16 avr. 2011

The Goonies (1985) Richard Donner


Découvert hier soir, une grande lacune, je sais...
Avec ces teenage movies découverts sur le tard on risque souvent d'être en décalage total or l'enthousiasme débordant de celui-ci provoque l'adhésion. Surprise de découvrir Joe Pantoliano et de comprendre la référence à la perruque de son personnage dans Les Sopranos, de découvrir Josh Brolin et Martha Plimpton qui jouera dans le poignant Running on Empty.
L'action est assez débridée, les passages d'une séquence à l'autre sont parfois artificiels mais il y a un dynamisme qui occulte ces quelques défauts. Les jeunes acteurs sont parfaits et la naïveté qui les anime fait plaisir à voir. Quelques plans utilisent judicieusement la beauté des paysages d'Astoria et de ses alentours. Et puis voir Cindy Lauper, faire des clins d'oeil à Curtiz, Dante... est un supplément qui ne se refuse pas.
Un très bon divertissement.

6 avr. 2011

Loving Memory (1970) Tony Scott


Remarquable film (50 minutes au compteur) signé par un Tony Scott qui avait 26 ans. 
Un frère et une soeur, à l'automne de leur vie, renverse un jeune cycliste en voiture. Ils embarquent le corps jusqu'à leur maison isolée en pleine nature. Le temps semble s'être arrêté, le tic-tac de l'horloge familiale confond les heures de son battement régulier et seul le passage d'un avion de chasse vient nous rappeler qu'ailleurs la vie avance. La vieille dame place le corps dans l'ancienne chambre du regretté James et se met  à le faire revivre à travers le corps fraîchement recueilli. Pour elle la vie reprend, son frère s'occupe à préparer le cercueil...
Il y a une beauté absolue dans cette maison que le temps n'atteint pas, les paysages du Yorkshire qui l'entourent donneraient à tous l'envie de vivre en retrait. Cette beauté renferme une morbidité diffuse qui rend le récit passionnant et captivant, de cet intérêt qu'éprouve une proie pour son prédateur qui le vampirise. La photographie du film rend hommage à ces paysages et à ces intérieurs en clair-obscur.
Une tonalité fantastique et macabre s'installe durablement pour finalement laisser place à une émotion simple : celle d'un deuil qui en rappelle un autre.
Pas de dialogue entre les deux ermites, juste une conversation avec un cadavre qui ne voudrait pas être interrompue. En arrière-plan la guerre et des chansons des années 30 d'un natif du Yorkshire, Jack Jackson.
Un film étonnant si l'on considère la filmographie musclée que le jeune Tony Scott construira par la suite.

4 avr. 2011

Véronique et son cancre (1958) Eric Rohmer


Véronique vient aider un jeune garçon à faire ses devoirs, mathématiques, français, elle se heurte à l'esprit logique du jeune garçon qui la met en défaut. Les formules de politesse de la mère qui l'accueille, les énoncés des devoirs sont insipides et artificiels face à la réalité d'un enfant qui se refuse à céder à ces injonctions scolaires. Peu à peu Véronique est ailleurs, elle joue avec sa chaussure ce qui intéresse bien plus le cancre, qui d'ailleurs fait semblant de tomber de sa chaise pour mieux apercevoir ce qui se passe en-dessous. Le spectateur, influencé par le metteur en scène, se met, lui aussi, à vouloir en apprendre un peu plus sur la pointure de Véronique. Légèreté de ce court-métrage qui vient nous rappeler que la vie est toute aussi intéressante que ces exercices, rendus captivants par le questionnement du cancre qui interroge leur substance même.

Die Austernprinzessin / La princesse aux huîtres (1919) Ernst Lubitsch


Die Austernprinzessin jouit d'une très bonne réputation, le Binh/Viviani paru chez Rivages en 1991 le qualifie de la sorte : "...sans doute le plus drôle qui nous reste de sa période allemande." Ce que je conteste, sachant évidemment que le rire est subjectif. J'ai préféré, de loin, l'ambiguïté et les nuances de Ich möchte kein Mann sein et les excentricités de Die Puppe. Les auteurs analysent fort bien ce film et j'adhère à tout excepté la puissance comique du film. C'est son style qui séduit, sa mise en scène, les chorégraphies  qui animent la multitude de serviteurs du roi des huîtres. Le scénario est trop rapidement esquissé, j'aurais bien aimé voir davantage se confronter le pouvoir destructeur et capricieux de la fille face à l'organisation huilée des domestiques. L'on sent bien que l'intrigue n'a pas retenu toute l'attention de Lubitsch, son film a les allures d'une belle boîte à musique dont la mécanique complexe ne joue qu'un air médiocre. Cela ne nous empêche aucunement d'apprécier les décors, le jeu du valet du prince qui, en attendant que la fille du millionnaire se prépare, sautille sur les motifs peints au sol : activité esthétique qui résume à elle seule le film. Une joie visuelle mais aucun rire venant de l'intérieur. C'est déjà beaucoup.

1 avr. 2011

The New World / Le nouveau monde (2005) Terrence Malick


Déception conséquente lors de sa sortie en salle, cette fois c'est l'extase, allez savoir...
Le parcours de Pocahontas vers ce nouveau monde, beau titre double qui prend métaphoriquement des sens multiples, est porté par la performance de Q'orianka Kilcher. La nature somptueuse dans laquelle elle évolue, superbes paysages de la Virginie, ne l'empêche pas de rayonner, ce qui est un exploit car les plans de ce film impressionnent la rétine. Le travail permettant de restituer tout ce début de XVIIe siècle est abordé dans le bonus du BR et se voit à l'écran. Je me souviens avoir été gêné par les voix off lors de la projection en salle, quelque chose, la fatigue ou l'humeur du jour, ne m'avait pas permis de m'immerger dans ces voix, de faire corps avec les personnages, c'est tout le contraire qui s'est opéré. J'aime particulièrement Colin Farrell et Christian Bale, le premier offre une belle prestation nuancée.
Malick nous offre encore ces plans où les personnages sont noyés dans une beauté naturelle dont ils cherchent à percer le mystère, le secret. Une fois conquis c'est le plaisir des sens qui les gagne, vécu par le spectateur. Son montage est particulier, il procède par petites scènes fragmentées, par moments, instants volés qui, montés bout à bout, provoquent une atmosphère. Le récit avance fermement, la narration est intelligible mais les différents éléments qui le composent possèdent une énergie interne qui se meut par glissements progressifs. C'est là un style qui me plaît et qui donne à ses films une couleur qui lui est propre.