27 févr. 2011

Suspicion (1941) Alfred Hitchcock



Hitchcock est toujours sous contrat avec Selznick. Le contrat stipule qu'Hitch ne sera payé que lorsqu'il travaillera sur un projet Selznick or, nous l'avons vu, excepté Rebecca rien d'autre n'arrivait à aboutir. Par conséquent le voilà encore avec RKO. Il faut dire que David O. Selznick a droit à une partie du salaire de Hitchcock ainsi qu'une part de tout avantage obtenu, Myron, le frère de Selznick, en tant qu'agent du réalisateur anglais touche 10 % de son salaire. Alors même qu'il est le deuxième réalisateur le plus prestigieux à travailler aux Etats-Unis, après Capra, Hitchcock perçoit une rémunération bien moindre que la plupart de ses confrères. Nevermind, il sait qu'en construisant ses succès, il travaille pour le long terme.
L'idée du film vient d'un roman paru quelques années plus tôt écrit par Anthony Berkeley, roman bien plus noir et plus libre que le cadre étroit du code Hays. Joan Harrison et Mme Hitchcock en tirent un scénario, comme bien souvent ce premier stade est suivi par de multiples réécritures effectuées par d'autres collaborateurs. C'est un auteur ayant travaillé et qui travaillera sur plusieurs Lubitsch qui viendra apporter sa touche, appréciée par le réalisateur : Samson Raphaelson. Le cinéaste tente d'anticiper la censure dès le scénario mais ce sera sans compter avec les changements qui auront cours chez RKO. Le film subira de perpétuelles modifications qui, finalement, ne sont pas si visibles que cela à l'écran.
Quel est le sujet ? Une jeune femme, Lina, issue de la haute bourgeoisie, est prisonnière de sa vie sans heurts et du cocon familial, ses parents conçoivent facilement qu'elle puisse terminer vieille fille. Arrive alors Johnnie, sorte d'électron libre, très connu de la bonne société, mi-gigolo mi-fanfaron. Il tombera amoureux de la demoiselle, sentiment partagé. Fuite pour se marier, voyage de noces et installation. Lina s'aperçoit alors qu'il est sans le sou, joueur et peu enclin à trouver une situation.
Le film débute en un registre comique où Cary Grant (Johnnie) emporte tout sur son passage. Après l'avoir vu deux fois, Lina est comme envoûtée par lui, chaque geste est habité par sa présence. Joan Fontaine, qui interprète Lina, rejoue à ce moment l'ingénue troublée de Rebecca. Idem lorsqu'elle sera abattue devant les multiples révélations et doutes qui l'assailliront. Sa bouche tordue ne cesse de me fasciner et de m'éblouir mais ce sont là considérations personnelles. C'est donc une première  partie assez enjouée, Grant ne cessant de jouer en ruptures, il vient au bal sans y être invité, part danser avec Lina alors même que son beau-père tente d'élucider les raisons de sa présence, ne finit pas cette danse, emporte sa partenaire en voiture, arrête la course pour l'embrasser et finit par l'amener chez elle alors même qu'elle venait de lui signifier son désaccord. Le récit s'accélère et Grant s'y déploie avec virtuosité. Hitchcock trouve là un acteur avec lequel son oeuvre prend une dimension supérieure. La conversation à trois devant le portrait paternel, les cadeaux de mariage, autant d'éléments qui ancrent le récit dans une veine comique.
L'inquiétante étrangeté du récit vient plus tard.
La personnalité cachée de Johnnie est dévoilée par le sympathique Beaky (Nigel Bruce, toujours excellent et tellement original) puis par Melbeck, viennent ensuite les doutes sur la sincérité de son amour. Amour ou profit. C'est Lina qui sera au centre de la deuxième partie du récit, ses doutes, ses névroses, ses enquêtes seront au premier plan. Grant arrivera alors de plus en plus brutalement. Ses apparitions sont un bonheur de mise en scène. Il surgit en arrière-plan au moment où Lina vient d'apprendre qu'il a volé 2000 livres à Melbeck, précédé par un léger grincement de porte. Après avoir exigé, assez brutalement, de Lina qu'elle ne s'occupe plus de ses affaires (scène violente dans la montée de l'escalier) il apparaît dans la scène suivante en amorce au premier plan, se glissant lentement à la manière des assassins qui vont se précipiter sur leur victime. Enfin ce sera après la visite des inspecteurs, il se matérialise comme un vampire, de plus en plus furtivement. Toute cette deuxième partie est conçue pour retirer définitivement la moindre sympathie envers le personnage. Les scènes sont de moins en moins éclairées, les projections d'ombres se font de plus en plus expressives, la musique de Waxman est plus inquiétante. Nous sentons alors combien le film devait avoir une fin sombre et meurtrière.
Grant devait empoisonner son épouse, épouse enceinte et consciente des projets funèbres de son mari. La scène du verre de lait est magistralement filmée, toute en ombres et faisceaux lumineux dirigés, lumière logée au sein du verre de lait immaculé, montée des marches... Mais la censure posa son veto. Hitch désirait que Lina lui donne alors une lettre à poster qui dirait la vérité et accuserait le mari, qui ne sachant rien posterait cette lettre après le meurtre. Fin magnifique. La fin, nous le savons, est différente. Il avait encore des années plus tard ce regret, celui de n'avoir pas tourné la dernière scène avec un Grant qui aurait regardé par-dessus son épaule, par dépit de n'avoir pas poussé sa compagne. Il avait raison de le regretter. 
En dehors de ce happy end dont l'histoire du cinéma regorge le film conserve beaucoup d'intérêt. Ce mélange des registres en premier lieu. Et ces touches hitchcockiennes dont nous raffolons : ce goût pour le cognac, ces acteurs anglais qui sont des plus charmants : Dame May Whitty, Nigel Bruce..., les repas où le sujet principal de conversation est le meurtre ou comment tuer plus efficacement un individu sans se faire condamner (le médecin légiste et sa femme ont des mines inquiétantes) ou pour finir ce regard appuyé du jeune inspecteur chez Lina, regard qu'il porte sur un petit tableau moderne en entrant et en sortant, énigme supplémentaire qui semble plus le préoccuper que l'enquête en cours.

23 févr. 2011

Apocalypse, la Deuxième Guerre Mondiale (2009) Guillaud, de Turenne, Clarke, Costelle

La guerre vue au pas de course, version colorisée. Même si certaines séquences sont impressionnantes comme les soldats sibériens à ski par exemple ce documentaire est souvent ponctué de longues séquences de tirs, explosions agrémentées d'un commentaire peu passionnant. Vous me direz que c'est la guerre et que c'est bien normal mais l'on peut parler de la guerre sans pour autant en faire des tonnes, voir Ophuls (le fils), Lanzmann ou Ken Burns. J'ai une certaine passion pour l'histoire mais je dois confesser que je suis resté sur ma faim. Plus d'exigence n'aurait pas nuit au projet et volonté d'embrasser la foule ne doit pas signifier étreinte molle (c'est presque ce que dirait l'autre). Au final ce qui manque c'est une "méfiance" vis-à-vis de l'image, je pense à cette remarque étrange du commentaire qui souligne une voiture-travelling dans le champ, et alors ? Toutes ces images sont issues du même procédé : une caméra qui filme la scène, souligner la voiture-travelling est la preuve que la scène est filmée selon deux points de vue différents (au minimum), offrant par là plus de possibilités pour le montage. Il aurait mieux valu mettre en perspective ce qui relevait de la propagande, d'images volées, davantage identifier les sources. 

Syriana (2005) Stephen Gaghan


Distribution de premier ordre pour ce thriller politique baignant dans l'or noir. Extrémistes religieux, organisations étatiques, compagnies pétrolières, think-(oil)tanks, tout et tous gravitent autour de ce liquide, de cet argent, de ce pouvoir. Les âmes progressistes seront écartées.
Le récit progresse doucement, dévoilant ses strates opaques à la manière des grands films politiques des années 70. Le discours est sombre, le printemps arabe qui se développe hors de tout contrôle doit certainement créer des ébullitions chez les rapaces en col blanc, des envies chez les vautours. Tairont-ils les espoirs naissants, l'avenir le dira. En ces moments historiques le film a le mérite de ramener le discours à des proportions financières inéluctables, froides et radicales. 

Play Misty for Me / Un frisson dans la nuit (1971) Clint Eastwood



Première réalisation du grand Clint qui à l'époque a déjà une solide expérience cinématographique. La série Rawhide a contribué à le faire entrer dans les studios, McGilligan raconte comment il s'intéressait à tout ce qui avait rapport avec la réalisation, le montage. Leone avec sa trilogie au cigare le fait définitivement entrer dans la cour des grands. Ses choix suivants sont un peu confus mais avec The Beguiled l'acteur fait montre d'une autre facette, plus auteuriste, plus risquée. Il faut dire qu'il est entre les mains de Don Siegel, que l'admiration est réciproque au point qu'Eastwood lui fait jouer le barman dans son premier film. Manière de souligner une certaine affection, certes mais aussi manière d'avoir l'assistance d'un artisan confirmé qui peut donner un coup de main en cas de besoin. Le monteur et le chef opérateur de Siegel sont de la partie donnant à Eastwood une sécurité qui est appréciable lorsqu'on donne son premier coup de manivelle.
Eastwood choisit de tourner l'histoire à Carmel, ville qu'il connaît bien et dont il deviendra le maire bien plus tard. Il incarne un disc-jockey qui occupe une tranche horaire nocturne, jouant des standards de jazz, lisant quelques poèmes. L'animateur est à l'aise dans sa ville, a du succès avec les femmes mais tente de reconquérir son ex, une blonde qui est un peu plus exigeante que les autres et se laisse dompter moins facilement. Lorsque vous parcourez les 300 premières pages de la bio écrite par McGilligan vous vous amusez du portrait de coureur de jupons que brosse l'auteur, par la suite cela devient usant, McGilligan insiste systématiquement sur le nombre de ses conquêtes. Etre infidèle, avoir de multiples conquêtes n'empêche en rien de faire oeuvre. Je parle de cela parce que j'avais déjà vu Play Misty for Me plusieurs fois sans avoir lu cette biographie, le revoyant je trouve amusant et onnête d'avoir dépeint le personnage comme un homme à femmes, ce trait est souliné à plusieurs reprises, d'abord par son collègue, black ultra cool aux répliques amusantes, ensuite par le barman, voir le jeu bizarre qui n'a pour but que de susciter la curiosité de la gente féminine présente, enfin par Tobie, l'aimée qu'il veut reconquérir. Du coup les nombreuses remarques concernant cette passion de l'acteur pour le sexe opposé tombent un peu à plat. Le personnage va d'ailleurs faire une rencontre inquiétante, une fan assidue se révèle être une hystérique possessive à tendance meurtrière. Le rôle est magnifiquement interprété par Jessica Walter qui passe par tous les états : hystérique, séduisante, fragile, désespérée, effrayante... Les scènes entre les deux principaux protagonistes sont réussies et instaure parfis un climat pesant et étouffant. Ce thriller parvient à se confondre avec le film d'horreur, il y a cette même platitude des paysages naturels que nous pouvons retrouver dans les slashers les plus classiques, je pense notamment à ce clip assez risible où Roberta Flack nous chante (avec plaisir) son "The first Time I Ever Saw Your Face", rien ne nous est épargné : chutes d'eau, promenade en plans larges et baiser sous le soeil couchant. Il est vrai que le déchaînement de violence qui suit n'en est que plus percutant. 
Une autre remarque faite par McGilligan est celle d'utiliser de plus en plus les plans sous éclairés pour cacher les traits vieillissants de l'acteur. Ces plans sont déjà présents dans le film, de nombreuses scènes sont filmées avec peu de source lumineuse, notamment les intérieurs (la scène où Evelyn tente de se suicider par exemple). Je lis la bio de Hitchcock par le même auteru, elle est passionnante et bien moins orientée que celle consacrée à Eastwood, ce qui est dommage.
Le rôle d'une femme de ménage est jouée par Clarice taylor, elle y est exquise, tout comme John Larch qui joue le Sgt. McCallum. Les seconds rôles sont importants et ces derniers ont suffisamment de présence pour occuper l'espace et faire vivre le récit.
Une séquence est tournée au Monterey Jazz Festival et donne, malgré la bonne musique qui s'y joue, un défat supplémentaire au film qui le tire vers la carte postale. Ces nombreux plans aériens de plages, de côtes, de vagues sont utilisés sans retenue. Le film aurait gagné à être moins tourisitique mais cela ne diminue en rien la plaisir de suivre l'action. Au final c'est un très beau coup d'essai qui se laisse très bien revoir.

22 févr. 2011

A. I. (2001) Steven Spielberg



Comme nombre de cinéastes Kubrick avait souvent plusieurs projets en cours, attendant le moment propice pour les finaliser. L'intelligence artificielle était un sujet qui le passionnait, revoir à ce propos 2001, A Space Odyssey et la place prépondérante de Hal dans le film. Les Archives Stanley Kubrick, publiées chez Taschen, présente un nombre de documents exceptionnels, quelques pages sont consacrées au projet A.I. et font l'objet d'un article très instructif d'Alison Castle. Ce dernier souligne que le réalisateur était à la page en ce qui concerne les ordinateurs, soucieux de classer les informations accumulées pour tous ses projets et ses sujets de prédilection. Les machines le fascinaient et il suivait attentivement l'évolution de la robotique. Il acquis les droits de la nouvelle de Brian Adliss, Supertoys. Travaillant à l'élaboration du scénario avec l'auteur il voulut apporter une dimension féerique au récit original, l'auteur se désolidarisa du projet. Kubrick continua à y travailler, son désir était de créer le personnage de David numériquement, la technologie n'étant pas encore assez satisfaisante à son goût il peaufinait l'écriture, notamment avec Ian Watson. Dans les années 1980, il commençait à prendre conscience que cette option numérique poserait des problèmes, il pensa alors à utiliser un jeune acteur seulement la durée des tournages de Kubrick est hors-norme ! Le garçon grandirait entraînant d'autres difficultés. C'est à ce moment qu'il commença à partager ses idées avec Steven Spielberg. Ce dernier n'a jamais été au courant des projets du réalisateur, en dépit des relations qu'il avait avec lui mais là c'était différent, peu à peu Kubrick proposa à Spielberg de réaliser le film, lui le produirait. La rapidité, l'efficacité mais surtout l'univers de Spielberg conviennent parfaitement au projet. Kubrick et Spielberg communiquèrent par fax, en lien direct sans intermédaire afin que le secret soit préservé. Ils travaillèrent sur les différents manuscrits développés, Kubrick lui communiqua les planches dessinées par Chris Baker (un robot avec ses traits est projeté à travers une hélice enflammée dès le début de la séquence "Flesh Fair"), certaines sont reproduites dans le Taschen et témoignent de la fidélité et du respect du film de Spielberg par rapport aux lignes esthétiques de départ. A la mort de Kubrick son épouse demanda à Spielberg de finaliser le projet, il était le seul en qui Kubrick avait confiance pour le mener à bien.
A. I. est un conte futuriste qui renferme une richesse thématique qui ne peut que séduire.
Le film se déroule dans un futur où les robots sont utilisés par les hommes pour travailler à de multiples tâches, abîmés ils sont ensuite laissés à l'abandon ou pourchassés par des sectes qui refusent l'omniprésence du mécanique sur l'organique. Par ailleurs de nombreuses entreprises travaillent à créer le modèle parfait, désir prométhéen de devenir Dieu et de créer son égal. Vient alors la frontière ténue qui sépare ou rapproche l'homme du robot doté d'une conscience, comme dans Blade Runner lors de la dernière réplique de Rutger Hauer, le robot a des émotions, le contrôle de son existence pose alors des problèmes éthiques, philosophiques. Les parents de David qui héritent du robot se confrontent à ces enjeux. Dans la scène inaugurale, William Hurt qui joue le concepteur principal de ces derniers modèles jubile devant sa trouvaille : voici un robot capable d'aimer et d'avoir un attachement éternel. Une assistante pose la bonne question : les propriétaires du robot sauront-ils se hisser à la hauteur de cet amour ? Pourront-ils aimer le robot en retour ? Le rapport parent/enfant est posé, le principe de responsabilité est alors effectif. Si un robot peut à ce point ressembler à l'homme ce sont les mêmes devoirs que nous devons lui appliquer.
L'abandon, l'isolement est un thème récurrent chez Spielberg et le scénario permet d'aborder le sujet dans un cadre technologique qui lui donne un nouvel écrin. L'abandon donne l'impulsion cauchemardesque du film. Les adultes trahissent, chassent, les robots aident, conseillent...
Le refuge se trouve du côté du rêve, du conte.
La beauté du film est d'ouvrir la fin et de la conjuguer avec une ellipse de vingt siècles, le rêve de David se concrétise dans une hypothèse extra-terrestre, beauté mélancolique d'un futur silencieux et désert qui rappelle la froideur des scènes précédentes.
Nous pouvons regretter que Kubrick ne soit pas aux manettes mais Spielberg apporte son univers et remplit admirablement le contrat. La tristesse et la solitude qui émanent du film feront la beauté de Catch Me if You Can, autre film important.

18 févr. 2011

The Wind / Le vent (1928) Victor Sjöström


La force d'un film c'est, par exemple, vous faire passer d'un BR vu sur un écran plasma full HD sur une VHS vue sur un petit écran cathodique sans que cela ne vous gêne en rien.
Je farfouille dans ma pile de VHS, histoire de la faire diminuer un peu, tout vieux cinéphile qui se respecte a gardé ses dernières VHS, en tout cas quelques-unes et je sors ce muet de 1928.
Enregistrement d'une diffusion sur Arte. Surprise c'est Lillian Gish qui présente le film !!
C'est elle qui propose le roman à Irving Thalberg, jeune producteur surdoué de la MGM. Ce dernier étant débordé elle en écrit un résumé de quelques pages pour que Frances Marion fasse le scénario. C'est elle qui choisit le réalisateur suédois avec qui elle a déjà tourné.
Direction Bakersfield et le désert Mojave où règne une chaleur torride pour tourner ce récit entre mélodrame et western fantastique. c'est l'histoire d'une jeune femme qui arrive en milieu hostile et ce pour plusieurs raisons. Elle doit vivre chez son cousin mais son épouse ne peut décidément pas l'accepter, elle doit également repousser quelques avances, ces dernières sont assez agréables mais la jalousie tenace de l'épouse va l'obliger à choisir un prétendant alors que le désir n'est pas encore là. Mais au-delà de ces épreuves c'est le vent soufflant sans cesse dans la région qui va la pousser dans ses ultimes retranchements, ce vent qui paraît s'incarner en la personne d'un macho rustre épris de sa beauté jusqu'à venir la posséder en profitant de l'absence des hommes partis gagner leur vie.
Les éléments du mélodrame sont nombreux et comme dans beaucoup de films pourraient pousser l'ensemble vers le grotesque et l'invraisemblable. C'est sans compter sur le talent de la mise en scène et la force des acteurs, de Gish en premier lieu. Le vent s'immisce partout et fait jeu égal avec l'actrice, le champ-contre champ / champ-hors champ est souvent mis à contribution, il unit le personnage à cette entité et crée un lien spécifique entre les deux. Le film est muet mais nous pourrions jurer avoir eu les oreilles agressées par tant de fureur !! Le happy end est tourné à la demande des distributeurs qui refusaient une issue aussi déprimante or il faut souligner qu'il reste formidable d'inventivité et d'enjeu dramatique. Le vent devient alors un allié qui permet à la jeune femme de devenir sûre d'elle et de faire front, les deux amants sont alors enlacé face à lui, regardant au loin leur avenir prometteur. Je pensais à ce moment que ma copie n'était pas très bonne, c'était seulement mes yeux embués de larmes devant tant de beauté et d'émotion.
Nous sommes alors à l'apogée du muet et la maîtrise du récit cinématographique est totale : variété des cadrages, surimpressions, caméra subjective, accélération du rythme, tout y est. Les plans larges isolent les personnages dans un environnement hostile, les plans rapprochés voient les vêtements virevolter frénétiquement, sans cesse la lutte est présente. Des hélices d'avion furent utilisées lors du tournage qui fut le plus éprouvant de la longue carrière de Lillian Gish. Les plans d'un cheval blanc qui rue avec la tempête, ou se mêlant au visage épouvanté de Gish sont empreints d'une poésie et d'un onirisme qui répondent parfaitement à la légende indienne expliquant les tornades par un cheval fantôme qui vit dans les nuages. La présence des chevaux sauvages qui descendent des montagnes à l'approche des ouragans est une métaphore d'une nature sauvage que l'on peut difficilement dompter sans y laisser des forces. C'est le parcours qui sera imposé à l'héroïne.
Le montage joue habilement de cette force fantastique qui semble faire conjuguer d'abord le vent et la présence démoniaque du bellâtre. C'est une rafale de vent qui lui permet d'approcher la jeune femme une première fois. C'est en profitant de la tempête qu'il fera demi-tour pour venir la violer. Lorsqu'elle finit par se débarrasser de lui, le vent semble le faire revenir, scène magnifique du retour de Lige (l'homme qu'elle avait finit par choisir puis qu'elle a finit par aimer) qui joue sur la confusion du mort-vivant réanimé par le vent. Tout cette séquence, le viol, le meurtre, le retour est admirable. Le jeu de l'actrice n'est pas vraiment dans l'outrance, elle parvient à faire surgir graduellement la tension qui l'habite et qui la mène au bord de la folie avec une qualité d'expression qui laisse pantois. Lorsque les membres frêles, les doigts effilés, la chevelure au vent, elle goûte la force de ce dernier, libérée et apaisée, amoureuse, nous sommes conquis. Une merveille.

12 févr. 2011

Blood Diamond (2006) Edward Zwick


Pas mal d'ennui devant ce film à vocation politique. Les sublimes paysages peinent à masquer le peu d'intérêt éprouvé par les balises attendues du récit. Disons qu'il est important qu'une star travaille pour la bonne cause, que nombre d'occidentaux verront le film et prendront conscience de ses thématiques. Un solide documentaire ou un ouvrage documenté me conviennent mieux néanmoins reconnaissons l'impact de sa diffusion. Au suivant.

9 févr. 2011

Paranoiac ! (1963) Freddie Francis


Glissé dans une commande de quelques blu-ray anglais voici une belle découverte issue de la Hammer Film. Je regardais encore ce matin les premières séquences de The Straight Story de David Lynch dont Freddie Francis s'occupe de l'image, là il le réalise. C'est un film d'horreur dans la tradition Hammer mais plus adulte, plus psychologique avec une vraie famille de cinglés qui s'entre-déchire autour d'un héritage et de quelques secrets. La réalisation est soignée, peu de moyens mais une tenue impeccable. Le scénario déjoue souvent les certitudes et tient en haleine le spectateur qui en est réjouit et ne demande que cela. De plus les acteurs sont excellents. Oliver Reed écrase méchamment les autres jouant de l'hystérie avec une emphase dont je me délecte ou bien se servant de sa beauté animale qui diffuse une électricité palpable. Janette Scott réussit à crier, pleurer avec brio, de nombreuses ingénues se sont ridiculisées en prenant le risque de s'afficher de la sorte mais elle reste digne, émouvante et agréable à regarder. Sheila Burrell est efficace en vieille tante amourachée de son neveu détraqué, quant à Alexander Davion, son aspect lisse sied au rôle, il veille à ne pas trop en sortir. Les scènes autour de la mare, de la falaise aèrent le récit qui est centré principalement à l'intérieur de la demeure labyrinthique des Ashby. Un excellent film anglais.