31 mars 2011

Home and Away (1974) Michael Alexander

Court métrage écrit par Bill Douglas, Home and Away est le portrait de quelques adolescents écossais durant une année scolaire. Le point de vue est centré sur le petit James qui arrive dans cette pension pour la première fois. D'abord rejeté et malheureux il parviendra à se lier avec ses autres camarades, c'est alors qu'arrive un autre garçon, plus âgé, qui le relègue à l'arrière-plan.
Moments de chahut, instants où seule la solitude lui tient compagnie, observation mêlée de fascination et de stupeur, James, sur le point de prendre le bateau du retour, se met à pleurer. En dépit de l'angoisse et de la souffrance qu'il semble afficher, il sait que cette année et ce lieu ont contribué à le faire grandir. "I don't want to go home."
Plans fixes, jeu très naturel des enfants acteurs, austérité et justesse des scènes, le film est plaisant. L'enfance nue de Maurice Pialat ne cesse de se rappeler à notre mémoire.
Och, Cheerio, Hiya...Scotland. 

29 mars 2011

Nadja à Paris (1964) Eric Rohmer


"... Le générique indique que le texte est de Nadja Tesich. J'avais auparavant bavardé avec elle, puis je l'ai interviewée. Et de cette bande magnétique, j'ai tiré le scénario." (Les Nouvelles littéraires, 1965) cité dans Eric Rohmer de Joel Magny, Rivages, 1986.

Une jeune américaine sort de sa cité universitaire et nous parle du Paris qu'elle aime et connaît. Les plans tournés par Rohmer sont documentaires, ils nous montrent les librairies, les lecteurs qui s'y attardent, plongés dans  leurs lectures, le quartier latin, une "collection de visages intéressants", le Paris intellectuel mais aussi celui plus populaire de Belleville, les Buttes-Chaumont, les marchés, ces pancartes de rues qu'affectionne Rohmer, un musée d'Art Moderne... La narratrice aime la diversité des milieux qui composent Paris, les conversations qu'elle entretient avec ses habitants. "Je regarde la rue, la manière dont marchent les gens, la manière dont ils regardent", une formule que pourrait reprendre à son compte Rohmer qui prend plaisir à tenir ce discours amoureux envers Paris. 

La carrière de Suzanne (1963) Eric Rohmer


Guillaume est intéressé par Suzanne, Bertrand est séduit par Sophie. Lors d'une soirée organisée par Guillaume ce dernier s'occupera exclusivement de la deuxième alors que l'autre poireautera en regardant la première. Ce qui n'empêchera pas Guillaume de coucher avec Suzanne le soir même. ces exploits, cette muflerie fascine et rebute Bertrand qui oscillera entre détachement et domination.
Rohmer dans ce court plus développé que les précédents mais tout aussi intéressants jette ses personnages dans des situations et les regardent consciencieusement tisser les fils complexes de relations multiples. Au premier abord nous pouvons trouver ces personnages idiots et vains mais leurs fluctuations, leurs écarts nous les donnent à voir dans leur mystère, leur égarement, leur désarroi aussi. Ils font mine de ne pas avoir besoin des autres tout en étant à leur merci, spirale infinie de la séduction qui peut rapprocher deux êtres pour mieux ensuite les éloigner.

La boulangère de Monceau (1962) Eric Rohmer


Le narrateur (Barbet Schroeder) est étudiant. Il croise Sylvie et celle-ci occupe ses pensées. Comment la séduire ? Il élabore un plan lui permettant de rôder dans son quartier et ainsi multiplier les occasions de la croiser. Seulement elle disparaît.
Plans de Paris, étals de marché, terrasses de cafés, devantures de magasins, passants anonymes, plaques de rues : tout a le charme de la réalité préservée. Le dialogue est littéraire et ajoute, en ce qui me concerne, un charme supplémentaire. J'aime ce rapprochement entre une démarche presque documentaire, en tout cas une réalisation la plus simple possible, et ces dialogues travaillés, très écrits.
Tout en flânant le narrateur prend l'habitude d'acheter quelques pâtisseries chez la boulangère de Monceau. Un cérémonial s'installe, la théâtralité en est soulignée. Un fondu-enchaîné cérébral fait presque disparaître Sylvie mais si le narrateur séduit la boulangère ce n'est que pour mieux punir l'être désiré de susciter une trop longue attente. C'est, bien entendu, au moment où les choses se concrétisent avec la boulangère que Sylvie réapparaît. Elle se donne facilement et le mariage suit aussitôt. La réalité a de ces accélérations qui pourraient décevoir le séducteur arrivé au but. Le film ne nous dit pas si le narrateur est heureux d'avoir obtenu satisfaction ou déçu de l'obtenir si brusquement, ce pourrait être la suite de ce charmant court métrage.

11 mars 2011

Comrades (1987) Bill Douglas


Voilà un film sublime qui développe un univers très particulier. Oeuvre ambitieuse qui veut traiter un fait historique tout en parvenant à répandre son amour pour le précinéma et qui y parvient.
Six paysans du Dorset furent déportés en Australie parce qu'ils s'étaient jurés de s'entraider, exploités par les nobles pour lesquels ils travaillaient, ceci dans les années 1830. Voici pour la partie historique. Tout est admirablement reconstitué, les personnages sont totalement inscrits dans des paysages baignés par une lumière grise. Ils subissent, luttent et espèrent mais leur revendications font suite à une misère plus grande encore. Leurs vêtements, leurs visages, leurs chaussures crottées se heurtent à la prestance de leurs maîtres. La scène où Murray Melvin (comptable du propriétaire) paye les hommes est symbolique, ce visage froid, aristocratique est la barrière même qu'ils ne peuvent franchir ou encore celle où ils se décident à se rendre chez le propriétaire pour lui donner leurs nouvelles exigences : les intérieurs luxueux, la sonorité de la voix du noble dans ces pièces où ils restent fondamentalement étrangers sont des petits touches qui marquent l'écart entre les classes. Le film multiplie dans cette première partie les scènes intimes de la vie quotidienne placées sous le signe de la survie. Néanmoins les moments de joie ponctuent le rythme des journées, des moments simples : une chanson, la visite au village d'un danseur, quelques jeux d'enfants, une tentative maladroite de séduction... Le film oscille constamment entre une poésie réaliste et une charge violente, politique contre une oppression, L'homme simple ne désire que le bonheur, pour lui et les siens, si ce bonheur ne peut s'épanouir il tentera de trouver une solution. Les prémisses des futurs grands syndicats ouvriers naissent dans cette souffrance, ce manque. Le film en fait la démonstration.
L'arrivée en Australie est paradoxale, au-delà de la souffrance des travaux de force, de la séparation avec la famille (beau moment avec Vanessa Redgrave qui se heurte à la fidélité d'un homme), c'est un souffle épique qui s'empare de George Loveless, l'ouvrier qui incarne la révolte, devant les grands espaces qu'une lumière vivifiante vient inonder. Le châtiment renforce et ancre le désir, la soif de liberté. Et puis George avait envie de voyager. Ce personnage étant toujours optimiste et positif.
Toute cette partie historique, politique est réussie mais ce qui l'est davantage c'est celle qui concerne l'émergence progressive du cinéma ou plus exactement de ce qui le précède.
Le lanterniste (joué par Alex Norton qui interprète treize autres personnages dans le film) est un personnage qui fait irruption dans le village pour amuser les gens avec des vignettes, des animations optiques, à partir d'elles il raconte des histoires les bruitant comme le fera le bonimenteur dans les salles. Il ne cessera de surgir à divers moments du film avec des appareils de plus en plus perfectionnés procurant émerveillement et distraction.Le film semble naître de son art, ce que nous pensions être une éclipse de soleil au début n'est que le cache d'une caméra qui joue avec la lumière et la fin du récit est située dans une salle où le lanterniste vient de terminer l'histoire de George Loveless. Ce qui explique également les panoramas qui figurent le trajet des détenus par bateau jusqu'en Australie. 
Un grand film, simple et puissant qui fourmille d'idées.

Le Blu-ray qui m'a permis de voir ce film est excellent. Le British Film Institute a eu la bonne idée de l'accompagner d'excellents suppléments, notamment un documentaire autour de Bill Douglas fort instructif où l'on constate sa passion pour tout ce qui touche le précinéma. Il a collectionné depuis de nombreuses années une somme importante d'ouvrages mais surtout des appareils en très bon état, un praxinoscope, un zoetrope... toute la collection est visible à l'Université d'Exeter, un peu au-dessus de Plymouth.

9 mars 2011

Die Puppe (1919) Ernst Lubitsch

Un décor de fable, de conte

Suite de l'exploration du coffret dvd "Lubitsch in Berlin" (Eureka ! The Masters of Cinema Series) consacré aux muets du berlinois. Nous retrouvons ici Ossi Oswalda, fraîche et pétillante, qui interprète la fille d'un fabricant de poupée (hilarant Hilarius). Le héros, Lancelot, est un jeune célibataire, seul héritier du baron qui désire ardemment le marier, seulement il n'en a aucun désir, il se réfugie chez les moines. Ces derniers, intéressés par la dot, réussissent à le convaincre de faire un faux mariage pour qu'il puisse contribuer, grâce à la somme promise par le baron, au bon fonctionnement de la communauté. Pour cela il doit se marier avec une poupée, que fabrique avec brio Hilarius. Son dernier modèle est à l'effigie de sa fille Ossi cependant l'apprenti le casse, Ossi décide de remplace la poupée pour éviter que son père ne frappe le jeune garçon. Lancelot parviendra, peu à peu, à se détendre et à succomber aux joies d'une relation naturelle.

La femme ou le trouble de la différence

Lubitsch s'amuse et invente beaucoup dans ce film assez court (un peu plus d'une heure). Il commence par apparaître à l'écran, comme Guitry aimera le faire plus tard, et dispose avec soin les différents éléments d'une maquette représentant une maison, il y installe deux figurines. Le plan suivant est celui de la première capture, la même maquette mais reproduite en plus grand, cette fois avec deux acteurs. Le dispositif souligne avec insistance le jeu, la mise en scène qui n'est pas la vie. Lubitsch se désigne comme le créateur, celui qui tire les ficelles de la marionnette. Le décor est stylisé de manière à placer une distance entre le récit et les spectateurs : il s'agit d'un jeu, d'un conte seulement nous savons bien qu'il ne suffit pas de montrer l'écart pour être totalement séparé des émotions que nous donne le récit. 
D'un côté la farce, le comique de situation, le quiproquo, de l'autre des éléments qui nous donnent à penser. La fable a un rôle didactique, Esope et La Fontaine nous l'ont appris, de plus la fable questionne, interroge.Qui sommes-nous ? Quelle est la part de notre libre-arbitre ? Sommes-nous placés sous le joug des rôles que nous devons tenir ? Pouvons-nous changer le cours des choses ? Le film n'est pas si grossier, cabotin qu'il n'en a l'air, c'est là son intérêt.
Lancelot, désignation héroïque, est assez ridicule, il subit l'emprise de sa mère, doit absolument respecter les voeux de son oncle et lorsqu'il réussit à s'échapper de cette situation, plus par peur que par volonté réfléchie c'est pour tomber dans les bras de moines qui n'en veulent qu'à son argent. C'est Ossi, électron libre qui feint d'être dirigée, qui sera celle qui fera vibrer son coeur en carton pâte. Femme qu'il ne sait comment aborder, il lui faudra être amoureux pour se détendre. J'aime beaucoup les regards ahuris de Lancelot (voir la seconde capture) dès qu'il y contact, ils me rappellent exactement mon enterrement de vie de garçon où des amis (qui aime bien châtie bien) avaient fait venir une strip-teaseuse professionnelle. Je crois avoir eu les mêmes étonnements, mêlés de crainte et d'effroi, devant ce corps mécanique, vulgaire et nu, qui bougeait devant moi. Ce doigt tendu par Lancelot pour vérifier que "la chose" est un corps est un geste que j'ai produit de la même façon. Sans sentiment le corps de l'autre reste étranger et interdit. Discours hétérosexuel pétri de convention, j'en conviens mais c'est le mien et je le retrouve intact dans ce film.
Lubitsch n'hésite pas à parsemer le film de détails poétiques et ludiques, la lune est dessinée, adresse un clin d'oeil complice au spectateur, quant au soleil il se dévoile après que des panneaux figurant des nuages se soient écartés. Les décors sont artificiels, symboliques, de nombreux dessins ornent les parois. les chevaux du cocher ne sont que des figurants sous un costume grossier. Une atmosphère de toc, digne d'une kermesse de village règne, de ces séances qui marquent un enfant, celles de ses premiers spectacles.
Humour !! qui rime souvent avec irrespect. Les archives du monastère se résument à quelques livres balancés dans un coin d'où un moine retire un dépliant publicitaire (ce sont eux qui ont l'idée du faux mariage, pour manger grassement ils sont prêts à tout) qui vante les mérites des poupées Hilarius pour célibataires, veufs et misogynes ! Lorsque Lancelot viendra prendre possession de son modèle, Hilarius lui donnera un ultime conseil, celui de la huiler deux fois par semaine (variante imagée d'une pratique communément répandue chez les jeunes couples, l'adjectif ayant son importance). Lors du mariage, avant de quitter le château le baron demandera à Lancelot s'il veut d'autres conseils, l'oncle s'inquiétant pour son neveu peu au fait des traditions, le jeune marié le rassure, il a son mode d'emploi...
Le personnage de l'apprenti qui ne cesse de récolter des baffes de la part d'Hilarius est celui que je préfère, il incarne la révolte, l'impétuosité de la jeunesse, séduit sournoisement madame, se moque de monsieur, aime mademoiselle et mettra à sac la cuisine de ses maîtres. Pouvant, lors de sa virée nocturne rimbaldienne, nuire davantage à son maître il l'épargnera reconnaissant qu'il a une famille à charge.
La fin du film s'ancre davantage dans le conte et le merveilleux, Hilarius décide de partir à la recherche de sa fille, il vole des ballons à un vendeur de rue, s'envole aussitôt. l'apprenti tire consciencieusement sur les ballons, le père atterrit devant le couple, il s'indigne mais capitule devant le contrat de mariage exhibé : la morale est sauve.

7 mars 2011

Wall Street (1987) Oliver Stone


Je n'ai pas vu la suite mais j'ai revu le premier opus avec grand plaisir. Hormis quelques détails qui montrent le temps qui passe, je pense aux ordinateurs et autres objets technologiques, le discours tient la route, servi par une belle brochette d'acteurs. Michael Douglas habite son rôle, il n'a aucune peine à rendre son personnage irrésistible, charismatique, un vrai vampire s'engouffrant par la fenêtre laissée ouverte par Charlie Sheen, jeune Bud qui en veut. Martin Sheen, Hal Holbrook et James Karen sont de ces acteurs qui donnent du relief et de la perspective. Le premier incarne parfaitement le syndicaliste honnête qui croit en ses idéaux et témoigne de l'excellent casting constitué pour ce film. Daryl Hannah est un cran au-dessous, Sean Young a un petit rôle, plus petit que celui de James Spader. N'oublions pas Terence Stamp qui traîne sa classe décontractée dans quelques scènes. La bande-son diffuse pour une grande partie du Byrne/Eno, ce qui n'est vraiment pas pour me déplaire. Un très bon Oliver Stone.

6 mars 2011

For All Mankind (1989) Al Reinert


"We choose to go to the moon...". John F. Kennedy

Le programme Apollo avait pour objectif de permettre à un astronaute américain d'aller sur la Lune. Le projet représente alors un défi scientifique extraordinaire en plus d'une course effrénée contre l'ennemi soviétique. Les missions se déroulèrent de 1961 à 1975 avec la performance atteinte de juillet 1969 suivie de cinq réussites, ce sont de nombreux astronautes qui s'impliquèrent soutenus par tout un pays, voire au-delà. Al Reinert était alors journaliste et couvrait l'événement.
Cette épopée a été copieusement filmée, chaque étape du processus, entraînement, décollage, vols, a fait l'objet de prises de vue multiples, en premier lieu parce qu'en cas de défaillance les images permettaient aux ingénieurs d'avoir à disposition des éléments d'information. Les décollages de fusées devant mettre sur orbite les modules lunaires étaient scrutés par une vingtaine de caméras, les astronautes étaient équipés de caméras 16 mm, sans compter celles installées à l'intérieur des habitacles aux endroits stratégiques. Au début du projet aucun vol américain n'avait permis de mettre sur orbite un vol habité, c'est souligner la folle performance achevée. Chaque image était confidentielle et faisait l'objet d'une attention toute particulière. Al Reinert a eu accès aux archives de la NASA. Il est entré en contact avec Don Pickard, le responsable image qui montait des petits films pour la presse et les représentants du Congrès américain qui votaient le budget et voulaient avoir un retour sur les travaux en cours. Des heures de pellicule issus de toutes les missions effectuées. Le meilleur matériel a été sélectionné, le montage final gonflé en 35 mm.
Le Blu-Ray (Eureka! / The Masters of Cinema Séries) contient un making-of (en HD) qui montre l'endroit où est entreposé la pellicule. Ce qui est incroyable c'est qu'une performance de cet ordre, marcher sur la Lune, s'accompagne d'une multitude de découvertes, d'innovations techniques. Par exemple des caméras étaient installées le long des parois des fusées et possédaient leur propre système d'éjection, cela permettait de récupérer la pellicule impressionnée, les scènes étaient très courtes et le film éjecté était équipé d'une balise, plusieurs avions avaient pour mission de récupérer rapidement le tout. Les astronautes se sont entraînés avec les caméras, filmer correctement était indispensable aussi ont-ils gâcher du film à terre et pas dans l'espace. Tout ce qui a été filmé a été dupliqué une fois, la copie originale (rassemblant le matériel filmé, développé) trône dans des mallettes en acier, conservées à un taux d'humidité adéquat, à une température très basse au coeur des bâtiments de la Nasa. Le public a eu droit à des copies de la copie... Al Reinert a eu accès à la copie originale et a pu effectuer son montage en toute liberté. La qualité des images réunies pour ce documentaire est époustouflante sans compter l'intérêt du contenu.
Le montage pointe les contributions collectives de ces hommes dans sa forme. Il s'agit d'un montage des différentes missions avec pour fil narratif la préparation, le décompte, le décollage, la traversée Terre-Lune, l'alunissage, le tour en rover lunaire, le décollage de la Lune et l'arrivée. Le retour n'occupe qu'une très petite partie du documentaire. Le Blu-Ray possède une fonction qui permet durant tout le film d'identifier par une discrète mention écrite les personnes à l'écran ainsi que les commentateurs. Signalons que le procédé sonore est le même, Reinert est parti interroger les participants et a effectué un collage qui les réunit tous, ainsi celui qui commente l'image n'est pas forcément celui qui apparaît à l'écran. 
Levers de Terre, Terre apparaissant au loin comme la Lune sur Terre (vous suivez ?), sol lunaire survolé pendant la phase orbitale, sol lunaire s'approchant progressivement lors de l'alunissage, hommes s'amusant dans l'habitacle à gravité zéro, hommes sautillant tels des kangourous sur le sol lunaire, y trébuchant, y tombant maladroitement, échantillons ramassés religieusement, autant de moments attendus mais contemplés avec le luxe de la haute résolution. Ce sont des pilotes chevronnés qui accomplissent des tâches techniques, scientifiques précises mais leurs propos témoignent de leur humanité profonde et, par conséquent, de leur capacité à s'émerveiller, à goûter ce moment précieux et inouï qu'ils réussissent admirablement à nous faire partager.
Ajoutons que Brian Eno a signé la musique atmosphérique de ce documentaire incontournable.

2 mars 2011

Batman Begins (2005) Christopher Nolan


Je ne goûte que très peu les films, de plus en plus nombreux, qui exploitent la veine des comics néanmoins les films que Tim Burton a consacré au héros de Gotham City sont très estimables, sans compter qu'il avait réussi à imprimer sa marque sur eux, je pense notamment à Batman Returns. En regardant le Nolan je suis resté stupéfait par le souffle épique du récit, la qualité des décors, la performance des acteurs. Le scénario est un bonheur. Retarder ainsi la confrontation finale qui aurait pu occuper paresseusement tout le métrage en prenant le temps (et le soin) de relater la génèse puis la formation du héros est un luxe qui est rare. J'ai vraiment apprécié le réalisme de cette introduction. Et puis découvrir cette distribution au fur et à mesure du film est un autre plaisir intense : Christian Bale, Michael Caine, Liam Neeson, Katie Holmes, Morgan Freeman, Gary Oldman, Rutger Hauer, Ken Watanabe !!! Tous excellents. Rajoutons Tom Wilkinson que j'adore ainsi que Rade Serbedzija qui joue le clochard à qui Bruce Wayne donne son manteau avant de partir en formation survivor qui jouait Milich dans Eyes Wide Shut, "Gentlemen, have you no sense of decency ?!".
Les scènes d'action sont lisibles ce qui constitue une priorité en ce qui me concerne, ce qui est un autre atout. Un scénario qui captive, une esthétique soignée, des acteurs de premier plan : tout est source de bonheur dans cette production époustouflante. J'arrête là les qualificatifs mélioratifs. Du coup je redonnerai une chance à la suite que j'avais trouvée "too much".