26 juin 2011

A Conversation With Gregory Peck (1999) Barbara Kopple


Un ami a attiré mon attention sur ce documentaire et il a eu raison.
Le documentaire consacré à un grand acteur est souvent ennuyeux comme la mort, faisant se succéder proches et moins proches venant dire devant l'objectif tout le bien qu'ils pensent du héros du jour. Pas de cela ici, nous sommes très loin de l'hagiographie concentrée. Non pas parce que Peck ne le mérite guère, nous apprenons qu'il a eu bien des mérites à se sortir de situations qui auraient rendu fou un individu lambda mais parce que ce portrait dévoile d'abord un homme dans son rôle de mari, de père. Cadre typiquement américain néanmoins montré dans ce film avec des nuances qui font mouche. L'acteur n'insiste guère sur le choix souvent politique de ses rôles, il est humble. Le nom de la réalisatrice, Barbara Kopple, suffit à souligner cet aspect social, souvenons-nous de l'excellent Harlan County, USA.
La seule émotion que laisse échapper Peck, parmi ces images qui le voient parcourir les Etats Unis avec le spectacle où il vient à la rencontre de son public, parmi les moments captés auprès de sa famille, est celle où il vient de vivre la naissance de son petit-fils. Il est heureux, nous dit-il, et certainement conscient du peu de temps qu'il lui restait à vivre. La vie est injuste, l'apprécier à ce point (manger une figue, donner du chocolat à une chèvre dans sa cuisine de Grasse, se moquer gentiment de son ami Jacques C.) et n'en avoir plus que pour quatre années.
Le documentaire laisse passer le temps, les instants et nous avons vraiment le sentiment d'avoir vécu un peu avec ce chouette acteur.

4 juin 2011

Kawaita Hana / Fleur pâle (1964) Masahiro Shinoda


Film noir japonais réalisé en 1964, Fleur pâle raconte la passion qu'éprouve un yakuza confirmé pour une jeune femme mystérieuse qui adore jouer en pariant des sommes importantes. Filmé en majeure partie la nuit le film baigne dans une ambiance d'outre-tombe, ambiance rendue séduisante par un souci esthétique évident. Les cadres sont magnifiques et la photographie est à l'unisson. La musique dissonante de Toru Takemitsu insuffle aux images une puissance enivrante, mystérieuse et hypnotique. Les deux personnages principaux vivent dans un désenchantement profond, la jeune femme, Saeko (Mariko Kaga dont le regard pétrifie quiconque le croise), tente de donner à sa vie un souffle que seuls le hasard et l'intensité du jeu peuvent faire naître. Muraki, le yakuza (Ryô Ikebe, très classe, sobre et envoûtant), se rend compte de cet abandon, il va tenter de la protéger d'une autre ivresse plus dangereuse, la drogue. La scène du meurtre final est très belle car elle est un sacrifice et un don. C'est une histoire d'amour particulière qui se déroule sous nos yeux ébahis, une relation pure et parfaite où le moindre geste compte, comme ceux ritualisés des parties de cartes, rituel qui permet de s'oublier et de laisser son esprit errer et croiser le regard d'une belle inconnue.