28 janv. 2011

Quo Vadis (1951) Mervyn LeRoy


Je devais à peine avoir dix ans lorsque j'ai vu ce film, je n'en gardais pas un souvenir précis mais la prestation de Ustinov et l'attente des chrétiens alors qu'au loin rugissent les lions sont restés dans ma mémoire. C'était l'époque où j'aimais me réfugier dans les péplums, ces films, parfois en carton-pâte, qui faisaient rêver et qui permettait de s'échapper du réel en ayant l'illusion de dévorer un pan de l'Histoire. Je me souviens avoir été impatient d'assister à la diffusion des Gladiateurs de Delmer Daves, avec Victor Mature...
Aujourd'hui Quo Vadis est disponible dans une version magnifique, en blu-ray. 
Parlons d'abord de ce qui m'a ennuyé. Le didactisme religieux appuyé du film est lourd, notamment la fin avec les paroles de Marcus qui souhaite l'avènement du christianisme. Hervé Dumont souligne dans son indispensable L'Antiquité au cinéma que les Etats-Unis sont en pleine période maccarthyste et ces répliques sont empreintes du "puritanisme messianique américain", Moscou et son athéisme menace, il faut montrer le chemin. C'est regrettable car le reste est beau, efficace. Les plans où la caméra s'attarde sur les chrétiens dans l'arène sont de véritables tableaux, leurs chants sont émouvants, c'est uniquement, à mon sens, la conversion du héros et ses discours de propagande qui jurent. C'est un détail. Une production de ce genre qui a vocation à attirer les foules dans les salles ne peut pas être totalement à l'abri d'un discours politique qui serait voulu par les responsable du studio et par quelques politiques. L'Histoire est convoquée d'une autre façon. En regardant le film, je constatais un parallèle flagrant entre Rome et l'Allemagne hitlérienne, entre les chrétiens et les juifs. De par la manière de saluer l'empereur, la mise en scène des apparitions de Néron, la folie du personnage, ses talents artistiques ainsi que les détraqués qui l'entourent. C'est avec plaisir que j'ai appris par Dumont que John Huston était pressenti pour tourner l'adaptation du roman de Sienkiewicz mais qu'il s'était opposé à la volonté de Mayer qui désirait travailler davantage l'aspect religieux alors que Huston voulait renforcer le parallèle entre Néron et Hitler. Parallèle qui subsiste néanmoins et que je goûte bien volontiers. Dumont nous apprend également, pour parfaire le parallèle fasciste que la maquette de la nouvelle Rome conçue pour Néron n'est autre que celle d'Italo Gismondi faite pour Mussolini à l'occasion de la Mostra Augustea della Romanita de 1937!
Le reste est un enchantement.
Les décors sont somptueux, LeRoy a tourné à Cineccittà et les moyens financiers dégagés se voient à l'écran : figurants en pagaille, espaces immenses offrant des cadres impressionnants. Rien ne paraît douteux, un soin méticuleux est apporté aux costumes, objets, accessoires... Parfois le kitsch s'invite mais  c'est pour ajouter une couche de plaisir.
La prestation de Peter Ustinov est grandiose, il se vautre dans son rôle avec délectation. Les moments où il compose sont hilarants ("la puissance omnivore"), il n'est pas totalement diabolique, ce sont surtout ses conseillers qui le mènent aux actes insensés. Il est davantage un idiot capricieux, candide et névrosé. Ce passage où, lors d'une petite orgie, il regarde l'assemblée à travers un miroir d'émeraude est celui que je préfère : "Same faces, sames noses. All green." Ustinov cabotine à la manière d'un Laughton, pressenti pour le rôle lors d'un projet avorté quelques années auparavant. Il ne fait pas regretter ce dernier et réussit à apporter au rôle une fragilité qui devient effrayante puisqu'accompagnée des pleins pouvoirs. La séquence de Rome incendiée est un grand moment qui lui permet de délirer à la hauteur du personnage dans lequel il s'est enfermé. Face à ses délires, l'humour de Pétrone est un subtil réconfortant, ses traits ironiques fusent tout au long du film, amusants ils nous emmènent jusqu'à cette belle scène d'adieu où la lettre sert d'apothéose.
Robert Taylor est parfaitement crédible et assure son statut de mâle viril avec décontraction tandis que Deborah Kerr incarne une beauté diaphane assez séduisante. Le tout est un spectacle hollywoodien avec toutes les connotations positives que l'expression enferme.

27 janv. 2011

Man on Fire (2004) Tony Scott


Encore un revenge movie. Est-ce la saison ? Celui-ci se déroule à Mexico sur fond d'enlèvements.
Scénario cousu de fil blanc mais lorsque ce film s'insère dans le lecteur le spectateur n'a aucun doute sur le type de récit qu'il va suivre. Il veut simplement s'assurer de passer un bon moment. 
Denzel Washington est un tueur sur le déclin, comme il se doit. Il attend la rédemption en éclusant du Jack Daniel's jusqu'à sa rencontre avec la petite Dakota Fanning. Cette bouille lui fait reprendre la bible et arrêter l'alcool. Evidemment la petite se fera enlever et Washington va serrer les mâchoires, prendre son flingue et dégommer les farceurs mal rasés.
La mention "Dur, poignant et violent comme l'enfer" signée Tarantino et figurant sur le dvd est excessive, comme souvent chez Tarantino. Mais le film est réussi, toutes les scènes où la belle fait connaissance et apprivoise la bête sont attachantes, particulièrement tout ce qui tourne autour de l'entraînement de natation. La relation entre Washington et Walken procure beaucoup de plaisir, il est agréable de voir Walken et son visage vieillissant, cet acteur est charismatique et sa présence apporte définitivement un bonus quelque soit le film qu'il traverse. Je préfère nettement la première partie qui précède le moment où la rage va exploser : " A man can be an artist at anything, food or whatever if you're good enough at it. Creasy's art is death, and he's about to paint his masterpiece..."
L'action se déroule à Mexico, le tournage dans ces rues baignées de lumière constitue un charme supplémentaire.
Bémol pour quelques scènes un peu trop stylisées, Scott est bon quand il ne pousse pas les effets avec excès. Les séquences "fin du monde" avec Lisa Gerrard ont tendance à alourdir le récit, elles sont devenues si banales que même la première scène du premier film où sa voix est utilisée paraîtra surfaite.