23 févr. 2011

Apocalypse, la Deuxième Guerre Mondiale (2009) Guillaud, de Turenne, Clarke, Costelle

La guerre vue au pas de course, version colorisée. Même si certaines séquences sont impressionnantes comme les soldats sibériens à ski par exemple ce documentaire est souvent ponctué de longues séquences de tirs, explosions agrémentées d'un commentaire peu passionnant. Vous me direz que c'est la guerre et que c'est bien normal mais l'on peut parler de la guerre sans pour autant en faire des tonnes, voir Ophuls (le fils), Lanzmann ou Ken Burns. J'ai une certaine passion pour l'histoire mais je dois confesser que je suis resté sur ma faim. Plus d'exigence n'aurait pas nuit au projet et volonté d'embrasser la foule ne doit pas signifier étreinte molle (c'est presque ce que dirait l'autre). Au final ce qui manque c'est une "méfiance" vis-à-vis de l'image, je pense à cette remarque étrange du commentaire qui souligne une voiture-travelling dans le champ, et alors ? Toutes ces images sont issues du même procédé : une caméra qui filme la scène, souligner la voiture-travelling est la preuve que la scène est filmée selon deux points de vue différents (au minimum), offrant par là plus de possibilités pour le montage. Il aurait mieux valu mettre en perspective ce qui relevait de la propagande, d'images volées, davantage identifier les sources. 

Syriana (2005) Stephen Gaghan


Distribution de premier ordre pour ce thriller politique baignant dans l'or noir. Extrémistes religieux, organisations étatiques, compagnies pétrolières, think-(oil)tanks, tout et tous gravitent autour de ce liquide, de cet argent, de ce pouvoir. Les âmes progressistes seront écartées.
Le récit progresse doucement, dévoilant ses strates opaques à la manière des grands films politiques des années 70. Le discours est sombre, le printemps arabe qui se développe hors de tout contrôle doit certainement créer des ébullitions chez les rapaces en col blanc, des envies chez les vautours. Tairont-ils les espoirs naissants, l'avenir le dira. En ces moments historiques le film a le mérite de ramener le discours à des proportions financières inéluctables, froides et radicales. 

18 févr. 2011

The Wind / Le vent (1928) Victor Sjöström


La force d'un film c'est, par exemple, vous faire passer d'un BR vu sur un écran plasma full HD sur une VHS vue sur un petit écran cathodique sans que cela ne vous gêne en rien.
Je farfouille dans ma pile de VHS, histoire de la faire diminuer un peu, tout vieux cinéphile qui se respecte a gardé ses dernières VHS, en tout cas quelques-unes et je sors ce muet de 1928.
Enregistrement d'une diffusion sur Arte. Surprise c'est Lillian Gish qui présente le film !!
C'est elle qui propose le roman à Irving Thalberg, jeune producteur surdoué de la MGM. Ce dernier étant débordé elle en écrit un résumé de quelques pages pour que Frances Marion fasse le scénario. C'est elle qui choisit le réalisateur suédois avec qui elle a déjà tourné.
Direction Bakersfield et le désert Mojave où règne une chaleur torride pour tourner ce récit entre mélodrame et western fantastique. c'est l'histoire d'une jeune femme qui arrive en milieu hostile et ce pour plusieurs raisons. Elle doit vivre chez son cousin mais son épouse ne peut décidément pas l'accepter, elle doit également repousser quelques avances, ces dernières sont assez agréables mais la jalousie tenace de l'épouse va l'obliger à choisir un prétendant alors que le désir n'est pas encore là. Mais au-delà de ces épreuves c'est le vent soufflant sans cesse dans la région qui va la pousser dans ses ultimes retranchements, ce vent qui paraît s'incarner en la personne d'un macho rustre épris de sa beauté jusqu'à venir la posséder en profitant de l'absence des hommes partis gagner leur vie.
Les éléments du mélodrame sont nombreux et comme dans beaucoup de films pourraient pousser l'ensemble vers le grotesque et l'invraisemblable. C'est sans compter sur le talent de la mise en scène et la force des acteurs, de Gish en premier lieu. Le vent s'immisce partout et fait jeu égal avec l'actrice, le champ-contre champ / champ-hors champ est souvent mis à contribution, il unit le personnage à cette entité et crée un lien spécifique entre les deux. Le film est muet mais nous pourrions jurer avoir eu les oreilles agressées par tant de fureur !! Le happy end est tourné à la demande des distributeurs qui refusaient une issue aussi déprimante or il faut souligner qu'il reste formidable d'inventivité et d'enjeu dramatique. Le vent devient alors un allié qui permet à la jeune femme de devenir sûre d'elle et de faire front, les deux amants sont alors enlacé face à lui, regardant au loin leur avenir prometteur. Je pensais à ce moment que ma copie n'était pas très bonne, c'était seulement mes yeux embués de larmes devant tant de beauté et d'émotion.
Nous sommes alors à l'apogée du muet et la maîtrise du récit cinématographique est totale : variété des cadrages, surimpressions, caméra subjective, accélération du rythme, tout y est. Les plans larges isolent les personnages dans un environnement hostile, les plans rapprochés voient les vêtements virevolter frénétiquement, sans cesse la lutte est présente. Des hélices d'avion furent utilisées lors du tournage qui fut le plus éprouvant de la longue carrière de Lillian Gish. Les plans d'un cheval blanc qui rue avec la tempête, ou se mêlant au visage épouvanté de Gish sont empreints d'une poésie et d'un onirisme qui répondent parfaitement à la légende indienne expliquant les tornades par un cheval fantôme qui vit dans les nuages. La présence des chevaux sauvages qui descendent des montagnes à l'approche des ouragans est une métaphore d'une nature sauvage que l'on peut difficilement dompter sans y laisser des forces. C'est le parcours qui sera imposé à l'héroïne.
Le montage joue habilement de cette force fantastique qui semble faire conjuguer d'abord le vent et la présence démoniaque du bellâtre. C'est une rafale de vent qui lui permet d'approcher la jeune femme une première fois. C'est en profitant de la tempête qu'il fera demi-tour pour venir la violer. Lorsqu'elle finit par se débarrasser de lui, le vent semble le faire revenir, scène magnifique du retour de Lige (l'homme qu'elle avait finit par choisir puis qu'elle a finit par aimer) qui joue sur la confusion du mort-vivant réanimé par le vent. Tout cette séquence, le viol, le meurtre, le retour est admirable. Le jeu de l'actrice n'est pas vraiment dans l'outrance, elle parvient à faire surgir graduellement la tension qui l'habite et qui la mène au bord de la folie avec une qualité d'expression qui laisse pantois. Lorsque les membres frêles, les doigts effilés, la chevelure au vent, elle goûte la force de ce dernier, libérée et apaisée, amoureuse, nous sommes conquis. Une merveille.