25 févr. 2012

Recreation / Fièvre printanière (1914) Charlie Chaplin


Prévu pour accompagner un film éducatif, Recreation est un film paresseux. Conçu et tourné pour meubler. Un parc, des bancs, un couple et Charlot qui tente de séduire madame. Baffes et briques volantes, policiers... Comme tout ce beau monde a chaud ils finissent dans le lac.
Le film a souffert et le matériel récupéré n'est pas suffisant pour le monter dans son intégralité. Je n'ai pas le sentiment que nous ayons manqué quelque chose.
Vraiment pour compléter.

24 févr. 2012

Bad Boys (1983) Rick Rosenthal


Délinquance juvénile, rivalité de rue, centre de détention pour mineurs et rédemption...voilà le programme de ce film qui a pour acteur principal Sean Penn, plutôt bon. Les qualités principales sont l'authenticité dégagée par le jeu des acteurs, le soin apporté aux décors, l'image granuleuse du film. Eric Gurry (Horowitz) a une bonne bouille mais il n'a pas fait long feu dans l'industrie cinématographique en revanche Clancy Brown (et sa chevelure viking) est resté dans le circuit, son visage et sa corpulence se rencontrent ici et là, pas toujours dans des productions ambitieuses d'ailleurs.
Scénario de base qui ne fait pas l'intérêt du film mais Rosenthal arrive à conserver une homogénéité et de vraies ambiances dans les scènes qui se succèdent sans transcender le spectateur mais sans l'ennuyer véritablement non plus.

The Face on the Bar Room Floor / Charlot artiste peintre (1914) Charlie Chaplin


Où l'on sent poindre chez Chaplin une ambition qui va au-delà des slapsticks habituels, non pas que ces derniers soient inférieurs mais depuis son arrivée chez Keystone Chaplin veut aller plus loin que le statut d'acteur. Il désire réaliser et une fois qu'il arrive à ses fins il veut apporter un supplément dramatique à ses réalisations.
Ainsi ce court qui parodie un poème relatant les mésaventures d'un peintre qui voit sa belle partir avec un autre homme. Charlot rentre dans un bar et commence à raconter son passé. De nombreux cartons, assez inhabituels, traduisent la crainte du réalisateur que les spectateurs ne comprennent pas bien le fil narratif. Suivent son histoire, racontée par le biais de retours en arrière, autre élément novateur chez Chaplin. Le comique surgit du fossé entre ce que raconte le vagabond aux autres clients du bar (ce qui rend les cartons nécessaires) et la réalité représentée. Le charisme et le talent chantés par Charlot sont absents des scènes en flash back. 
Voici un court plus étoffé, cinématographiquement parlant, que toutes les réalisations précédentes de Chaplin. L'intérêt de les voir dans leur ordre chronologique repose essentiellement sur ces manifestations,  percevoir les soubresauts, la naissance d'un talent qui va se transformer en génie. 

23 févr. 2012

Three Days of the Condor / Les trois jours du condor (1975) Sidney Pollack


Un agent de la CIA (Redford alias Condor), chargé de repérer dans les romans policiers, les bandes dessinées d'éventuels messages codés revient de la mission sandwich à son bureau pour constater que tous ses collègues ont été assassinés. Il demande de l'aide à sa hiérarchie mais au moment de la prise de contact il échappe de peu à la mort. Il décide alors de se réfugier chez une inconnue (Faye Dunaway qui passait par là) pour mettre de l'ordre dans ses idées. 
Vu à la télé, en vhs, en dvd, en salle et acheté en blu-ray cette après-midi, dans le lecteur en soirée. Tout est intact, rien ne manque.
D'abord New York en toile de fond filmé par Owen Roizman, le World Trade Center (sa vue, le hall d'une des tours, visible dans le docu des frères Naudet), le Brooklyn Bridge et même quelques plans à l'intérieur du Guggenheim. Je ne m'en lasse pas.
Redford et Dunaway en couple hitchcockien (voir la scène de la première nuit notamment, manquent juste les menottes), inconnus qui doivent partager quelques jours ensemble, ça finit par fusionner. Ces deux-là sont "glamour" en diable, difficile de résister à leurs charmes. Pourtant ma préférence va à Max von Sydow, il interprète un tueur professionnel, cool attitude, amateur de soldats de plomb, ne laissant rien au hasard. Cormac McCarthy ne peut pas ne pas avoir pensé à lui en écrivant No Country for Old Men. Revoyez la scène des meurtres au début, cette façon qu'à von Sydow de demander à Janice de s'écarter de la fenêtre, de lui répéter tranquillement la question, exactement comme le fait Anton Chigurh. Je n'ai pas lu le roman, il se peut que les frères Coen aient placé dans le film un hommage, une citation, ils sont coutumiers du fait. Sydow dégage des sentiments troubles, un effroi transmis par son aspect spectral et une assurance, une confiance car il est méticuleux. 
J'aime également revoir la bouille particulière de Cliff Robertson.
Un régal.

"You have no much future there. It will happen this way. You may be walking. Maybe the first sunny day of the spring. And a car will slow beside you, and a door will open, and someone you know, maybe even trust, will get out of the car. And he will smile, a becoming smile. But he will leave open the door of the car and offer to give you a lift."

21 févr. 2012

Tension (1949) John Berry


Tension comme la pression que doit imposer un détective au suspect jusqu'à ce qu'il craque. Le lieutenant Bonnabel (Barry Sullivan) présente aux spectateurs sa théorie et vient l'illustrer avec le récit d'une affaire qu'il commentera de temps à autre en voix off jusqu'à ce qu'il intervienne directement dans le récit.
Une histoire de couple, Quimby (Richard Basehart) s'est marié avec une jolie garce, interprétée avec talent par Audrey Totter. Elle le laisse tomber pour attraper un plus gros poisson. Quimby, furieux, planifie de tuer le rival puis abandonne. L'affaire se complique lorsque l'on retrouvera l'amant mort.
Film noir séduisant, les charmes de Totter et de Cyd Charisse n'y sont pas étrangers. Le rythme tranquille du récit n'est pas dérangeant excepté si l'on recherche une tension promise par le titre. Celle-ci est plus un clin d'oeil fait au spectateur qui doit prendre conscience du double jeu de Sullivan, souligné par l'élastique avec lequel il aime jouer. Saluons la performance honnête de Richard Baseheart et la combinaison heureuse des intérieurs et des extérieurs du film qui donnent de l'air au récit. 
Petit bémol en ce qui concerne l'aveuglement des enquêteurs et leur fausse trouvaille devant les ressemblances flagrantes entre Quimby et Sothern...

Sabita naifu / Rusty Knife (1958) Toshio Masuda


Inédit en France, Sabita naifu est disponible dans le coffret Nikkatsu Noir édité par Criterion. Dans une ville en pleine expansion, dans l'après-guerre, un homme ayant commis un meutre qui lui a valu cinq années de prison va devoir replonger dans la violence en s'apercevant qu'il avait tué un innocent. 
Un scénario assez bien ficelé aborde la difficulté pour un ancien yakuza de rester en dehors du milieu, le film est réalisé dans un scope qui utilise avantageusement la profondeur de champ et la largeur du cadre, la composition de l'image est un des points forts du cinéma japonais. Après un premier tiers mené monté à toute allure à coups d'ellipses incisives le film marque le pas et prend des allures plus sereines, plus classiques. Quelques scènes d'action filmées sommairement ponctuent une intrigue qui mêle plusieurs destins. J'aime assez l'usage de la radio que fait le big boss, sorte de Mabuse  japonais. Yujiro Ishihara et Mie Kitahara forment à nouveau le couple de Ore wa matteru ze.

20 févr. 2012

The Property Man / Charlot garçon de théâtre (1914) Charlie Chaplin


Charlot est accessoiriste dans un music-hall. En attendant la venue des différents artistes il boit et s'amuse à se moquer de l'autre accessoiriste, beaucoup plus âgé que lui. Lorsque les artistes arrivent, les problèmes commencent. Ces derniers sont snobs ou tyrannique, comme l'homme fort du spectacle.
Chaplin continue gaillardement sur la ligne du slapstick, la représentation sera une catastrophe, Charlot étant l'élément du chaos. Peu de poésie ici, de la farce pure. Il fut reproché à Chaplin ces coups donnés allègrement à son vieux partenaire, pourquoi ne pas l'avoir fait lorsqu'il s'exerçait avec des femmes ? Charlot frappe tout ce qui bouge avec puérilité et roublardise, comme un enfant qui, muni d'un marteau, exploserait le crâne de son voisin, en constatant, visage inexpressif, que ce sont là d'étranges couleurs qui parent ce visage ensanglanté.
Tout se termine en pugilat explosif qu'une lance à incendie, tenue par Charlot, vient noyer. Les spectateurs du show reçoivent leur dose dans un bel élan de générosité.

19 févr. 2012

Ten / Elle (1979) Blake Edwards


Une réussite de Blake Edwards sur la crise de la quarantaine.
George Webber (Dudley Moore) a besoin de séduire, il a le blues. Lorsqu'il aperçoit Jenny (Bo Derek), c'est le coup de foudre, seulement la jeune femme est en robe de mariée. George n'aura de cesse de la traquer jusqu'à arriver dans son lit, de goûter au "summer of a youngest smile".
Edwards nous offre un film drôle et intelligent. Drôle car Webber est un personnage qui doute de lui, il en devient maladroit, burlesque. Il provoque le rire et l'on a envie de le rassurer. Ce que fait sa compagne, Sam (Julie Andrews), qui n'est pas mariée avec lui mais qui l'aime, presque maternellement, trop. Elle aimerait qu'il la regarde un peu plus. Pendant que George partira à la conquête de la jeune Jenny il se rendra compte de son âge, de ce qu'il désire vraiment.
Confrontation de deux cultures, deux époques... Je fonds littéralement devant la beauté de Julie Andrews, beauté que Moore ne voit plus mais il faut parfois partir pour mieux revenir. Edwards aime brouiller les cartes et, avec ce film, nous force à passer au-delà des apparences. J'aime la distribution de ce film, ces acteurs virils (Webber, Dennehy...) qui ne jouent pas les durs, sa fantaisie, l'intelligence des répliques, la décontraction, l'absence de pudeur sans vulgarité...
Ten nous fait rire, attendrit et procure du bonheur.

18 févr. 2012

Where Danger Lives (1950) John Farrow


Film noir intéressant, Mitchum est un médecin tranquille, promis à Julie, une infirmière qui travaille à ses côtés. Une patiente qui a fait une tentative de suicide va le séduire et le médecin va effectuer une véritable descente aux enfers.
Le thème de la femme fatale est un classique dans le film noir mais ici l'intérêt réside dans le scénario qui en fait une approche originale. L'on se demande en premier lieu pourquoi les acteurs jouent si lentement, récitent leurs répliques avec douceur. Certes l'action se situe principalement, au début du film, dans un hôpital mais ensuite cela continuera. C'est une atmosphère étrange qui se dégage, presque onirique. Le réalisateur épouse le point de vue du médecin, d'abord fatigué par sa charge de travail, ensuite séduit par sa patiente, envoûté, ses sens sont amoindris. Une fois que Margo, la séductrice, lui confiera le refus d'aller plus avant dans leur relation, refus à cause du père, c'est complètement ivre que Mitchum ira à sa rencontre. La perte de sens continue, puis une rixe suivra où il recevra des coups qui causeront une commotion, il finira le film presque paralysé et recevra une balle à la fin. Il y a bien insistance sur l'état général du personnage qui perd de sa superbe et subit une déchéance de plus en plus marquée. Du risque de quitter la tranquillité incarnée par Maureen O'Sullivan (née en 1911) pour s'engager vers des aventures plus excitantes avec Faith Domergue (née en 1924). Dommage que Domergue ne dégage guère de sex-appeal, le film aurait gagné en force.
L'autre intérêt du film sont les lieux, les rencontres faites par le couple en fuite. Ils tombent sur des escrocs, des cinglés (un festival de la barbe a lieu à Ploucville et n'étant pas barbus le couple doit payer une amende, prétextant un mariage au Mexique, les locaux les marieront sur le champ !) et finissent par atterrir dans une salle de spectacle de quatrième zone pour se faire détrousser de tout ce qu'ils possèdent. Toutes ces péripéties sont teintées de folie, de paranoïa, de bizarreries filmées avec beaucoup d'effets lumineux accentuant les contrastes. Partant de San Francisco, voulant gagner le Mexique, la frontière dont Margo ne cesse de parler devient la métaphore d'un monde plus rationnel qu'ils doivent quitter rapidement.
Avec peu de moyens Farrow réussit à donner à ce film noir des contours masochistes et aliénants. Claude Rains y apparaît le temps d'une scène, c'est une raison supplémentaire de le voir.

A Girl's Own Story (1984) Jane Campion


Le générique de fin comporte une dédicace : "Aux Beatles, à mes parents, à mon petit ami et à l'esprit des années 60 dans lesquelles j'ai grandi.
Trois jeunes filles, leurs envies, leurs corps, leur époque, les Beatles. Eveil à la sexualité, envies, désirs, peurs et excitations. Le père trompe sa femme, se brouille avec elle, se réconcilie, comportements des adultes, lointains, écoeurants, perturbants. Les chansons qui les aident à s'exprimer, les baisers, les jeux entre filles, entre frère et soeur. La copine tombe enceinte. Les solitudes, le monde à découvrir, si loin, si proche. Les intérieurs non chauffés, le besoin d'amour, de réconfort, personne.
Des petites choses, des émotions, dans un univers familier et hostile, Campion filme tout cela merveilleusement dans un noir et blanc rugueux. Comme dans un film de Demy, cela finit en chanson avec un clip superbe, musique d'Alex Proyas, paroles de Jane Campion.

Dis-moi, c'est comment l'amour ?

17 févr. 2012

Val Lewton : The Man in the Shadows (2007) Kent Jones


Warner a édité un superbe coffret regroupant neuf films produits par Val Lewton chez RKO. Ce sont les classiques Cat People, The Curse of the Cat People, I Walked with a Zombie, The Body Snatcher, Isle of the Dead, Bedlam, The Leopard Man, The Ghost Ship et The Seventh Victim. Un dvd supplémentaire accompagne ce coffret, c'est un documentaire de 87 minutes commenté par Martin Scorsese.
Ces films sont produits durant le Deuxième Guerre mondiale, le public avait besoin d'oublier la guerre en allant voir massivement des films d'horreur produits à l'époque, avec succès, par la Universal. Le studio RKO décida de concurrencer Universal en produisant ses propres films d'horreur, Val Lewton fut chargé de les produire. Lewton avait de l'expérience, ayant travaillé chez Selznick huit années durant lesquelles il montra un soin particulier à insuffler des détails historiques dans les projets qu'on lui confia.
En rejoignant la RKO il devait produire ces films avec un budget modeste, 125 000 dollars alors qu'Universal consacrait deux à six fois plus d'argent sur ses films. Cette contrainte se transforma en liberté, on ne vient pas chapeauter quelqu'un qui travaille avec si peu. Il en résulta des films qui jouaient admirablement de l'ombre et de la lumière, suggérant l'horreur avec une efficacité rare et distillant une poésie, une atmosphère qui séduisent encore aujourd'hui.
Le portrait de cet homme torturé est remarquable, ses ambitions personnelles inassouvies font de Lewton un homme sombre, frustré qui donne à ces projets une tristesse et une mélancolie singulières. Le documentaire dévoile des faits biographiques qui mettent en lumière le style des films produits. Lewton avait d'autres rêves mais il s'attachait à faire son travail le mieux possible et le choix des extraits qui ponctuent le parcours de son oeuvre témoigne d'une qualité stupéfiante pur des films réalisés avec si peu de moyens. Ne reste qu'à les redécouvrir à la lumière de cet excellent documentaire.

14 févr. 2012

Maniac (1980) William Lustig


Frank a beaucoup souffert durant son enfance, sa maman voyait beaucoup d'hommes, l'enfermait, etc. ...
Devenu adulte sa sexualité en est toute troublée, il ne peut voir une femme sans avoir envie de la tuer, de la scalper, de ...
New York, les années 80, un acteur qui fait ce qu'il peut (Joe Spinell), des effets spéciaux assez bons, beaucoup aiment ce film avec passion, il est honnête cependant nous n'allons pas non plus crier au génie ou au film culte, n'exagérons rien. Signalons la séduisante Caroline Munro dans un rôle écrit avec les pieds. 
En regardant le film j'essayais d'imaginer l'impression que les spectateurs, un peu peureux, pouvaient avoir en le voyant à New York. En 1980 la ville a connu 2228 meurtres, ce qui est énorme. Cela devait certainement contribuer à procurer des frissons supplémentaires. Jusqu'au milieu des années 1990 la ville comptera en moyenne 2000 meurtres par an...

13 févr. 2012

Quatre courts de Jane Campion (1982-1984)


Peel (1982)

Campion développe souvent le thème du lien familial fragile. Des turbulences se créent autour de cette notion étrange, la famille, carcan imposé où les individus doivent faire preuve de qualités folles pour rester dans le cercle. Tim tente d'inculquer à son fils une règle simple, ne rien jeter par la fenêtre lorsqu'il roule. Le garçon est réticent, il n'obéit pas. Il jette ses pelures d'orange puis l'orange. Le père s'arrête, lui demande de ramasser. Sa soeur veut regarder son émission favorite et boude, elle se met aussi à jeter les pelures d'une orange. La nuit tombe, le frère ne partira pas tant que la soeur...
Le fils paraît capricieux, finalement l'on se rend compte qu'il obéit. Il se plie à la discipline imposée, pourtant les déchets jonchent le bord de l'autoroute et le père a déjà, devant son fils, jeté quelque chose par la fenêtre. La tante le fera également. Difficulté de construire un monde avec des règles, difficultés de grandir au sein de ce monde. Campion montre l'ensemble sans pour autant souligner un point de vue particulier, seul le spectateur doit y faire son chemin.



Passionless Moments (1983)

Ces moments particuliers où l'on pense, sans parfois qu'il y ait un sens, à une chose en en faisant une autre sont décrits par Campion en une succession de courtes scènes commentées par une voix off. Le cerveau nous envoie sans cesse des images en relation avec les moments vécus. Le cerveau crée des liens parfois poétiques, bâtis à partir d'une image, d'une odeur, d'un son. Ces "moments ont une présence fragile", ils "disparaissent presque aussitôt nés." Campion les filme, ils seront dans ses projets ultérieurs à leur place, ils font partie du monde, d'un univers sensible.



Mishaps of Seduction and Conquest (1984)

Deux hommes partent à l'aventure, George Mallory et son frère. L'un part à la conquête de l'Everest, il y perdra la vie, l'autre tente de séduire une femme. Suivent leurs lettres, échangées en 1924. C'est le court le moins convaincant qui tente de les relier, de montrer un lien dramatique, prémonitoire à plusieurs milliers de kilomètre de distance. Le rouge pouvant évoquer la passion mais aussi la mort. L'amoureux, ayant conquis sa belle, la délaissera au moment où George périra durant l'ascension.



After Hours (1984)

After hours, ce sont les heures disponibles, celles après le travail et avant le repas, ces fameuses "5 à 7". Une jeune adolescente, qui pratique la natation, travaille dans un bureau. Son patron lui demande de rester un peu après la journée de travail et va tenter de la violer. Cet événement va l'isoler des autres, perturber son quotidien, lui apporter opprobre et ennuis alors que le patron voit son entourage le réconforter. Sujet de société, le viol ou le harcèlement sexuel, est traité par le biais des sens, de la perception sensible de la jeune fille de l'univers qui l'entoure, qui devient source de claustrophobie, de danger. Elle se retire doucement, se replie sur elle-même, finissant par plonger dans un bain rassurant.
Avec ce court Campion se rapproche d'une vision du monde qu'elle adoptera pleinement dans ses films ultérieurs. C'est le court le plus réussi, une atmosphère unique se dégage souligné avec pertinence par la musique d'Alex Proyas.

Laughing Gas / Charlot dentiste (1914) Charlie Chaplin


A partir de ce court Chaplin réalisera tous ses films. Celui-ci est composé de deux parties, la première où l'on voit Charlot faire son travail de factotum dans le cabinet du Dr Pain. Il ennuie absolument tous ceux qui sont en sa présence et c'est une suite de gifles, coups de pied sans réelle inventivité. L'ensemble s'améliore dans la seconde partie où le Charlot prend la place du dentiste. Il profite de cette situation pour côtoyer de plus près une jeune femme élégante, c'est le passage le plus réussi du film, ensuite il s'occupera avec rudesse de deux énergumènes (dont Mck Swain) qu'il avait en partie édentés dans la rue.
Dans cette seconde partie Chaplin joue à merveille des accessoires à sa disposition et hisse la qualité de sa prestation bien au-dessus des ressorts physiques habituels de la farce.

11 févr. 2012

Mabel's Married Life / Charlot et le mannequin (1914) Charlie Chaplin


Tourné à Echo Park, non  loin des studios Keystone, ce récit est moins hétéroclite que nombre des réalisations précédentes. Le scénario ne s'éparpille pas dans de nombreuses directions, plus resserré et plus cohérent le récit gagne en qualité.
Charlot et avec sa femme, jouée par Mabel Normand, dans un parc. Un autre couple, Mack Swain et une autre actrice, y prennent l'air. Ce dernier profite de l'absence de Charlot pour séduire sa compagne. Pendant ce temps Charlot est au bar. le personnage est représenté ici comme un bel ivrogne qui n'a qu'une obsession : l'alcool. Après avoir défendu son épouse il rentre avec elle chez eux mais s'arrête encore une fois au bar. L'épouse agacée achète un mannequin de combat pour lui jouer un mauvais tour. Habillé comme Swain, Charlot le prend pour le prétendant effronté, il est totalement ivre et se bat avec le mannequin un bon moment. 
Lorsque le récit fait l'objet d'une attention plus soutenue Chaplin peut développer des détails, un jeu moins frénétique. Son personnage est alors mieux construit et l'on apprécie les subtilités, la fausse conversation avant le combat. Voilà un court qui se place un niveau au-dessus.

10 févr. 2012

Knock on Any Door / Les ruelles du malheur (1949) Nicholas Ray


Bogart, impressionné par le premier film de Nicholas Ray, They Live by Night, demande au réalisateur de tourner l'adaptation du best-seller de Williard Motley. 
Bogart interprète un avocat qui va défendre un jeune garçon qu'il connaît bien. Accusé de meurtre celui-ci vient du même quartier dont s'est extrait difficilement l'avocat.
Film social progressiste qui fait le portrait d'une jeunesse délaissée, le sujet convient à merveille au réalisateur qui exploitera ce thème dans de nombreux films. Le film prône l'éducatif, la main tendue contre le répressif et l'abandon. Il mêle également les genres entre films de procès et films de gangsters, film à message social... Ce qui transparaît est un double sentiment qui doit conduire à la remise en question : les efforts, le dynamisme de ces jeunes gens (Nick aidé et motivé par Emma) qui sont annihilés par une fatalité tragique. Le discours se place sur le dernier terme, la fatalité pouvant être combattue. Bogart le fait avec conviction face au District Attorney joué par l'excellent George Macready. Le juge a des allures de brute puisque c'est Barry Kelley qui lui prête son physique de truand.
En dépit de la force qui se dégage du film, il subsiste une candeur qui jure avec la noirceur essentielle à l'oeuvre, quelque chose d'encore trop angélique parsème le récit, John Derek n'était peut-être pas le meilleur choix possible pour incarner les démons et la dualité du personnage.

7 févr. 2012

Bloodbrothers / Les chaînes du sang (1978) Robert Mulligan


Il y a des familles qu'il faut fuir si l'on veut rester vivant. Ici vivant signifie différent. Stony ne veut pas marcher dans les pas de son père, celui-ci insiste lourdement et semble tout miser sur l'entrée du fiston dans son entreprise mais c'est autre chose qui le passionne. Stony comprendra qu'il n'y a pas d'issue s'il reste au contact des siens.
Cercle familial différent de celui décrit dans To Kill A Mockingbird, Mulligan pourrait sombrer dans la facilité en se contentant de démontrer que tous les membres ou presque de la famille De Coco sont cinglés, certes ils le sont mais chacun a son secret, son drame personnel et s'accroche maladroitement à une chimère : la famille unie. Gere, en fils qui est en cours de sortie de chrysalide n'est pas totalement convaincant en revanche Tony Lo Bianco est excellent, tout comme Paul Sorvino, deux acteurs attachants que nous aimons retrouver quelque soit le morceau de pellicule impressionnée.
Mulligan montre parfaitement les hystéries domestiques et les promesses sans lendemain.

6 févr. 2012

Brothers (2009) Jim Sheridan


Film presque banal dans la mesure où le scénario est cousu de fil blanc et pourtant je fonds devant lui, surtout grâce à la performance des acteurs, à la qualité du casting. je fonds alors même que je l'ai déjà vu.
Tobey Maguire, Jake Gyllenhaal, Natalie Portman mais aussi la présence tutélaire de Sam Shepard et le jeu étonnant de la petite Bailee Madison. Sheridan donne à ce film "Dossiers de l'écran : section retour de guerre, pochette Afghanistan" une dimension crédible, chaleureuse, les acteurs n'en font pas des tonnes et émeuvent le spectateur avec efficacité. La durée du film permet de laisser le récit se dérouler et faire exister les personnages. Du bon boulot d'artisan.

Liberté Oléron (2000) Bruno Podalydès


Les vacances. L'ennui et la possibilité d'acquérir un bateau. Voici le père (Denis Podalydès) qui revêt les habits de capitaine. Tyrannie domestique, comique du quotidien, l'on rit beaucoup à la vision de ce film parfait de distance, de point de vue, le sommet étant constitué par la chute de madame dans l'eau et son sauvetage. Cependant c'est le tragique qui pointe son nez lorsque la famille est en détresse au large, là se dénouent les noeuds familiaux qui feront grandir le groupe.
Les Podalydès sont à l'image, au scénario et à la réalisation, aidés par Eric Elmosnino, mécanicien rugueux. La dérision des us et coutumes des familles en vacances est un bonheur. Ce qui reste le plus attachant sont les regards de ces enfants sur les adultes idiots qui ne savent pas vraiment appréhender le monde mais qui tentent, par tous les moyens, de s'en donner l'illusion.

5 févr. 2012

Les tontons flingueurs (1963) Georges Lautner


Les répliques écrites par Audiard font toujours mouche et la compagnie de ces énergumènes n'est pas désagréable. Le film comporte des longueurs mais les moments forts qui le ponctuent les relèguent à l'arrière-plan. C'est Francis Blanche qui a toute mon affection, il arrive à dégager une maîtrise et un sens de l'absurde qui est unique, Ventura ou Blier sont énormes mais ma préférence va à Blanche. Il me faudrait faire la liste de tous les films où il joue pour mieux le connaître.
La confrontation entre ces tontons et cette jeunesse est un des thèmes du film mais c'est celui qui m'ennuie le plus. Même l'excellent Claude Rich m'agace, je ne parle même pas de cette jeune actrice dont je me refuse à chercher le nom. C'est dans ces moments que le film souffre le plus. Son côté international, Frank Horst et Venantino Venantini, me plaît davantage, il fait écho au ton composite de l'oeuvre, entre premier degré, respect du genre et décalage. 
La particularité de ce film est de ne pouvoir se revoir que par morceaux, en usant de la télécommande ou des rondelles disponibles sur YouTube, ceci afin d'éviter les moments yéyé  car si je devais le voir dans son intégralité je préférerais alors me repasser Touchez pas au Grisbi

Bunny Lake Is Missing / Bunny Lake a disparu (1965) Otto Preminger


Une jeune femme vient chercher son enfant à la fin de sa première journée d'école mais elle a disparu. Peu à peu l'existence même de la fillette est remise en question, la police soupçonne la jeune femme d'aliénation mentale, d'affabulation...
Intéressant thriller psychologique, Preminger peuple son film de personnages loufoques qui obligent le spectateur à remettre en cause le savoir qu'il avait accumulé. Dans un Londres très swinging sixties le temps, pour certains de ses habitants, semble s'être arrêté depuis bien longtemps, l'appartement de l'ancienne directrice perchée en haut de l'école avec ses récits de cauchemars d'enfants enregistrés sur cassette, celui du propriétaire vicelard ou encore cette étrange hôpital pour poupées. Un solide casting sert le film : Laurence Olivier est très sobre, son assurance tranquille en fait un commissaire patient et ingénieux, Carol Lynley parvient à ne pas être ridicule dans un rôle difficile, Dullea offre son visage neutre et candide avec beaucoup d'à propos et puis remarquons la présence d'Anna Massey, vue dans Frenzy un peu plus tard...
Un mot pour souligner le très beau générique de Saul Bass, jeu subtil entre les notions de visible et invisible, où l'on perçoit que le plus simple peut être le plus efficace. La présence de The Zombies n'est pas non plus pour nous déplaire. 
La détresse de Lynley dans le magasin de poupées ou les berfs plans dans l'animalerie de l'hôpital sont de ceux qui justifient à eux seuls la réalisation de ce film.

4 févr. 2012

Deliverance (1972) John Boorman


Connu entre initiés par un mot de passe assez potache : "Couine cochon !", le récit de James Dickey avait retenu l'attention de Peckinpah mais c'est John Boorman qui réalisa cette fable sauvage. Une fois vue l'on ne peut pas s'empêcher de refaire régulièrement cette descente en canoë.
Le film repose sur plusieurs couches d'oppositions : celle qui fait la mixité du groupe d'amis, celle qui sépare les citadins venus se distraire des locaux et celle, plus globale, qui trace la frontière entre la nature sauvage et la ville, la civilisation.
Le thème écologique du viol de la nature par l'industrialisation est évoqué dès le début du film. Cette rivière et ces paysages traversés vont être noyés à cause de la construction d'un barrage. Ce trip est vécu différemment par les quatre hommes. Lewis (Burt Reynolds plus wild que jamais, poitrine velue au vent) est le mâle du groupe, le chef de la meute, celui sur qui se reposent les autres. il ne veut faire qu'un avec la nature mais la connaît mal, il peine à trouver sa route au début et nous avons le sentiment que les rapides ponctuant la rivière sont très mal évalués. Ed (sublime Jon Voight) est l'intellectuel du groupe, il est curieux, prend du plaisir  à se retrouver dans un milieu différent mais il est également attiré par la personnalité de Lewis, très loin de la sienne, plus tranquille, sereine et sensible, il est fasciné par sa virilité. Il n'hésite d'ailleurs pas à reconnaître les compétences de son mentor. Drew (Ronny Cox) et Bobby (excellent Ned Beatty, la scène du repas final où il se lève devant Ed et ne cesse de le regarder est une grande scène où il a sa part) sont plus secondaires. Les sarcasmes idiots de Bobby sur les ploucs de la cambrousse lui vaudront de se coltiner avec l'aspect le plus brutal des susnommés. Quant à Drew, l'artiste du groupe, il n'arrivera jamais à s'adapter et à quitter ses principes moraux.
Les péripéties rencontrées viennent perturber l'équilibre du groupe et ces portraits en pleine nature sont réellement touchés par la grâce. 

2 févr. 2012

Mabel's Busy Day / Charlot et les saucisses (1914) Mabel Normand


Encore une fois, c'est autour d'un événement, une démonstration de voitures de course au Ascot Park Speedway le 17 mai 1914, que le film prend corps. Quelques plans de la course, une caméra installée en sortie de virage, sont montés avec une trame narrative rudimentaire où Mabel Normand est une vendeuse de hot dogs qui tente de gagner sa vie. Un policier la fait entrer sans qu'elle paye un ticket en se servant au passage. Charlot, vêtu plus convenablement que d'habitude, force le passage et perturbe l'ensemble : vols, gifles, bagarres...
Le film souffre encore d'un manque de préparation, les procédés de la farce sont encore privilégiés. En avançant chronologiquement dans la filmographie nous restons aux aguets, attendant de voir naître ce qui sera un des plus grands personnages de l'histoire du cinéma. Les balbutiements des Keystone Comedies, pour le moment, gardent le charme de cette attente.

Kind Hearts and Coronets / Noblesse oblige (1949) Robert Hamer


Histoire d'une revanche, d'une vengeance où le fils, Louis Mazzini, est l'instrument de sa mère. Celle-ci, aristocrate s'est mariée avec un chanteur d'opéra italien, la mésalliance est aussitôt suivie d'une exclusion de la famille D'Ascoyne. La mère n'aura de cesse d'élever son fils avec l'objectif qu'il hérite du duché. Seulement il y a de nombreux prétendants, encore vivants. Lorsque la mère meurt,les D'Ascoyne refuse le caveau familial à la dépouille. Louis veut alors se venger en les tuant tous jusqu'à ce qu'il soit le seul héritier.
C'est avec une voix-off douce, posée que l'on suit la lente et tranquille exécution du plan de Louis. Ce dernier est maître de ses gestes et abonde en idées toutes plus ingénieuse les unes que les autres. Il faut reconnaître que les cibles sont faciles, Alec Guiness joue tous les rôles, huit au total, de cette famille illustre. Le carnage se déroule avec un flegme bien anglais et laisse percevoir une idiotie, une décrépitude, un intéressement chez tous le personnages. C'est une société dans laquelle nous n'avons pas envie de vivre mais qui, de notre fauteuil, nous fait bien rire. Hamer trouve un ton acide et serein qui n'a que peu d'équivalent.

American Splendor (2003) Shari Springer Berman, Robert Pulcini


Film biographique autour de Harvey Pekar, un employé administratif travaillant dans un hôpital et passant sa vie à trouver qu'il n'est rien. De ce néant, aidé en cela par le succès littéraire de son ami Robert Crumb, il va tirer des idées de bandes dessinées dont il lui soumet le projet. Crumb adhère et c'est parti pour la saga "American Splendor". Suivront le récit de sa rencontre avec Joyce, de son cancer...
Film bien ficelé dans sa manière d'agencer la réalité, avec l'intervention des personnalités concernées, et la fiction. Un comique issu du quotidien vu avec un pessimisme noir, une histoire de la solitude qui finit par rejoindre la normalité, femme et enfant. Pas désagréable. Pas suffisamment excitant pour donner envie de lire les volumes papier.