, il y a un côté primaire qui me fait rire. 
C'est Mack Sennett qui dirige cet opus, peut-être parce qu'il fallait le boss du studio pour tenir les vedettes et les empêcher de partir dans des improvisations personnelles.

The Wire / Sur écoute - Saison 1 (2002)


Première saison d'un série qui promet d'être passionnante. L'action se passe à Baltimore et nous suivons des policiers qui tentent de démanteler un réseau de trafiquant de drogue. L'originalité de la série est son rythme très lent, ce qui me convient à merveille, nous suivons le déroulement de l'enquête, initiée par l'inspecteur McNulty (Dominic West) à travers toute ses facettes : les liens de McNulty avec ses collègues, ses supérieurs hiérarchiques, les juges, les avocats, les truands... C'est le sentiment de percevoir une coupe horizontale et verticale de la société et de la passer au microscope.
L'aspect documentaire de la série est indéniable, chaque épisode varie entre une cinquantaine de minutes et un peu plus d'une heure, treize épisodes composent la première saison, c'est dire que nous avons le temps de connaître les personnages et tous sont montrés avec les nuances que peuvent avoir un individu sans pour autant vouloir prendre le contre-pied de ce qui a été montré dans l'épisode précédent.
La corruption, les difficultés politiques, matérielles pour faire progresser l'enquête, la paperasserie, les rivalités, les écoutes, les arrestations, tout est là, du Balzac à Baltimore.
Les portraits des personnages sont tellement réussis que beaucoup en deviennent attachants, y compris parmi les truands. 
Je ne vais pas citer une vingtaine de personnages attachants, il y en a tellement, mais évoquons Omar, figure solitaire, le voir se promener avec son fusil sous le bras, c'est quelque chose... 
La saison permet de suivre l'enquête jusqu'à son aboutissement, le spectateur prend alors la mesure du travail effectué sur le terrain, en coulisses et le résultat qui en découle. Nous sommes loin de l'idéalisation hollywoodienne des productions courantes.

A Film Johnnie / Charlot fait du cinéma (1914) George Nichols


Charlot s'attarde devant un Nickelodeon, ces petites salles où l'on jouait les courts fabriqués par les studios. Cela ne coûtait pas cher, un nickel suffisait pour y entrer. Quelques chaises font l'affaire à en juger par celui montré (reconstitué ou pas) à l'écran. Un préposé à l'entrée devait prendre les tickets et s'assurer de la bonne  conduite des spectateurs. Charlot se fait rapidement expulser de la salle. 
Ce qui est intéressant c'est que ce court nous permet de voir un peu l'envers du décor, un "Keystone Tour" en quelque sorte, car Charlot arrive ensuite devant les studios. Plusieurs véhicules arrivent et les vedettes du studio descendent, Lehrman (dont Chaplin s'est débarrassé puisque c'est Nichols qui réalise, notons que ce dernier ne lui donne pas non plus satisfaction), Mabel Normand, Ford Sterling mais surtout l'imposant Roscoe 'Fatty' Arbuckle. Une fois entré dans le studio Charlot gêne, le spectateur sourit devant ce corps qui n'est pas à sa place mais c'est le décor qui attire le regard, les multiples techniciens qui s'affairent pour créer l'illusion d'un salon, le dépôt des accessoires... Chaplin improvise alors avec un faux pistolet et s'en donne à coeur joie, c'est le meilleur moment du métrage.
La scène suivante nous montre un quidam marchant dans la rue et, voyant une maison prendre feu, se dirigeant vers un appareil téléphonique pour avertir le studio. Toute l'équipe part sur le lieu du sinistre pour tourner une scène et bénéficier gratuitement d'images spectaculaires. Cette scène pointe l'improvisation, la débrouille et la réactivité des professionnels de l'époque. Ce qui comptait est ce qui se voyait à l'écran. Nous retrouvons ce principe avec Hitchcock lorsqu'il filma le Normandie échoué dans le port de New York par un incendie, dans Saboteur.
Reconstitution ou témoignage d'une méthode, l'univers des studios est le sujet de ce film où Chaplin peaufine encore son personnage.

30 déc. 2011

Between Showers / Charlot et le parapluie (1914) Henry Lehrman


Los Angeles, entre deux averses, abondantes si l'on en juge l'eau qui coule derrière les personnages, l'équipe dirigée par Lehrman improvise une histoire de parapluie volé à un policier qui changera de mains à de nombreuses reprises. Ce court n'est pas aussi intéressant que les précédents, le scénario est peu développé et Chaplin n'est pas au centre du récit. Ford Sterling, le premier voleur, a un rôle important ce qui contribue fortement à amoindrir l'intérêt du spectateur. En effet Sterling surjoue et use de grimaces avec profusion. Le jeu plus fin de Chaplin renforce sa grossièreté. 
Les désaccords entre Chaplin et Lehrman conduiront Sennett à confier sa jeune vedette entre les mains d'un autre technicien, sachant que Chaplin ne désire qu'une seule chose : prendre les commandes. Le comédien n'était pas vraiment heureux et satisfait de ce qu'il réalisait au sein de Keystone, pas au début.
Dans La parade est passée... de Kevin Brownlow, Chester Conklin, acteur qui avait ses habitudes chez Keystone dit à l'auteur : "C'était un acteur comique de composition. Il devait travailler sur la lenteur. Nous, nous obtenions notre comique avec des mouvements rapides, et Charlie ne pouvait pas faire cela."
Notez les passants à l'arrière-plan qui sont surpris par le tournage, ils se sauvent avec une conscience très professionnelle ou bien assistent tranquillement à la scène...

3 Bad Men / Trois sublimes canailles (1926) John Ford


Western muet de 1926, 3 Bad Men mêle l'épopée, la grande histoire de la ruée vers l'Ouest de 1876 à la petite, celle d'une pionnière qui va être prise en charge par trois canailles recherchées un peu partout.
Un carton indique clairement que ces terres sont volées aux Sioux. De l'or a été trouvé et ces lieux qui vont faire l'objet d'un partage entre colons, tous doivent se rendre à Custer et démarrer la course à une heure précise. Le film raconte les préparatifs de cette course à travers plusieurs destins. Les Sioux sont exclus du récit, hormis le carton qui rétablit une vérité historique, quelques plans les montrent regardant les colons passer.
Un discours religieux auréole l'histoire, il s'agit de ne pas courir vers cet or impur mais de prendre conscience que la richesse se trouve dans la terre, prête à être cultivée par les colons, message délivré par un pasteur. La trajectoire des trois canailles est celle d'une rédemption, de truands ils passent au rôle de protecteur et permettent au jeune couple, O'Malley et Lee Carlton, de fonder une famille. Cette rédemption se fera au prix du sacrifice de chacun d'entre eux. Le shérif de Custer incarne l'ange du mal, sa mort est traitée cinématographiquement avec une lumière sublime qui souligne la possession de l'individu et l'importance de sa mort.
Encore une fois les extérieurs sont grandioses et les scènes intérieures sont à l'unisson. Ford multiplie les plans larges, montrant l'importance de cette ruée, les courses qu'elle entraîne, les espoirs, les aspects grotesques également (voir le véhicule totalement en retard ou encore une de ces bicyclettes anciennes avec une roue immense  tirée par la queue d'un cheval) mais développe le portrait d'un nombre important de personnages. Il manquerait une trentaine de minutes à la version DVD éditée par Fox mais le film n'a pas plu et a subi des coupes, c'est dommage car même en l'état il y a énormément de points satisfaisants, le premier étant l'humour et la tendresse qui parcourent le film.

Kid Auto Races at Venice / Charlot est content de lui (1914) Henry Lehrman



Il faut imaginer le contexte de l'époque, celui où les films se faisaient à la pelle et étaient rapidement distribuer dans les salles. Le tournage de celui-ci était peut-être prévu à l'avance, en prévision de l'événement qui se déroulait sur la plage de Venice ou bien le tournage de Mabel's Strange Predicament commencé, Lehrman et/ou Chaplin profite(nt) de la course automobile pour enfants pour réaliser KARAV.
C'est la liberté et les idées qui comptent. Au final voici le premier film présenté au public et mettant en scène Charlot, en réalité le deuxième mais MSP n'étant pas terminé c'est celui-ci, plus court, monté plus rapidement, qui fit l'objet d'une sortie anticipée.
Que voit-on ? Un personnage, Charlot, venant se pavaner devant la caméra qui doit filmer la course automobile. Effet hilarant garanti, aujourd'hui les équipes de journalistes qui filment en direct depuis la rue ont ce genre de problèmes, des anonymes voient la caméra, savent qu'elle retransmet en direct et cherchent à entrer dans le champ, même s'il faut irriter le présentateur ou l'équipe de tournage. Sans compter que le quidam, muni de son portable,  prévient toute sa famille, ses amis qu'il passe à la télé. C'est le principe de la célébrité selon Andy Warhol, tout le monde veut son quart d'heure de gloire.
Charlot ne cesse de rentrer dans le champ de la caméra, expulsé, bousculé par le réalisateur (Lehrman), il n'a de cesse de revenir et de faire le beau. La foule de spectateurs, réunie pour la course, finit par se désintéresser totalement de ce pourquoi elle était venue et assiste à un show en direct ! 
Il faut regretter la mise en abyme qui vient placer à l'intérieur du champ une fausse équipe, qui elle ne filme rien, le procédé perd en efficacité et en pouvoir comique. 
La grimace finale n'est pas utile au regard de la simplicité et de la pertinence du dispositif global.

29 déc. 2011

Mabel's Strange Predicament / Charlot à l'hôtel (1914) Mabel Normand



Ce court est sorti après Kid Auto Races At Venice mais son tournage débuta avant. Ce qui a son importance car c'est à cette occasion que Chaplin trouva le personnage le plus célèbre de l'histoire du cinéma : le vagabond. Initialement il ne devait pas figurer dans ce film mais Sennett lui demanda de s'habiller et de venir faire le pitre dans le hall de l'hôtel. L'acteur partit se changer et ne voulait plus du costume de reporter qu'il arborait dans le film précédent. Il désirait quelque chose de différent, il conserva sa canne de bambou, mit des chaussures beaucoup trop grandes pour lui, trouva un pantalon trop large mais, pour créer un contraste, se munit d'un chapeau étroit et d'une veste qui lui serrait la taille. Une moustache et le tour était joué. Le tout fonctionna si bien que Sennett le garda pour l'ensemble du récit. Il était le vagabond qui traînait et qui avait trop bu, cherchant à séduire les demoiselles et s'engouffrant dans un jeu de chambres avec Mabel Normand. Dès qu'il n'est plus à l'image le niveau baisse dangereusement, un personnage est né !
Cette fois il use moins de grimaces et joue plus avec son corps, les accessoires qui l'entourent, sa canne, le rocking chair. Sa démarche saccadée, maladroite se met en place, il trouve instantanément les tics qu'il développera avec plus de finesse plus tard néanmoins il est évident qu'il endosse le rôle avec un naturel confondant.

Making a Living / Pour gagner sa vie (1914) Henry Lehrman



Un seul court métrage de Chaplin est porté disparu à ce jour, le reste est disponible en dvd dans de bonnes conditions. Pour les Keystone Comedies cela est vrai depuis peu, avec le travail conjugué de plusieurs amoureux du cinéma.
Je ne connais de Chaplin que les longs métrages, c'est dire que je suis devant les films qui m'attendent comme un gamin impatient de monter sur sa première mobylette bien que cela ne me soit jamais arrivé. Les coffrets Keystone et Essanay/Mutual sont là et attendent que je veuille bien les ouvrir. C'est avec un léger trac que je commence mon aventure chaplinesque, avec également de la joie et de l'excitation.
Chaplin a déjà une solide formation d'acteur lorsqu'il est demandé par le cinéma. L'offre est tentante, son salaire est doublé, il rejoint l'équipe de Mack Sennett et ne pense pas rester longtemps dans l'univers cinématographique. Son souhait est de devenir célèbre et de revenir au théâtre glorieux et reconnu. Son départ pour les Etats-Unis n'avait pour but que d'échapper à une stagnation dans sa carrière d'acteur comique en Angleterre et de lui offrir un tremplin avec retour fracassant.
Le voici donc à l'image, il est au premier plan, c'est un jeune désoeuvré à la frontière de la précarité qui va escroquer l'homme qui arrive (Henry Lehrman, le réalisateur), d'abord en lui demandant de l'argent, puis en lui prenant sa fiancée, enfin en lui volant son job et le résultat de son travail. Le personnage est un roublard sans scrupule, sa moustache tombante est là pour le signifier au spectateur.
Le personnage de Charlot n'est pas encore né mais quelques signes sont déjà en place, la canne, accessoire qui ne quitte pas le personnage et cette façon de tortiller ses pieds sur place bien caractéristique. Le personnage de Charlot est tellement inscrit dans nos esprits que ce chapeau haut de forme irrite, gêne et lorsqu'il finit par tomber l'on se sent soulagé comme James Stewart se grattant enfin dans Rear Window
Comédie burlesque donc rythme, course-poursuite et bousculades en pagaille. Chaplin était surpris par le tournage qui rompait la continuité théâtrale, il découvrait la fabrication de l'objet film. Il constatera que ses meilleurs gags avaient été supprimés du montage final, rejetant la faute sur le réalisateur qui étant acteur dans le film ne voulait pas trop paraître démuni devant les effets de cet inconnu. Il est vrai que ses nombreuses grimaces ne sont pas à la hauteur de l'acteur maître de ses moyens qu'il deviendra par la suite.

Rain or Shine (1930) Frank Capra



Voici un film assez inégal issu d'une comédie musicale dont les numéros chantés ont été supprimés lors de l'écriture du scénario. L'intrigue se déroule pratiquement en un seul lieu : un cirque qui menace de faire faillite, comme souvent chez Capra la situation est désespérée. Joe Cook incarne Smiley, principal personnage du film, c'est un phénomène qui emporte tous ceux qu'il côtoie. Il possède l'agilité d'un funambule, d'un prestidigitateur et le verbe atomique d'un Marx Brothers. Capra se contente de concentrer le récit autour de lui sans vraiment innover dans la mise en scène, excepté deux travellings avant pas forcément pertinents. Le triangle amoureux mis en place est indigne d'intérêt, seules deux scènes échappent à un ronron tranquille, la scène du repas chez l'éventuel investisseur et l'incendie final.
Les numéros de cirque qui arrivent au deux tiers du récit sont plaisants mais rien ne vient relever le tout avec brio. Cook qui a des aspects verbaux qui font penser fortement à Groucho est accompagné d'un idiot muet à la Harpo.
Le film n'est pas un désastre, il se laisse regarder sans déplaisir mais il ne retient pas notre attention au-delà de la curiosité propre à toute oeuvre signée Frank Capra.

27 déc. 2011

The Iron Horse / Le cheval de fer (1924) John Ford



Film muet de 148 minutes, The Iron Horse raconte l'épopée de la construction de la ligne de chemin de fer reliant les deux côtes américaines. John Ford est aux commandes et la Fox lui donne les moyens lui permettant de donner au récit le souffle nécessaire, le réalisateur disposa de six semaines de tournage en extérieurs dans le Nevada, extérieurs qui se voient à l'écran. 
C'est une Americana qui glorifie, à travers ce projet ferroviaire, l'unité nationale, l'effort et la participation des immigrants ainsi que de multiples facettes de la mythologie de l'Ouest.
Le prologue met en exergue la figure d'Abraham Lincoln, c'est sur lui que le film s'achève. McBride dans son John Ford paru chez Institut Lumière / Actes Sud en 2007 ne donne pas à Ford la paternité de l'idée, néanmoins son traitement dans le film et la suite de la filmographie fordienne donne la mesure de l'importance du personnage. La guerre de Sécession est encore à l'oeuvre lorsque le projet sera lançé et ce dernier donne une raison collective de réjouissance qui est essentielle et traitée comme telle dans le film.
La liaison amoureuse qui traverse le métrage n'est guère passionnante, l'on se moque pas mal de cette union et la fin n'est pas surprenante. C'est autre chose qui capte notre intérêt, notamment l'assemblage des différentes nationalités qui aident à la construction de la ligne : chinois, italiens, irlandais... Ford nous fait sentir les différences qui les séparent pour au final les rassembler. Vision de l'Amérique toujours assez idéalisée chez Ford, ses origines irlandaises sont vécues de manière complexe et il est rare qu'un groupe soit vu de façon manichéenne, même les indiens qui sont contre le cheval de fer, d'autres collaborent, ont droit à une tendresse, à un trait qui jure sur l'ensemble, nous pensons précisément à cette scène où un guerrier meurt, son chien vient de suite se recueillir sur le corps, nous le rendant plus humain, plus familier. Ce mélange ethnique avait lieu sur le tournage, ce brassage folklorique prenait place dans les décors, arrosé par un bootlegger ambulant, par des prostituées arrivant chaque soir de Reno. Ford réussissait à faire travailler à l'unisson tout ce petit monde avec une efficacité confondante. Il faut noter que les drames pouvaient survenir, deux morts survinrent durant le tournage dont une suite à un accident, le chauffeur d'un véhicule était ivre et renversa un homme. Lors de la construction de la voir ferrée des villes, camps assez importants équipés de tous les marchands, parasites attirés par l'argent, naissaient et disparaissent au gré de l'avancée de la voie. Une scène montre cela. C'est le départ, l'on enterre un homme, les fossoyeurs évoquent un vieil ivrogne. Il est là, parmi d'autres monticules, une veuve le pleure pendant qu'à l'arrière-plan le convoi disparaît vers un autre lieu. Ford ponctue ses films de ses moments graves où les personnages sont parmi les morts, c'est encore le jeune Davy sur la tombe de son père.
Le drame côtoie le rire, de nombreuses scènes, typiquement fordienne, nourrissent le film en ce sens. Les trois poivrots nommés les trois mousquetaires en sont les plus représentatifs, voir la séquence du dentiste drôle en diable. Ford sait manier l'élégie et le burlesque, le détail pittoresque et l'épopée. Les personnages célèbres, Lincoln, Buffalo Bill sont traités à égalité avec les petits, les anonymes. Les scènes intimes font place à d'autres plus spectaculaires, comme ces plans filmés en contre-plongées où l'opérateur et quelques techniciens dont Ford se terrent dans une fosse recouverte de planches pour filmer un troupeau au galop.
La mythologie de l'Ouest opère à plein dans le film, Bill Cody, les grands espaces, les indiens, le saloon et les bagarres, feu de camp, troupeaux menés par quelques cow-boys, le juge de paix alcoolique et idiot, la putain au grand coeur. Le film recherche le grand spectacle qui émeut et divertit le spectateur et réussit à atteindre son objectif à plusieurs reprises. McBride le juge sévèrement, quant à nous ce sont les qualités énumérées ci-dessus qui font de ce film une preuve du talent et de la maîtrise de John Ford.

22 déc. 2011

Baby Face (1933) Alfred E. Green



Lily (Barbara Stanwyck) n'en peut plus de vivre dans le speakeasie de son père. C'est la prohibition, les ouvriers sortent des usines et viennent y boire abondamment, profitant de la présence de la jeune femme au passage. Même un politique véreux vient, sous la bienveillance du père, profiter de la peau jeune et laiteuse de la belle. En quelques plans toute une atmosphère misérable est installée. Il y a une maîtrise évidente de la mise en scène, le plan où Chico, la domestique noire, lave les bouteilles en chantant un blues, seule dans une pièce en retrait fait écho à cette misère en lui ajoutant une dignité, une sérénité impressionnantes.
Seul le vieux Cragg veille sur Lily, lui prêtant des volumes de Nietzsche et lui soulignant des passages qui doivent la convaincre de prendre sa liberté, de quitter toute sentimentalité et d'utiliser les hommes pour se sortir de sa situation. Le destin lui force la main, son père meurt et elle part à New York pour changer de vie.
Dès son arrivée c'est une ascension sociale fulgurante qui va avoir lieu, la propulsant au sommet, lui procurant fortune et réussite. La caméra accompagnera cette ascension en s'élevant en parallèle le long de la façade où elle va opérer : une banque. De l'agent en faction jusqu'au président elle séduira plusieurs hommes (dont un jeune John Wayne), les laissant parfois s'entre-tuer sans qu'elle ne s'en émeuve. Cette partie est rondement menée. Stanwyck est parfait dans le rôle et use de ses charmes en usant de répliques cinglantes qui font mouche à chaque coup. Le film a été censuré et c'est une version qui est plus complète qui nous est donnée dans le coffret "Forbidden Hollywood Volume One", même si le happy ending n'est pas dans le projet initial. Période pré-code oblige, le film est osé et va assez loin dans la description du parcours de Lily. Les hommes n'étant que des mâles ne pouvant s'extraire de la possession vampirique qui les envoûte absolument.
Un plan est sublime, simple et sublime. Il se trouve au tout début du film, Lily, que le spectateur voit pour la première fois, monte l'escalier extérieur (symbole de sa trajectoire sociale), Stanwick regarde la caméra (voir capture ci-dessus) comme pour à la fois prendre le spectateur en témoin, témoin de sa condition misérable, mais aussi et surtout pour anticiper tout jugement moral qu'il pourrait avoir à la fin, un regard de défi. Green coupe très vite après ce regard caméra fugace, si bien qu'il n'est pas si évident que cela. Néanmoins il infléchit fortement le propos et oriente le point de vue que nous pourrions avoir. 

A Hole in the Head / Un trou dans la tête (1959) Frank Capra



Miami. Tony (Frank Sinatra) est fauché. Son hôtel est sur le point d'être mis en faillite. Inconscient, il aime les jeux d'argent et courir les filles. Son frère (Edward G. Robinson) accompagné de sa femme (Thelma Ritter) arrivent tout droit de New York pour lui venir en aide. Une habitude, d'autant plus que Tony a un fils et n'a guère le temps de s'en occuper en dépit de l'affection qu'il lui porte.
La première demi-heure est d'une fadeur étonnante, seul le duo Robinson/Ritter (qui sauvent le film à eux deux) nous tire de l'ennui car Robinson incarne un homme bougon et le couple qu'il forme avec Ritter, toujours classe, est d'un tel niveau que même avec une caméra statique nous prenons notre plaisir. Aussi lorsqu'ils arrivent à Miami à la fin de ce premier quart nous sommes assurés de voir le tout s'améliorer. La première grande discussion entre le frère ayant réussi et son minable cadet est pratiquement un plan séquence, nous sommes au théâtre mais cela passe avec la qualité de jeu des acteurs. Le couple new-yorkais connaît une femme que Tony doit rencontrer, ce denier accepte sachant que c'est là la condition pour obtenir une aide financière. Hélas, Mme Rogers (Eleanor Parker) n'est pas le personnage qui vient nous sortir d'une torpeur de plus en plus tenace. Evidemment Mme Rogers n'est pas joviale, elle est l'élément qui doit permettre à Tony d'avoir une vie plus tranquille, sa vie me semblait l'être bien suffisamment...
Nous avons attendu avec politesse la fin du film, nous nous sommes arrêtés de minuter approximativement la structure du récit, un travelling arrière au trois-quart du film nous a semblé bien audacieux, allait-il promettre un éveil final ? 
Non.
Seuls les acteurs sauvent le film, habillés avec élégance par Edith Head, le récit nous indiffère profondément et le final sur la plage n'est heureux que parce qu'il signale que le moment de quitter cet univers soporifique est arrivé. La morale est édictée mais cette fois aucune émotion ne vient l'inscrire en nous.

21 déc. 2011

The Younger Generation (1929) Frank Capra



TCM donnait aujourd'hui un Capra méconnu et étonnant. Le film se trouve à la charnière du muet et du parlant et donne des séquences en muet et d'autres en parlant. les séquences muettes sont accompagnées d'un travail sonore assez grossier, quelques bruits synchrones sans plus cependant la réalisation est plus soignée, le découpage plus subtil. cela est certainement le fruit de la lourde machinerie qu'exige la prise de son sur le plateau aussi les séquences parlantes sont plus statiques, plus pesantes.
Voilà pour l'aspect curieux du film.
Quant au récit, c'est un beau mélodrame que nous découvrons. L'histoire est celle d'une famille juive de l'East Side à New York. Un prologue nous décrit la manière dont elle perd tout dans un incendie à cause d'une bagarre entre deux jeunes garçons, Morris et Eddie. Morris est travailleur, économise et a de l'ambition. Eddie est le boyfriend de la soeur de Morris, Birdie. Ce dernier ne l'aime guère et c'est lors d'une lutte entre les deux que le feu prend accidentellement.
Nous retrouvons la famille bien plus tard, Morris a réussi et impose aux siens une conduite qui les force à tenir un rang qui ne leur est pas naturel. Ils vivent désormais chez Morris, dans la 5ème avenue, le père regrette Delancey Street et sa vie palpitante, ses amis, la mère protège son fils et vénère sa réussite. Birdie  choisira l'amour avec Eddie, en dépit de la sombre histoire qui l'amènera en prison.
Les nombreux rebondissements du mélo sont présents mais pas appuyés ni larmoyants, le thème de l'individu qui renie ses origines est traité avec brio, Morris n'est pas caricatural, la mise en scène est très belle, comme nous l'avons dit plus haut ce sont les séquences muettes qui sont les plus cinématographiques, les plus réussies. La séquence où Eddie se rend compte du piège qui se referme sur lui et la suite est admirable. 
Encore une fois Capra rejette l'idée de l'argent comme vertu cardinale et prône la solidarité, l'estime de soi. Un discours religieux s'ajoute au propos, essentiellement par le père de famille qui pense subir ce châtiment parce qu'il s'est éloigné de la religion. 

20 déc. 2011

You Can't Take It with You / Vous ne l'emporterez pas avec vous (1938) Frank Capra



Capra veut changer le monde, à quelques mois de la Deuxième Guerre mondiale il emporte le spectateur dans un tourbillon humaniste utopique mais férocement efficace.
James Stewart joue le fils du milliardaire qu'interprète Edward Arnold. Jean Arthur est sa secrétaire, ils sont amoureux seulement les plans d'expansion du père s'arrête devant le droit de propriété de Lionel Barrymore, le père de Jean Arthur. D'un côté le snobisme, le pouvoir de l'argent, l'habitude de diriger alors que de l'autre c'est un univers proche du cirque, les amis habitent avec les Sycamore, il y a là un univers paradisiaque, infernal, une sorte de chaos sympathique, chaleureux, loufoque.
Capra emmène toute sa troupe dans un délire de solidarité, d'humanité appuyée. Celle-ci le lui rend bien, les acteurs sont tous excellents, les rôles principaux Barrymore en tête et les rôles secondaires. Donald Meek est d'une poésie lunaire qui marque les esprits, de l'invention, des feux d'artifices, de la danse, de la légèreté, le film est une merveille.
Si l'on en juge par les événements historiques qui se sont déroulés par la suite, nous pouvons penser que certains responsables n'ont pas vu le film. 

19 déc. 2011

The Matinee Idol / Bessie à Broadway (1928) Frank Capra


Muet de 1928, The Matinee Idol est une comédie sur le monde du spectacle qui ne tient pas toutes ses promesses. Une star de Broadway prend quelques jours de vacances et va malgré lui prendre part à un spectacle de troisième zone. Les amis qui l'accompagnaient trouvent le tout d'un comique imparable et décident de monter le show à Broadway seulement la star ne veut pas dévoiler son identité, il veut continuer à faire le jocrisse tout en tentant de séduire Ginger, la fille de la troupe fraîchement arrivée en ville.
Johnnie Walker est trop terne et manque de punch pour nous faire croire qu'il a du talent, en revanche Bessie Love est pas mal du tout, elle a de l'énergie et colle bien au rôle, elle méritait mieux. C'est dans le ridicule que Capra est bon, les moments comiques où la pièce désastreuse se joue, les différents portraits des spectateurs du premier show, celui de la troupe Bolivar. Une fois à Broadway le soufflet retombe et la pointe dramatique développée par le directeur Bolivar ne mène nulle part, faisant osciller le film entre la comédie pure et un drame moral sans vraiment choisir au final.

Francis Veber, "Que ça reste entre nous" (Robert Laffont, 2010)


Cela commence avec Marlène Dietrich et se termine avec Laspalès. Une Dietrich qu'il peint avec admiration d'un côté mais qu'il achève dans une absence de tact grossière et impudique. Le livre est de la sorte, des anecdotes, l'envers du décor, l'auteur embrasse d'un côté et poignarde de l'autre. Le manque d'humanité, de sensibilité est ce qui ressort de l'ouvrage. Il ne suffit pas de pointer les travers de ses collaborateurs encore faut-il les accompagner d'une réelle tendresse, que je ne ressens aucunement ici. Les formules qui tentent de la faire naître sont tellement plates que l'on ne peut se tromper. Si la tendresse fait défaut il reste l'intelligence et rien ici n'en signale la présence.
Que l'on ne se méprenne pas, il ne s'agit pas de sacraliser le cinéma et ceux qui le font derrière une toile, un trompe-l'oeil intouchable, nous savons bien ce qui se passe en ces lieux, de nombreuses oeuvres traitent le sujet néanmoins il y a l'art et la manière. Et l'auteur n'a ni l'un, ni l'autre.
De sa lecture il ne reste pas grand-chose, juste le sentiment de quelqu'un content de ses succès, qui conserve une rancoeur (voir le traitement de Godard dont il ricane puérilement et dont il tait le nom lorsqu'il parle des oeuvres "sérieuses" de Belmondo), qui désire tout : le succès et la reconnaissance critique. Un ego surdimensionné en somme, une montagne qui accouche d'une souris...

15 déc. 2011

Friday the 13th / Vendredi 13 (1980) Sean S. Cunningham


Premier d'une longue série, le film a perdu l'intérêt que je pouvais lui porter lorsque je l'avais découvert alors (période magnétoscope et vidéo club). Seuls les effets spéciaux de Tom Savini méritent le détour, le reste est plan-plan et les acteurs sont insipides, même si c'est un peu la loi du genre. Plans en caméra subjective, musique envahissante qui lorgne sur le Herrmann de Psycho, le film n'a pas l'aura, la sécheresse du Halloween de Carpenter. 
Un voyage nostalgique pour pas grand-chose.
Ah ! quand même ... j'allais oublier la tronche sympathique de Walt Gorney !

11 déc. 2011

T-Men / La brigade du suicide (1947) Anthony Mann



Polar pédagogique qui vante les mérites des équipes gouvernementales du Trésor US, T-Men commence par agacer avec cette approche documentaire et cette voix off qui surligne ce que nous voyons à l'image mais cette image est tellement bien composée, éclairée que tout est pardonné, d'autant plus que cette voix didactique finit par s'estomper et laisse toute sa place au récit qui suit le parcours de deux agents infiltrés auprès d'un gang de faux-monnayeurs, de Détroit à Los Angeles.
La copie de l'édition dvd Wild Side n'est pas extraordinaire, elle est suffisamment correcte pour nous donner envie de voir le film dans de meilleures conditions, le travail de John Alton en serait magnifié.
Dennis O'Keefe est crédible mais ce sont les gueules de truand qui retiennent mon attention, Wallace Ford et Charles McGraw.
Un film nerveux, sec et violent.

10 déc. 2011

Dial M for Murder / Le crime était presque parfait (1954) Alfred Hitchcock



Hitchcock dit à Truffaut qu'il n'a pas pas vraiment "grand chose à dire" sur ce film. Est-ce parce que durant sa conception il avait déjà en tête non seulement Rear Window, To Catch a Thief mais surtout North By Northwest ? Certainement. Le réalisateur détestait les moments creux où il cherchait désespérément un sujet pour tourner le film suivant, en revanche courir plusieurs lièvres à la fois et préparer le film prochain pendant la réalisation du précèdent était son modus operandi.
Celui-ci doit beaucoup aux circonstances, hésitation entre plusieurs projets, volonté de la Warner de tourner le film en 3D néanmoins la raison principale est que si Hitch aimait avoir des projets d'avance il ne se lançait pas non plus dans une voie mal préparée. Cette adaptation d'une pièce de Frederick Knott ayant obtenue beaucoup de succès à Londres (créée en 1952) et à Broadway lui permettait d'assurer ses arrières avec ce que le public aimait : une pièce où le meurtre et le suspens tenaient en haleine les spectateurs. tenir ses arrières et préparer le film suivant avec plus de temps, plus de soin.
Hitchcock préserve au maximum la théâtralité de la pièce ce qui ne l'empêche pas d'user de moyens cinématographiques pour l'adapter. Comme les premiers plans où Grace Kelly embrasse son mari puis son amant avec une rapidité réjouissante. La situation est plantée rapidement et le spectateur conquis.
L'histoire est passionnante et le huis-clos n'en est que plus prenant, l'on s'aperçoit à peine de ce lieu unique tellement l'intrigue suffit à nous le faire oublier.
Histoire d'une femme entre deux hommes, histoire du mari, de la femme et de l'amant. Schéma classique à partir duquel Hitch ajoute une épice particulière, le mari pense que la perfection existe, son meurtre en sera l'illustration, l'amant compose des romans, il pense que la réalité ne se laisse dompter que dans la fiction. Une réponse sera apportée dans le final.
Le film se déroule en plusieurs parties, d'abord la conception et la présentation du meurtre. Milland est parfait dans ce rôle, il joue d'une séduction naturelle, d'une minutie et d'un sang-froid qui nous rend le personnage fascinant, la sympathie que nous pouvions lui accorder, après tout c'est le mari trompé, ne peut résister à cette maîtrise affichée et démontrée à Dawson, elle est trop parfaite. Le moment où il joue à l'avance devant Dawson les différents moments du meurtre sont filmés en plongée, une plongée presque irréelle qui souligne le caractère hypothétique de sa réalisation.
La nuit du meurtre est doublement intéressante car nous suivons la tentative d'un double point de vue. Nous avons envie que Milland réalise son plan mais d'une manière où seule la réalisation d'une action nous importe, c'est pourquoi les détails (montre, homme qui téléphone...) qui retardent sa réalisation nous crispent, nous sommes alors avec Milland comme nous sommes avec Dawson lorsqu'il ne sait que faire en attendant cet appel qui ne vient pas. Et lorsque Kelly sort dans sa chemise de nuit, c'est avec elle que nous luttons, nous désirons alors son salut, qu'importe les sentiments qui nous animaient dans les scènes précédentes. Talent du cadrage et du montage minutieux du maître.
Il y a un aspect fascinant dans la travail en oeuvre, réaliser un meurtre en est un, aussi captivant qu'un autre.
C'est pourquoi, lorsque l'inspecteur anglais joué par l'excellent John Williams, entre en scène, la fascination joue encore, c'est son travail qui est le sujet de toute notre attention. Le voir à l'oeuvre, dérangé par l'écrivain américain est une trame scénaristique très efficace.
J'ai vu le film en 3D, il y a longtemps, lors d'un festival en plein air, je me souviens alors avoir été plus intéressé par l'installation des deux projecteurs que par le film lui-même. Aujourd'hui la disposition des objets au premier plan, le rôle majeur de la paire de ciseaux donnent envie de le revoir en 3D avec plus d'attention. 
Les acteurs sont brillants, Kelly semble dépérir au fur et à mesure du film, d'une robe rouge passion elle passe par des tenues de plus en plus  ternes. Sans compter la scène du procès que le réalisateur évacue de belle manière. L'actrice entre admirablement bien dans l'univers hitchcockien.
Un film qui, même en le connaissant bien, se laisse revoir avec énormément de plaisir.

27 nov. 2011

Christmas in July / Le gros lot (1940) Preston Sturges



Jimmy et Betty vivent encore chez leurs parents et rêvent d'un avenir radieux. Un concours de slogan pour une marque de café fait rêver toute l'Amérique. Jimmy est certain de le remporter et attend fiévreusement l'annonce du vainqueur qui tarde à venir. Ses collègues de bureau lui font une farce et conçoivent un faux qui lui annonce la victoire.
Comédie où l'on ne s'ennuie jamais, le scénario qui vient d'une pièce écrite par Sturges lui-même varie les plaisirs. Le fond moral prône la mise en valeur des jeunes talents, la nécessité de donner sa chance à la jeunesse tout en se moquant du progrès, de la publicité, du capitalisme à tout va. Il faut voir avec quelle facilité le chèque est attribué. C'est un mélange du Chaplin de Modern Times, de Capra, pas aussi admirable mais d'une fraîcheur efficace. Dick Powell et Ellen Drewe sont agréables, j'ai une nette préférence pour Raymond Walburn qui aboie ses répliques comme un chien enragé.

26 nov. 2011

Liberty Heights (1999) Barry Levinson



Evocations d'amours adolescentes sur fond de maccarthysme et de barrières ethniques, le film joue sur plusieurs tableaux en évitant le prêchi-prêcha, ce qui constitue une première réussite. Pourtant le scénario a de quoi faire peur sur le papier. 
"Alors ce serait l'histoire d'une famille juive de Baltimore, le père gagne sa vie avec un club de strip-tease mais surtout avec des paris clandestins. Ses deux fils vont chacun tomber amoureux d'une non-juive (you know ? the other kind...), l'un avec une richissime blonde ressemblant à Grace kelly dont le père est homosexuel, l'autre avec une jeune noire.
- C'est tout ?
- Non, on va rajouter l'émergence du rock 'n' roll, et puis un peu de politique style MacCarthy, tu vois, de la paranoïa, le FBI, James Brown..."
Les acteurs sont justes, Adrien Brody, Ben Foster, Joe Mantegna et Carolyn Murphy... La reconstitution de ce qui pouvait ressembler à l'Amérique des mid-fifties est crédible, c'est la ville natale de Levinson et c'est son époque. 
Agréable moment que ce récit de passions naissantes qui restent à l'esprit plus pour le sentiment vécu que  pour l'objet de nos désirs.

Saint Jack (1979) Peter Bogdanovich



Jack Flowers (Ben Gazzara), après avoir servi en Corée, s'établit à Singapour. C'est un entremetteur, il attire les occidentaux de passage vers les bordels. Il le fait avec une chaleur étonnante si l'on considère l'activité même. Il a le souci de son prochain, est d'une générosité rare. Tout le monde le connaît et le salue sur son passage, l'on sent un homme honnête, loyal. Son seul défaut est de vouloir monter sa propre affaire, ce qu'il va réussir par deux fois mais c'est sans compter avec la pègre chinoise qui refuse de voir un blanc à la tête de ce genre de business. Un comptable qui vient travailler de temps en temps à Singapour, William Leigh (Denholm Elliott) va découvrir en Jack un véritable ami.
Pas vraiment éloigné des préoccupations de Cosmo Vittelli, Gazzara est, comme le titre l'indique, un saint. Certes, particulier, mais cette humanité débordante est rare, le personnage, aidé en cela par l'interprétation magnétique de Gazzara, dispose d'un capital sympathie énorme. Denholm campe avec la même sympathie le personnage qui introduit le spectateur à ses côtés. En arrière-plan la pression de la mafia chinoise, la fin de la guerre du Vietnam viennent mettre les bâtons dans les roues à Jack. Ces projets, hymne à la gloire du bien-être, prostitution détendue, presque post-hippie, échouent rapidement. L'homme est obstiné, n'a rien a perdre, et part pousser de nouveau son rocher.
La parenthèse sénatoriale n'est là que pour tenter Jack, tester son intégrité morale. C'est là tout le paradoxe du film, nous faire aimer un mac, nous désigner cet individu comme meilleur que le commun des mortels.
Bogdanovich y joue le rôle d'un américain riche qui fait des affaires, cigare à la Welles en bouche. La photo est de Robby Müller, le film est produit par Corman et Hugh Hefner himself.

24 nov. 2011

Moon (2009) Duncan Jones



Le meilleur atout de ce film est l'esthétique des décors, véhicules et autres détails. Elle relève d'un effet un peu rétro, années 80 qui donne une patine crédible et affective au film. Le second est la présence de Sam Rockwell, acteur que j'avais découvert dans un très bon Ridley Scott, Matchstick Men. Il n'y est pas aussi fascinant mais ce n'est pas de sa faute, le scénario peine à décoller et j'avoue un ennui récurrent dont je n'arriverai pas à me défaire. Pourtant j'apprécie les références à 2001, A Space Odyssey, la voix de Spacey mais cela ne suffit pas à combler le peu d'intérêt que j'éprouve, même avec le final et le discours philosophique sous-jacent. Dommage car c'est typiquement le film que l'on a envie d'aimer. 

23 nov. 2011

The Bravados (1958) Henry King



Jim Douglass (Gregory Peck) fait un long trajet pour assister à la pendaison de quatre hommes qu'il tient responsables du viol et du meurtre de sa femme. Ces derniers s'échapperont de la prison, Douglass les pourchassera sans répit.
Ce western classique dans sa facture révélera sa raison d'être dans son final. Le rythme est assez tranquille, parfois trop et l'on se demande ce que vient faire le personnage accessoire joué par Joan Collins, cette manie de placer absolument une affaire de coeur dans les films est assez pénible lorsqu'elle n'est pas véritablement motivée. Il rompt une volonté d'épure qui, si elle avait été plus manifeste, aurait apporté beaucoup plus d'efficacité au film. Néanmoins les paysages sont bien utilisés même si je ne goûte pas vraiment l'usage intensif (il me semble) de scènes tournées en nuit américaine. Le propos est intéressant, il permet de penser la violence, la vengeance et du coup la peine capitale avec plus de nuances et de morale que dans la plupart des westerns de ce genre, les films de vengeance ne s'encombrent que rarement de morale. C'est une idéologie, il faut simplement choisir son camp et King le fait avec une sobriété efficace.
Stephen Boyd, Lee Van Cleef et Henry Silva sortent du lot. 
Pas un film qui donne envie d'être revu mais qui vaut le coup d'oeil.

Underworld U.S.A. / Les bas-fonds new-yorkais (1961) Samuel Fuller



Le jeune Tolly Devlin est témoin du passage à tabac mortel de son père dans une rue, les quatre hommes qui le frappent feront l'objet de sa vengeance bien des années plus tard. Sur son chemin Tolly rencontrera l'amour avec Cuddles.
Tous les personnages sont des paumés qui tentent de se sortir de leur misère. Chacun a son drame et il n'est pas donné à tout le monde d'avoir une deuxième chance.
Fuller donne à cette histoire une énergie folle et fait de ses héros des figures tragiques, il signe là un objet digne d'admiration. Les scènes s'enchaînent pleine d'inventivité et nous avons à peine le temps de savourer un plan qu'un autre aussi génial vient le remplacer.
Hal Mohr est responsable de l'image et donne un noir et blanc aux contrastes appuyés et appropriés, un vrai film noir où l'ombre joue un rôle de premier plan. Le score est tout aussi efficace.
Le film est placé sous le signe de la colère symbolisé par le poing serré de Tolly enfant sur lequel Fuller fait un fondu enchaîné pour retrouver la même main vingt ans plus tard ouvrant un coffre-fort. Fatalité du destin en quelques images, plus qu'une simple ellipse c'est un point de vue qui est exprimé. Ces bas-fonds où les âmes sont condamnées par avance et desquels ils pourront difficilement s'extirper. Le plan final est d'autant plus poignant. L'urgence et la colère qui animent Tolly sont restituées superbement par la composition de Cliff Robertson, j'avoue avoir été captivé par son visage, ses expressions, son regard sans cesse changeant. L'homme est torturé et il faudra bien la magnétisme brûlant (de celui qui fait fondre la glace) de Dolores Dorn (qui interprète Cuddles)  pour faire fuir ses démons. Dorn filmée comme une icône (pas religieuse) sexuelle, ah !!! ces gros plans aux lèvres humides, cette chevelure qui envahit l'écran dans un champ contre-champ où Tolly l'embrasse. C'est grâce à ce personnage que Fuller se laisse aller à un sentimentalisme qui fait souvent écho à la plus grande violence dans ses films. Les violons peuvent surgie dans le chaos, même s'ils jouent brièvement ils sont bien présents.
J'aime également la manière dont Fuller utilise le travelling avant dans de nombreuses scènes, par un mouvement bref et rapide qui scande le récit, lui donnant cette intensité vitale.
Et les trouvailles, l'ingéniosité, la mise en scène !!
C'est l'usage de la piscine où le boss (Robert Emhardt, incontournable) se vautre dans son peignoir et sa voix résonnant étrangement dans cet espace vide. C'est la scène du coup de fil dans la cuisine où Tolly se promène une dinde à la main. C'est Cuddles et son bâton de glace (âmes sensibles s'abstenir). C'est la mort de Gunther expédiée rapidement et efficacement. C'est la façon dont Fuller joue avec les mentions écrites qui parcourent le film : "National Projects Youth", la poubelle percutée par Tolly à la fin "Keep Your City Clean" et l'affiche d'appel au don de sang sur le mur près duquel il vient échouer "Give Blood Now !"
Une fin qui rappelle celle de The Asphalt Jungle, amère, désespérée, noire.

21 nov. 2011

Waterloo Bridge / La valse dans l'ombre (1940) Mervyn LeRoy



Déjà adaptée par James Whale la pièce de Robert E. Sherwood refait surface alors que la Seconde Guerre mondiale a débuté. Le scénario est remanié pour coller à une actualité brûlante, nul doute que les amants passionnés virent le film avec une sensibilité accrue. Comment résister aux charmes de Vivien Leigh et Robert Taylor, d'autant plus que la mise en scène de Mervyn LeRoy est souvent heureuse. La scène de la rencontre au Candelight Club est superbe, le jeune couple valse dans l'ombre qui s'accroît au fur et à mesure que les musiciens, jouant le dernier morceau avant le couvre-feu, éteignent une à une les bougies. Devant l'impossibilité d'écrire des dialogues satisfaisants LeRoy eut recours, avec bonheur, à cette astuce toute cinématographique. Leigh est parfaite, enthousiasme fou, déchirure intérieure, elle sait dessiner toutes les émotions sur son visage tandis que Robert Taylor irradie de droiture et de simplicité sans pour autant renoncer à donner de la profondeur à son personnage. Personnages qui existent pleinement à l'écran. Les moments forts sont nombreux, les émotions aussi. Bien sûr il y a ce visage éclairé par les phares qui avance vers son destin mais j'aime également la manière dont le premier baiser surgit. C'est le moment où Myra aperçoit Roy à travers la fenêtre, elle sort, le rejoint, leurs deux corps restent encore séparés par la pudeur puis se rejoignent après un bref moment qui ne peut durer plus longtemps. Voilà un film qui ne peut vous laisser insensible, une histoire d'amour portée par deux acteurs éblouissants.

The Gift / Intuitions (2000) Sam Raimi



Thriller paranormal longuet, assez indigeste. Cate Blanchett bat les cartes et aide les cinglés du coin (Etat de la Géorgie, USA) en plus de s'occuper de ses trois enfants, seule puisque son mari est mort. Le premier problème est l'ambiance angoissante qui n'existe pas, l'on peut écrire n'importe qu'elle histoire si le frisson ne vient pas dans un film de genre c'est peine perdue. Ensuite les ficelles sont visibles, notamment le final près de l'étang où tout est dévoilé avant que la scène ne se déroule, les flashforwards sont plus meurtriers que ceux qui se passent au sein du récit. C'est la faute au personnage qui a des visions, too bad.
Restent les arbres que Raimi sait filmer (voir Evil Dead).
Bref, de l'ennui, retenons un casting bien conçu qui empêche le naufrage total.
A éviter.

Pal Joey / La blonde ou la rousse ? (1957) George Sidney



On ne refuse pas de voir une comédie musicale où figurent au générique Rita Hayworth, Frank Sinatra et Kim Novak. Ce qui ne nous empêche aucunement d'exprimer notre mécontentement devant le manque de soin apporté à sa réalisation. Peu d'entrain au niveau des mouvements de caméras, peu de rythme, trop peu d'enthousiasme en général. Les acteurs n'ont pas eu le temps de soigner la synchronisation lors des chansons, le play-back, les voix doublées ne sont pas synchrones et c'est gênant. Kim Novak fait le minimum, elle reviendra sur les lieux du crime (San Francisco, en habit vert) quelques temps plus tard sous la direction de Hitchcock. Rita Hayworth est fatiguée, elle a des valises sous les yeux, même si nous l'admirons nous ne pouvons constater une certaine tendance  à faire le job, sans plus. Sinatra emporte le morceau, il est de toutes les scènes et garde cette aisance qui sauve le film car le reste est poussif. La rudesse de Hank Henry est appréciable, il a de bons moments et sa bouille reste agréable à voir. Quant au scénario je crois qu'il n'a jamais fait naître un quelconque intérêt ce qui est un écueil conséquent.
Pas une réussite.

20 nov. 2011

Låt den rätte komma in / Morse (2008) Tomas Alfredson



Banlieue de Stockholm, l'hiver. Oskar est un jeune collégien qui se fait harcelé par d'autres jeunes collégiens. Il ne dit rien, subit, s'ennuie. "No Fun". De temps à autre il va chez son père et s'amuse un peu plus.
Des voisins emménagent, un père et sa fille. Oskar fait connaissance. 
La thématique du vampire est revisitée façon glaçon suédois. Quelques sourires naissent : le père maladroit et son kit-boisson fraîche seulement il s'agit surtout de vies recluses dont les vampires sont les représentants les plus évidents. C'est une belle histoire qui se tisse entre Oskar et la petite Elie, ils luttent pour trouver quelque chose qui n'existe pas autour d'eux, l'amour (excepté la relation entre la jeune fille et son père). Romantisme dans un réfrigérateur. Nous pourrions même penser que cette petite n'existe que dans l'imaginaire du jeune garçon, principe salvateur d'une misère quotidienne. J'aurais bien aimé que cette ambiguïté soit présente dans le film ce qui ne retire rien au plaisir reçu.
Les deux compères prenant le train rappellent le mode de transport déjà vu dans le Nosferatu de Murnau. Un couple est né.

Of Human Bondage / L'ange pervers (1964) Ken Hughes



Adaptation du roman de Somerset Maugham publié en 1915, l'intrigue se déroule durant l'époque victorienne, c'est d'ailleurs une des réussites du film, la qualité de la reconstitution, le soin apporté aux intérieurs, les rues pavées humides, un noir et blanc du plus bel effet apportent une crédibilité efficace. Les liens, irrationnels (bien que Kim Novak soit une raison suffisante) et masochistes qui unissent les deux personnages principaux sont brillamment traités, Laurence Harvey a ce maintien aristocratique qui sied à son personnage, un prologue évoque son drame et la raison pour laquelle il pensera qu'il est naît pour souffrir. Quant à Novak, c'est un grand rôle qu'elle habite avec aisance et crédibilité, elle a d'ailleurs cette beauté particulière, très charnelle, voire même vulgaire dont elle usera à merveille dans Vertigo. Elle passe de la séduction la plus pure à la bassesse la plus crue. La fragilité intérieure de son personnage, son désespoir profond sont rendus subtilement par l'actrice. Ce n'est pas la mise en scène d'un Losey néanmoins le film se pare d'atouts suffisamment attractifs pour nous attirer dans ses filets.

Summer of '42 / Un été 42 (1971) Robert Mulligan



Nantucket Island, l'été, une bande d'adolescents qui pensent à une seule chose : entrer en contact avec les filles, entrer dans l'âge adulte par la sexualité, domaine qui leur semble aussi fascinant et inconnu que la mécanique quantique. Hermie en pince pour une jeune femme qui habite dans les environs, son mari part à la guerre, la voici seule, il entre en contact avec elle alors que son meilleur ami échafaude des sorties ciné avec les ingénues locales.
Suivre les émois, les élans timides de Hermie, ses enthousiasmes, déceptions, petites victoires est un doux plaisir. Nous nous lovons dans ce récit avec nos propres souvenirs (la scène de l'achat des préservatifs), dans cette période métaphysique, le paradoxe se nichant entre la préoccupation charnelle et ses développements sublimés aussi hypothétiques que vitaux. L'arrivée du télégramme est d'une émotion rare, la réalité venant frapper de plein fouet cette période hors du temps, hors de tout. L'île semblait jusqu'alors épargnée des considérations historiques, de tout lien avec une réalité autre que celle du désir de sortir de sa condition adolescente.
Mulligan a trouvé les acteurs parfaits, complètement naïfs et touchants à la fois. Le thème de Legrand est délicieux, comme à chaque fois.
Puis arrive la fin de l'été, la fin d'une époque.

19 nov. 2011

I Confess / La loi du silence (1953) Alfred Hitchcock



Un scénario qui épouse parfaitement les obsessions hitchcockiennes, le faux coupable, le chantage, l'amour secret interdit... Néanmoins le film court trop de lièvres à la fois et se perd un peu en rase campagne. Il est vrai que la trame de départ s'est considérablement calmée, devenue raisonnable sous les conseils avisés de la censure : le prêtre devait avoir un enfant illégitime et mourir à la fin. Dommage.
Le début commence sous les meilleurs auspices, ambiance de film noir, sombres ruelles, ombres portées sur les murs, pavés humides et démarrage en fanfare, direct sur le corps ensanglanté grâce aux panneaux indicateurs, la touche british du maître fait plaisir. Vient ensuite le duel Clift / Hasse, le prêtre qui se doit de taire le meurtre confessé par le second. Le fait même que le sacristain vive à ses côtés est générateur de tension, de heurts dramatiques jouissifs, d'autant plus que Malden est parfait en détective tenace. Il sait faire transparaître une urgence, une folie à son personnage qui ajoute au bouillon de culture une dose fatale. Vraiment, j'aurais bien aimé, en un délice sadique, assister à la mort du beau Clift. Hélas.
Hélas bis, l'amourette avec Baxter fait retomber l'électricité qui irradiait les premières scènes. Arrivé au procès l'on a guère envie d'en suivre le déroulement. C'est à sa fin que la vie reprend, la sortie du prêtre, la foule hideuse, manque la mort...
Un Hitchcock qui aurait pu être plus passionnant encore.

Breakout / L'évadé (1975) Tom Gries



Divertissement honnête qui n'a aucune ambition si ce n'est  de faire passer un moment agréable en compagnie de Charles Bronson (détendu comme un poisson dans l'eau) et d'autres acteurs que nous aimons bien comme Emilio Fernandez (dont la présence conjuguée à celle de Lucien Ballard font du début du film une sorte de clin d'oeil à Peckinpah), Robert Duvall (sous-utilisé), Randy Quaid et John Huston qui vient y fumer un ou deux cigares derrière un bureau.
Le récit oscille entre film de prison nerveux (c'est l'intention) sauce complot financier et comédie, sans jamais vraiment lier les deux parties avec brio. Il suffit d'accepter l'écart et de s'amuser à voir les efforts accomplis pour s'en sortir sans trop de dommages. Sheree North éclipse totalement Jill Ireland et le bad guy est découpé au mixer géant comme dans un film gore, c'est l'une des surprises du film, véritable chili composite qui, somme toute, se digère assez bien si l'on n'est pas d'une exigence folle.

17 nov. 2011

White Material (2009) Claire Denis



Voyage dans les anciennes colonies où Maria Vial (Isabelle Huppert dont le corps évanescent sert admirablement le propos) entretient ses illusions alors que la guerre civile s'accroît autour de sa plantation de café. Denis fait le portrait d'une femme qui n'arrive pas à voir la réalité ou qui se refuse à la voir, ses regards furtifs vers la montagne disent l'amour qu'elle éprouve envers sa terre mais aussi sa détresse qu'une énergie débordante peine à masquer. Clin d'oeil godardien, Subor est de la partie, réfugié dans une pièce de la demeure il sait que tout est fini, l'empire se délite, le white material est là, saisi par des petites mains curieuses et émerveillées. Les enfants soldats entrent dans le château et goûtent aux confiseries, entraîné par le rejeton du royaume, les sens en perdition (Duvauchelle pas mal du tout). André (épatant Christophe Lambert) tente d'alerter mais en vain.
La musique de Stuart Staples (Tindersticks) apporte un climat un peu lourd, chargé de menaces tout en restant beau, céleste. Elle accompagne idéalement les plans soignés de Denis. Le drame arrive doucement, sans que l'on y prenne garde, bien que tous les signes se soient manifestés au préalable, c'est le point de vue de Maria qui prime, elle croit en son travail, aux tâches qu'elle doit accomplir et c'est un beau moment que celui qui la voit se jeter dans les bras d'une inconnue, sachant qu'elle n'en peut plus de se mentir et sachant que son fils est en danger. Claire Denis sait prendre le temps, faire voir et écouter la nuit, ces moments où, épuisé, l'individu se laisse tomber, s'abandonne.
Le scénario est politique mais d'une manière réaliste et poétique à la fois, la justesse du regard n'élude rien des enjeux mais conserve malgré tout une part de la beauté de ce monde.

12 nov. 2011

The Lord of the Rings (2001-2003) Peter Jackson


C'est un voyage étonnant, un long périple éblouissant pour qui passe une dizaine d'heures en compagnie de ce coffret ci-dessus et je ne parle que des films, versions longues.
Je ne suis absolument pas amateur de fantasy mais j'avoue être bluffé par le souffle du récit, cela me donne envie de lire Tolkien. Quant au soin apporté à la réalisation de cette oeuvre, Jackson doit certainement avoir laissé quelques années de vie en moins si l'on considère l'effort accompli.
Les créatures, les décors, les paysages, les batailles sont des délices, découvrir ces films enfant doit marquer durablement. La qualité des effets spéciaux n'y est pas étrangère mais ils sont utilisés dans une conception réaliste qui est appréciable, peu de moments laissent transparaître un artifice appuyé. C'est tout le paradoxe de l'oeuvre : croire à l'incroyable. La durée permet de consacrer aux personnages secondaires suffisamment de place pour que nous ne sentions pas la pesanteur des minutes écoulées. J'ai été conquis. 

6 nov. 2011

Nicolas Stanzick, Dans les griffes de la Hammer (Le bord de l'eau, 2010)



Pour les amoureux de la Hammer ce livre est une petite merveille. Il développe sur la première moitié l'arrivée des films du studios anglais sur les écrans français et la manière dont ils ont nourri toute une frange cinéphilique particulière qui continue à en parler avec émotion et enthousiasme. Le deuxième partie donne des entretiens avec les principaux intéressés. 
La Hammer c'est l'horreur qui apparaît à l'écran avec un faste gothique et luxueux, c'est également le signal d'une contre-culture pré-68 qui place le désir en première ligne, même si cela se diffuse en des formes voilées. L'histoire des salles qui accompagnent cette histoire, des fanzines et revues qui la commentent est retracée avec précision, si bien que nous sommes obligés de recopier scrupuleusement des titres qui feront l'objet d'une recherche, d'un achat et d'un commentaire. C'est aussi et surtout cela lire des ouvrages sur le cinéma.

31 oct. 2011

The Last Picture Show (1971) Peter Bogdanovich



Film magnifique sur l'adolescence dans un trou paumé, émotions qui peuvent être vécues ailleurs, il suffit d'avoir été jeune avec des yeux et une mémoire. Rêves, espoirs, amours foudroyantes et passagères, écart entre le rêve et la réalité. Insouciance et naïveté, gravité et interrogations et puis le vent qui traverse la rue principale de Anarene, Texas (en réalité Archer City, Texas). 
Les adultes sont là, ils sont restés. Les paumés du coin qui jouent aux cartes, aux dominos en attendant la mort et les autres qui peuvent encore se permettre le luxe d'avoir des souvenirs, à cet âge et à cet endroit ce terme prend le sens de regrets. Les individus pensent à élargir leur univers et se retrouvent tous inextricablement liés, prisonniers. Tout se délite peu à peu, les morts, les dernières projections et le vent.
C'est une belle distribution : Timothy Bottoms, Jeff Bridges, Cybill Shepherd, Randy Quaid, tous très jeunes, du désir à ne plus savoir qu'en faire, épaulés par un Ben Johnson superbe de dignité, quelques baignades particulières qui tiennent lieu de jardin secret, Ellen Burstyn (a-t-elle jamais été mauvaise ?) et Cloris Leachman qui tient là un grand rôle.
Bogdanovitch réalise un petit bijou qui tient tout seul, le noir et blanc lui donne une nostalgie et une dureté, voire même une intemporalité appropriées. 

30 oct. 2011

Cul-de-sac (1966) Roman Polanski



"En attendant Katelbach" est un titre possible, qui pointerait l'atmosphère beckettienne du film. Situations absurdes, êtres solitaires qui tentent vainement de reconstituer un groupe homogène, nous y sommes.
Le couple formé par George et Teresa est fragile, parce qu'il est récent et parce que dès le début ce couple est fondé sur la trahison et le mensonge, mensonge plus ou moins accepté comme tel si l'on considère George comme un être plus lâche que naïf. C'est un couple isolé qui vit dans un château érigé sur une île. On ne peut faire plus isolé, d'autant que la route qui y mène est recouverte régulièrement par la marée. Deux gangsters échouent sur l'île après un coup qui a mal tourné. L'un meurt et l'autre attend Katelbach.
Voici un film assez unique qui ne se fait pas oublier. 
George en nuisette transparente rappelle Carol de Repulsion, aussi démuni, aussi perdu, seulement il n'est pas seul. Teresa est une femme libérée avant l'heure, elle fume, porte des pantalons, se déplace comme un homme, leur tient tête, elle est pleine de vie, veut s'amuser ... Le couple est étonnant de contrastes. C'est elle qui prend l'initiative lorsque Dickie arrive chez eux. Elle finit par s'attacher à ce gorille, voir la scène de l'évasion de la chambre et de l'enterrement à la chaise et vodka. Tous ces personnages sont un peu stupides, ils arrivent quand même à s'émerveiller de temps en autre, lorsqu'ils regardent les étoiles mais leurs activités prennent le pas sur la poésie. Les dialogues sont savoureux, peu à peu c'est une famille qui est reconstituée mais cette harmonie ne dure pas longtemps, les Fairweather, bourgeois ennuyeux, arrivent et perturbent ce calme retrouvé.
Le rire alterne avec le sordide et la détresse.
Françoise Dorléac est parfaite dans ce rôle, créature forte et fragile elle est une petite tornade et bouscule toutes les conventions. Pleasence tient là un de ses plus grands rôles, l'on se demande qui pourrait le remplacer. Stander est inoubliable, brute épaisse et comique à la fois, il faut voir le jeu du chat et de la souris entre lui et Dorléac. Jack MacGowran éclaire le film en dépit de la brièveté de ses scènes. Marie Kean, vue plus tard dans Barry Lyndon, The Dead ou encore Ryan's Daughter forme un couple répugnant avec Robert Dorning. Signalons Jacqueline Bisset dans un rôle où elle joue les matérialistes superficielles. 
La musique de Komeda, un jazz piquant et acidulé, habille le film sur mesure. 
C'est la même équipe que le précédent qui entoura Polanski seulement le tournage ne se passa pas aussi bien, ce qui ne se voit pas à l'écran tant le sujet est maîtrisé.

29 oct. 2011

Repulsion (1965) Roman Polanski



Fort du succès de Un couteau dans l'eau, Polanski se voit offrir les moyens de tourner un autre long avec la société de production anglaise Compton, qui, habituellement,  produit et distribue du porno soft.
Une manicure travaillant dans un salon de beauté a une personnalité particulière, des absences, une incapacité à nouer des relations sereines. Seule sa soeur lui permet d'avoir une attitude normale. Elle lui est très attachée seulement elle part en vacances avec son amant, marié par ailleurs. La solitude va renforcer ses névroses et aboutir à une tragédie en intérieur.
D'un bateau à un appartement de Kensington, Londres, Polanski dresse implacablement le portrait d'une jeune femme qui ne peut se résoudre à entamer une vie sexuelle. Carol a un dégoût charnel des hommes, elle peut entamer une conversation, faire quelques efforts mais le contact physique la répugne. Même ce qui relève de l'intime est répugnant, voir la brosse à dents de l'amant de sa soeur. Cette attitude se retrouve dans les propos des clientes du salon de beauté ou encore de sa collègue de travail qui lui narre les affres de ses relations intimes.
C'est livrée à elle-même, dans une solitude et une détresse prolongées que Polanski achève le tableau. Travail sur les sons (les mouches, les gouttes d'eau, les bruits lointains du voisinage, les multiples sonneries de toutes sortes...), sur le temps (le pourrissement des pommes de terre, du lapin, les horloges...), sur l'espace (les parois qui s'éloignent, se rapprochent dans l'appartement, les couloirs exigus, les ombres profilées sur les murs...) c'est un cas clinique qui est décrit avec hallucinations audio-visuelles en sus. La musique de Chico Hamilton, la photo de Gilbert Taylor et le talent des acteurs font de ce film un classique qui ne vieillit pas, formule pléonastique.
Polanski avait prévu un troisième meurtre, celui de l'épouse de l'amant de la soeur, elle téléphone à Carol dans le récit et apparaît en face de l'immeuble lorsque Carol regarde par la fenêtre avant le premier craquement dans le mur.
Signalons aussi ces scènes chez Polanski où des quidams entourent un personnage qui va mal et donnent leur avis, le vieil homme au brandy, celui qui pénètre dans le salon et se sent mal, ces voisins aussi telle la vieille dame au chien. Ils participent d'une horreur teintée d'affection toute particulière au cinéaste.

26 oct. 2011

Strangers on a Train / L'inconnu du Nord-Express (1951) Alfred Hitchcock



Un des sommets de la filmographie hitchcockienne qui en contient de nombreux. Il ne faut pas trop s'enthousiasmer à la vue du nom de Chandler au générique. L'écrivain a collaboré au film et écrit une version du scénario qui n'est pas hitchcockienne. Pour résumer Chandler travaillait beaucoup pour tirer le film vers une force littéraire, privilégiant les dialogues et les situations vraisemblables tandis que le réalisateur imaginait le film en un ensemble visuel laissant le réalisme en arrière-plan. Plusieurs séances de travail eurent lieu qui se passaient de plus en plus mal jusqu'à la rupture finale. Hitchcock laissa le scénario et le retravailla comme à son habitude à sa manière et avec d'autres plumes. 
L'idée de départ provient du roman de Highsmith mais sera adaptée librement. Le sujet est séduisant : deux hommes qui ne se connaissent pas se rencontrent dans un train et arrivent à cette conclusion : si chacun réalise le meurtre dont l'autre rêve ils réaliseront le meurtre parfait (obsession fréquente chez les personnages hitchcockiens) puisque c'est un inconnu, sans mobile, qui en sera l'auteur. La séquence inaugurale est très belle : le parcours des deux personnages est filmé au ras du sol, ne laissant apercevoir que des chaussures qui finissent par se rencontrer ! Belle illustration du hasard même si la mise en scène précise vient l'annihiler. Cette idée du crime parfait est tellement inscrite chez ces personnages que Bruno (le détraqué interprété par Robert Walker, inquiétant à souhait, tourmenté, impulsif, dangereux, très belle interprétation qui en fait un méchant inoubliable) peut tranquillement bavarder avec des aristocrates parce qu'il aborde ce sujet, si excitant entre tous.
La dimension homosexuelle de Bruno n'est pas vraiment visible en dépit des choses lues ici et là (Truffaut, McGilligan, Krohn), certes il y a des indices ténus mais globalement je vois ce personnage comme l'ennemi intérieur, la part du mal tapie en chacun de nous, en l'occurence Guy (just a guy with some hate in him, Haines est son nom, dans un film où l'assassin maîtrise le français, langue parlée dans le cercle diplomatique de l'héroïne). Il y a le motif du double omniprésent, voir le montage de la scène avec le parcours double, les deux whisky doubles commandés dans le train et encore bien d'autres indices dont ceux-ci que je goûte particulièrement : il s'agit du moment où Bruno vient voir Guy près de chez lui, alors que ce dernier s'apprête à franchir le seuil de sa porte, une voix l'appelle. Un effet sonore lui donne une tonalité qui la fait provenir d'un espace lointain et vide, comme une conscience éloignée. Le cadre est désaxé, la musique spatiale de Tiomkin commence à jouer discrètement, Guy traverse alors la rue et rejoint Bruno, les deux se parlant à travers une grille telle un miroir où se refléterait un visage, une âme. C'est une scène assez anodine mais tellement pleine de sens et conçue avec une précision redoutable.
La pulsion de mort est incarnée par Bruno qui apparaît brutalement et vient contrer le désir de vie de Guy, celui de s'accomplir, d'intégrer une société que son mariage prévu avec Anne lui permet. Pulsion récurrente, Bruno sera présent, figure omnisciente et inquiétante qui empêche la réalisation de Guy. Bruno, par ailleurs, n'est pas marié (Guy l'est et le sera de nouveau), il est encore chez sa mère qui aime lui faire sa manicure. Il faut dire que nous avons là le plus beau couple hitchcockien : une mère ravagée par la folie qui s'occupe de son fils psychopathe. Marion Lorne est touchante jouant de son innocence et de son bon vouloir complètement inutiles. 
Touchant, Bruno l'est aussi, passant de l'enthousiasme à la fureur ou encore à la folie pure, voir le discours qu'il tient au sénateur (Léo G. Carroll, fidèle acteur hitchcockien). Ses mains semblent ne pas vraiment lui obéïr, il a une façon de les présenter à son regard comme si elles étaient indépendantes, comme des outils (il usera de ce substantif dans le récit). 
Les séquences de bravoure sont nombreuses dans le film. Nous évoquerons le meurtre de Miriam ("une vraie garce de femme" dira Hitch à Truffaut) vu à travers ses lunettes tombées au sol et qui viennent déformer la scène laissant voir une sorte de pince au lieu de la main de Bruno. Toute la séquence liée à ce meurtre est admirable, les plans qui montrent Bruno très différents, de la plongée où il attend sa victime à l'arrêt de bus aux contre-plongées lorsqu'il sort de l'écran. Sa façon d'intégrer le cadre ou d'en sortir en fait un fantôme, fantôme qui séduit sa proie pour mieux l'achever. L'aide apportée à l'aveugle en fin de séquence est une trouvaille qui insiste sur la dualité et le génie du tueur.
Hitchcock joue pleinement avec les contrastes dans ce film utilisant la lumière avec un brio épatant, voir le jeu des ombres dans le "Tunnel of Love", ou encore le travail sur la lumière lors de la rencontre qui suit le meurtre où Guy et Bruno ne sont pas éclairés de la même façon, l'un l'est, l'autre pas. Beau travail de Robert Burks que nous retrouverons par la suite.
Un autre moment à retenir est le moment où Anne découvre la dangerosité de Bruno, c'est à travers son regard et par le biais de plans sans dialogues que le tout s'effectue. Moments muets qu'apprécie Hitchcock, plaisir partagé.
Et l'humour ? 
Il y a cette phrase : "I don't think it's a very nice way to make money". C'est Bruno qui la prononce en parlant de meurtres. J'aime à l'interpréter comme une blague du réalisateur sur cette façon de revenir à ce qu'il sait faire le mieux, surtout après deux échecs.
Celle-ci : "Where I go, Hennessy goes...". Hennessy est le policier qui est chargé de surveiller Guy après le meurtre de sa femme. C'est aussi une grande marque de Cognac, boisson qu'adore Hitchcock, que boivent nombre de ses personnages.
J'ajoute le gamin qui pointe son faux pistolet sur Bruno et la réaction de ce dernier ou encore la séquence magistrale finale où un autre gamin est en proie à l'ivresse de la vitesse puis se met à frapper Bruno, aidant Guy dans sa lutte, la réaction de Bruno étant en cohérence avec celle mentionnée précédemment.
La séquence du double suspense (la partie de tennis et l'épisode du briquet) est célèbre mais à chaque fois que je revois ce film ce sont celles qui m'impressionnent le moins, je préfère les moments mentionnés ci-dessus. C'est cela Hitchcock, un ensemble de merveilles où nous pouvons choisir.