31 oct. 2011

The Last Picture Show (1971) Peter Bogdanovich



Film magnifique sur l'adolescence dans un trou paumé, émotions qui peuvent être vécues ailleurs, il suffit d'avoir été jeune avec des yeux et une mémoire. Rêves, espoirs, amours foudroyantes et passagères, écart entre le rêve et la réalité. Insouciance et naïveté, gravité et interrogations et puis le vent qui traverse la rue principale de Anarene, Texas (en réalité Archer City, Texas). 
Les adultes sont là, ils sont restés. Les paumés du coin qui jouent aux cartes, aux dominos en attendant la mort et les autres qui peuvent encore se permettre le luxe d'avoir des souvenirs, à cet âge et à cet endroit ce terme prend le sens de regrets. Les individus pensent à élargir leur univers et se retrouvent tous inextricablement liés, prisonniers. Tout se délite peu à peu, les morts, les dernières projections et le vent.
C'est une belle distribution : Timothy Bottoms, Jeff Bridges, Cybill Shepherd, Randy Quaid, tous très jeunes, du désir à ne plus savoir qu'en faire, épaulés par un Ben Johnson superbe de dignité, quelques baignades particulières qui tiennent lieu de jardin secret, Ellen Burstyn (a-t-elle jamais été mauvaise ?) et Cloris Leachman qui tient là un grand rôle.
Bogdanovitch réalise un petit bijou qui tient tout seul, le noir et blanc lui donne une nostalgie et une dureté, voire même une intemporalité appropriées. 

30 oct. 2011

Cul-de-sac (1966) Roman Polanski



"En attendant Katelbach" est un titre possible, qui pointerait l'atmosphère beckettienne du film. Situations absurdes, êtres solitaires qui tentent vainement de reconstituer un groupe homogène, nous y sommes.
Le couple formé par George et Teresa est fragile, parce qu'il est récent et parce que dès le début ce couple est fondé sur la trahison et le mensonge, mensonge plus ou moins accepté comme tel si l'on considère George comme un être plus lâche que naïf. C'est un couple isolé qui vit dans un château érigé sur une île. On ne peut faire plus isolé, d'autant que la route qui y mène est recouverte régulièrement par la marée. Deux gangsters échouent sur l'île après un coup qui a mal tourné. L'un meurt et l'autre attend Katelbach.
Voici un film assez unique qui ne se fait pas oublier. 
George en nuisette transparente rappelle Carol de Repulsion, aussi démuni, aussi perdu, seulement il n'est pas seul. Teresa est une femme libérée avant l'heure, elle fume, porte des pantalons, se déplace comme un homme, leur tient tête, elle est pleine de vie, veut s'amuser ... Le couple est étonnant de contrastes. C'est elle qui prend l'initiative lorsque Dickie arrive chez eux. Elle finit par s'attacher à ce gorille, voir la scène de l'évasion de la chambre et de l'enterrement à la chaise et vodka. Tous ces personnages sont un peu stupides, ils arrivent quand même à s'émerveiller de temps en autre, lorsqu'ils regardent les étoiles mais leurs activités prennent le pas sur la poésie. Les dialogues sont savoureux, peu à peu c'est une famille qui est reconstituée mais cette harmonie ne dure pas longtemps, les Fairweather, bourgeois ennuyeux, arrivent et perturbent ce calme retrouvé.
Le rire alterne avec le sordide et la détresse.
Françoise Dorléac est parfaite dans ce rôle, créature forte et fragile elle est une petite tornade et bouscule toutes les conventions. Pleasence tient là un de ses plus grands rôles, l'on se demande qui pourrait le remplacer. Stander est inoubliable, brute épaisse et comique à la fois, il faut voir le jeu du chat et de la souris entre lui et Dorléac. Jack MacGowran éclaire le film en dépit de la brièveté de ses scènes. Marie Kean, vue plus tard dans Barry Lyndon, The Dead ou encore Ryan's Daughter forme un couple répugnant avec Robert Dorning. Signalons Jacqueline Bisset dans un rôle où elle joue les matérialistes superficielles. 
La musique de Komeda, un jazz piquant et acidulé, habille le film sur mesure. 
C'est la même équipe que le précédent qui entoura Polanski seulement le tournage ne se passa pas aussi bien, ce qui ne se voit pas à l'écran tant le sujet est maîtrisé.

29 oct. 2011

Repulsion (1965) Roman Polanski



Fort du succès de Un couteau dans l'eau, Polanski se voit offrir les moyens de tourner un autre long avec la société de production anglaise Compton, qui, habituellement,  produit et distribue du porno soft.
Une manicure travaillant dans un salon de beauté a une personnalité particulière, des absences, une incapacité à nouer des relations sereines. Seule sa soeur lui permet d'avoir une attitude normale. Elle lui est très attachée seulement elle part en vacances avec son amant, marié par ailleurs. La solitude va renforcer ses névroses et aboutir à une tragédie en intérieur.
D'un bateau à un appartement de Kensington, Londres, Polanski dresse implacablement le portrait d'une jeune femme qui ne peut se résoudre à entamer une vie sexuelle. Carol a un dégoût charnel des hommes, elle peut entamer une conversation, faire quelques efforts mais le contact physique la répugne. Même ce qui relève de l'intime est répugnant, voir la brosse à dents de l'amant de sa soeur. Cette attitude se retrouve dans les propos des clientes du salon de beauté ou encore de sa collègue de travail qui lui narre les affres de ses relations intimes.
C'est livrée à elle-même, dans une solitude et une détresse prolongées que Polanski achève le tableau. Travail sur les sons (les mouches, les gouttes d'eau, les bruits lointains du voisinage, les multiples sonneries de toutes sortes...), sur le temps (le pourrissement des pommes de terre, du lapin, les horloges...), sur l'espace (les parois qui s'éloignent, se rapprochent dans l'appartement, les couloirs exigus, les ombres profilées sur les murs...) c'est un cas clinique qui est décrit avec hallucinations audio-visuelles en sus. La musique de Chico Hamilton, la photo de Gilbert Taylor et le talent des acteurs font de ce film un classique qui ne vieillit pas, formule pléonastique.
Polanski avait prévu un troisième meurtre, celui de l'épouse de l'amant de la soeur, elle téléphone à Carol dans le récit et apparaît en face de l'immeuble lorsque Carol regarde par la fenêtre avant le premier craquement dans le mur.
Signalons aussi ces scènes chez Polanski où des quidams entourent un personnage qui va mal et donnent leur avis, le vieil homme au brandy, celui qui pénètre dans le salon et se sent mal, ces voisins aussi telle la vieille dame au chien. Ils participent d'une horreur teintée d'affection toute particulière au cinéaste.

26 oct. 2011

Strangers on a Train / L'inconnu du Nord-Express (1951) Alfred Hitchcock



Un des sommets de la filmographie hitchcockienne qui en contient de nombreux. Il ne faut pas trop s'enthousiasmer à la vue du nom de Chandler au générique. L'écrivain a collaboré au film et écrit une version du scénario qui n'est pas hitchcockienne. Pour résumer Chandler travaillait beaucoup pour tirer le film vers une force littéraire, privilégiant les dialogues et les situations vraisemblables tandis que le réalisateur imaginait le film en un ensemble visuel laissant le réalisme en arrière-plan. Plusieurs séances de travail eurent lieu qui se passaient de plus en plus mal jusqu'à la rupture finale. Hitchcock laissa le scénario et le retravailla comme à son habitude à sa manière et avec d'autres plumes. 
L'idée de départ provient du roman de Highsmith mais sera adaptée librement. Le sujet est séduisant : deux hommes qui ne se connaissent pas se rencontrent dans un train et arrivent à cette conclusion : si chacun réalise le meurtre dont l'autre rêve ils réaliseront le meurtre parfait (obsession fréquente chez les personnages hitchcockiens) puisque c'est un inconnu, sans mobile, qui en sera l'auteur. La séquence inaugurale est très belle : le parcours des deux personnages est filmé au ras du sol, ne laissant apercevoir que des chaussures qui finissent par se rencontrer ! Belle illustration du hasard même si la mise en scène précise vient l'annihiler. Cette idée du crime parfait est tellement inscrite chez ces personnages que Bruno (le détraqué interprété par Robert Walker, inquiétant à souhait, tourmenté, impulsif, dangereux, très belle interprétation qui en fait un méchant inoubliable) peut tranquillement bavarder avec des aristocrates parce qu'il aborde ce sujet, si excitant entre tous.
La dimension homosexuelle de Bruno n'est pas vraiment visible en dépit des choses lues ici et là (Truffaut, McGilligan, Krohn), certes il y a des indices ténus mais globalement je vois ce personnage comme l'ennemi intérieur, la part du mal tapie en chacun de nous, en l'occurence Guy (just a guy with some hate in him, Haines est son nom, dans un film où l'assassin maîtrise le français, langue parlée dans le cercle diplomatique de l'héroïne). Il y a le motif du double omniprésent, voir le montage de la scène avec le parcours double, les deux whisky doubles commandés dans le train et encore bien d'autres indices dont ceux-ci que je goûte particulièrement : il s'agit du moment où Bruno vient voir Guy près de chez lui, alors que ce dernier s'apprête à franchir le seuil de sa porte, une voix l'appelle. Un effet sonore lui donne une tonalité qui la fait provenir d'un espace lointain et vide, comme une conscience éloignée. Le cadre est désaxé, la musique spatiale de Tiomkin commence à jouer discrètement, Guy traverse alors la rue et rejoint Bruno, les deux se parlant à travers une grille telle un miroir où se refléterait un visage, une âme. C'est une scène assez anodine mais tellement pleine de sens et conçue avec une précision redoutable.
La pulsion de mort est incarnée par Bruno qui apparaît brutalement et vient contrer le désir de vie de Guy, celui de s'accomplir, d'intégrer une société que son mariage prévu avec Anne lui permet. Pulsion récurrente, Bruno sera présent, figure omnisciente et inquiétante qui empêche la réalisation de Guy. Bruno, par ailleurs, n'est pas marié (Guy l'est et le sera de nouveau), il est encore chez sa mère qui aime lui faire sa manicure. Il faut dire que nous avons là le plus beau couple hitchcockien : une mère ravagée par la folie qui s'occupe de son fils psychopathe. Marion Lorne est touchante jouant de son innocence et de son bon vouloir complètement inutiles. 
Touchant, Bruno l'est aussi, passant de l'enthousiasme à la fureur ou encore à la folie pure, voir le discours qu'il tient au sénateur (Léo G. Carroll, fidèle acteur hitchcockien). Ses mains semblent ne pas vraiment lui obéïr, il a une façon de les présenter à son regard comme si elles étaient indépendantes, comme des outils (il usera de ce substantif dans le récit). 
Les séquences de bravoure sont nombreuses dans le film. Nous évoquerons le meurtre de Miriam ("une vraie garce de femme" dira Hitch à Truffaut) vu à travers ses lunettes tombées au sol et qui viennent déformer la scène laissant voir une sorte de pince au lieu de la main de Bruno. Toute la séquence liée à ce meurtre est admirable, les plans qui montrent Bruno très différents, de la plongée où il attend sa victime à l'arrêt de bus aux contre-plongées lorsqu'il sort de l'écran. Sa façon d'intégrer le cadre ou d'en sortir en fait un fantôme, fantôme qui séduit sa proie pour mieux l'achever. L'aide apportée à l'aveugle en fin de séquence est une trouvaille qui insiste sur la dualité et le génie du tueur.
Hitchcock joue pleinement avec les contrastes dans ce film utilisant la lumière avec un brio épatant, voir le jeu des ombres dans le "Tunnel of Love", ou encore le travail sur la lumière lors de la rencontre qui suit le meurtre où Guy et Bruno ne sont pas éclairés de la même façon, l'un l'est, l'autre pas. Beau travail de Robert Burks que nous retrouverons par la suite.
Un autre moment à retenir est le moment où Anne découvre la dangerosité de Bruno, c'est à travers son regard et par le biais de plans sans dialogues que le tout s'effectue. Moments muets qu'apprécie Hitchcock, plaisir partagé.
Et l'humour ? 
Il y a cette phrase : "I don't think it's a very nice way to make money". C'est Bruno qui la prononce en parlant de meurtres. J'aime à l'interpréter comme une blague du réalisateur sur cette façon de revenir à ce qu'il sait faire le mieux, surtout après deux échecs.
Celle-ci : "Where I go, Hennessy goes...". Hennessy est le policier qui est chargé de surveiller Guy après le meurtre de sa femme. C'est aussi une grande marque de Cognac, boisson qu'adore Hitchcock, que boivent nombre de ses personnages.
J'ajoute le gamin qui pointe son faux pistolet sur Bruno et la réaction de ce dernier ou encore la séquence magistrale finale où un autre gamin est en proie à l'ivresse de la vitesse puis se met à frapper Bruno, aidant Guy dans sa lutte, la réaction de Bruno étant en cohérence avec celle mentionnée précédemment.
La séquence du double suspense (la partie de tennis et l'épisode du briquet) est célèbre mais à chaque fois que je revois ce film ce sont celles qui m'impressionnent le moins, je préfère les moments mentionnés ci-dessus. C'est cela Hitchcock, un ensemble de merveilles où nous pouvons choisir.

24 oct. 2011

Usual Suspects (1995) Bryan Singer



Un film qui me plaît toujours autant. Le scénario est parfait, le plaisir de la narration en est le sujet. Nous pourrions penser que ce plaisir est le plus attendu, désiré par Verbal Kint. C'est un personnage palpitant qu'incarne Kevin Spacey. Le reste de la distribution est à la hauteur avec une mention à Del Toro qui me fait rire en gangster folle à l'accent sud-américain. Ce film est fait pour être vu plusieurs fois, d'abord pour le comprendre tout à fait, ensuite pour se glisser dans l'intrigue et apprécier le jeu des acteurs. Ce n'est pas un grand film mais un film plaisant, c'est déjà beaucoup.

15 oct. 2011

Just Pals (1920) John Ford



Poursuivons le cycle John Ford avec ce muet de 1920 qui nous fait découvrir Buck Jones. D'après la fiche imdb c'est un acteur qui a surtout tourné des westerns de série B, payé à 300 $ la semaine. Il est notamment connu pour avoir péri dans un incendie en tentant de sauver des victimes. Il joue ici un bon à rien, un paresseux que le village de Norwalk rejette. Très vite il se lie d'amitié avec le petit Bill, un jeune vagabond qui arrive par le train, un de ces "runaway boys" jetés par la dépression à travers tout le territoire. Ce sont un peu les précurseurs du célèbre couple Chaplin/Coogan. Ils vont vivre dans ce village un tas de péripéties qui finiront bien. La morale sera sauve en ce qui les concerne car pour les autres habitants de la ville ! Ces deux vagabonds incarnent toutes les vertus : courage, honnêteté, loyauté, dévouement... tandis que le médecin, le shérif, le caissier de la banque, le comité des monuments, les voleurs et les religieux sont montrés comme des idiots, des voleurs, des assoiffés de la corde (celle que l'on entoure autour d'un cou), des pingres... Tout ceci se déroule sous une caméra tirant le meilleur parti de lumières naturelles et offrant des compositions souvent bluffantes, dignes d'un Murnau. La tonalité globale du film tire vers la comédie, il n'y a pas d'aigreur ou de discours politique appuyé, simplement le portrait d'un village typique où les idiots sont châtiés et les bonnes âmes récompensées. J'ajouterai qu'il y a un regard sur l'enfance assez touchant, d'abord par le jeune héros mais aussi quelques autres de passage dans la narration, ce gamin par exemple qui fait sembler de noyer les chatons pour mieux les libérer. Les enfants semblent, à quelques exceptions près, plus raisonnables et plus rationnels que les adultes.

Stage Fright / Le grand alibi (1950) Alfred Hitchcock



"Moi, je me suis amusé avec la fête de charité dans le jardin." dira Hitchcock à Truffaut. Hitch n'a pas une affection particulière pour ce film et nous ne pouvons pas vraiment le contredire. L'intrigue ne m'a pas longtemps intéressé, j'ai davantage préféré l'ancrage anglais du film et à chaque fois que cet aspect était abordé je désirais qu'il persiste un peu plus. Jane Wyman ne me séduit guère excepté lorsqu'elle se déguise réellement et s'amuse mais elle ne le fait pas souvent, c'était pourtant le souhait de Hotchcock mais l'actrice ne désirait pas s'enlaidir car Dietrich était là. Ne pouvant, en aucun cas, entrer en compétition avec elle, elle aurait du avoir l'intelligence de comprendre que c'était dans une veine comique qu'elle pouvait l'emporter, ou se démarquer. Ce qu'elle n'a pas fait aussi me donne-t-elle des envies de siestes prolongées dès qu'elle apparaît à l'écran. Je suis méchant mais elle le mérite. Pour être franc, le numéro de Dietrich me laisse froid, surtout sa chanson, je lis partout que c'est grandiose mais je n'y vois rien à admirer, même les scènes où elle est brillamment éclairée me paraissent nuire au film, elles sont trop hétérogènes et nuisent à l'ensemble.
Mon plaisir va absolument à Alastair Sim (que Truffaut n'aime pas ce qui explique son jugement ridicule sur le cinéma anglais), Wilding, Joyce Grenfell et Kay Walsh. J'oublie Sybil Thorndike. L'humour retrouvé, celui des films anglais du maître, fait mon bonheur. Le coup du "Safety Glass" lors de la fuite en auto, le vieil homme dans le café qui empêche Wyman d'entrer en contact avec Wilding, la séquence entière de la fête de charité qui culmine avec la scène du stand de tir, voilà le meilleur du film.
Todd en meurtrier pathologique ne s'en tire pas si mal et a de bons moments mais au final le film est trop entre deux à hésiter entre la comédie policière et le thriller. 

14 oct. 2011

Bucking Broadway / A l'assaut du boulevard (1917) John Ford



Criterion nous permet de voir ce muet dans de bonnes conditions, à défaut d'une projection en salle. Le film est disponible en supplément de Stagecoach.
Ford a tourné de nombreux muets, la plupart sont perdus. Ce sont les Archives françaises du film qui ont restauré cette copie, merci à eux. Nous y découvrons Harry Carey, avec qui Ford a tourné 24 films, c'est dire l'affection qui liait les deux hommes. le fils de l'acteur rejoindra la troupe de Ford plus tard. Carey joue le rôle du bon cowboy, loyal et droit. Il aime la fille du patron, elle l'aime aussi. Tout va bien jusqu'à l'arrivée d'un acheteur de bétail en complet veston et voiture qui la séduit et l'emmène avec lui jusqu'à New York. Il faudra aller la chercher en ville pour revenir couler des jours heureux à la campagne.
Je n'ai pas une connaissance suffisante des westerns muets pour juger de la qualité de celui-ci par rapport à la production courante mais je dois dire qu'il m'a séduit sur bien des points.
La caméra est toujours fixe, excepté un léger panoramique qui vient dévoiler aux spectateurs les bottes pleine de poussière de deux personnages aux costumes neufs identiques, cependant Ford a une manière de faire entrer et sortir les personnages de façon que nous ne sentons pas la rigidité du plan. Ils ne durent d'ailleurs jamais bien longtemps et le montage naturel permet de fluidifier le récit tant et si bien qu'il n'y a aucune lourdeur, aucun rigidité.
La composition des cadres est un des points forts de Ford, il aime montrer la beauté des paysages dans des plans où le sujet est au premier plan, l'arrière dévoilant une perspective souvent sublime, celle des grands espaces, des collines boisées, des fleuves en contrebas. Il n'est pas rare de voir arriver des personnages au loin, à l'arrière plan et de les voir venir à nous, laissant le temps au spectateur d'apprécier la vue. cela permet aussi de traiter le thème de la confrontation ville / campagne en montrant une préférence nette pour cette dernière. Ainsi une fois arrivée à New York, l'héroïne n'est filmée qu'en plans rapprochés qui la cloisonnent et l'étouffent, ces plans culminent dans la courte scène du train.
Le lyrisme n'est pas absent du film qui compte de nombreuses tonalités différentes, le moment où Cheyenne Harry montre la maison qui doit faire le bonheur du futur couple est intime, l'éclairage vient de quelques allumettes grattées et entoure les visages avec chaleur et fusion des êtres. Ces scènes contrastent avec le burlesque de la bagarre finale ou le comique de la scène d'essayage des costumes.
Des plans à la limite du grotesque comme ces cowboys dans la ville (plans filmés à Los Angeles et non à New York) voisinent avec ceux, si familiers lorsque l'on connaît bien les films de Ford, du père qui attend sur le seuil sa fille.
C'est un film important au regard des thèmes, des différences de tons présents mais aussi très agréable à regarder de par la maîtrise du récit qui s'en dégage.

13 oct. 2011

Zodiac (2007) David Fincher



Au moment même où la Californie vit une époque bénie pour la jeunesse, où le calme règne dans les zones résidentielles, où Hair est à l'affiche, où l'on peut rendre du bon temps, un serial killer sévit dans la région. Car tout n'est pas si simple, si lisse. Il y a le Vietnam, des divorces (celui de Robert), des liaisons extra-conjugales (première scène de meurtre), des villages engloutis (deuxième scène de meurtre), il y a le mal, la pédophilie, les déviances, le hasard, les caravanes qui sentent l'écureuil... Une scène du film souligne ces contrastes lorsqu' un montage sonore radio fait la litanie des horreurs, meurtres de l'époque pendant qu'une autre piste sonore accumule les tubes pop de l'époque.
"How can people be so heartless, how can people be so cruel..." chantent les Three Dog Night au début du film. 
Zodiac est le récit d'une obsession partagée par plusieurs personnages pour tenter de découvrir qui se cache derrière ce pseudonyme. Robert Graysmith est l'un d'entre eux, dessinateur au San Francisco Chronicle, il n'a de cesse de réunir les informations liées aux meurtres, cette affaire le hante, Paul Avery, un autre journaliste vit la même obsession ainsi que Dave Toschi.
Le film relate parfaitement la lente progression de l'enquête, les pistes exploitées et les répercussions qui éclatent dans le quotidien de ces hommes. Une superbe photographie rend hommage aux films des années 70, d'ailleurs beaucoup de références au genre du polar sont incrites ici et là, de Dirty Harry à Illegal en passant par The Wrong Man.
Le montage tranquille de Fincher assure l'intérêt dramatique aidé par des acteurs excellents : Jake Gyllenhaal a la bouille de boy-scout idéale, Mark Ruffalo est crédible en flic tenace et dispose d'un capital sympathie inébranlable, la palme allant à Robert Downey Jr. qui ne cesse d'éblouir par sa diction, sa gestuelle, il surprend et marque sa présence à chaque coup !
D'autres seconds rôles sont parfaits : Chloë Sevigny en jeune femme rangée, patiente et amoureuse, Elias Koteas que nous retrouvons à chaque fois avec plaisir mais aussi Brian Cox, Philip Baker Hall et Zach Grenier, ces derniers ne vous sont pas inconnus, ce sont des acteurs discrets mais diablement efficaces qui viennent ajouter de la chair à des rôles qui, mal distribués, pourraient nuire au film. Adam Goldberg vient faire un tour également.
Film passionnant que j'ai beaucoup de plaisir à revoir.

12 oct. 2011

L'assassino / L'assassin (1961) Elio Petri



Le Musée national du cinéma de Turin est invité au festival Lumière 2011 et nous permet de voir le premier film d'Elio Petri dans une très belle copie. Petri était peu aimé en Italie, Alberto Barbera, le directeur du musée venu présenter le film dans un français impeccable raconte que les critiques aimaient davantage Bellocchio, Pasolini... Petri a une conscience politique très forte, c'est un militant communiste qui a été l'assistant de De Santis, ce qui lui a permis de rencontrer Marcello Mastroianni. C'est lui qui a lu le scénario et qui a pu faire en sorte que le film puisse voir le jour. Non sans peine puisque le catalogue du festival nous apprend que le film a subi près d'une centaine de modifications. Mastroianni était fier de ce film, fierté redoublée lorsqu'il vit l'affiche sur un des murs de la demeure hollywoodienne de Scorsese.
Mastroianni joue un antiquaire qui escroque ses clients, qui triche tranquillement, sans vraiment penser à mal. Il aime la vie et ses plaisirs. Seulement la police fait irruption chez lui et l'accuse du meurtre de sa maîtresse. L'enquête s'engage et les multiples stratagèmes pour qu'il vienne confesser ce crime. La fête est finie, Nello Poletti, l'antiquaire, se débat.
Le film fait penser invariablement au Procès de Kafka, la culpabilité commence une fois les portes du système judiciaire (ici policier) franchies. La police est montrée dans sa brutalité première qui fait de toute personne interrogée un coupable. L'engrenage est enclenché et Nello n'en sortira pas indemne. La société même le place dans ce statut qu'il finit par endosser parce qu'il ne lui reste que cette position à tenir et parce qu'il n'en vivra que mieux. Le coupable est mieux accepté que l'innocent.
Durant son arrestation Nello se souvient de tout ce qui a pu le mener dans cette situation, des flash backs amusants construisent une personnalité trouble. Une fois les travers de son âme dévoilés il redevient libre et se fond dans son quartier dont les habitants ont été indignes avec lui.
Mastroianni est parfait dans le rôle, il se montre fragile, apeuré, acculé mais aussi roublard, malicieux. C'est toute une attitude italienne, celle de la bourgeoisie que Petri dénonce sans pour autant épargner les petites gens qui prennent position facilement. Une bassesse morale et intellectuelle et qui tourne avec l'efficacité d'une horloge ancienne.

Under Capricorn / Les amants du Capricorne (1949) Alfred Hitchcock



Je n'avais jamais vu celui-ci et c'est avec enthousiasme que j'ai glissé le dvd dans le lecteur. Deuxième film de Hitchcock avec sa société de production et dernier vu l'échec retentissant de ce mélo filmé par Jack Cardiff dans un beau technicolor. J'aimerais le voir restauré pour l'apprécier à sa juste mesure.
Hitch reprend Bergman, très demandée par les studios, pour un sujet en costumes dont il n'a pas travaillé le scénario avec le même acharnement. Il dira plus tard sa déception quant à la distribution, la fin du film...
En ce qui me concerne ce fut un ravissement.
Charles Adare arrive à Sidney en 1831, sans argent. C'est le frère du gouverneur de cette colonie. Il rencontre rapidement Sam Flusky qui lui propose de l'argent en échange d'un service : acheter des terres pour les lui revendre. Flusky est un ancien condamné qui n'a pas le droit d'acquérir des terres. Adare se rend chez lui et découvre sa femme, Lady Henrietta, recluse et sombrant dans l'alcoolisme. Il n'a de cesse de lui rendre sa dignité. Cette intrigue est le premier triangle amoureux. La beauté du film tient en un renversement qui vient dévoiler un autre triangle, plus meurtrier, plus hitchcockien.
Cette colonie australienne est vue comme un refuge d'anciens malfrats qui tentent de s'amender et qui parfois réussissent. La question du passé est essentielle, on ne l'aborde pas parce que chacun a un secret. C'est un des moteurs du mélodrame. Il y a une peinture d'êtres misérables et vils, notamment les domestiques de Flusky dont Milly est la plus représentative, celle qui tient la maison et qui sera une pièce maîtresse de l'intrigue. Mais qui dit secret dit aveu. Les deux sont liés et soulignés dans la mise en scène par un très beau plan séquence où Bergman fait le sien avec une émotion remarquable. McGilligan dit d'elle qu'elle excelle dans une spécialité : "la souffrance noble". 
Des forces souterraines se mettent en place pour empêcher le bonheur, l'équilibre. Bel usage de la tête réduite qui exprime une puissance cachée, ancienne qui vient perturber la vie des nobles. Le personngae de Milly est tout autant motivée par l'amour que par une haine de classe. La plus belle scène est celle de la découverte par Lady Henrietta du stratagème conçu par Milly. Le gros plan (peu nombreux chez Hitchcock mais tellement efficaces) sur l'objet terrifiant est le point de bascule des deux triangles amoureux, le film prend alors une autre direction, un ton plus mystique, plus noir que nous aurions aimé rencontrer bien plus tôt.
Il est étrange que ce film n'ait pas rencontré son public, il contient de nombreuses scènes intéressantes, certes certaines sont un peu bavardes mais elles ne nuisent pas à l'ensemble.
Une belle découverte.

10 oct. 2011

A Star Is Born (1937) William A. Wellman



Vu en salle dans un très beau Technicolor aux tons doux, pastels, cette évocation de Hollywood, que Cukor refera avec plus d'acidité en 1954, est, comme l'a dit Philippe Garnier avec justesse, plus un film de Selznick qu'un film de Wellman. Selznick était un producteur qui prenait le contrôle et ne laissait pas grand chose au réalisateur. Après de multiples moutures le scénario final fut signé par Alan Campbell et Dorothy Parker, Parker connaît bien ce qui peut se passer entre un homme et une femme, lire à ce sujet le recueil de nouvelles La vie à deux (trouvable en poche).
Garnier a qualifié le film de drôle et touchant, c'est exactement cela.
Drôle parce que plusieurs acteurs y figurent en bonne place avec des répliques qui font mouche, des répliques et des gueules ! D'abord Andy Devine, le célèbre conducteur de diligence fordien, sa voix éraillée se repérerait en pleine heure de pointe dans Grand Central. Ensuite May Robson, la grand-mère qui façonne le monde à sa volonté et enfin Lionel Stander, l'attaché de presse efficace et sans pitié. Sa réplique finale est terrible, elle fait rire mais jaune. Ces acteurs rythment le film par leurs apparitions et l'entraînent dans la comédie. Frederic March et Janet Gaynor ont de beaux moments issus de la même veine, leur rencontre dans la cuisine, la scène de la caravane (qui fera l'objet d'une reprise avec variante dans The Long, Long Trailer de Minnelli), le moment où Gaynor joue à l'actrice lors de la réception est savoureux. D'ailleurs j'aime beaucoup le début et la fin sur les pages du scénario ainsi que le traitement subi par les techniciens de la jeune star sur le plateau. La machine dans toute sa splendeur.
Puis vient le drame, la déchéance et je dois dire que j'ai aimé la manière dont March arrive à faire ressentir son isolement en nuances subtiles. La fin n'est que le retrait d'un homme amoureux qui refuse de faire de l'ombre à celle qu'il aime.
Ce serait une erreur de comparer la version de Cukor à celle-ci car bien que le sujet soit le même ce n'est pas le même film. Le Wellman prend sa place, une place douce-amère dans la longue lignée de mise en abyme produite sur l'usine à rêves. Dans la liste viennent se greffer des visons différentes, des réalisateurs différents. Mon préféré étant le Mulholland Drive de Lynch.

The Plague Dogs (1982) Martin Rosen


Le festival Lumière 2011 est terminé et c'est ce film qui m'a fait la plus forte impression.
Je l'avais repéré en lisant l'excellent blog de Tom Peeping, lorsque j'ai parcouru le programme du festival j'ai pris mon billet.
C'est Roger Avary qui a présenté le film, il voulait celui-ci et aucun autre. Avary raconte :
"Le film a été vendu comme un film Disney, le trailer avait cet esprit. J'ai vu ce film en 1982 à Los Angeles, E.T. sortait au même moment et la file d'attente pour le Spielberg n'avait aucune commune mesure avec celle du Rosen. Ce dernier a commencé comme agent, contrairement à la plupart d'entre eux lui ne voulait pas faire de l'argent, il aimait le cinéma européen et avait pour clients des gens comme Milos Forman. Devenu producteur les deux premiers livres dont il achète les droits sont ceux de Richard Adams, dont The Plague Dogs. Il monte le projet mais son réalisateur le lâche à mi-parcours, Rosen devient alors réalisateur et termine le film. Je l'ai appelé car je venais présenter le film, il m'a alors raconté une anecdote. Il présentait le film dans une salle. A l'issue de la projection les lumières s'allument et devant lui une femme se lève, se retourne et demande en hurlant qui est le responsable de cette horreur. Un ami de Rosen le désigne du doigt déclenchant une pluie de coups de parapluie de la spectatrice."
Quel est donc ce film ? Pourquoi Avary en parle avec tant d'émotion ?
Je confesse une certaine lacune en matière de cinéma d'animation mais l'on ne peut absolument pas négliger ce genre, pas après avoir vu Valse avec Bachir, Le tombeau des lucioles ou The Plague Dogs.
Le film commence par cette scène : un chien nage dans une cuve aux parois hautes, de telle sorte qu'il ne peut les franchir. il nage et finit par s'épuiser, il coule. Des hommes parlent et constatent qu'il tient bon, qu'il est rude. Ils le repêchent et le réanime. Le spectateur comprend alors que la scène se passe dans un laboratoire expérimental. Les animaux sont des cobayes.
C'est la fuite de deux chiens que nous suivrons à travers la campagne anglaise, aidés par un renard valeureux.
C'est une traque sans répit qui commence où les hommes sont tous dessinés sans que nous puissions voir leurs visages (à une exception ensanglantée près). Leur fuite est tragique et les bêtes paraissent ici plus sensibles que les hommes.
C'est un film qui reste dans les pensées, qui ne vous quitte pas et la chanson du début résonne étrangement lorsqu'il se termine.
"I don't feel no pain no more, I left this cruel world behind..."
Il faut souligner le travail remarquable des acteurs qui prêtent leurs voix aux personnages, John Hurt en particulier. Il y a un désespoir profond dans la tonalité employée, en même temps qu'une sérénité, une acceptation du sort misérable que les chiens subissent.
Je place ici un passage extrait d'un livre de Renaud Camus, Vie du chien Horla, paru en 2003. Le maître, Camus, a un chien, Horla, qui a disparu depuis peu : "Le maître, qui, les jours passant et les recherches restant vaines, perdait rapidement espoir de revoir son chien vivant, était donc partagé entre deux sortes d'images. Celles du Horla mort gisant au fond des bois, dans quelque repli de terrain bien protégé par la broussaille, là où l'aurait finalement terrassé, alors qu'il était seul, quelque crise encore plus forte que les autres (le chien avait des crises d'épilepsies violentes) - ces images-là n'étaient pas les pires. Bien plus redoutables encore étaient celles du Horla non moins seul, enfermé dans quelque laboratoire carrelé de blanc, traqué par l'horreur, et mettant tout ce qui lui restait de raison dans l'espoir fou de voir la porte s'ouvrir et son maître surgir, venu le délivrer, le prendre dans ses bras, le caresser, lui demander pardon, l'aimer encore, le ramener à la maison."

Story of G.I. Joe / Les forçats de la gloire (1945) William A. Wellman


Ernie Pyle est un correspondant de guerre qui a gagné le prix Pulitzer en relatant la vie quotidienne des hommes au front. C'est cette vie que relate Wellman dans ce film. Loin des scènes spectaculaires, loin de la glorification d'un héros (en cela la traduction du film est un contre-sens) Wellman peint un tableau où les personnages sont mis sur un pied d'égalité. En dépit du charisme évident de Mitchum qui joue le capitaine, ce sont les hommes pris dans leur globalité qui intéressent le réalisateur. Même Burgess Meredith qui joue Pyle n'est pas mis en avant. Il erre tel un fantôme entre les différentes compagnies, va et vient et tente d'apporter du réconfort à ces hommes qui rêvent de rentrer chez eux. Pas de fanfare, de clairon pour partir au front, juste la fatigue, l'éreintement, la pluie, la boue et l'envie que ça s'arrête.
La caméra de Wellman rassemble les visages, les aligne dans des mouvements qui leur donnent une cohésion. Les morts sont hors-champ, une scène de bataille dans un village est pratiquement la même que dans Saving Private Ryan, l'impact sonore en moins. De beaux moments d'émotion ponctuent le film, des instants volés, comme le fil narratif du disque de Warnicki, la distribution du courrier, le chien Arabe, la police d'assurance, la douche.
A l'issue du film personne n'a envie de vivre cette expérience. 

Valhalla Rising (2009) Nicolas Winding Refn


Les mentions écrites qui débutent le film mettent l'accent sur l'aspect religieux du film, ce moment particulier du premier millénaire où les hommes quittent peu à peu la nature pour se tourner vers un Dieu qui les poussent à partir en croisade. La bêtise, la violence, l'espoir qui portent ces vikings établis en Ecosse est patente. Tous sont séduits, intrigués par un guerrier silencieux, borgne, qui excelle dans l'art du combat et qui les accompagne, flanqué d'un jeune garçon qui le protège et qui s'abrite derrière son corps rugueux.
Les paysages magnifiques qui impressionnent la pellicule semblent être plus grands que ces idéaux maladroitement défendus et le guerrier s'y attarde souvent. Il est fatigué, las des combats répétés. Une tristesse infinie l'habite, il sonde son âme et attend la fin.
Refn filme la nature et les éléments avec une majesté qui sied parfaitement au récit. Une spiritualité nimbe le film qui ne peut que toucher le spectateur, il y a là quelque chose de grandiose, de plus puissant que l'homme qui paraît puéril avec ses croix et son Dieu. La quête intérieure du guerrier, interprété magistralement par Mads Mikkelsen, est passionnante, ses visons mentales, son mutisme en font un être mythique qui transcende son essence terrestre, ceux qu'ils rencontrent sont captivés et effrayés à la fois. Le final est intriguant car n'est-ce pas un sacrifice volontaire de sa part, les indiens agissant pour préserver leur cosmogonie, attentifs à détruire celui qui vient de loin et qui pourrait remplacer leur propre spiritualité. Ils ne font que retarder un peu le moment où les autres viendront leur imposer leurs lois, leur religion. Ce monde, pour un instant encore, est intact, pur.