31 janv. 2012

O Dreamland (1953) Lindsay Anderson


Précédant la Nouvelle Vague française, le mouvement Free Cinema qui naquit an Angleterre permet à quelques jeunes hommes en colère de s'exprimer sur leur pays, de prendre les caméras et de le filmer tel qu'ils voulaient le montrer. 
Lindsay Anderson promène sa caméra dans un parc d'attractions britannique situé à Margate dans le Kent. Lieu étrange car la laideur évidente qui y règne attire les foules venues chercher un moyen de combler le temps libre dont ils disposent, une façon d'employer son temps. Mannequins animés aux rires artificiels, manèges, machines à sous, crochets qui attrapent le vide, nous connaissons tout cela, enfants c'était un lieu magique où l'on ne voyait que le mouvement, les lumières, les chansons, les sucreries.
Ensuite nous grandissons et nous en percevons toute l'artificialité, toute l'horreur, qui peut, par ailleurs, fasciner.
Anderson montre tout cela et en parallèle les regards des spectateurs qui se pressent, qui sont là, un peu déshumanisé car peu d'expressions transparaissent de leurs visages. Le rêve, l'exotisme promis par cet univers n'arrivent pas. Seule une misère dénuée de toute poésie s'inscrit sur l'écran.
Et je me souviens d'une vieille femme édentée qui ne cessait de prononcer ces quelques mots d'une voix monotone : "Venez jouer, venez gagner..."
A qui appartient cette luxueuse Bentley qu'un homme brique avec soin ? Au propriétaire du parc ? Certainement pas à l'une des âmes qui vient dépenser quelque argent à l'intérieur.
"Venez jouer, venez gagner..."

30 janv. 2012

Hour of the Gun / Sept secondes en enfer (1967) John Sturges


La suite de Gunfight at the O.K. Corral avec des acteurs différents mais tout aussi bons. James Garner, figure presque melvillienne avant l'heure qui joue Wyatt Earp, n'a de cesse d'abattre les hommes du clan Clanton qu'interprète un Robert Ryan tout aussi sobre. La loi est utilisée des deux côtés pour que des hommes puissent se déchirer. Les cadavres tombent à la pelle sans que Sturges ne tombe dans le spectacle. Peckinpah est convoqué par la sécheresse et les usages d'un monde ancien qui commence à laisser la place à ne forme nouvelle de communauté que Earp refusera de rejoindre. La présence à la photo de Lucien Ballard aide à faire le parallèle, mais c'est plus encore Jason Robbards qui tournera avec lui The Ballad of Cable Hogue un peu plus tard. Son personnage désabusé et fidèle, plus proche de la fin de sa vie, ce rôle est magistralement interprété. Une rage assassine traverse le film, le duel final n'en est que plus beau encore, paré de son austérité pathétique.

The Knockout / Charlot et Fatty sur le ring (1914) Mack Sennett


Chaplin n'a pas un rôle important dans ce film. Roscoe Fatty Arbuckle en est la principale attraction, c'est lui qui permettra quelques années plus tard de faire débuter un certain Buster Keaton.
Le premier tiers du film est une répétition des trames les lus basiques vues dans les Keystone antérieurs : Fatty et sa dulcinée et une bande de zouaves qui tentent de la séduire, suivent gifles et briques, nous avons déjà vu cela et rien n'est drôle ou surprenant. La suite tourne autour d'une salle de boxe de quartier où l'on peut combattre le champion du coin et remporter une somme rondelette. Les zouaves rossés par Fatty réussissent à le convaincre d'y exercer ses talents. C'est à ce moment qu'arrive Mack Swain, munis de pistolets discrets et de bacchantes qui le sont beaucoup moins. Il assistera au match et permettra à Fatty de lui subtiliser ses armes pour en user à volonté dans la dernière partie du film, toute aussi médiocre que la première. C'est le match qui est intéressant puisque Chaplin l'arbitre. Entrée spectaculaire et attendue, le film prend alors un tournant beaucoup plus chorégraphique, absurde et drôle cette fois. Chaplin est un peu la guest star et se démarque franchement du lot par l'usage de l'espace, de son corps qu'il semble maîtriser et ne plus diriger à la fois.
Sennett fait un pudding énorme, il réutilise les décors déjà utilisés dans quelques films précédents : une chambre, un lobby de demeure bourgeoise ou encore la salle de boxe qui était celle d'un cinématographe. Nous y apercevons à l'entrée deux affiches, celle d'un film Mutual et celle de Caught Cabaret. Sennett convoque également tous ses acteurs et une flopée de figurants, il remplit l'écran et tente de faire un film plus varié, multipliant les décors et collant un peu artificiellement divers scènes en espérant qu'elle fasse un ensemble.

29 janv. 2012

Mystery Street (1950) John Sturges


Le titre est si vague et si banal que l'on pourrait passer notre chemin, erreur ! En regardant l'affiche nous reconnaissons Ricardo Montalban, l'hôte trop poli de L'île fantastique, la série télévisée,  ce qu'il pouvait m'agacer avec sa gentillesse ! Une autre raison de nous détourner de ce film. Erreur ! Ce film noir est typiquement le genre de films qui n'affiche rien de spectaculaire mais qui a été fait avec un soin évident qui se transmet automatiquement de l'écran au spectateur.
Il s'agit, comme souvent, de trouver l'assassin. Ici, l'enquête est double, elle se situe à Boston et un médecin légiste de Harvard aide l'inspecteur Moralas à le découvrir. C'est déjà la lecture scientifique d'indices matériels alliée à la rigueur et la minutie de l'enquête. Le scénario apporte beaucoup, outre cette double team, ce sont les personnages secondaires qui séduisent. Ils existent pleinement et sont joués par de bons acteurs. Citons le tatoué et l'entrepreneur de pompes funèbres pour les plus secondaires, mais surtout Miss Smerrling (excellente Elsa Lanchester), cupide et attachante, et Harkley (Edmon Ryan) que je trouve remarquable : sa voix, sa physionomie font mouche. Un réel effort d'écriture est effectué, le thème du couple qui ne peut plus avoir d'enfant lié à la fausse culpabilité est inséré avec brio dans l'intrigue. Tout ceci distille du plaisir, rend l'ensemble dense et digne d'intérêt.

Il ferroviere / Le disque rouge (1956) Pietro Germi


Chronique familiale d'une famille ouvrière italienne. Le père est conducteur de train, aime à boire avec ses amis. Après sept heures de travail il voit un homme se jeter sous ses roues, encore sous le choc il grille un feu et échappe de justesse à la collision avec un autre train. L'administration lui retire son poste et le relègue à la conduite de trams en ville. Sa fille n'aime pas son fiancé, se marie pour faire plaisir à ses parents et perd le bébé qu'elle portait et qui avait précipité le mariage. Le fils aîné ne travaille pas, joue aux cartes et doit de l'argent. Tout ceci sous le regard du cadet qui a pleinement conscience de la situation difficile que vivent les membres de la famille.
Film néoréaliste tardif, plongée dans le social, le récit a de nobles ambitions, toutes louables seulement il est difficile d'aimer un film si l'émotion qui s'en dégage n'atteint pas sa cible. Je reste éveillé, intéressé par le discours mais l'aspect mélodramatique ne provoque aucune émotion. Tout me paraît artificiel, je sauve peut-être le personnage de la mère qui tente, comme le petit Sandro, de faire au mieux. Le reste ne m'émeut pas comme pouvait le faire Le voleur de bicyclette, qui est une référence évidente pour ce film. Plus que le discours sur l'amitié, la famille, la communauté, le pardon c'est davantage le travail sur les lieux, les décors, l'atmosphère que je trouve réussi. L'ensemble me déçoit, un rendez-vous manqué.

28 janv. 2012

Pusher III (2005) Nicolas Winding Refn


Refn est surprenant, il délaisse Tonny (Mikkelsen), parti élever son gamin ou mourir d'overdose dans un appartement paumé pour retrouver Milo (Zlatko Buric), le parrain slave du premier opus. Le style est toujours le même : caméra à l'épaule, pas d'éclairage ajouté, gros grain et focalisation maximale sur un personnage.
Nous pensons surtout à un hommage à Coppola (hommage low-fi) avec cette célébration, l'anniversaire de la fille de Milo, ponctuée de meurtres effroyables. Le sordide est permanent toutefois l'humour, très noir, pointe son nez. Scènes des effets culinaires de Milo, des réunions express aux drogués anonymes, de la désignation des cadavres par leur nationalité. 
L'ensemble de la trilogie est une galerie de portraits de personnages relativement basiques, sans aspérités particulières. Ils semblent exercer une profession qui n'est pas sans écueils, beaucoup périssent, certains regagnent la vie civile, tel Radovan bien que le passé se rappelle à son bon souvenir. Et puis Milo, toujours en activité, son corps reflète les excès de ce genre de vie, ses actes sont au diapason. Le dernier plan, mortuaire en diable anticipe sur une destinée forcément glauque et sombre. Il y a définitivement quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

27 janv. 2012

The Fatal Mallet / Le maillet de Charlot (1914) Mack Sennett


Compétition infernale entre trois hommes pour une jeune demoiselle. Le trio est comosé de Chaplin, Sennett et Twain, ils se disputent Mabel Normand dans un cadre champêtre : lac, arbres, abri de jardin et paille. C'est d'abord une succession de gifles et autres envois physiques qui sont suivis de lancers de briques pour enfin aboutir à l'arme suprême : le maillet disproportionné.
Rien ici de rafraîchissant, la trame est rudimentaire et Charlot n'est toujours pas libéré d'une équipe qui aligne les courts sans encore innover ou déplacer légèrement les lignes. Si certains passages se démarquent dans les courts précédents, dans celui-ci le spectateur attend en vain un effet original.

26 janv. 2012

Act of Violence (1948) Fred Zinnemann


On n'échappe pas à son destin, fatalité tragique du personnage joué par le toujours excellent Van Heflin.
Le destin se rappelle à son souvenir par le biais de la silhouette tendue et oblique de Robert Ryan, encore un autre acteur qui ne déçoit pas. De New York à Los Angeles il traque sans relâche Heflin, qui s'est racheté une conduite mais le passé vomit les fautes et il faut payer. Difficile de juger Heflin, il est devenu un homme respectable, avec femme et enfant et fait le bien dans la communauté. Janet Leigh et Mary Astor (qui interprète ici un beau rôle et que l'on remarque) tentent de l'aider mais l'homme a des remords, voudrait effacer une bonne fois pour toutes la faute qui le hante.
C'est un beau polar tragique que signe Zinnemann avec Surtees à la photo, des décors naturels bien exploités (j'aime beaucoup le ciel chargé de Big Bear Lake) et une distribution impeccable. Le thème du rachat, de la rédemption est traité avec subtilité, Ryan et Heflin composent des personnages qui ne se donnent pas en un seul mouvement, la guerre est passée par là et nous empêche de les juger. Deux séquence sont admirables, toute la traque initiale et son atmosphère paranoïaque ainsi que la scène finale à la gare. Du grand art.

Pusher II (2004) Nicolas Winding Refn


Suite intéressante, Tonny sort de prison et s'en remet à son père, petit truand local, pour se refaire une santé.
Moins inscrit dans le genre polar, le film se concentre sur les sentiments de Tonny, plus psychologique mais tout aussi sombre que le précédent opus. Mads Mikkelsen a un rôle plus étoffé, il joue le paumé à qui tout arrive : le gamin surprise que l'on attend pas, le père qui vous refoule, les potes qui vous prennent pour un manche. Il l'est seulement il commence à s'en apercevoir et cela le mine. 
Je m'attendais à une surcharge d'actions, numéro deux oblige et c'est un périple blues dans un Copenhague froid et vert qui nous est servi. Belle surprise.

25 janv. 2012

Les apprentis (1995) Pierre Salvadori


On sourit beaucoup en suivant les aventures de Fred et d'Antoine, on rit parfois et au détour d'un plan c'est un peu de détresse qui transparaît. De celle provoquée par les devoirs que la vie nous impose. Et puis l'amour déçu, forcément. 
Ce couple d'acteurs fonctionne à merveille, l'introspection que Cluzet donne à son personnage et la fantaisie que le corps en étoile de Depardieu transmet créent un décalage poétique, tendre, drôle. Les dialogues sont écrits avec finesse et les scènes se suivent et ne se ressemblent pas. De plus nous avons droit à deux beaux visages féminins qui viennent ponctuer espièglement le film : Judith Henry et Marie Trintignant. J'avais vu ce film il y a longtemps, j'en avais conservé un bon souvenir, le revoir cette après-midi m'a permis de constater qu'il se portait très bien.

23 janv. 2012

A Busy Day / Madame Charlot (1914) Mack Sennett


Wilmington est un quartier jouxtant le port de Los Angeles. Le 11 avril 1914 une cérémonie d'inauguration et un défilé célèbrent l'agrandissement du port. Comme dans Kid Auto Races at Venice, un événement devient un prétexte à tourner un petit film, très court ici puisqu'il n'arrive pas à la bobine. Il faut se satisfaire des plans documentaires du défilé, de la parade, des navires amarrés, de la foule et regretter le mince fil scénaristique qui voit Chaplin se travestir et distribuer avec entrain des baffes et des coups de pied pour le plus grand désarroi du spectateur. Rien de glorieux dans cet opus. Même Mack Swain ne parvient pas à faire naître un sourire. 

21 janv. 2012

Pusher (1996) Nicolas Winding Refn


Rien de nouveau sous le soleil avec cette histoire de dealer qui, à force de malchance, d'imprévus ou de manque d'anticipation se voit être sommé de rembourser une somme qu'il n'a pas. Le film retrace probablement ces derniers jours. 
Histoire déjà vue mais pas au Danemark, pas à Copenhague. Voilà la différence. Nous pourrions prendre tous les pays du monde et refaire à peu près la même histoire avec une touche locale différente et il y aurait beaucoup de chances que ces films soient intéressants. Parce que l'ancrage spatial est ce qui rend un film attractif, s'il est bien traité, ce qui est la cas ici. Tourné en 16 mm, caméra à l'épaule, l'effet immersion joue à plein. Le sordide, le miteux sont au rendez-vous. Refn aurait tourné son film dans l'ordre chronologique du récit, les jeux, les journées tranquilles finissent par virer à la traque cauchemardesque, n'est pas dealer qui veut...

20 janv. 2012

Caught in the Rain / Charlot et la somnambule (1914) Charlie Chaplin


Chaplin est seul aux manettes et écrit ce scénario qui revisite des scènes déjà vues dans des courts précédents : la quête d'une âme féminine dans le parc, la descente radicale dans un bar et le chaos dans l'hôtel (avec préliminaire dans le lobby, passage de l'escalier, bousculade et échanges physiques dans le couloir pour terminer en quiproquo dans les chambres).
Des redites sont à l'oeuvre mais il me semble que les numéros sont plus soignés, notamment ce qui concerne le passage de l'escalier, hilarant. Nous retrouvons encore Mack Swain que j'aime beaucoup, sa moustache épaisse, son gros visage rond et ses yeux en billes de loto.

19 janv. 2012

Fail Safe / Point limite (1964) Sidney Lumet


Sorti la même année que Dr Strangelove, le film de Lumet a souffert de cette double exposition nucléaire. Le premier correspond à l'adret, face ensoleillée de la peur nucléaire, farce énorme et terrible pour les politiques, les militaires au pouvoir. Celui-ci est côté ubac, halte à la blague, l'heure est grave. Les deux sont admirables mais pas pour les mêmes raisons. Nous aborderons les vertus du Kubrick une autre fois, voyons ce qui fait notre joie avec le Lumet.
Ce qui frappe au premier abord, c'est l'économie des moyens inversement proportionnelle à l'efficacité qui en résulte. Absence de musique, décors rudimentaires, animations simples, tout est fait avec discrétion et épure, cependant nous sommes happés par la force dramatique du récit, par une intensité croissante qui culmine dans les décisions finales du président américain, interprété avec grande classe par Henry Fonda (quel acteur !) assisté d'un interprète sensible (Larry Hagman tout frais) ou encore dans l'échange entre Bogan (poignant Frank Overton) et Koniev, se rappelant Londres. Il n'y a rien et il y a tout. Lumet, à travers le scénario de Walter Bernstein, fait la part des paranoïaques de service, les conseillers suicidaires (Walter Matthau est irritant à souhait) et des grands hommes, responsables, au service du bien commun. Il y a une croyance en l'homme qui n'existe que très peu dans le versant kubrickien. 
Un autre thème est exploité dans le film, celui de l'exploitation et le contrôle des machines par l'homme, thème éminemment kubrickien d'ailleurs. En dépit de l'esthétique dépassée des appareils le discours reste visible et touche au but. Sur ce seul point esthétique, le film souffre un peu de sa comparaison avec Dr Strangelove, en même temps il est difficile de se placer au niveau de Kubrick.


City Beneath the Sea / La cité sous la mer (1953) Budd Boetticher


Robert Ryan et Anthony Quinn descendent d'un bateau. Woody Strode les attend.
Une histoire de bateau qui a coulé et qui renferme un trésor, les deux zigues ci-dessus plongeurs, équipés de scaphandres rustiques, chacun une femme, une bagarre sympathique, trois coups de feu, un tremblement de terre et quelques poissons d'aquarium, hop, un film. Pour tous ceux qui ont envie de voir ces trois acteurs gagner un peu d'argent en ne faisant pas grand-chose. Le cinéma, parfois un jeu pour grands enfants. Un film amusant, très fauché, ce qui lui donne un aspect comique par défaut.
Le scénario était réécrit pendant le tournage. Ce "n'était ni très sérieux, ni très fignolé et c'est justement ce que je désirais. Al Cohn, le producteur, m'avait dit que j'aurais Robert Ryan et Anthony Quinn, ce qui était une raison suffisante pour que je fasse le film." Budd Boetticher à Bertrand Tavernier (Mes amis américains, IL / Actes Sud, 2008)
Boetticher est sous contrat avec Universal, "travaillant en fait cinquante-deux semaines par an. J'ai fait neuf films en cent quatre semaines. J'achevais un film le jeudi ou le vendredi, et j'en recommençais un autre le mardi ou mercredi suivant. j'avais le week-end pour lire le script."
Ce projet débile lui arrive dans les mains : "de toute façon, avec mes amis Ryan et Quinn, je tenais beaucoup à aimer ce scénario."

17 janv. 2012

Dialogo di un venditore di almanacchi e di un passeggiere (1954) Ermanno Olmi


Tiré d'un dialogue écrit par Giacomo Leopardi (1798-1937), ce court fait revivre l'échange dont il est question entre un vendeur d'almanachs et un passant en illustrant la question de la vie vécue et celle à venir avec un autre thème, celui du changement.
Quelques plans nous présentent avec un souci du beau plan une campagne en hiver, maison tapie en arrière-plan et branches recouvertes par le givre. Deux hommes marchent d'un bon pas et se rendent en ville. Ce sont des musiciens de rue, ils s'apprêtent à s'installer et à jouer mais devant le musicien qui s'installe en face, équipé d'un orgue de Barbarie, ils décident d'aller plus loin. Suit ensuite le fameux dialogue puis des plans de ville, vitrines de Noël, silhouettes qui envahissent le cadre, agitation et feux d'artifice.
Le dialogue philosophique, didactique de Leopardi parle d'une vie que nous avons tendance à regretter, l'almanach présentant l'année à venir porte en lui tous les espoirs. Changement illusoire puisqu'au final nous ne changerions pas notre vie pour une autre. Ce sont là les conclusions des personnages.
Olmi joue des oppositions campagne / ville, quiétude / agitation, instruments "naturels" / instrument mécanique pour souligner des changements qui pourraient nuire à la vie que nous menons. Il oriente ainsi une lecture qui peut pencher vers les premiers termes or les seconds recèlent leur propre beauté, différente mais bien réelle qui ne sont pas rejetés par Olmi.
Une vie, riche de ses contradictions qui doit être envisagée ainsi.

16 janv. 2012

The Boxer (1997) Jim Sheridan



Danny Flynn sort de prison. Membre de l'IRA, il était accusé d'un attentat dont il ne portait pas la responsabilité. Il garde le silence et ne livre aucun nom mais à sa sortie il est fermement décidé à ne plus faire partie de ce groupe et à suivre son propre chemin sur le ring.
Film honnête, de ceux qui ne vous clouent pas sur votre fauteuil mais qui vous distille suffisamment d'intérêt pour ne pas arrêter la lecture. La couleur locale est présente, Daniel Day-Lewis fait le job avec professionnalisme, Emily Watson est pas mal du tout et Brian Cox, of course.
Nous pourrions presque nous endormir mais non, quelque chose attire le regard. La douceur, la tonalité des répliques, Sheridan fait jouer son beau monde avec douceur, la violence est là, mais rentrée. Pas d'hystérie collective, pas de rage mais la résignation, la souffrance qui ronge depuis longtemps. Et puis le rôle joué par les femmes, prisonnières des causes de leurs maris, ne pouvant vivre leurs vies, surtout celles dont les maris sont en prison et qui se doivent de rester fidèles sous peine de pression des copains restés à l'extérieur. Ces petites touches sont précieuses et jettent une autre lumière sur ce conflit.
Ajoutons quelques scènes de boxe correctement filmées et vous avez un film regardable.

15 janv. 2012

Il posto / L'emploi (1961) Ermanno Olmi


Domenico, personnage lunaire à qui Sandro Panseri prête ses grands yeux, est pauvre. Il vit chez ses parents en Lombardie. Il part à la conquête de la ville passer un examen dans une grande entreprise milanaise. C'est dans ces circonstances qu'il fait la connaissance d'Antonietta.
Voici un film touchant, délicat, poétique et riche de ses détails multiples. Décidément Carlotta a édité un bel objet. Je retiens encore un peu mon désir de revoir L'arbre aux sabots.
Olmi fait le récit de la découverte de la ville et de l'amour à travers le jeune Domenico. Tout est beau dans ce film, beau et triste à la fois car ce que l'on abandonne, même si la valeur est infime, ne se fait jamais sans peine.
L'atmosphère confinée de l'appartement des Cantoni est admirablement restituée avec la place dominante de la mère, celle du père qui joue la partition avec humilité. Puis c'est Milan et son énergie dévorante. A l'époque Milan construit son métro et le chantier à ciel ouvert avec ses fosses, son agitation permet à Olmi de bien caractériser, dans le bruit et la fureur, ce passage délicat entre la province et la ville. Domenico regagne l'entreprise et voici les tests d'embauche, les épreuves que doivent subir le héros et d'autres avec lui. La fantaisie de Tati est présente dans ces scènes, ainsi qu'un soupçon d'horreur kakfkaïenne. Nous sourions et sommes effrayés à la fois. Ce double mouvement pétrifie littéralement Domenico mais Antonietta lui apporte l'amour. Tout arrive en même temps, le réel se gonfle d'émotions, de sensations intenses que l'individu n'arrivera pas à digérer. Il lui faudra du temps pour les digérer et faire le tri. Parviendra-t-il à voir le tragique de sa situation ? ce que ce bureau représente ? La scène du réaménagement du bureau suite au décès de l'employé/écrivain est sordide. C'est un instant décisif, une fin en soi pour Domenico, une mort programmée également. Le son répétitif de la machine à polycopier souligne ce destin clos et tragique.

14 janv. 2012

In the Meantime, Darling (1944) Otto Preminger


Film de propagande soft, nous aurions pu écrire film éducatif, où chacun doit rester à sa place dans un effort général encadré. Le film sort en 1944, la guerre est là, il faut donner la direction au peuple.
Ce sera fait sous une forme de comédie gentillette. Près d'un camp militaire l'hôtel Craig fait tout oublier. Lorsqu'une chambre se libère la priorité est donnée pour la conquérir, même si cela doit obliger l'heureux prétendant à quitter les manoeuvres en cours.
Pour quelle raison ? L'hôtel est empli d'enfants, ce qui ferait fuir toute personne cherchant le repos. Sont-ce les belles femmes qui l'occupent ? Elles sont toutes fidèles. Et pour cause, l'hôtel est dédié aux couples mariés et sert aux épouses qui désirent avant tout être proches de leur homme en uniforme.
Nous suivons un jeune couple qui devra rentrer dans le rang. C'est la jeune épouse, jouée par Jeanne Crain, très séduisante, qui incarne l'acceptation des règles sociales partagées par tous. Elle aura un peu de mal mais finira par céder. Amour, fidélité, maternité sont les mamelles qui diffusent la bonne parole. 
A l'époque les spectateurs américains ont tous un membre plus ou moins éloigné de leur famille à l'armée.
Savoir que l'homme parti se sacrifier peut compter sur une épouse brave qui l'attend rassure. Le film est plaisant, ponctué de petits détails amusants, mais nous aurions bien aimé que son conformisme soit un peu plus bousculé, à la manière d'un Wilder ou d'un Altman.
Reste que Crain est solide, que nous pouvons profiter de la présence trop brève d'Eugene Pallette et que le film est suffisamment court pour ne pas en rajouter davantage sur la bonne conduite à tenir pour la paix civile.

11 janv. 2012

Blind Date / Boire et déboires (1987) Blake Edwards


Comme Chaplin l'avait déjà montré dans Modern Times, un seul grain de sable peut gripper la machine. Blake Edwards nous refait le coup de The Party, en moins radical, moins expérimental mais avec la même énergie, la même réussite.
Nadia (Kim Basinger) va devoir accompagner Walter (Bruce Willis) à un rendez-vous important pour son job, seulement elle ne dit pas boire une goutte d'alcool. Cela la rend incontrôlable, c'est évidemment ce qui va se produire.
Ambiance feutrée au restaurant, convention sociale, villas ordonnées, séance au tribunal... tout explose dans les mains de Blake Edwards. Rappelez-vous Ten, un seul regard et c'est parti ! 
Bruce Willis, dont c'était le premier rôle au cinéma, connaissait déjà la gloire avec la série télévisée "Clair de lune", son énergie, son enthousiasme opère efficacement ici. C'est surtout Kim Basinger qui nous étonne, son jeu est parfait de précision, elle démontre qu'elle a d'autres talents que sa plastique. Cela n'a pas été très productif par la suite, finalement elle a assez peu tourné.
Edwards enchaîne les numéros avec entrain, les détails sont soignés, ce sont parfois de véritables chorégraphies qui se produisent sous nos yeux, la difficulté du comique réside dans l'apparente simplicité  qui est en oeuvre. Il n'en est rien.
L'alarme James Brown, le coup de la maison, Basinger en arrière-plan suivant les consignes du policier ...  le film regorge d'idées et de trouvailles subtiles.
Un très bon Edwards.

And the dog's dead !

10 janv. 2012

The Thin Man / L'introuvable (1934) W. S. Van Dyke


W. S. Van Dyke n'était pas un réalisateur tourmenté qui cogitait longtemps sur l'emplacement idéal de la caméra. Il avait la réputation de tourner les plans en une prise. Le premier opus diffuse cette décontraction, tourné en deux semaines ce whodunit remporte un fracassant succès et sera suivi de cinq autres numéros.
Adapté d'un roman de Dashiell Hammett l'intrigue n'a aucune importance, ce qui compte est la quantité de personnages loufoques qui gravitent autour du couple formé par William Powell et Myrna Loy. La mise en scène est plutôt théâtrale, la caméra ne bouge pas vraiment, nous pourrions nous endormir devant ce savoir-faire ronronnant, ce serait sans compter avec les répliques exquises qui ne cessent de déferler. Les acteurs les débitent sans en faire des tonnes, une cool attitude qui permet de passer un agréable moment, léger et divertissant. Pas de rires en ce qui me concerne, n'exagérons rien mais un sourire permanent.
Notons une belle photo de James Wong Howe et la tronche brevetée "film noir" de Nat Pendleton.

Murder à la Mod (1967) Brian De Palma


Après une série de courts De Palma signe ce premier long métrage qui par bien des aspects retient notre attention.
L'action se situe à New York (quelques plans de rue, la Columbia University...), autour d'un photographe qui a besoin d'argent pour divorcer et qui cherche pour en trouver des jeunes filles. Ces dernières doivent tourner dans un petit film grivois. Seulement un assistant loufoque aime s'amuser avec les accessoires, notamment avec un faux pic à glace qui peut facilement être remplacé par son modèle véritable...
Ce qui apparaît avec clarté dans ce premier film est la jubilation de manipuler le matériel même, le récit à proprement parler. Le thème de la manipulation est au coeur du film mais De Palma l'élargit au montage du film, usant d'effets, brouillant les pistes entre fiction (interne au film, film dans le film) et réalité (le film), s'amusant à développer différents niveaux. C'est la raison pour laquelle la deuxième partie joue et use du flash-back répété mais à chaque fois avec un point de vue différent. De palma fait référence ici au Kurosawa de Rashomon. D'autres citations sont explicites comme le Peeping Tom de Powell et les variations voyeuristes multiples déclinées au fil du récit. Références qui ne sont pas gratuites puisque le premier mêle manipulation et plaisir du récit tandis que le second prend appui sur la fascination exercée par l'image. Fascination mise en oeuvre ici par le cadrage et le soin apporté à la composition de nombreux passages.
Ce qui est moins réussi est la volonté de jouer sur deux tableaux : le thriller et la comédie. Le film oscille d'un bord l'autre sans  trouver la force nécessaire pour franchir avec succès cet objectif. Si nous ajoutons que  le film revêt les atours d'un objet expérimental cela fait beaucoup de facettes qui tiennent difficilement ensemble, c'était un pari risqué pour un premier film. 

8 janv. 2012

Caught in a Cabaret / Charlot garçon de café (1914) Mabel Normand et Charlie Chaplin


Charlot est serveur dans un cabaret minable, pendant sa pause il sauve une jeune bourgeoise des griffes d'un malotru. Il se fait inviter chez elle et se fait passer pour le Premier ministre du Groenland. Seulement il doit quitter la résidence et regagner son poste. L'usurpation sera de courte durée.
La narration n'est pas heurtée par des effets excessifs et le récit prend le temps de dérouler son fil sur la longueur du métrage. Les petites scènes comiques issues de la maladresse de Charlot, de son professionnalisme s'intègrent assez bien au récit secondaire de son immersion dans la haute société. Les deux univers sont bien construits et le propos social en arrière-plan sera traité par Chaplin dans ses oeuvres futures. Quelques bagarres, des problèmes sérieux avec une double porte-battante et un lancer de tarte à la crème viennent épicer l'ensemble qui reste plaisant. L'on s'éloigne peu à peu de l'agiation frénétique des premiers courts tournés chez Keystone. Le personnage de Charlot s'impose, Chaplin ajoute des détails, une manière d'appréhender le monde qui lui est propre et qui fait tout le sel de ces productions lointaines.

7 janv. 2012

Twenty Minutes of love / Charlot et le chronomètre (1914) Joseph Maddern, Charlie Chaplin


Chaplin est enfin aux commandes, scénariste et réalisateur de ce court tourné à Westlake Park, Los Angeles. Le sujet est assez simple et se déroule en un seul lieu. C'est le printemps et Charlot veut profiter de l'animation du parc, il veut sa part de bonheur...
Cette fois le jeu se fait plus subtil, plus centré sur son personnage, seule une bagarre finale vient rendre les armes devant le genre, bagarre qui me plaît, je suis très bon public devant les gifles et coups de pied donnés à tout va avec esquives en prime. Chaplin se concentre sur une situation simple et travaille plsu précisément les gestes, la progression de la scène. Nous sentons qu'il se débarrasse de toute une agitation propre aux consignes qu'il recevait des réalisateurs des métrages précédents. Du coup nous avons le temps et le plaisir de nous attacher au personnage.
Nous ne savons qui est Joseph Maddern, il est crédité d'une petite poignée de courts réalisés en 1914 et semble être plus un conseiller technique venu appuyer Chaplin pour ce film qu'un auteur à part entière.

Fish Tank (2009) Andrea Arnold


Fish Tank est à ranger à côté de Kes, l'héroïne est un peu plus agée que le gamin de Loach mais ils font partie de la même famille. Les trois courts métrages réunis dans l'édition BR Criterion nourrissent ce film, la cellule familiale brisée, une mère seule avec ses deux filles, la zone, l'exclusion et les rêves.
Seulement ce film a la magie de la réussite, tout y est savamment pesé, aérien.
La distribution n'y est pas étrangère. 
Katie Jarvis incarne Mia, une jeune fille rebelle qui ne va plus à l'école, presque un cliché de l'ado de service mais après quelques minutes sous la caméra d'Arnold c'est une jeune fille sensible qui se dévoile, derrière sa carapace, sa capuche, ses airs de garçon manqué elle est éprise de liberté, de beauté. La lumière magnifique qui illumine le personnage et de nombreuses scènes est là pour nous rappeler que la vie est à portée, même dans une situation sociale précaire. Sa mère, jouée par Kierston Wareing, est une de ces femmes qui ont eu des enfants très tôt, privée de son adolescence, seule, elle veut encore danser, être belle, séduire et ne s'occupe guère de ses enfants. Faisant écho à l'étreinte de Wasp, il y a une scène où nous retrouvons cet amour caché derrière la dureté des propos mais bien présent, je pense à la danse finale ou encore aux propos échangés par Mia et sa jeune soeur ("I hate you. / I hate you too.")
Arnold parvient à insuffler au film de nombreux moments de grâce, les scènes avec le cheval, le vent qui souffle dans les branches des arbres, sur le linge, les scènes de danse, la pêche avec Connor...
Mia regarde souvent ailleurs, elle sait qu'il faut partir, ce qu'elle fera à la fin.
Le personnage de Connor est ambigu, Michael Fassbender le joue à la perfection. C'est un opportuniste, un de ces hommes qui profitent de la situation, de la détresse de ces femmes seules, genre le vendeur d'encyclopédies en rase campagne. Il est doux, prévenant, apporte de réels instants de communion (la sortie à la pêche et l'illusion d'une famille reconstituée) mais il piège, il capture, c'est un prédateur. Mia traverse ces épreuves de désillusion, elle doit s'endurcir, sa tenue noire, son mascara qui coule ne masquent pas sa souffrance. C'est toute la difficulté de vivre dans ces lieux (ici une partie de l'Essex), les individus désirent la même chose que tous mais il est beaucoup plus difficile de l'obtenir. Les lieux sont d'ailleurs exploités avec un brio exemplaire, les personnages semblent vivre sur une île, une zone d'exclusion traversée par des voies rapides auxquelles ils ne font guère attention, les conversations ont lieu d'un côté, de l'autre, du terre-plein central au trottoir, entrecoupées de véhicules qui passent à toute allure sans que cela ne gêne. La liberté de Mia est évidente si l'on considère la façon dont elle se déplace, elle passe par-dessus les barrières, grillages, haies, portails... Mia est une force en mouvement, un concentré d'énergie, de ces énergies que la société perd à force de stigmatiser, exclure cette jeunesse. 

Milk (1998), Dog (2001) et Wasp (2003) : trois courts d'Andrea Arnold

Wasp

Milk / 1998

Un couple banal, quelques plans rapides nous les montrent dans leur cuisine, au lit puis à la maternité. Retour à domicile. Le bébé est perdu. Elle est dans sa baignoire, le lait coule de son sein, inutile. Refusant de se rendre aux funérailles elle ira se perdre et passer la nuit avec un jeune adolescent désoeuvré. Un lien se crée qui tente de se substituer à l'échec. 
Face aux deux autres courts c'est le moins réussi, il se cantonne encore un peu trop à l'anecdote, même si Lynda Steadman est parfaite dans ces dix minutes.

Dog / 2001

Banlieue, voies rapides, laideur de la ville, une ado quitte son domicile après avoir pris un billet dans le porte-monnaie de sa mère qui lui fait bien sentir (physiquement et verbalement) qu'elle ne veut pas qu'elle sorte de l'appartement. Elle rejoint son petit ami et partent acheter du shit dans un autre appartement où règne la défonce abrutissante de mornes journées. Munis de leur dose, les deux ados rejoignent un canapé posé sur un terrain vague à l'abri des regards. Après avoir chassé les gamins qui siégeaient là et après avoir allumé leur stick le jeune garçon veut faire l'amour, sans prendre son temps, avec la jeune fille. C'est alors qu'elle aperçoit un chien (déjà vu sur le chemin) qui renifle le reste de la barrette de shit, il l'avale. Pendant que son boyfriend s'active elle rit de la situation, ce dernier s'énerve et frappe le chien à mort, elle le quitte, effondrée.
Commande de la BBC pour une série qui avait pour sujet "Les différentes manières de quitter votre petit(e) ami(e)" avec un cahier des charges exigeant les dix minutes maximum, Arnold réussit à éviter la chute souvent grossière associée au genre du court-métrage. Leah, la jeune héroïne du récit, fait les choses parce qu'elle est inscrite dans un environnement particulier et que c'est là où elle peut s'émanciper, se divertir, vivre sa vie adolescente. Elle prend de l'argent, fait plaisir à son petit ami en volant l'argent de sa mère, le laisse faire mais tout se fait sans réel plaisir, mélange de fatalité, de déterminisme seulement lorsque cela va trop loin elle ne peut accepter la misère, la vraie, celle de la déchéance de l'individu. Elle ne le verbalise pas mais le ressent au plus profond d'elle-même. Lorsqu'elle revient chez elle sa mère l'attend pour lui mettre une raclée, elle ne se laisse pas faire, et encore sous le coup de la mort de ce chien qui l'avait fait rire, elle se révolte et se met à aboyer. Scène forte et touchante d'une jeune fille qui pressent sa solitude à venir, sa triste condition. Arnold en écrivant cela fait le pari que cette révolte, cette sensibilité peut la sauver. Nous y croyons.

Wasp / 2003

Le film commence comme le percutant Elephant d'Alan Clarke. La caméra suit une mère de famille, un jeune enfant sous le bras, les trois autres qui tentent de suivre. Elle va droit chez une voisine et une bagarre violente s'ensuit. Parce que leurs enfants s'étaient chamaillés. 
Logements sociaux dans le Dartford, la misère et la pauvreté. Photos de David Beckham, autocollant de Barbie, culture télévisuelle, rêves de réussite, couleurs essentielles. Zoë est seule, il n'y a rien à manger. Elle rencontre un de ses ex qui veut l'inviter à sortir avec lui, elle prétend que ses enfants sont ceux d'autres femmes qu'elle garde et accepte. Les enfants attendront toute la nuit, la faim les tenaille pendant que Zoë tente de vivre son rêve d'un soir.
Il y a un tension constante dans ce film, juger rapidement Zoë serait une erreur car derrière les apparences il y a une lutte de tous les instants pour fuir l'évidence. Pas de bonbons pour les enfants mais juste un peu de sucre à se partager, c'est la misère et cependant il y a des individus qui tentent de rester digne à leur façon. L'étreinte qui a lieu après l'épisode de la guêpe est révélatrice d'un amour qui ne peut se dire qu'à bout de forces parce que, peut-être, dans cet univers violent où survivre est un verbe qui se conjugue au quotidien, l'on ne peut pas baisser sa garde, se laisser aller à  des effusions, ce serait trop souffrir. Arnold capte des moments de beauté qui existent, des traces d'humanité, des sourires auxquels les personnages s'accrochent, des papillons sur le macadam...
Superbe court qui a reçu de nombreux prix, Oscar, Sundance...



6 janv. 2012

Mabel at the Wheel / Mabel au volant (1914) Mabel Normand et Mack Sennett


L'équipe Keystone tourne un film autour du concept de la course automobile. la Coupe Vanderbilt se tient à  Santa Monica, c'est l'occasion. Sennett demande à Chaplin de remplacer Ford Sterling pour ce film dirigé par Mabel Normand, Chapin accepte de quitter momentanément le rôle de Charlot mais sans gaieté de coeur. Lorsqu'il fait des suggestions à Normand celle-ci n'en tient pas compte. Vexé il refuse de tourner d'autres scènes. Sennett devra lui promettre de lui laisser tourner ses propres films pour qu'il daigne regagner le plateau.
Nous le voyons ici jouer le saboteur, celui qui fomente les mauvais coups, le méchant. Il n'y est pas extraordinaire, le film non plus d'ailleurs, excepté pour les amteurs de voiture de courses qui peuvent en voir quelques-unes d'époque. En revanche nous y voyons Mack Swain, un grand gaillard dont nous reparlerons, faire le pitre sur les gradins avec le père de Mabel, et ce avec beaucoup d'intérêt.

Ore wa matteru ze / Je t'attends (1957) Koreyoshi Kuruhara


L'excellentissime éditeur américain Criterion a donné un coffret dvds reprenant cinq films noirs du studio japonais Nikkatsu.
Ore wa matteru ze est le premier film de Kuruhara. L'histoire est assez simple, une jeune femme, Saeko,  est sur le point de se noyer, elle est apeurée, à bout. Shimaki va la prendre en charge et l'employer dans son restaurant. En dépit de l'attention qu'il porte à Saeko il est ailleurs, il attend une lettre de son frère parti au Brésil pour le rejoindre. Le reste du film viendra réunir les histoires des deux héros autour d'un cabaret tenu par un yakuza.
La première partie du film est assez belle, la rencontre dans la nuit, la conversation qui suit dans le restaurant désert, le bruit des sirènes de bateaux au loin, le port de Yokohama, tout confère à cette rencontre une poésie, un charme mystérieux qui précède une séquence où Saeko est intégrée parmi l'équipe du restaurant. A ce moment le film est plus joyeux, plus lumineux.
Ensuite le film bascule réellement dans l'univers noir des yakuzas, des bagarres, des filatures, nous sommes dans une séquence plus convenue qu'un traitement heureux du cadre et de la composition de l'image fait passer avec brio.
Yûjirô Ishihara n'est pas trop mal, il me paraît parfois un peu jeune pour jouer des coudes avec assurance, son visage enfantin participe de cette impression. Le personnage du docteur est intéressant, joué avec entrain par Isamu Kosugi, il apporte une touche de fantaisie qui rafraîchit l'histoire. 
Kuruhara exploite, en plus de sa maîtrise de l'image, efficacement les différents lieux où se situe l'action : le cabaret, le restaurant, le port et les scènes tournées dans les rues sont bien intégrées à l'histoire. Le sujet ne passionne pas véritablement le spectateur mais le traitement, le style apportés suffisent à nous combler.

5 janv. 2012

The Star Boarder / Charlot aime la patronne (1914) George Nichols


Charlot est le préféré de la pension, la logeuse est aux petits soins avec lui. Il n'y a pas vraiment de moments forts dans le début de ce court, rien de véritablement plaisant ne s'y passe. Le mari est soupçonneux et surveille le duo de près. Il faut attendre une sortie au tennis pour espérer une amélioration, un grand numéro, hélas elle est trop courte et c'est la frustration qui nous tient ! De plus Charlot, assez gratuitement se met à vider quelques bouteilles. Le mari et la patronne batifolent chacun de leur côté. Leur garçon possède un appareil photographique et s'amuse à capturer leurs tentatives. C'est au moment de la projection que toute la pension va être en émoi, suit la bagarre de rigueur. Pas encore le coup de coeur pour le spectateur.

2 janv. 2012

Cruel Cruel Love / Charlot marquis (1914) George Nichols


Marquis parce que Chaplin est un gentilhomme dans ce récit, il aime sa fiancée mais venant en aide à sa servante la première croit qu'il la trompe avec la seconde. Le voici éconduit, il part chez lui avec l'intention de mettre fin à ses jours. Il boit de l'eau, pensant se suicider, commencent alors les souffrances du malade imaginaire jusqu'à ce que tout rentre dans l'ordre.
Il n'est pas passionnant de voir Chaplin dans un succession de grimaces, toutes plus débiles les unes que les autres. Nous sommes très loin de la précision qui viendra dans la même séquence dans Monsieur Verdoux. Il faut attendre les médecins, au courant de la méprise, pour qu'un sourire arrive car ces derniers s'amusent avec le presque défunt et le moribond se débat comme un damné.
Remarquons quand même que la narration, l'enchaînement des séquences est plus fluide que les précédents Keystone, moins heurtée, ce qui lui donne un air plus adulte à certains moments.

1 janv. 2012

Straight Time / Le récidiviste (1978) Ulu Grosbard


Lorsque j'entends le mot prison je sors mon Edward Bunker. J'avais dévoré ses trois premiers récits autobiographiques et dernièrement je me suis plongé dans L'éducation d'un malfrat non sans plaisir. C'est son premier roman, dont j'aime beaucoup le titre original No beast so fierce qui est adapté par Grosbard. Le réalisateur est venu faire le film sur la demande de Dustin Hoffman. Il portait ce projet mais a laissé la main après quelques jours de tournage. Bunker a pris part activement au scénario qui avait subi une première mouture sous la plume de Michael Mann. Le voir réaliser le film aurait été un bonheur, il le fera presque plus tard puisque Bunker est consultant sur Heat, le personnage que joue Jon Voight est inspiré par Bunker et Danny Trejo est un ancien camarade de prison. Bunker fait une apparition dans Straight Time, c'est Mickey, qu' Hoffman rejoint au bar. Ce sera, quelques années plus tard,  Mr Blue dans Reservoir Dogs.
Alors ce Straight Time ? Il n'atteint pas les sommets de Thief mais a beaucoup de charme. D'abord par la qualité de la distribution. Hoffman est crédible mais pas extraordinaire, il parvient quand même à passer une certaine intensité propre au personnage. Harry Dean Stanton a toujours ce capital sympathie, je ne crois pas l'avoir vu dans un mauvais jour, mais cela peut se trouver. Theresa Russell a déjà ce petit minois qui fait craquer le spectateur que je suis. Elle est naturellement belle et émouvante dans ce rôle. Gary Busey et Kathy Bates forment un couple aux petits oignons, Busey est un second rôle attachant que j'aime retrouver ici et là. Enfin M. Emmet Walsh a un talent inné pour jouer les ordures et celle qu'il incarne dans ce film en est un bel exemplaire. Même menotté nu contre un grillage au milieu d'une voie rapide il nous étonne par son talent.
La plupart des scènes sont tournées à Los Angeles, Owen Roizman filme la ville en jouant de sa luminosité et capte des moments volés dans un style documentaire qui donne au film un supplément d'âme.
Au final Straight Time n'est pas désagréable, il est même souvent plaisant mais il lui manque une rugosité qui émerge quelques fois, juste assez pour nous donner envie d'aller vers des zones plus sombres. 

His Favorite Pastime / Charlot est trop galant (1914) George Nichols


Si nous regardons les dates de tournage qui figurent sur le petit livret disponible dans le coffret Keystone Lobster/Arte, il apparaît qu'ils sortent à raison d'un par semaine à peu près, je ne sais si d'autres films sont produits entre-temps mais cela peut expliquer la relative inégalité de ces métrages. Dans celui-ci Charlot entre dans un bar, Arbuckle y joue un clochard déjà complètement déshydraté à force de boire, leur numéro est ce qu'il y a de mieux dans le film, on ne sait qui regarder et l'on s'y prend à deux fois pour apprécier l'ensemble. Le reste est un trame scénaristique qui paraît inutile, pourquoi ne pas rester dans ce bar puisque les acteurs s'y sentent si bien ?
Charlot fait un tour aux toilettes, le petit personnel est noir, en réalité des acteurs blancs grimés en noir, le studio ne disposant pas d'acteurs appropriés, peut-être étaient-ils interdits de cinéma ? Mes connaissances ne sont pas suffisantes pour apporter une réponse à cette question. Charlot s'entichera d'une demoiselle, son ivresse le poussant à se rendre jusqu'à chez elle où il sera expulsé après plusieurs étreintes passionnantes avec les résidents : baffes, coups d'oreiller et autres corps à corps.