28 juin 2011

Eaten Alive a.k.a. Death Trap / Le crocodile de la mort (1976) Tobe Hooper



Il y a une sacrée file d'attente chez le vieux Judd, les clients ne cessent d'arriver afin de se faire découper et finir dans l'estomac de son croco préféré. Pourtant qui peut bien avoir envie de venir finir ses jours dans ce motel moisi, n'y a-t-il pas mieux à faire ? Il faut dire que ces clients sont presque tous des dégénérés, tribu texane où la famille n'est pas un havre de paix. Les pères sont totalement givrés ou sur le point de mourir, les mères entichées de maris impuissants, les filles prostituées ou idiotes... Cet échantillon de l'humanité semble attiré par la musique country déversée en continu (avec parfois un tube mexicain, histoire d'épicer les oreilles), par les ambiances lumineuses rouge délavé, par la faune en décomposition constituant l'attraction principale du motel, par le brouillard malsain sortant du marais qui jouxte les chambres... Une image crade, un décor basique en studio, des meurtres à répétition, voici un rejeton caché du Psycho de Sir Hitchcock livré avec tous ses accessoires : bières, putes, rednecks en érection "My name is Buck and I'm ready to fuck".

26 juin 2011

A Conversation With Gregory Peck (1999) Barbara Kopple


Un ami a attiré mon attention sur ce documentaire et il a eu raison.
Le documentaire consacré à un grand acteur est souvent ennuyeux comme la mort, faisant se succéder proches et moins proches venant dire devant l'objectif tout le bien qu'ils pensent du héros du jour. Pas de cela ici, nous sommes très loin de l'hagiographie concentrée. Non pas parce que Peck ne le mérite guère, nous apprenons qu'il a eu bien des mérites à se sortir de situations qui auraient rendu fou un individu lambda mais parce que ce portrait dévoile d'abord un homme dans son rôle de mari, de père. Cadre typiquement américain néanmoins montré dans ce film avec des nuances qui font mouche. L'acteur n'insiste guère sur le choix souvent politique de ses rôles, il est humble. Le nom de la réalisatrice, Barbara Kopple, suffit à souligner cet aspect social, souvenons-nous de l'excellent Harlan County, USA.
La seule émotion que laisse échapper Peck, parmi ces images qui le voient parcourir les Etats Unis avec le spectacle où il vient à la rencontre de son public, parmi les moments captés auprès de sa famille, est celle où il vient de vivre la naissance de son petit-fils. Il est heureux, nous dit-il, et certainement conscient du peu de temps qu'il lui restait à vivre. La vie est injuste, l'apprécier à ce point (manger une figue, donner du chocolat à une chèvre dans sa cuisine de Grasse, se moquer gentiment de son ami Jacques C.) et n'en avoir plus que pour quatre années.
Le documentaire laisse passer le temps, les instants et nous avons vraiment le sentiment d'avoir vécu un peu avec ce chouette acteur.

4 juin 2011

A Serious Man (2009) Ethan et Joel Coen


Les films des frères Coen rassemblent des personnages qui pourraient s'indigner de la brutalité de l'existence alors même qu'ils s'étaient équipés d'un manuel de survie leur expliquant les démarches à suivre. Le héros de ce récit est un homme sérieux, il est peut-être, lui aussi, ce jeune homme à qui un impressionnant rabbin a dit un jour qu'il lui fallait être bon seulement la vie ne lui est guère favorable ces derniers temps. Il y a une logique implacable qui s'abat sur ce professeur d'université. Une fatalité inexorable se joue de ses croyances et les questions qu'il se pose ne sont suivies d'aucune réponse, seules des fables, des factures, des requêtes lui parviennent. C'est peut-être le sens du conte que le spectateur voit en guise de prologue. Qui est ce vieil homme ? Plusieurs réponses sont possibles mais il n'y a aucune certitude. Le vieux rabbin qui rend l'objet convoité à Danny est porteur de cette ambiguïté : nous pouvons penser qu'il joue de cet objet comme d'un signe qui lui donnerait toute puissance ou bien qu'il le transmet comme une leçon, tel le clin d'oeil du héros à un jeune garçon, qui démythifie et assure l'adoration en même temps. Tourné avec le souci maniaque de reconstitution d'une époque, filmé au scalpel, ce film regorge de détails qui échappent lors d'une simple vision. Entre l'immensité du tableau et l'effacement d'une simple lettre dans un cahier de notes se joue un destin, celui d'un élève, et une vision du monde, celui d'un professeur. Un film passionnant.

Kawaita Hana / Fleur pâle (1964) Masahiro Shinoda


Film noir japonais réalisé en 1964, Fleur pâle raconte la passion qu'éprouve un yakuza confirmé pour une jeune femme mystérieuse qui adore jouer en pariant des sommes importantes. Filmé en majeure partie la nuit le film baigne dans une ambiance d'outre-tombe, ambiance rendue séduisante par un souci esthétique évident. Les cadres sont magnifiques et la photographie est à l'unisson. La musique dissonante de Toru Takemitsu insuffle aux images une puissance enivrante, mystérieuse et hypnotique. Les deux personnages principaux vivent dans un désenchantement profond, la jeune femme, Saeko (Mariko Kaga dont le regard pétrifie quiconque le croise), tente de donner à sa vie un souffle que seuls le hasard et l'intensité du jeu peuvent faire naître. Muraki, le yakuza (Ryô Ikebe, très classe, sobre et envoûtant), se rend compte de cet abandon, il va tenter de la protéger d'une autre ivresse plus dangereuse, la drogue. La scène du meurtre final est très belle car elle est un sacrifice et un don. C'est une histoire d'amour particulière qui se déroule sous nos yeux ébahis, une relation pure et parfaite où le moindre geste compte, comme ceux ritualisés des parties de cartes, rituel qui permet de s'oublier et de laisser son esprit errer et croiser le regard d'une belle inconnue.