27 nov. 2011

Christmas in July / Le gros lot (1940) Preston Sturges



Jimmy et Betty vivent encore chez leurs parents et rêvent d'un avenir radieux. Un concours de slogan pour une marque de café fait rêver toute l'Amérique. Jimmy est certain de le remporter et attend fiévreusement l'annonce du vainqueur qui tarde à venir. Ses collègues de bureau lui font une farce et conçoivent un faux qui lui annonce la victoire.
Comédie où l'on ne s'ennuie jamais, le scénario qui vient d'une pièce écrite par Sturges lui-même varie les plaisirs. Le fond moral prône la mise en valeur des jeunes talents, la nécessité de donner sa chance à la jeunesse tout en se moquant du progrès, de la publicité, du capitalisme à tout va. Il faut voir avec quelle facilité le chèque est attribué. C'est un mélange du Chaplin de Modern Times, de Capra, pas aussi admirable mais d'une fraîcheur efficace. Dick Powell et Ellen Drewe sont agréables, j'ai une nette préférence pour Raymond Walburn qui aboie ses répliques comme un chien enragé.

26 nov. 2011

Liberty Heights (1999) Barry Levinson



Evocations d'amours adolescentes sur fond de maccarthysme et de barrières ethniques, le film joue sur plusieurs tableaux en évitant le prêchi-prêcha, ce qui constitue une première réussite. Pourtant le scénario a de quoi faire peur sur le papier. 
"Alors ce serait l'histoire d'une famille juive de Baltimore, le père gagne sa vie avec un club de strip-tease mais surtout avec des paris clandestins. Ses deux fils vont chacun tomber amoureux d'une non-juive (you know ? the other kind...), l'un avec une richissime blonde ressemblant à Grace kelly dont le père est homosexuel, l'autre avec une jeune noire.
- C'est tout ?
- Non, on va rajouter l'émergence du rock 'n' roll, et puis un peu de politique style MacCarthy, tu vois, de la paranoïa, le FBI, James Brown..."
Les acteurs sont justes, Adrien Brody, Ben Foster, Joe Mantegna et Carolyn Murphy... La reconstitution de ce qui pouvait ressembler à l'Amérique des mid-fifties est crédible, c'est la ville natale de Levinson et c'est son époque. 
Agréable moment que ce récit de passions naissantes qui restent à l'esprit plus pour le sentiment vécu que  pour l'objet de nos désirs.

Saint Jack (1979) Peter Bogdanovich



Jack Flowers (Ben Gazzara), après avoir servi en Corée, s'établit à Singapour. C'est un entremetteur, il attire les occidentaux de passage vers les bordels. Il le fait avec une chaleur étonnante si l'on considère l'activité même. Il a le souci de son prochain, est d'une générosité rare. Tout le monde le connaît et le salue sur son passage, l'on sent un homme honnête, loyal. Son seul défaut est de vouloir monter sa propre affaire, ce qu'il va réussir par deux fois mais c'est sans compter avec la pègre chinoise qui refuse de voir un blanc à la tête de ce genre de business. Un comptable qui vient travailler de temps en temps à Singapour, William Leigh (Denholm Elliott) va découvrir en Jack un véritable ami.
Pas vraiment éloigné des préoccupations de Cosmo Vittelli, Gazzara est, comme le titre l'indique, un saint. Certes, particulier, mais cette humanité débordante est rare, le personnage, aidé en cela par l'interprétation magnétique de Gazzara, dispose d'un capital sympathie énorme. Denholm campe avec la même sympathie le personnage qui introduit le spectateur à ses côtés. En arrière-plan la pression de la mafia chinoise, la fin de la guerre du Vietnam viennent mettre les bâtons dans les roues à Jack. Ces projets, hymne à la gloire du bien-être, prostitution détendue, presque post-hippie, échouent rapidement. L'homme est obstiné, n'a rien a perdre, et part pousser de nouveau son rocher.
La parenthèse sénatoriale n'est là que pour tenter Jack, tester son intégrité morale. C'est là tout le paradoxe du film, nous faire aimer un mac, nous désigner cet individu comme meilleur que le commun des mortels.
Bogdanovich y joue le rôle d'un américain riche qui fait des affaires, cigare à la Welles en bouche. La photo est de Robby Müller, le film est produit par Corman et Hugh Hefner himself.

24 nov. 2011

Moon (2009) Duncan Jones



Le meilleur atout de ce film est l'esthétique des décors, véhicules et autres détails. Elle relève d'un effet un peu rétro, années 80 qui donne une patine crédible et affective au film. Le second est la présence de Sam Rockwell, acteur que j'avais découvert dans un très bon Ridley Scott, Matchstick Men. Il n'y est pas aussi fascinant mais ce n'est pas de sa faute, le scénario peine à décoller et j'avoue un ennui récurrent dont je n'arriverai pas à me défaire. Pourtant j'apprécie les références à 2001, A Space Odyssey, la voix de Spacey mais cela ne suffit pas à combler le peu d'intérêt que j'éprouve, même avec le final et le discours philosophique sous-jacent. Dommage car c'est typiquement le film que l'on a envie d'aimer. 

23 nov. 2011

The Bravados (1958) Henry King



Jim Douglass (Gregory Peck) fait un long trajet pour assister à la pendaison de quatre hommes qu'il tient responsables du viol et du meurtre de sa femme. Ces derniers s'échapperont de la prison, Douglass les pourchassera sans répit.
Ce western classique dans sa facture révélera sa raison d'être dans son final. Le rythme est assez tranquille, parfois trop et l'on se demande ce que vient faire le personnage accessoire joué par Joan Collins, cette manie de placer absolument une affaire de coeur dans les films est assez pénible lorsqu'elle n'est pas véritablement motivée. Il rompt une volonté d'épure qui, si elle avait été plus manifeste, aurait apporté beaucoup plus d'efficacité au film. Néanmoins les paysages sont bien utilisés même si je ne goûte pas vraiment l'usage intensif (il me semble) de scènes tournées en nuit américaine. Le propos est intéressant, il permet de penser la violence, la vengeance et du coup la peine capitale avec plus de nuances et de morale que dans la plupart des westerns de ce genre, les films de vengeance ne s'encombrent que rarement de morale. C'est une idéologie, il faut simplement choisir son camp et King le fait avec une sobriété efficace.
Stephen Boyd, Lee Van Cleef et Henry Silva sortent du lot. 
Pas un film qui donne envie d'être revu mais qui vaut le coup d'oeil.

Underworld U.S.A. / Les bas-fonds new-yorkais (1961) Samuel Fuller



Le jeune Tolly Devlin est témoin du passage à tabac mortel de son père dans une rue, les quatre hommes qui le frappent feront l'objet de sa vengeance bien des années plus tard. Sur son chemin Tolly rencontrera l'amour avec Cuddles.
Tous les personnages sont des paumés qui tentent de se sortir de leur misère. Chacun a son drame et il n'est pas donné à tout le monde d'avoir une deuxième chance.
Fuller donne à cette histoire une énergie folle et fait de ses héros des figures tragiques, il signe là un objet digne d'admiration. Les scènes s'enchaînent pleine d'inventivité et nous avons à peine le temps de savourer un plan qu'un autre aussi génial vient le remplacer.
Hal Mohr est responsable de l'image et donne un noir et blanc aux contrastes appuyés et appropriés, un vrai film noir où l'ombre joue un rôle de premier plan. Le score est tout aussi efficace.
Le film est placé sous le signe de la colère symbolisé par le poing serré de Tolly enfant sur lequel Fuller fait un fondu enchaîné pour retrouver la même main vingt ans plus tard ouvrant un coffre-fort. Fatalité du destin en quelques images, plus qu'une simple ellipse c'est un point de vue qui est exprimé. Ces bas-fonds où les âmes sont condamnées par avance et desquels ils pourront difficilement s'extirper. Le plan final est d'autant plus poignant. L'urgence et la colère qui animent Tolly sont restituées superbement par la composition de Cliff Robertson, j'avoue avoir été captivé par son visage, ses expressions, son regard sans cesse changeant. L'homme est torturé et il faudra bien la magnétisme brûlant (de celui qui fait fondre la glace) de Dolores Dorn (qui interprète Cuddles)  pour faire fuir ses démons. Dorn filmée comme une icône (pas religieuse) sexuelle, ah !!! ces gros plans aux lèvres humides, cette chevelure qui envahit l'écran dans un champ contre-champ où Tolly l'embrasse. C'est grâce à ce personnage que Fuller se laisse aller à un sentimentalisme qui fait souvent écho à la plus grande violence dans ses films. Les violons peuvent surgie dans le chaos, même s'ils jouent brièvement ils sont bien présents.
J'aime également la manière dont Fuller utilise le travelling avant dans de nombreuses scènes, par un mouvement bref et rapide qui scande le récit, lui donnant cette intensité vitale.
Et les trouvailles, l'ingéniosité, la mise en scène !!
C'est l'usage de la piscine où le boss (Robert Emhardt, incontournable) se vautre dans son peignoir et sa voix résonnant étrangement dans cet espace vide. C'est la scène du coup de fil dans la cuisine où Tolly se promène une dinde à la main. C'est Cuddles et son bâton de glace (âmes sensibles s'abstenir). C'est la mort de Gunther expédiée rapidement et efficacement. C'est la façon dont Fuller joue avec les mentions écrites qui parcourent le film : "National Projects Youth", la poubelle percutée par Tolly à la fin "Keep Your City Clean" et l'affiche d'appel au don de sang sur le mur près duquel il vient échouer "Give Blood Now !"
Une fin qui rappelle celle de The Asphalt Jungle, amère, désespérée, noire.

21 nov. 2011

Waterloo Bridge / La valse dans l'ombre (1940) Mervyn LeRoy



Déjà adaptée par James Whale la pièce de Robert E. Sherwood refait surface alors que la Seconde Guerre mondiale a débuté. Le scénario est remanié pour coller à une actualité brûlante, nul doute que les amants passionnés virent le film avec une sensibilité accrue. Comment résister aux charmes de Vivien Leigh et Robert Taylor, d'autant plus que la mise en scène de Mervyn LeRoy est souvent heureuse. La scène de la rencontre au Candelight Club est superbe, le jeune couple valse dans l'ombre qui s'accroît au fur et à mesure que les musiciens, jouant le dernier morceau avant le couvre-feu, éteignent une à une les bougies. Devant l'impossibilité d'écrire des dialogues satisfaisants LeRoy eut recours, avec bonheur, à cette astuce toute cinématographique. Leigh est parfaite, enthousiasme fou, déchirure intérieure, elle sait dessiner toutes les émotions sur son visage tandis que Robert Taylor irradie de droiture et de simplicité sans pour autant renoncer à donner de la profondeur à son personnage. Personnages qui existent pleinement à l'écran. Les moments forts sont nombreux, les émotions aussi. Bien sûr il y a ce visage éclairé par les phares qui avance vers son destin mais j'aime également la manière dont le premier baiser surgit. C'est le moment où Myra aperçoit Roy à travers la fenêtre, elle sort, le rejoint, leurs deux corps restent encore séparés par la pudeur puis se rejoignent après un bref moment qui ne peut durer plus longtemps. Voilà un film qui ne peut vous laisser insensible, une histoire d'amour portée par deux acteurs éblouissants.

The Gift / Intuitions (2000) Sam Raimi



Thriller paranormal longuet, assez indigeste. Cate Blanchett bat les cartes et aide les cinglés du coin (Etat de la Géorgie, USA) en plus de s'occuper de ses trois enfants, seule puisque son mari est mort. Le premier problème est l'ambiance angoissante qui n'existe pas, l'on peut écrire n'importe qu'elle histoire si le frisson ne vient pas dans un film de genre c'est peine perdue. Ensuite les ficelles sont visibles, notamment le final près de l'étang où tout est dévoilé avant que la scène ne se déroule, les flashforwards sont plus meurtriers que ceux qui se passent au sein du récit. C'est la faute au personnage qui a des visions, too bad.
Restent les arbres que Raimi sait filmer (voir Evil Dead).
Bref, de l'ennui, retenons un casting bien conçu qui empêche le naufrage total.
A éviter.

Pal Joey / La blonde ou la rousse ? (1957) George Sidney



On ne refuse pas de voir une comédie musicale où figurent au générique Rita Hayworth, Frank Sinatra et Kim Novak. Ce qui ne nous empêche aucunement d'exprimer notre mécontentement devant le manque de soin apporté à sa réalisation. Peu d'entrain au niveau des mouvements de caméras, peu de rythme, trop peu d'enthousiasme en général. Les acteurs n'ont pas eu le temps de soigner la synchronisation lors des chansons, le play-back, les voix doublées ne sont pas synchrones et c'est gênant. Kim Novak fait le minimum, elle reviendra sur les lieux du crime (San Francisco, en habit vert) quelques temps plus tard sous la direction de Hitchcock. Rita Hayworth est fatiguée, elle a des valises sous les yeux, même si nous l'admirons nous ne pouvons constater une certaine tendance  à faire le job, sans plus. Sinatra emporte le morceau, il est de toutes les scènes et garde cette aisance qui sauve le film car le reste est poussif. La rudesse de Hank Henry est appréciable, il a de bons moments et sa bouille reste agréable à voir. Quant au scénario je crois qu'il n'a jamais fait naître un quelconque intérêt ce qui est un écueil conséquent.
Pas une réussite.

20 nov. 2011

Låt den rätte komma in / Morse (2008) Tomas Alfredson



Banlieue de Stockholm, l'hiver. Oskar est un jeune collégien qui se fait harcelé par d'autres jeunes collégiens. Il ne dit rien, subit, s'ennuie. "No Fun". De temps à autre il va chez son père et s'amuse un peu plus.
Des voisins emménagent, un père et sa fille. Oskar fait connaissance. 
La thématique du vampire est revisitée façon glaçon suédois. Quelques sourires naissent : le père maladroit et son kit-boisson fraîche seulement il s'agit surtout de vies recluses dont les vampires sont les représentants les plus évidents. C'est une belle histoire qui se tisse entre Oskar et la petite Elie, ils luttent pour trouver quelque chose qui n'existe pas autour d'eux, l'amour (excepté la relation entre la jeune fille et son père). Romantisme dans un réfrigérateur. Nous pourrions même penser que cette petite n'existe que dans l'imaginaire du jeune garçon, principe salvateur d'une misère quotidienne. J'aurais bien aimé que cette ambiguïté soit présente dans le film ce qui ne retire rien au plaisir reçu.
Les deux compères prenant le train rappellent le mode de transport déjà vu dans le Nosferatu de Murnau. Un couple est né.

Of Human Bondage / L'ange pervers (1964) Ken Hughes



Adaptation du roman de Somerset Maugham publié en 1915, l'intrigue se déroule durant l'époque victorienne, c'est d'ailleurs une des réussites du film, la qualité de la reconstitution, le soin apporté aux intérieurs, les rues pavées humides, un noir et blanc du plus bel effet apportent une crédibilité efficace. Les liens, irrationnels (bien que Kim Novak soit une raison suffisante) et masochistes qui unissent les deux personnages principaux sont brillamment traités, Laurence Harvey a ce maintien aristocratique qui sied à son personnage, un prologue évoque son drame et la raison pour laquelle il pensera qu'il est naît pour souffrir. Quant à Novak, c'est un grand rôle qu'elle habite avec aisance et crédibilité, elle a d'ailleurs cette beauté particulière, très charnelle, voire même vulgaire dont elle usera à merveille dans Vertigo. Elle passe de la séduction la plus pure à la bassesse la plus crue. La fragilité intérieure de son personnage, son désespoir profond sont rendus subtilement par l'actrice. Ce n'est pas la mise en scène d'un Losey néanmoins le film se pare d'atouts suffisamment attractifs pour nous attirer dans ses filets.

Summer of '42 / Un été 42 (1971) Robert Mulligan



Nantucket Island, l'été, une bande d'adolescents qui pensent à une seule chose : entrer en contact avec les filles, entrer dans l'âge adulte par la sexualité, domaine qui leur semble aussi fascinant et inconnu que la mécanique quantique. Hermie en pince pour une jeune femme qui habite dans les environs, son mari part à la guerre, la voici seule, il entre en contact avec elle alors que son meilleur ami échafaude des sorties ciné avec les ingénues locales.
Suivre les émois, les élans timides de Hermie, ses enthousiasmes, déceptions, petites victoires est un doux plaisir. Nous nous lovons dans ce récit avec nos propres souvenirs (la scène de l'achat des préservatifs), dans cette période métaphysique, le paradoxe se nichant entre la préoccupation charnelle et ses développements sublimés aussi hypothétiques que vitaux. L'arrivée du télégramme est d'une émotion rare, la réalité venant frapper de plein fouet cette période hors du temps, hors de tout. L'île semblait jusqu'alors épargnée des considérations historiques, de tout lien avec une réalité autre que celle du désir de sortir de sa condition adolescente.
Mulligan a trouvé les acteurs parfaits, complètement naïfs et touchants à la fois. Le thème de Legrand est délicieux, comme à chaque fois.
Puis arrive la fin de l'été, la fin d'une époque.

19 nov. 2011

I Confess / La loi du silence (1953) Alfred Hitchcock



Un scénario qui épouse parfaitement les obsessions hitchcockiennes, le faux coupable, le chantage, l'amour secret interdit... Néanmoins le film court trop de lièvres à la fois et se perd un peu en rase campagne. Il est vrai que la trame de départ s'est considérablement calmée, devenue raisonnable sous les conseils avisés de la censure : le prêtre devait avoir un enfant illégitime et mourir à la fin. Dommage.
Le début commence sous les meilleurs auspices, ambiance de film noir, sombres ruelles, ombres portées sur les murs, pavés humides et démarrage en fanfare, direct sur le corps ensanglanté grâce aux panneaux indicateurs, la touche british du maître fait plaisir. Vient ensuite le duel Clift / Hasse, le prêtre qui se doit de taire le meurtre confessé par le second. Le fait même que le sacristain vive à ses côtés est générateur de tension, de heurts dramatiques jouissifs, d'autant plus que Malden est parfait en détective tenace. Il sait faire transparaître une urgence, une folie à son personnage qui ajoute au bouillon de culture une dose fatale. Vraiment, j'aurais bien aimé, en un délice sadique, assister à la mort du beau Clift. Hélas.
Hélas bis, l'amourette avec Baxter fait retomber l'électricité qui irradiait les premières scènes. Arrivé au procès l'on a guère envie d'en suivre le déroulement. C'est à sa fin que la vie reprend, la sortie du prêtre, la foule hideuse, manque la mort...
Un Hitchcock qui aurait pu être plus passionnant encore.

Breakout / L'évadé (1975) Tom Gries



Divertissement honnête qui n'a aucune ambition si ce n'est  de faire passer un moment agréable en compagnie de Charles Bronson (détendu comme un poisson dans l'eau) et d'autres acteurs que nous aimons bien comme Emilio Fernandez (dont la présence conjuguée à celle de Lucien Ballard font du début du film une sorte de clin d'oeil à Peckinpah), Robert Duvall (sous-utilisé), Randy Quaid et John Huston qui vient y fumer un ou deux cigares derrière un bureau.
Le récit oscille entre film de prison nerveux (c'est l'intention) sauce complot financier et comédie, sans jamais vraiment lier les deux parties avec brio. Il suffit d'accepter l'écart et de s'amuser à voir les efforts accomplis pour s'en sortir sans trop de dommages. Sheree North éclipse totalement Jill Ireland et le bad guy est découpé au mixer géant comme dans un film gore, c'est l'une des surprises du film, véritable chili composite qui, somme toute, se digère assez bien si l'on n'est pas d'une exigence folle.

17 nov. 2011

White Material (2009) Claire Denis



Voyage dans les anciennes colonies où Maria Vial (Isabelle Huppert dont le corps évanescent sert admirablement le propos) entretient ses illusions alors que la guerre civile s'accroît autour de sa plantation de café. Denis fait le portrait d'une femme qui n'arrive pas à voir la réalité ou qui se refuse à la voir, ses regards furtifs vers la montagne disent l'amour qu'elle éprouve envers sa terre mais aussi sa détresse qu'une énergie débordante peine à masquer. Clin d'oeil godardien, Subor est de la partie, réfugié dans une pièce de la demeure il sait que tout est fini, l'empire se délite, le white material est là, saisi par des petites mains curieuses et émerveillées. Les enfants soldats entrent dans le château et goûtent aux confiseries, entraîné par le rejeton du royaume, les sens en perdition (Duvauchelle pas mal du tout). André (épatant Christophe Lambert) tente d'alerter mais en vain.
La musique de Stuart Staples (Tindersticks) apporte un climat un peu lourd, chargé de menaces tout en restant beau, céleste. Elle accompagne idéalement les plans soignés de Denis. Le drame arrive doucement, sans que l'on y prenne garde, bien que tous les signes se soient manifestés au préalable, c'est le point de vue de Maria qui prime, elle croit en son travail, aux tâches qu'elle doit accomplir et c'est un beau moment que celui qui la voit se jeter dans les bras d'une inconnue, sachant qu'elle n'en peut plus de se mentir et sachant que son fils est en danger. Claire Denis sait prendre le temps, faire voir et écouter la nuit, ces moments où, épuisé, l'individu se laisse tomber, s'abandonne.
Le scénario est politique mais d'une manière réaliste et poétique à la fois, la justesse du regard n'élude rien des enjeux mais conserve malgré tout une part de la beauté de ce monde.

12 nov. 2011

The Lord of the Rings (2001-2003) Peter Jackson


C'est un voyage étonnant, un long périple éblouissant pour qui passe une dizaine d'heures en compagnie de ce coffret ci-dessus et je ne parle que des films, versions longues.
Je ne suis absolument pas amateur de fantasy mais j'avoue être bluffé par le souffle du récit, cela me donne envie de lire Tolkien. Quant au soin apporté à la réalisation de cette oeuvre, Jackson doit certainement avoir laissé quelques années de vie en moins si l'on considère l'effort accompli.
Les créatures, les décors, les paysages, les batailles sont des délices, découvrir ces films enfant doit marquer durablement. La qualité des effets spéciaux n'y est pas étrangère mais ils sont utilisés dans une conception réaliste qui est appréciable, peu de moments laissent transparaître un artifice appuyé. C'est tout le paradoxe de l'oeuvre : croire à l'incroyable. La durée permet de consacrer aux personnages secondaires suffisamment de place pour que nous ne sentions pas la pesanteur des minutes écoulées. J'ai été conquis. 

6 nov. 2011

Nicolas Stanzick, Dans les griffes de la Hammer (Le bord de l'eau, 2010)



Pour les amoureux de la Hammer ce livre est une petite merveille. Il développe sur la première moitié l'arrivée des films du studios anglais sur les écrans français et la manière dont ils ont nourri toute une frange cinéphilique particulière qui continue à en parler avec émotion et enthousiasme. Le deuxième partie donne des entretiens avec les principaux intéressés. 
La Hammer c'est l'horreur qui apparaît à l'écran avec un faste gothique et luxueux, c'est également le signal d'une contre-culture pré-68 qui place le désir en première ligne, même si cela se diffuse en des formes voilées. L'histoire des salles qui accompagnent cette histoire, des fanzines et revues qui la commentent est retracée avec précision, si bien que nous sommes obligés de recopier scrupuleusement des titres qui feront l'objet d'une recherche, d'un achat et d'un commentaire. C'est aussi et surtout cela lire des ouvrages sur le cinéma.