22 sept. 2011

Grizzly Man (2005) Werner Herzog



Timothy Treadwell est un raté. Il s’inscrit à l’université avec une bourse de nageur mais se blesse. Sorti de la fac il sombre dans l’alcoolisme, tente vainement de bâtir une carrière d’acteur, c’est l’échec total. Et puis il découvre the « grizzly maze », le labyrinthe des grizzlys. Là il plonge corps et âmes dans cet univers, treize étés durant il ira vivre auprès d’eux, se filmant et montrant son travail gratuitement dans les écoles. Le treizième été est fatal, il sera dévoré, avec sa compagne, par un ours.

Werner Herzog part à la rencontre de ses proches et nous raconte son itinéraire, aidé par les extraits des vidéos que Treadwell a tournées.
Ces vidéos sont étonnantes, Treadwell est là, au milieu d’animaux dangereux qui peuvent le déchiqueter à tout moment. Il s’adresse à eux avec une naïveté confondante et retire de ces instants une joie profonde qui contraste avec les échecs qu’il vécut dans la vie normale. Peu à peu Treadwell construit un espace mythique, fictif mais qu’il inscrit dans son âme. Des séquences peuvent nous questionner, l’on se dit qu’il est vraiment dérangé néanmoins les moments de beauté stupéfiante qu’il vit et nous transmet penchent la balance vers une hypothèse qui vaut la peine d’être vécue. Courir avec les renards sauvages, les caresser, remonter le courant avec des grizzlys, vivre au sein d’une nature sauvage, préservée (le parc national de Katmaï en Alsaka), ces expériences ne peuvent être vécues par tous. Ces moments de grâce sont-ils si importants qu’il faille risquer sa vie. Treadwell a choisi, il dit d’ailleurs que sa vie a pris sens, qu’il est quelqu’un là-bas. Il est touchant dans sa sincérité et dans la manière totale de s’investir dans son combat.
Herzog prend parti, reste fasciné par les images qu’il a pu tournées tout en exprimant son désaccord, pour Herzog aucun lien ne se tisse entre Treadwell et les ours. Ils le tolèrent mais pas plus.
Le film balance entre le grotesque, le canular, parfois il est tentant de penser que Treadwell est un bouffon complètement abruti et puis dans la séquence suivante il vous émeut et l’envie d’être à sa place vous prend, il a vécu des choses extraordinaires.
Le récit des derniers instants de Treadwell et d’Ami, sa compagne, effectué par le médecin légiste qui a écouté l’enregistrement sonore de l’attaque de l’ours meurtrier, est un moment poignant. Poignant et en même temps symbolique de cette histoire car le médecin articule et s’exprime à la façon de ces programmes que l’on écoute pour apprendre une langue où le locuteur articule avec précaution comme s’il s’adressait à un enfant. C’est l’aspect « ludique et grotesque de Treadwell ». L’on se rend compte au bout d’un instant que ce récit n’est ni grotesque, ni ludique, il se développe de cette façon car l’émotion qu’il libère risque de l’étouffer, de le stopper net.
Un mec seul part vivre son rêve, donner un sens à sa vie et nous fait partager la beauté qu’il a captée loin de tout. Un parcours insensé et beau. Une vie accomplie.