23 août 2011

Opération béton (1955) Jean-Luc Godard


Lorsque Godard tourne ce court métrage il a déjà fréquenté le milieu. Parvenu à écrire aux Cahiers du cinéma il en partira avec la caisse ! Il trouve alors un travail par l'intermédiaire de ses parents sur le barrage de la Grande-Dixence. Son souhait est de faire un film sur la manière de produire le béton qui sert à la construction de l'ouvrage. Adrien Porchet tournera les plans, Godard écrit un commentaire littéraire qui n'épouse pas si bien que cela les images documentaires de Porchet. La musique classique en fond sonore dérange par sa monotonie. L'ensemble reste maladroit, mal agencé, sans direction particulière, reste que les efforts accomplis par le jeune Godard pour travailler sur le barrage, investir tout son argent (et celui des autres) sur le film et mener à bien son projet témoignent d'un désir de cinéma attachant.

17 août 2011

Chisum (1970) Andrew V. McLaglen


On regarde certains John Wayne comme l'on mange certains plats, ils ne sont pas exceptionnels, même parfois un peu honteux mais la satisfaction que l'on en retire est suffisante et les émotions obtenues par le passé exigent une petit rappel de temps à autre alors...
Alors John Wayne (le prononcer à la manière de Modine dans Full Metal Jacket) est un peu grassouillet, ne se fait plus filmer lorsqu'il monte à cheval mais peut quand même s'énerver voire même distribuer une bonne praline ou avoine, pour rester dans le champ lexical équestre, à qui le mérite. Et le clown à chapeau d'en face la mérite. 
Alors il lui donne et le spectateur est content.
C'est Chisum, c'est un peu mou, avec un zeste d'humour et quelques marrons. J'ai mon John Wayne pour quelques semaines...

Walkabout (1971) Nicolas Roeg


Un père emmène ses enfants dans le désert, tente en vain de les tuer et finit par se suicider. Les deux enfants, un jeune garçon et une adolescente sont livrés à eux-mêmes et tentent de survivre dans un milieu hostile. Leur rencontre avec un aborigène va transformer leur manière de vivre dans cet environnement...
Voici un film qui donne une raison supplémentaire d'aimer le cinéma anglais. Le montage et le style employés par Roeg sublime cette nature. Le walkabout du titre est un long séjour solitaire dans la nature que doivent effectuer les aborigènes lorsqu'ils franchissent l'étape les menant à l'âge adulte. C'est un walkabout forcé que subissent le frère et la soeur. Roeg utilise de nombreux plans avec des animaux faisant des errants les corps étrangers de ce milieu sublime et étrange pour eux. Etrange comme la rencontre avec cet homme qui semble danser en descendant les dunes. Il chasse, il sait comment vivre dans ce milieu et va accepter les deux zouaves sans se poser de questions. La communication passe mieux avec l'enfant comme si l'innocence qu'il porte suffisait à la permettre. Le film prend alors une autre dimension et peu à peu c'est une harmonie qui s'installe. Une sorte de famille recomposée s'établit avec des parents et leur enfant. Un lien sous-s'insinue entre le jeune homme et la fille, quelque chose qui relève d'une sexualité platonique, prête à naître sans vulgarité ni signe manifeste mais tout est là, prêt à jaillir. La séquence de la baignade, la plus belle du film, est un moment paradisiaque où l'innocence et la pureté surgissent de l'écran. Roeg a le don de sublimer son sujet. Les évolutions de la jeune baigneuse sont un des plus beaux moments cinématographiques qu'il m'ait été donné de voir. L'utilisation d'un choeur d'enfants n'est pas étranger à la beauté du film et à son aspect utopique, celui des contes, d'une réalité à qui l'on tourne le dos pour en recréer une autre qui vous sied davantage. Quelques séquences naissent spontanément ici et là, des images du monde réel justement, qui deviennent brutales et vulgaires parce que plongées dans le bain d'un monde premier, originel. La jeune fille n'arrive pas à y plonger complètement et reste hermétique aux propositions de l'aborigène. Il faut dire que sa danse d'amour est aussi belle qu'intrigante. Dans la séparation finale il y a la perte, l'impossibilité de vivre le rêve, un rêve partagé. La dernière séquence, celle du regret, est exemplaire, elle exprime l'échec, celui qui est le plus douloureux, celui qui surgit après le mauvais choix, celui du non-retour.

14 août 2011

Lo squartatore di New York / L'éventreur de New York (1982) Lucio Fulci


Moins débile que beaucoup de ses congénères voici un film d'horreur bien foutu. Je l'avais vu il y a très longtemps et il se revoit très bien. Fulci dispose de suffisamment de moyens pour s'amuser à bien nous faire sentir les lames trancher les chairs et autres organes en pagaille. Comme souvent dans les slashers l'érotisme se conjugue avec le sang, nous sommes servis sur les deux plans. J'avoue une préférence pour le couple Lodge, monsieur envoyant madame enregistrer ses ébats et prenant son plaisir à écouter les enregistrements qu'elle prend soin de lui rapporter. Quelques plans de New York : le Brooklyn Bridge, le Staten Island Ferry, les tours du World Trade Center et Columbia University, plus intéressants que la pseudo enquête menée par le flic fade et le génie universitaire sans charisme. Ce qui compte ce sont les irruptions violentes ou érotiques qui ponctuent le film et qui occupent toute l'attention du réalisateur. 
Le film est disponible dans un excellent Blu-ray chez Blue Underground, avec des sous-titres français pour ceux qui en ont la nécessité. Version uncut, c'est-à-dire la plus gore.