30 avr. 2011

Todake no kyodai / Les frères et soeurs Toda (1941) Yasujirô Ozu


Après la mort du patriarche, la mère et Setsuko, sa fille, sont hébergées par d'autres membres de la famille. Ils ne cesseront de gêner les uns, les autres. C'est Shojiro, le fils indigne, qui finira par dire ce qu'il pense à chacun de ses frères et soeurs pour ensuite proposer à sa mère et à sa soeur de repartir avec lui en Chine où il travaille.
Les réunions de famille dans ce récit sont hypocrites, elles tiennent leurs membres dans une fausse complicité parce que le père est encore vivant. Une fois décédé tout s'écroulera : les quelques dettes laissées  précipitent la décomposition familiale, des terrains sont vendus, des objets d'art patiemment collectés sont éparpillés et chaque membre présent lors de l'enterrement repartira chez soi laissant le fardeau, la veuve et sa fille dévouée, à celui qui en héritera. Plus que le fossé des générations c'est la modernité d'un Japon qui se reconstruit qui est mis en oeuvre, les coutumes, la nouvelle bourgeoisie, l'étalage des richesses, le gaspillage (la pomme coupée, les pâtisseries intactes), le petit-fils délaissé par sa mère. La jeunesse est ici synonyme d'insouciance, de bêtise, citant un philosophe un personnage dira : "Un homme comprend la vie à 50 ans, il en jouit à 70."
C'est encore un beau portrait de femme dévouée qui est décrit avec Setsuko, une jeune femme qui met sa vie individuelle en retrait pour se sacrifier, s'occupant de sa mère. Elle en a conscience, son amie Tokiko le lui exprime faisant naître en elle des désirs étouffés. Comme dans un conte pour enfant le héros finit par surgir en la personne de Shojiro, héros inattendu qui fait preuve d'autorité lors de la commémoration mortuaire. Il est amusant de constater par la suite sa timidité et son effroi devant les présentations manigancées par Setsuko, c'est le même homme qui fuit sur la plage, même les héros ont un point faible !

29 avr. 2011

Tôkyô monogatari / Voyage à Tokyo (1953) Yasujirô Ozu


Shukishi et Tomi sont à la retraite, ils vivent avec leur fille Kyôko, institutrice à Onomichi. Ils décident de partir passer un peu de temps avec leurs autres enfants à Tokyo. Koichi est médecin, assez occupé il ne peut leur consacrer beaucoup de son temps, il en va de même pour Shige qui doit s'occuper de son salon de coiffure. Peu à peu le couple devient une gêne exceptée pour Noriko qui s'est mariée avec leur fils Shoji mort à la guerre. En repartant Tomi tombera gravement malade, elle s'éteindra chez elle.
Voilà un film somptueux, j'en avais gardé un très bon souvenir mais je n'avais pas remarqué à quel point la mise en scène, la réalisation étaient admirables. 
Le couple réagit toujours positivement, prenant sur eux devant la vulgarité de leurs enfants, leur indélicatesse, vulgarité et indélicatesse qui ne se manifestent qu'indirectement, comme pour le séjour à Atami ou en l'absence des parents, ce n'est que lorsqu'ils seront séparés que viendra le moment des confidences, des émotions véritables. Il y a une pudeur stupéfiante qui se dégage de ce couple, elle éclate dans le cadeau final offert à Noriko. 
Le film dresse un constat universel, celui du fossé qui sépare les générations, les jeunes qui doivent réussir leur vie et qui sont plus nombreux, ce qui complique la tâche. Le temps est une donnée précieuse, il s'écoule paisiblement, voir les quelques plans de bateaux qui passent... Il parle également d'un pays qui a du mal à se remettre de la guerre. Le quartier où vivent Shukishi et Tomi est un quartier épargné par la guerre, quartier que l'on chérit car authentique. Noriko est un personnage intéressant, celui d'une femme active qui donne beaucoup aux autres et qui vit encore avec son amour mort à la guerre. En 1953, elles devaient être nombreuses ces veuves de guerre, le film devait certainement leur parler avec force et émotion. Le deuil vient côtoyer le pays qui se reconstruit, de multiples plans d'immeubles en construction ponctuent le film. C'est la famille éclatée, de par la recherche du travail, plus accessible dans les grandes métropoles mais aussi par la guerre. Le fait que les enfants de Koichi soient aussi effrontés ne présage rien de bon quant à l'avenir de la famille japonaise.
Plans fixes, caméra en légère contre-plongée, précision du cadre, tout est fait pour que la simplicité l'emporte, une simplicité toute en maîtrise, de celle que l'on acquiert grâce au travail de longue haleine. Voyez la scène de la mort de Tomi. Les enfants sont là, ils veillent, quelques mots échangés puis en quelques plans montés cut le spectateur aperçoit la nuit qui passe, un bateau, un trottoir arrosé au petit matin, retour au plan précédent, l'on regarde encore les personnages autour de Tomi, nous regardons ceux-là car Tomi était dans le coma, ne bougeant pas d'un pouce aussi ce sont eux qui attirent notre attention et les voilà qui pleurent, regard sur Tomi qui porte un petit linceul sur le visage. Elle est morte, cela s'est passé durant la nuit, durant ces quelques plans furtivement montés. Magnifique, distance et pudeur.
Autre moment émouvant, revenant d'Atami plus tôt que prévu, Shukishi et Tomi ne peuvent être accueillis par Koichi et Shige aussi décident-ils d'attendre le retour de Noriko mais dans le parc Ueno. Moment de solitude, de rejet mais instant de réunion, voir ces deux vieillards ensemble est beau, ce parapluie encore une fois oublié par Tomi, cette collation partagée, ce retrait, cette volonté de ne pas déranger, celle des vieillards qui partent sans faire de bruit.
Beau plan de la ruelle devant Noriko en fin de journée, un tricycle à gauche, quelques caisses, une bouteille ici, un objet là, à l'arrière-plan un homme qui passe. Il règne une quiétude qui favorisera l'échange entre Noriko et Tomi. Ozu sait réunir l'atmosphère ambiante et les hommes, former un tout homogène entre la réalité et ceux qui la composent.
Voyage à Tokyo est un film qui ne s'oublie pas, un film qui compte.

27 avr. 2011

Notorious / Les enchaînés (1946) Alfred Hitchcock


La formation d'un couple est un des motifs les plus répétés chez Hitchcock, il est en train de se former et finit par prendre forme à la fin du récit ou bien il préexiste et c'est alors une mise à l'épreuve qui le renforcera. Mais c'est dans ce film qu'il est le plus abouti, le plus intense, le plus émouvant. Je mets de côté celui de Vertigo qui est niché dans l'esprit de Scotty.
Après avoir tourmenté quelque temps Selznick avec ce projet, Hitchcock se retrouve entre les mains de la RKO pour le finaliser, il y gagnera en indépendance et peut alors s'y consacrer. Pour une fois il dispose du casting qu'il voulait, Ingrid Bergman avec qui il s'entend à merveille et Cary Grant. 
L'histoire est celle d'Alicia, fille d'un homme condamné pour trahison avec les allemands, qui boit pour oublier la honte subie. Elle sera utilisée par les agents américains afin d'approcher des nazis qui complotent au Brésil. Cary Grant joue Devlin, son agent de liaison, Claude Rains, Alexander,  sera le cheval de Troie, il est un ancien prétendant qu'Alicia n'aura aucun mal à séduire, c'est chez lui que se réunissent les conspirateurs.
Le scénario s'écrit à la fin de la Guerre Mondiale, le tournage commençant juste avant les bombardements atomiques au Japon. Il anticipe la fuite des anciens nazis en Amérique du Sud, l'enjeu de l'arme atomique (le fameux Pommard 1934) et dénonce clairement les activités d'IG Farben. Il règne un parfum d'avant guerre-froide en arrière-plan, des luttes souterraines qui deviendront plus soutenues par la suite.
Ceci pour l'aspect politique du film, Hitchcock est loin d'être l'amuseur hollywoodien uniquement intéressé par le box-office, ses films sont souvent en lien avec une actualité brûlante.
Or ces considérations politiques s'évanouissent devant l'histoire d'amour développée par le film. Devlin succombe assez vite aux charmes, à la fraîcheur d'Alicia. Habillée comme une gamine effrontée, un peu négligée, poil sur la langue enlevé sans gêne, Devlin la regarde sans mot dire, apparaissant au premier plan, de dos, dès la première séquence. Son étonnement d'abord, son amour ensuite. C'est le plan de l'avion où Alicia regarde à travers le hublot, se penchant au-dessus de ses jambes, il lui jette alors un regard qui en dit long sur l'emprise qu'elle a sur lui sauf qu'elle ne le sait pas, pas à ce point. 
Lorsque Mata Hari doit séduire Alexander , elle sera amenée à se marier avec lui pour la cause.
S'opère alors un double retrait : Devlin s'écarte d'elle et Alicia, démasquée et lentement empoisonnée, s'isolera de plus en plus jusqu'à la scène finale.
Grant joue un homme blessé, amer de voir celle qu'il aime se donner à un autre. Une piste scénaristique antérieur en avait fait un homme déjà meurtri par une passion ancienne qui devait, de ce fait, se méfier des femmes. Alicia n'en sait rien, ne voyant que sa muflerie qui devient une réponse à ses anciennes beuveries et son infidélité présente. Les dialogues jouent sans cesse de cette incompréhension, de signes mal interprétés. La réalité est déformée, plusieurs plans subjectifs jouent de ce dispositif. Espionnage, double jeu mais aussi errements des sentiments. Bergman est magnifique d'abandon, lors du faux baiser près de la cave et lors de la scène finale où Grant vient la chercher. Jai vu le film plusieurs fois et à chaque fois je suis étonné de l'intensité qu'elle réussit à faire passer par son jeu. Le film lui doit beaucoup. Face à elle Claude Rains est tout aussi remarquable, il a le rôle du méchant mais ce dernier est de bonne foi, il est réellement amoureux et l'on prend plaisir à le voir se dresser contre sa mère (étonnante Leopoldine Konstantin), tyrannique et possessive. C'est le méchant et l'on a pitié de lui lorsqu'il gravit les marches qui le mènent à la mort. Je garde de lui cette attitude prostrée lorsqu'il finit par avouer sa méprise à sa mère, Rains compose un personnage qui fait date.
La mise en scène de ce film est parfaite, toute en souplesse, presque invisible sur la plupart du récit, presque car ponctuée de grands moments hitchcockiens, ces interventions que les mouvements de caméra font naître et qui font scintiller les séquences. Je pense à l'arrivée de la mère d'Alexander, surgissant de l'arrière-plan pour venir offrir son visage en gros plan. Je pense au mouvement qui vient chercher la clef dans les mains de Bergman, intensité dramatique redoutable souvent soulignée par des inserts, des gros plans, scènes vues en apnée comme la descente de l'escalier. Je pense aussi à l'assassin de service, Eric Mathis, que l'on redoute et qui traverse l'écran en jetant un regard attentif vers la caméra, prédateur en attente d'une faute pour fondre sur sa proie. Lisant les quelques pages que Bill Krohn consacre à ce film dans son Hitchcock au travail, apprenant qu'il tournera des scènes quelques jours seulement après les avoir écrites, l'on se dit qu'il devait maîtriser son art, Notorious en est une preuve incontestable.

26 avr. 2011

Roman Polanski : Wanted and Desired (2008) Marina Zenovich


Documentaire qui revient sur l'affaire Polanski avant l'épisode suisse. Qui présente une quantité d'entretiens  qui ont pour objet de démontrer l'acharnement judiciaire dont Polanski a fait l'objet. Le propos didactique est assez clair, le détournement de mineure est clairement évoqué. L'accent est mis sur la médiatisation de l'affaire, sur le problème majeur suivant : Polanski n'allait pas être jugé avec équité, la sentence prononcée n'allait pas l'être avec impartialité. C'est le mérite de ce documentaire. La victime y figure, en présence de son avocat et déclare que le juge de l'époque, en charge de l'affaire, ne travaillait ni pour elle, ni pour Polanski mais finissait par se servir du procès pour satisfaire la foule, la presse. D'ailleurs la presse à scandale y est montrée avec toute la médiocrité, la bassesse qu'elle contient, voir la conférence de presse que doit tenir Polanski après l'assassinat de Sharon Tate pour démentir les rumeurs colportées sur lui.
Il ne s'agit pas de disculper Polanski de toute attitude illégitime mais de décrire une mise au bûcher qui fait froid dans le dos.

22 avr. 2011

The Godfather : Part III (1990) Francis Ford Coppola


On prend les mêmes et on recommence, dernier volet de la trilogie cet opus est d'un niveau inférieur, il n'en reste pas moins un grand film. L'aspect tragique est davantage souligné, un personnage mentionne Shakespeare. Coppola veut donner une teinte flamboyante à ce récit, aidé par Mascagni cela n'est guère difficile. Certaines séquences sont à la hauteur des ambitions affichées, la séquence finale fait évidemment partie du lot avec sa farandole obligatoire de meurtres urbi et orbi, la scène entre Michael et Kay dans la cuisine sicilienne est assez belle, peut-être la meilleure scène de Keaton de la trilogie, le cri final de Michael entre Munch et Francis Bacon (Study from Innocent X)...
Pas de rédemption si ce n'est au prix fort, pour le jeune Vincent et pour le Parrain vieillissant, qui meurt seul avec un petit chien pour compagnie. Tragédie sordide. Le personnage de Connie est beaucoup plus intéressant, sorte d'alter ego de Michael, toujours dans la coulisse, ange noir avide de meurtres et de vengeance. La mort de Joe Zasa est efficacement filmée. Encore une fois plaisir du casting, retrouver Franco Citti, admirer le travail d'Elli Wallach, extraordinaire, regretter les trop courtes apparitions de Helmut Berger, Raf Vallone. Sofia Coppola me paraît un peu gourde dans ce film, j'ai du mal à croire en cette histoire d'amour, quitter Bridget Fonda et tomber en pâmoison pour la petite Copolla n'est pas crédible, erreur de casting. Andy Garcia mérite mieux.

21 avr. 2011

Spellbound / La maison du docteur Edwardes (1945) Alfred Hitchcock


"...je voulais seulement tourner le premier film de psychanalyse."
La sentence a l'allure d'une excuse confessée du bout des lèvres. Il faut bien dire que ce film n'a pas la fantaisie et le charme de ses films précédents. L'enrobage psychanalytique qui n'a rien de passionnant, l'alternance de scènes d'amour et de scènes de crises y sont pour beaucoup. Néanmoins subsistent de beaux moments. La rencontre de Constance et John dont Hitchcock déplore l'accompagnement musical grotesque, les déambulations de Constance avant de franchir le seuil de la chambre de John puis ce baiser et ces portes mentales qui s'ouvrent, la scène de la lame de rasoir, très hitchcockienne avec ce travail sur la lumière et ce gros plan, les répliques du Dr Brulov, le jeu sur le revolver final et les photogrammes rouges subliminaux. Quelques passages sont plus malheureux, notamment la descente à ski, très risible et pour finir je dois dire que la séquence du rêve n'est guère transcendante, Hitchcock aurait voulu la filmer en extérieur, en pleine lumière, dommage.
Bergman est assez parfaite dans ce film, Peck est souvent dénigré mais je ne le trouve pas si mauvais que cela, j'aime bien son visage et le son de sa voix aussi le voir est toujours un plaisir. les autres personnages, excepté Brulov ont moins d'épaisseur, ce qui est inhabituel chez Hitchcock. 
Un Hitch mineur en ce qui me concerne.

The Godfather : Part II (1974) Francis Ford Coppola


Coppola et Puzo n'ont peur de rien. Retracer l'histoire de Vito Corleone, depuis l'histoire familiale en Sicile, l'arrivée à Ellis Island, la naissance de sa Famille : le film se réduirait à cette partie seulement que nous aurions applaudi devant la performance, la qualité des décors, le rendu d'une atmosphère, ces acteurs, évidemment De Niro mais aussi Gastone Moschin, il joue Don Fanucci, ce dandy vulgaire a la voix écorchée (une cicatrice lui zèbre le cou). Joie sans cesse renouvelée d'admirer cet acteur italien : Leopoldo Trieste, les amoureux de Fellini le connaissent bien, c'est le mari paumé de Lo Sceicco bianco. Il est hilarant dans cette séquence qui jure par son côté comique dans un film plombé par la désolation. Coppola nous raconte dans son commentaire le jeu avec l'ouverture de la porte, je ris à chaque fois : "The rent stays like before !". Toute cette partie consacrée à la naissance du Parrain est remarquable, s'inscrivant en montage alterné avec l'autre qui ne l'est pas moins : le pouvoir et le règne de Michael, avec en filigrane la révolution cubaine, autant qu'à faire...
Michael Corleone est un vrai personnage tragique, cela était manifeste dans le premier volet mais c'est éclatant dans le deuxième. Personnage brûlé de l'intérieur, qui a toujours soif, comptez le nombre de scènes où il avale les verres d'eau ! Ces démons intérieurs le hantent, il parcourt souvent les espaces seul, Coppola prend soin d'insérer ces plans à l'apparence anodine dans le récit, il se terre dans des pièces sombres, magnifiquement filmées par Gordon Willis. Personnage shakespearien, solitude du pouvoir, conspiration, meurtres, l'on étreint tout en déclenchant la mort de celui qui est dans ses bras. Hérédité morbide, fatalité tragique : "...this Sicilian thing thats been going on for 2000 years..." lui reprochera Kay, impuissante. Ce qui justifie pleinement le volet génétique, ainsi que cette scène finale (voir capture ci-dessus) où Michael veut s'émanciper, reste seul, pour mieux revenir. Cet écart n'est rien face au destin. 
Michael Corleone est un revenant, il fuit après le double meurtre du premier volet, il s'éclipse dans celui-ci à Cuba, comme les fantômes il disparaît, réapparaît. La plus belle scène qui le souligne est celle où Kay vient voir ses enfants, Connie lui demande de se dépêcher car Michael arrive (sa présence est souvent signe d'un danger, voir également le lien avec Fredo), et effectivement il arrive, tel un spectre, visage fermé.
Des parallèles sont effectués entre le premier et le deuxième volet, les fêtes, les rites sociaux sont liés à la mort cependant il y a une légère évolution, les meurtres et l'empire du crime sont plus présentables, les officiers en faction sont choyés, champagne et petits fours, les politiques peuvent se montrer en public avec le leader, voici pour la façade. Nous retrouvons également une belle scène d'adieu, avec Duvall encore une fois, comme Sally dans le premier, Tom fait comprendre à Frankie Pentangeli (remarquable Michael V. Gazzo a la voix éraillée comme un moteur avant extinction) qu'il doit mourir, une simple conversation entre deux grilles de prison, pleine de compassion, de respect mais d'une morbidité intense.
Remarquons les performances de Lee Strasberg, vieil homme qui semble détaché, retraité paisible, Strasberg en fait un personnage redoutable (je connaissais le fondateur de l'Actor Studio de nom mais j'avais totalement oublié qu'il jouait dans ce film), la présence de Dominic Chianese, Junior Soprano, qui interprète Johnny Ola et Harry Dean Stanton, qui est un flic du FBI chargé de surveiller Pentangeli. John Cazale est touchant de fragilité dans cet opus où règne une agonie silencieuse, automnale puis froide comme l'hiver.

20 avr. 2011

Happy-Go-Lucky (2007) Mike Leigh


Antithèse de Naked, Mike leigh présente dans Happy-Go-Lucky quelques fragments de la vie de Poppy, jeune institutrice qui vit en colocation avec sa collègue Zoe. Hyperactive, elle illumine de joie, de bonheur et ne cesse de prendre tout ce que la vie lui apporte avec un optimisme forcené. Seulement tout le monde ne perçoit pas la réalité de la même manière, notamment son moniteur d'auto-école qui a la rage...
Chronique acidulée aux dialogues humoristiques et spirituels, le charme du film émane d'abord de son personnage principal, Sally Hawkins, petite tornade en couleurs qui ne s'arrête pas devant la souffrance. Elle tente d'aider son prochain, que ce soit le gamin battu par son beau-père, le clochard céleste ou encore Scott, le moniteur apocalyptique. Elle se rend compte qu'elle ne peut sauver le monde mais qu'importe, elle est déjà ailleurs.
Scott est Eddie Marsan, très bon dans The Disappearance of Alice Creed, un rôle moins étoffé dans celui-ci mais il reste crédible en angoissé impulsif. Notons la prestation magnifique de Karina Fernandez, déjà vue dans Another Year, elle interprète la prof de flamenco, un grand moment.
Au final un film plaisant.

19 avr. 2011

The Godfather (1972) Francis Ford Coppola


Où Michael Corleone devient le parrain...
Revoir un film archi-connu de temps en temps c'est vérifier s'il tient encore la route, si nous portons le même regard sur lui. Evidemment non, il s'offre différemment, les temps changent et notre regard aussi. La qualité de la distribution nous étonnera toujours, Brando, Pacino, Caan, Duvall etc... mais c'est bien plus les personnages secondaires qui nous émeuvent le plus, non pas que les premiers cités soient la source d'une lassitude, ils font le job avec un professionnalisme épatant, j'admire encore le jeu de Brando lorsque vieillissant il fait à Pacino les regrets de le trouver là aujourd'hui, par sa faute, des scènes comme celles-ci sont nombreuses, non ce ne sont pas ces grands acteurs qui font ma joie mais bien les autres, Richard Conte, Sterling Hayden, John Marley (ah ! Faces !!), John Cazale et puis les italiens de service, la panse de Richard S. Castellano (ce plan où il est allongé sur le lit, les cannellonis qu'il doit ramener à la maison, sa sauce...), Abe Vigoda dont personne n'oublie le regard adressé à Duvall lorsqu'il sait qu'il va mourir. Ajoutons encore Al Lettieri (l'éternel colérique de The Getaway) et tous les autres, Lenny Montana (l'armoire Luca Brasi), Talia Shire...Il va de soi que Franco Citti a une place à part, au soleil...
Le premier volet est parfait, Coppola aligne les plans, les scènes avec la certitude de détenir un chef-d'oeuvre, une tragédie où ne manqueraient que les alexandrins. La colère, la froideur, l'intransigeance de Michael sont à la hauteur de ses renoncements. Il deviendra encore plus glacial dans le deuxième volet.

I Spit on Your Grave a.k.a. Day of the Woman (1978) Meir Zarchi


Rape and revenge movie.
Jennifer quitte New York et part se retirer à la campagne afin d'écrire tranquillement son premier roman. Elle sera agressée et violée par quelques locaux et se vengera patiemment et méthodiquement. End of the story.
La dernière maison sur la gauche de Wes Craven (les deux films ont fait l'objet de remakes) avait déjà sensiblement la même intrigue, ces plans de campagne indifférente à la bestialité humaine, cependant la séquence du viol est traité de manière réaliste par Zarchi, la difficulté pour le spectateur reposant sur la durée et la répétition de l'agression. Noé ira plus loin avec Irréversible. Certains se sont demandés quelle est la raison de regarder "ça", ce type de films ? Si l'on met de côté les attardés mentaux désireux de s'exciter sur du presque snuff movie, je pourrais répondre que voir un film c'est toujours interroger la forme, le style mis en oeuvre lors des séquences les plus dures ne sombre pas dans le pathos, ni dans le voyeurisme, il montre, c'est tout. Ce style rejoint alors le fond : regarder ce film c'est vouloir davantage protéger les victimes et punir les agresseurs. J'ai vu beaucoup de films gore, je n'en suis pas devenu un assassin. Je pense vraiment que ce genre de films est important pour un spectateur normalement constitué, il est formateur, délimite les lignes du bien et du mal. Je le pense d'autant plus que c'est à l'adolescence que le besoin de se confronter à ces films "extrêmes" se fait le plus ressentir, à l'âge où, justement, la limite est recherchée.
La seconde partie du film, l'aspect "revenge" est tout aussi intéressante. La question du droit est posée, soit nous considérons que l'héroïne a raison (piste Death Wish), soit qu'elle est de nouveau une victime. Le film expose ces réflexions par le simple fait même de montrer les événements. 
John Boorman développait le thème du viol de manière plus ambitieuse dans Délivrance, ces potes faisant une dernière virée avant que les flots ne viennent "violer" et recouvrir l'espace qu'ils parcourent pouvait être
un discours écologique, l'homme violant la nature subit un retour. Le mal reste souvent une notion mystérieuse, incomprise, d'autant plus incomprise qu'il surgit brutalement, y compris lorsque la beauté du monde se manifeste. C'est le morceau de banjo, c'est dans ISOYG le morceau joué à l'harmonica, assez beau et pourtant...

18 avr. 2011

Network (1976) Sidney Lumet


Charge décapante contre la télévision et ce qu'elle est devenue. Rien n'a changé, il suffit de zapper quelques minutes pour voir la vulgarité s'afficher selon la résolution de votre écran. En même temps le téléspectateur normal doit se fatiguer de cette médiocrité et se diriger naturellement vers le cinéma, la littérature, les arts si tenté qu'il soit sain d'esprit.
Lumet bénéficie d'un superbe scénario de Paddy Chayefsky et d'une distribution éclatante : Faye Dunaway en working girl shootée à l'audimat et au pouvoir, William Holden en homme mûr qui fait un dernier tour de manège avant de rester à sa place, Peter Finch est brillant, prêtre cathodique lâchant son fiel en roue libre "I'm mad as Hell and I'm not gonna take it anymore !" et Robert Duvall en jeune dirigeant méprisant.
Les films de Lumet ont souvent cet aspect didactique que nous pourrions trouver un peu lourd néanmoins la justesse de ton et la croyance en des valeurs profondes traversent ses films et réussissent à convaincre durablement. Les décors dans lesquels évoluent les personnages sont toujours crédibles, New York et ses buildings, ses perspectives dégagées collent idéalement aux ambitions démesurées des personnages, les seconds rôles sont particulièrement bien choisis et pour finir il n'est pas rare de se faire surprendre par une scène qui vous cloue sur place, je pense notamment à celle de l'aveu de Max fait à sa femme. 

Aventure Malgache (1944) Alfred Hitchcock


Deuxième court métrage tourné par Hitchcock lors de son escapade britannique de 1944. Pour pouvoir soutenir la Résistance et quitter Selznick un instant, le réalisateur lui a promis de tourner Spellbound dès son retour mais c'est une autre histoire.
Celui-ci repose sur des éléments historiques, ce qui est souligné au début du récit. Nous sommes à Londres en 1944 et des acteurs s'apprêtent à jouer, l'un d'entre eux n'arrive pas à cerner son personnage, son camarade lui raconte alors une histoire vraie, celle de Michel, un opportuniste qui sera vichyssois avant de tourner sa veste. Ce retournement est d'ailleurs une référence explicite à Casablanca de Curtiz tourné quelques années avant, on y voit un personnage ranger un portrait de Laval puis une bouteille d'eau de Vichy (qui fait l'objet d'un insert) et enfin accrocher un tableau de la Reine Victoria. Tout comme Bon Voyage, Aventure Malgache repose essentiellement sur des flashbacks.
Le film ne fut visible qu'en 1993 car toujours interdit de projection par le Central Office of Information. Les raisons de cette interdiction sont, en partie, dévoilées par l'article passionnant d'Alain Kerzoncuf  in senses of cinema, je vous invite à le lire. Y est dressé le portrait de Paul Clarus, le personnage de l'avocat malgache résistant polyglotte fort de caractère, qui se révèle être un agent des services secrets britannique. il avait, de plus, la particularité, de se méfier de Vichy et de la France de de Gaulle. Ce sont là des hypothèses possibles qui peuvent expliquer le souhait des autorités anglaises de ne pas avoir diffuser le film à l'époque. Il règne autour de la genèse de ce court métrage un certain mystère que l'article résout en partie.

Bon Voyage (1944) Alfred Hitchcock


Premier film de propagande réalisé pour le ministère de l'Information britannique, ce court métrage devait apporter un soutien à la Résistance française et fut diffusé dans la France et la Belgique libérées.
Hitchcock était encore entre les mains de Selznick, il tenait à ce départ londonien, il en parle à Truffaut en ces termes : "je ressentais le besoin de partir, c'était important pour moi", il faut rappeler que Londres était en guerre, qu'Hitchcock avait été la cible de calomnies au début du conflit et que sa mère venait de décéder sans qu'il ait pu la voir ; "je sentais le besoin d'apporter une petite contribution à l'effort de guerre" dira-t-il encore.
C'est dans les studios Welwyn qu'il tournera rapidement Bon Voyage et Aventure Malgache, deux courts métrages réalisés en français avec des comédiens de la troupe Molière, acteurs réfugiés qui donnaient des spectacles aux soldats puisant la majeure partie de leurs prestations dans le répertoire de Molière.
Ce court raconte l'évasion hors de France d'un jeune soldat écossais aidé par son camarade polonais. Il raconte tout aux officiers anglais durant l'interrogatoire de routine. Suivent des flash backs qui viennent dévoiler au spectateur les péripéties du héros. Seulement les officiers anglais lui apprendront (re flash backs) que l'allié polonais était un agent nazi qui se servait de lui pour faire éliminer après son passage les braves résistants qui lui venaient en aide.
La touche Hitchcock est immédiatement reconnaissable dans la volonté de donner un récit complexe, d'apporter de l'humour dans les dialogues avec une insistance particulière (et historiquement légitime) sur la nourriture qui manque, dans le soin de la photographie (Hitchcock s'était adjugé pour se faire le talent d'un ancien chef opérateur de Murnau : Günther Krampf). Le meurtre de la demoiselle est d'une efficacité admirable, quelques plans montés avec brio suffisent. En dépit de la succession parfois rapide des scènes, de leur transition souvent abrupte, ce court est à découvrir. Disponible dans une édition dvd, aux Editions Montparnasse, non restaurée mais correcte sur un petit écran.

16 avr. 2011

The Goonies (1985) Richard Donner


Découvert hier soir, une grande lacune, je sais...
Avec ces teenage movies découverts sur le tard on risque souvent d'être en décalage total or l'enthousiasme débordant de celui-ci provoque l'adhésion. Surprise de découvrir Joe Pantoliano et de comprendre la référence à la perruque de son personnage dans Les Sopranos, de découvrir Josh Brolin et Martha Plimpton qui jouera dans le poignant Running on Empty.
L'action est assez débridée, les passages d'une séquence à l'autre sont parfois artificiels mais il y a un dynamisme qui occulte ces quelques défauts. Les jeunes acteurs sont parfaits et la naïveté qui les anime fait plaisir à voir. Quelques plans utilisent judicieusement la beauté des paysages d'Astoria et de ses alentours. Et puis voir Cindy Lauper, faire des clins d'oeil à Curtiz, Dante... est un supplément qui ne se refuse pas.
Un très bon divertissement.

6 avr. 2011

Loving Memory (1970) Tony Scott


Remarquable film (50 minutes au compteur) signé par un Tony Scott qui avait 26 ans. 
Un frère et une soeur, à l'automne de leur vie, renverse un jeune cycliste en voiture. Ils embarquent le corps jusqu'à leur maison isolée en pleine nature. Le temps semble s'être arrêté, le tic-tac de l'horloge familiale confond les heures de son battement régulier et seul le passage d'un avion de chasse vient nous rappeler qu'ailleurs la vie avance. La vieille dame place le corps dans l'ancienne chambre du regretté James et se met  à le faire revivre à travers le corps fraîchement recueilli. Pour elle la vie reprend, son frère s'occupe à préparer le cercueil...
Il y a une beauté absolue dans cette maison que le temps n'atteint pas, les paysages du Yorkshire qui l'entourent donneraient à tous l'envie de vivre en retrait. Cette beauté renferme une morbidité diffuse qui rend le récit passionnant et captivant, de cet intérêt qu'éprouve une proie pour son prédateur qui le vampirise. La photographie du film rend hommage à ces paysages et à ces intérieurs en clair-obscur.
Une tonalité fantastique et macabre s'installe durablement pour finalement laisser place à une émotion simple : celle d'un deuil qui en rappelle un autre.
Pas de dialogue entre les deux ermites, juste une conversation avec un cadavre qui ne voudrait pas être interrompue. En arrière-plan la guerre et des chansons des années 30 d'un natif du Yorkshire, Jack Jackson.
Un film étonnant si l'on considère la filmographie musclée que le jeune Tony Scott construira par la suite.

5 avr. 2011

Lifeboat (1944) Alfred Hitchcock


Encore un Hitchcock qui aborde la Seconde guerre mondiale mais avec un défi technique de taille : toute l'action se passe sur un bateau de sauvetage. Pas de musique, pas de plan qui le montre de l'extérieur, un huis clos aquatique que les acteurs subiront sur le plateau pendant trois mois.
Le film commence juste après le double naufrage d'un navire marchand américain et du sous-marin allemand qui l'a torpillé. Une barque et quelques rescapés dont un allemand qui se trouve être le capitaine du sous-marin. Hitchcock dira à Truffaut que le film devait être un message sur la nécessité de s'unir pour affronter l'ennemi. Notre démocratie permet toutes les libertés individuelles mais aussi les antagonismes qui lui sont attachés, du sympathisant communiste au libéral capitaliste c'est autant de freins qui empêchent l'efficacité du collectif, surtout dans une guerre. L'Allemagne est incarnée par le capitaine, bien préparé, puissant avec un seul objectif, par conséquent plus dangereux. Il est intéressant de remarquer que l'écriture des personnages les entraîne dans un double mouvement contraire. Les passagers "alliés" sont d'abord montrés avec leurs défauts : matérialisme, colère, individualisme, préciosité et j'en passe... ils se révéleront néanmoins sous un jour meilleur au contraire de l'allemand, interprété avec chaleur et bonhomie par Walter Sezlak, qui, au fur et à mesure de la progression du récit, dévoilera sa véritable nature impitoyable. Hitchcock aborde ainsi son amour pour une Allemagne qui avait produit avant guerre des oeuvres admirables et son incompréhension devant l'Empire du Mal qu'elle est devenue. Incompréhension qui sera soulignée par les personnages.
McGilligan explique très bien comment l'idée de départ de Hitchcock, excité par la gageure du projet, a évolué. Steinbeck a écrit un traitement assez éloigné des préoccupations cinématographiques et de ses contraintes. Du coup, et comme à l'accoutumée, Hitchcock l'a retravaillé avec plusieurs auteurs et scénaristes. C'est Jo Swerling, le scénariste de It's a Wonderful Life, chef d'oeuvre de Capra, qui a mis la touche finale, aidé en cela par Hitchcock qui, comme l'indique McGilligan : "... choisissait les sujets, guidait les réunions de travail, définissait les personnages, visualisait les principales situations et corrigeait les ébauches de scénario. Quand c'était absolument nécessaire, il écrivait même les dialogues." Ceci pour signifier les écritures et réécritures des projets de départ, le film est une oeuvre collective qui évolue énormément.
Plusieurs scènes sont marquantes : d'abord celle qui est abordée par la capture ci-dessus où Jo se met à reprendre une prière que les autres n'arrivaient pas à dire correctement, sa voix douce, la lumière de la scène font penser au meilleur de John Ford. Celle ensuite du meurtre du capitaine, les passagers filmés de dos se ruent sur lui "comme une meute de chiens", nous sommes loin d'un angélisme primaire et cette chaussure (celle de la jambe amputée de Gus (the great William Bendix)) ramenée du premier plan pour frapper le nazi est d'une cruauté toute hitchcockienne.
Les acteurs sont très bons, la gouaille de Tallulah Bankhead fait merveille. Il est rapporté qu'elle ne portait pas de petite culotte et qu'elle aimait enjamber ostensiblement la barque du plateau en exposant son intimité, ce que les autres acteurs ne goûtaient guère. Le chef opérateur s'en plaignait également car dès que la diva écartait les jambes, la prise était à refaire. Hitchcock se dégageait de toute responsabilité et recommandait les bons soins de l'habilleuse, de la maquilleuse ou de la coiffeuse...

4 avr. 2011

Véronique et son cancre (1958) Eric Rohmer


Véronique vient aider un jeune garçon à faire ses devoirs, mathématiques, français, elle se heurte à l'esprit logique du jeune garçon qui la met en défaut. Les formules de politesse de la mère qui l'accueille, les énoncés des devoirs sont insipides et artificiels face à la réalité d'un enfant qui se refuse à céder à ces injonctions scolaires. Peu à peu Véronique est ailleurs, elle joue avec sa chaussure ce qui intéresse bien plus le cancre, qui d'ailleurs fait semblant de tomber de sa chaise pour mieux apercevoir ce qui se passe en-dessous. Le spectateur, influencé par le metteur en scène, se met, lui aussi, à vouloir en apprendre un peu plus sur la pointure de Véronique. Légèreté de ce court-métrage qui vient nous rappeler que la vie est toute aussi intéressante que ces exercices, rendus captivants par le questionnement du cancre qui interroge leur substance même.

Die Austernprinzessin / La princesse aux huîtres (1919) Ernst Lubitsch


Die Austernprinzessin jouit d'une très bonne réputation, le Binh/Viviani paru chez Rivages en 1991 le qualifie de la sorte : "...sans doute le plus drôle qui nous reste de sa période allemande." Ce que je conteste, sachant évidemment que le rire est subjectif. J'ai préféré, de loin, l'ambiguïté et les nuances de Ich möchte kein Mann sein et les excentricités de Die Puppe. Les auteurs analysent fort bien ce film et j'adhère à tout excepté la puissance comique du film. C'est son style qui séduit, sa mise en scène, les chorégraphies  qui animent la multitude de serviteurs du roi des huîtres. Le scénario est trop rapidement esquissé, j'aurais bien aimé voir davantage se confronter le pouvoir destructeur et capricieux de la fille face à l'organisation huilée des domestiques. L'on sent bien que l'intrigue n'a pas retenu toute l'attention de Lubitsch, son film a les allures d'une belle boîte à musique dont la mécanique complexe ne joue qu'un air médiocre. Cela ne nous empêche aucunement d'apprécier les décors, le jeu du valet du prince qui, en attendant que la fille du millionnaire se prépare, sautille sur les motifs peints au sol : activité esthétique qui résume à elle seule le film. Une joie visuelle mais aucun rire venant de l'intérieur. C'est déjà beaucoup.

1 avr. 2011

The New World / Le nouveau monde (2005) Terrence Malick


Déception conséquente lors de sa sortie en salle, cette fois c'est l'extase, allez savoir...
Le parcours de Pocahontas vers ce nouveau monde, beau titre double qui prend métaphoriquement des sens multiples, est porté par la performance de Q'orianka Kilcher. La nature somptueuse dans laquelle elle évolue, superbes paysages de la Virginie, ne l'empêche pas de rayonner, ce qui est un exploit car les plans de ce film impressionnent la rétine. Le travail permettant de restituer tout ce début de XVIIe siècle est abordé dans le bonus du BR et se voit à l'écran. Je me souviens avoir été gêné par les voix off lors de la projection en salle, quelque chose, la fatigue ou l'humeur du jour, ne m'avait pas permis de m'immerger dans ces voix, de faire corps avec les personnages, c'est tout le contraire qui s'est opéré. J'aime particulièrement Colin Farrell et Christian Bale, le premier offre une belle prestation nuancée.
Malick nous offre encore ces plans où les personnages sont noyés dans une beauté naturelle dont ils cherchent à percer le mystère, le secret. Une fois conquis c'est le plaisir des sens qui les gagne, vécu par le spectateur. Son montage est particulier, il procède par petites scènes fragmentées, par moments, instants volés qui, montés bout à bout, provoquent une atmosphère. Le récit avance fermement, la narration est intelligible mais les différents éléments qui le composent possèdent une énergie interne qui se meut par glissements progressifs. C'est là un style qui me plaît et qui donne à ses films une couleur qui lui est propre.