26 juil. 2011

The Civil War / La Guerre de Sécession (1989) Ken Burns


Documentaire captivant qui retrace l'histoire de la Guerre de Sécession, de 1861 à 1865. Période souvent abordée dans les westerns mais que je n'avais jamais vraiment pris le temps de connaître avec plus de sérieux. Ce documentaire d'une durée de 11h20 prend le temps d'en faire la chronologie avec soin. Burns effectue un montage subtil entre photographies d'époque (un million de photographies ont été prises durant le conflit), les extérieurs tournés aujourd'hui sur les lieux de combat et les diverses interventions d'historiens spécialistes de la question. Des schémas décrivant les stratégies des différents généraux ponctuent le récit.
De l'élection d'Abraham Lincoln en 1860 jusqu'à sa mort en 1865, Burns aborde tous les aspects de cette guerre. Il mêle lettres de simples soldats, lettres de sommités politiques, de généraux, d'épouses, d'esclaves... toutes ces voix s'unissent et permettent de sentir les enjeux individuels et collectifs de ce conflit. Préservation de l'Union, Abolition de l'esclavage, volonté d'indépendance des Etats, autonomie, centralisme, l'on apprend beaucoup, l'on comprend bien plus et l'on est effaré devant la violence des batailles, l'aveuglement de certains, le courage d'autres. 
Burns a le grand mérite de rendre toute cette période claire sans prendre parti, en maintenant un respect pour les différents camps et en préservant émotion et grandeur des individus. 
Le soin apporté à l'habillage sonore est admirable, bruitages et chants traditionnels complètent avec précision l'articulation des documents et sources diverses.

25 juil. 2011

The Kiss / Le baiser (1929) Jacques Feyder


Diffusé et vu chez Brion voici le dernier film muet de Greta Garbo, le dernier également de la MGM.
Irène (GG) aime un jeune avocat, André (Conrad Nagel) mais ce dernier refuse de la déshonorer en fuyant avec elle. Charles, son mari, la suspecte d'avoir une liaison avec un autre jeune homme, Pierre. Il les surprend tous deux lors d'un baiser assez innocent. Une lutte s'engage, Charles meurt. C'est André qui prendra la défense d'Irène.
L'intrigue n'est pas vraiment passionnante et puis la version présentée à la télévision n'était vraiment pas à la hauteur de la beauté de Garbo. Tant pis, il n'y a qu'un dvd de ce film alors il ne fallait pas le manquer.
Garbo est sans cesse vêtue différemment dans le film, l'on sent le star system à l'oeuvre et cela n'est pas pour nous déplaire tellement elle irradie de beauté. Il y a un plan où elle se démaquille ou se maquille, je ne sais plus, devant sa coiffeuse, Feyder la filme en gros plan, vu dans une salle avec un écran adéquat je pense que j'aurais du me retenir de ne pas lever les bras vers elle. Elle utilise son visage assez sobrement mais avec une efficacité redoutable. C'est bien simple, je ne regardais qu'elle, tous les autres acteurs paraissant insipides. Je rêve d'une édition à la mesure de sa beauté.
J'exagère à peine.
J'ai pu, malgré l'état d'hébétude dans lequel je me trouvais, remarquer deux, trois choses qui rendent le film intéressant. L'usage parcimonieux du son synchrone (ou de son illusion) avec le bruit d'une chute, l'usage d'une sonnerie de téléphone. L'utilisation d'un flash back mental où, lors d'un interrogatoire, Garbo fait, à l'image, le récit de la soirée fatale à un inspecteur. Et puis ce travelling arrière, lors du dîner où elle revoit André, qui laisse apercevoir le mari sur la gauche, l'épiant discrètement.
Ce qui persiste c'est Garbo et l'envie de la voir dans d'autres films.

22 juil. 2011

Dead Calm / Calme blanc (1989) Phillip Noyce



Thriller sur mer. Un couple part en longue croisière sur leur bateau pour se remettre du décès de leur enfant.  Ils récupèrent un jeune homme qui va s'échiner à ruiner leur projet.
Film assez laborieux, je ne retiens que les scènes où Sam Neill tente de remettre à flot l'épave en devenir, ces moments où des choses doivent être faites et où le montage conserve les scènes où elles se font sont souvent des moments précieux au cinéma. Nicole Kidman, assez jeune, fait déjà le job avec un certain professionnalisme, captant la caméra et impressionnant la pellicule avec un certain charme. Une réserve sur Billy Zane qui, en dehors de sa plastique summer beach, ne réussit pas à dégager le trouble et la folie de son personnage.
Un film de tout début d'après-midi entre la fin du repas et la sieste.

17 juil. 2011

Il cappotto / Le manteau (1952) Alberto Lattuada


Carmine de Carmine est un employé de mairie qui n'a pas vraiment de compétence, si ce n'est un talent pour la calligraphie. Il est moqué par ses chefs et, en plein hiver, peine à se réchauffer avec son manteau troué. Le film va décrire les moyens qu'il va employer pour en acquérir un neuf puis les conséquences du vol presque immédiat qui suis son acquisition.
C'est sous l'aspect de la comédie que commence le film, Renato Rascel a un talent fou pour faire rire le spectateur avec une économie de moyens, une comédie qui a un fort accent social. La nouvelle de Gogol est la véhicule idéal pour décrire la corruption, la bassesse du Maire, de son secrétaire général, des employés de la mairie, de sa cour. Les rires sont vite suivis d'une sorte d'étouffement, la misère de Carmine, la volonté qui le pousse à sortir de son milieu sont si pathétiques, si vains que le cauchemar prend vite la succession de ces rires. Une teinte tragique, kafkaïenne s'insinue dans le récit pour ensuite virer au fantastique onirique. Giulio Stival qui joue le Maire est formidable, personnage truculent a la voix de stentor, imbu de lui-même finira par se repentir, marqué visuellement par l'apparition de Carmine qui hantera les rues de sa ville. Le tailleur, joué par Giulio Cali, est un phénomène, une ombre dévorée d'ambition qui misera beaucoup avec Carmine. Les personnages de ce récit, les miséreux, sont d'autant plus ambitieux et aveugles que leur misère est grande, ils semblent dévorés par le désir de sortir de leur situation mais n'en ont pas les moyens. Il y a du rire mais c'est celui du Fanfaron de Risi, un rire tragique et désespéré. 

In the Electric Mist / Dans la brume électrique (2009) Bertrand Tavernier


L'adaptation du roman de James Lee Burke est une initiative de Bertrand Tavernier. Une fois le film tourné le montage a posé de gros problèmes car le Tavernier eut de fortes divergences avec Michael Fitzgerald, le producteur, tant et si bien que deux montages différents virent le jour, un effectué sous la supervision du producteur américain, l'autre par le réalisateur français. Le film sortit directement en dvd aux USA, avec un net succès, le montage Tavernier est celui qui est visible dans le reste du monde. Dans le commentaire audio que signe Tavernier nous sont données quelques explications quant à ces divergences, explications qui ont fait l'objet d'un livre, notamment la préférence marquée de Tavernier pour le plan séquence. En l'état, après l'avoir vu en salle, le film est passionnant, porté par des acteurs de premier plan et mis en scène efficacement.
La guerre sans nom n'est pas une oeuvre anodine dans la filmographie de Tavernier, elle marque la nécessité de s'engager socialement et pointe l'impact du passé dans le présent. Il y a de cela dans la Louisiane filmée par ses soins. Les événements du passé sont encore dans les esprits, plus ou moins réceptifs aux fantômes qu'ils laissent dans la nature, c'est le Général John Bell Hood, c'est le cadavre du jeune noir assassiné avec ses chaînes. La guerre civile américaine mais aussi le Vietnam qu'a vécu Dave Robicheaux. Hormis le premier, le reste est évoqué subrepticement, sans insistance aucune, parmi d'autres : Bagdad, l'empire romain... La ségrégation rôde encore chez certains personnages, un marquage racial et social hante le film et rend l'intrigue policière encore plus singulière. La précarité est palpable, Tavernier a filmé quelques maisons dévastées par Katrina, l'escroquerie aux fonds d'aide dont parle Rosie Gomez n'en est que plus méprisable.
L'atmosphère sonore du film restitue la beauté des lieux qui sont choisis pour le tournage et les décors sont de premier ordre. La version US, dixit Tavernier, a saboté par endroits ce travail sur le son (prise de son directe, mixages des sons naturels pris sur place...).
Le film repose beaucoup sur les épaules solides de Tommy Lee Jones dont Tavernier souligne les trouvailles et le grand professionnalisme. John Goodman est, comme toujours, excellent en mafioso vulgaire et immonde. Peter Sarsgaard est amusant en star bourrée non-stop, il forme un couple attachant avec Kelly Macdonald. Une mention spéciale à Mary Steenburgen, craquante à souhait ! Sans oublier Ned Beatty, le potentat local et Julio Cedillo vu dans Trois enterrements.

9 juil. 2011

Eugénie (1974) Jess Franco


Mon premier Jess Franco (merci Axel).
A en juger par sa filmographie c'est l'homme qui tourne plus vite que son ombre. Réalisateur bénéficiant d'une aura particulière, je sais que de nombreux cinéphiles lui vouent un culte solide et persistant, c'est là un film assez plaisant à regarder. D'abord parce que Soledad Miranda a la fraîcheur et l'innocence d'une héroïne sadienne, ensuite par que de nombreux plans sont suffisamment soignés pour auréoler le film d'un savoir-faire plaisant, je m'attendais à quelque chose de plus foutraque. La musique de Bruno Nicolai participe du charme de l'objet. 
Petite baisse de régime lors des séquences avec l'amoureux, l'on a peine à croire au charisme de Paul mais il se peut que dans l'oeuvre originale ce personnage ne soit pas séduisant, ce qui ajouterait à la fureur d'Albert.

D.O.A. / Mort à l'arrivée (1950) Rudolph Maté



Frank Bigelow (Edmond O'Brien) se rend au commissariat pour signaler son propre meurtre par empoisonnement, il ne lui reste que quelques heures pour relater les faits et tenter de se sortir de cette situation.
C'est sur cette trame ingénieuse que Maté, qui a travaillé pour le grand Alexandre Korda, pour Dreyer, signe un polar mené tambour battant. O'Brien, excellent, est bien accompagné, le futur propriétaire de l'hôtel au crocodile de Eaten Alive, Neville Brand, joue là son premier rôle, il est déjà bien déjanté. L'on aperçoit également, pour les fans de Notorious, Ivan Triesault qui dirige ici un studio photo. 
Les moments les plus réussis du film sont ceux qui conduisent le héros dans un club de jazz où règne une effervescence toute musicale, c'est une parenthèse incongrue qui enrichit le récit, tout comme cette course panique qui prend Bigelow, traversant San Francisco tel un damné il heurte de véritables passants n'ayant aucune conscience du film qui se tourne et dont ils font partie.
Bigelow commence le récit comme un adulte qui n'aurait pas encore grandi, cherchant amusement, rencontres d'un soir, pris dans un étau fatal il découvrira, finalement, ce qui fait le sel d'une existence.
Un polar bien ficelé, usant d'extérieurs variés, qui tient le spectateur en haleine. Tentant, non ?