25 févr. 2012

Recreation / Fièvre printanière (1914) Charlie Chaplin


Prévu pour accompagner un film éducatif, Recreation est un film paresseux. Conçu et tourné pour meubler. Un parc, des bancs, un couple et Charlot qui tente de séduire madame. Baffes et briques volantes, policiers... Comme tout ce beau monde a chaud ils finissent dans le lac.
Le film a souffert et le matériel récupéré n'est pas suffisant pour le monter dans son intégralité. Je n'ai pas le sentiment que nous ayons manqué quelque chose.
Vraiment pour compléter.

24 févr. 2012

Bad Boys (1983) Rick Rosenthal


Délinquance juvénile, rivalité de rue, centre de détention pour mineurs et rédemption...voilà le programme de ce film qui a pour acteur principal Sean Penn, plutôt bon. Les qualités principales sont l'authenticité dégagée par le jeu des acteurs, le soin apporté aux décors, l'image granuleuse du film. Eric Gurry (Horowitz) a une bonne bouille mais il n'a pas fait long feu dans l'industrie cinématographique en revanche Clancy Brown (et sa chevelure viking) est resté dans le circuit, son visage et sa corpulence se rencontrent ici et là, pas toujours dans des productions ambitieuses d'ailleurs.
Scénario de base qui ne fait pas l'intérêt du film mais Rosenthal arrive à conserver une homogénéité et de vraies ambiances dans les scènes qui se succèdent sans transcender le spectateur mais sans l'ennuyer véritablement non plus.

The Face on the Bar Room Floor / Charlot artiste peintre (1914) Charlie Chaplin


Où l'on sent poindre chez Chaplin une ambition qui va au-delà des slapsticks habituels, non pas que ces derniers soient inférieurs mais depuis son arrivée chez Keystone Chaplin veut aller plus loin que le statut d'acteur. Il désire réaliser et une fois qu'il arrive à ses fins il veut apporter un supplément dramatique à ses réalisations.
Ainsi ce court qui parodie un poème relatant les mésaventures d'un peintre qui voit sa belle partir avec un autre homme. Charlot rentre dans un bar et commence à raconter son passé. De nombreux cartons, assez inhabituels, traduisent la crainte du réalisateur que les spectateurs ne comprennent pas bien le fil narratif. Suivent son histoire, racontée par le biais de retours en arrière, autre élément novateur chez Chaplin. Le comique surgit du fossé entre ce que raconte le vagabond aux autres clients du bar (ce qui rend les cartons nécessaires) et la réalité représentée. Le charisme et le talent chantés par Charlot sont absents des scènes en flash back. 
Voici un court plus étoffé, cinématographiquement parlant, que toutes les réalisations précédentes de Chaplin. L'intérêt de les voir dans leur ordre chronologique repose essentiellement sur ces manifestations,  percevoir les soubresauts, la naissance d'un talent qui va se transformer en génie. 

23 févr. 2012

Three Days of the Condor / Les trois jours du condor (1975) Sidney Pollack


Un agent de la CIA (Redford alias Condor), chargé de repérer dans les romans policiers, les bandes dessinées d'éventuels messages codés revient de la mission sandwich à son bureau pour constater que tous ses collègues ont été assassinés. Il demande de l'aide à sa hiérarchie mais au moment de la prise de contact il échappe de peu à la mort. Il décide alors de se réfugier chez une inconnue (Faye Dunaway qui passait par là) pour mettre de l'ordre dans ses idées. 
Vu à la télé, en vhs, en dvd, en salle et acheté en blu-ray cette après-midi, dans le lecteur en soirée. Tout est intact, rien ne manque.
D'abord New York en toile de fond filmé par Owen Roizman, le World Trade Center (sa vue, le hall d'une des tours, visible dans le docu des frères Naudet), le Brooklyn Bridge et même quelques plans à l'intérieur du Guggenheim. Je ne m'en lasse pas.
Redford et Dunaway en couple hitchcockien (voir la scène de la première nuit notamment, manquent juste les menottes), inconnus qui doivent partager quelques jours ensemble, ça finit par fusionner. Ces deux-là sont "glamour" en diable, difficile de résister à leurs charmes. Pourtant ma préférence va à Max von Sydow, il interprète un tueur professionnel, cool attitude, amateur de soldats de plomb, ne laissant rien au hasard. Cormac McCarthy ne peut pas ne pas avoir pensé à lui en écrivant No Country for Old Men. Revoyez la scène des meurtres au début, cette façon qu'à von Sydow de demander à Janice de s'écarter de la fenêtre, de lui répéter tranquillement la question, exactement comme le fait Anton Chigurh. Je n'ai pas lu le roman, il se peut que les frères Coen aient placé dans le film un hommage, une citation, ils sont coutumiers du fait. Sydow dégage des sentiments troubles, un effroi transmis par son aspect spectral et une assurance, une confiance car il est méticuleux. 
J'aime également revoir la bouille particulière de Cliff Robertson.
Un régal.

"You have no much future there. It will happen this way. You may be walking. Maybe the first sunny day of the spring. And a car will slow beside you, and a door will open, and someone you know, maybe even trust, will get out of the car. And he will smile, a becoming smile. But he will leave open the door of the car and offer to give you a lift."

L'albero degli zoccoli / L'arbre aux sabots (1978) Ermanno Olmi


Quelques saisons d'une ferme lombarde à la fin du XIXème siècle. Quatre à cinq familles de paysans exploitent les terres du propriétaire qui possède la maison, les étables, la terre, les arbres et une partie du bétail. Les paysans reçoivent un pourcentage de la récolte pour tout salaire.
Tourné avec des acteurs non-professionnels, Olmi prend le temps (le film dure trois heures) de décrire les actes de la vie quotidienne de ces familles. Ce sont de véritables tableaux composés qui s'égrènent, qui pourraient s'intituler : Veillées, Paysans autour du feu, Travaux des champs... Tout et tous sont convoqués : le curé qui pousse le petit dernier à l'école, le vétérinaire, le boucher qui vient tuer le cochon,  la fête foraine et ses multiples stands, le marchand ambulant... Olmi représente ces hommes et ces femmes avec une dignité intense, ils vivent près de la terre, au gré des éléments naturels qu'ils accueillent avec harmonie. Solidarité entre générations, transmission d'un savoir, respect du savoir enseigné à l'école. Superbe scène d'un mariage et d'un trajet en péniche à la ville. Le patron, être un peu mystérieux qui ne se donne à voir que rarement est cependant présent dans les esprits. Le patron a accès à l'art, tableaux et musique qui, jouée, arrête la vie des paysans  hébétés devant tant de beauté lointaine. Il y a présence d'un discours politique mais par imprégnation. Les difficultés rencontrées, l'arbre coupé, le châtiment qui en résulte est source d'injustice et le chariot de Batisti pourrait bien s'arrêter dans la ferme de Novocento.

22 févr. 2012

The Hit (1984) Stephen Frears


Willie (Terence Stamp) est un truand qui donne ses petits camarades et, par son témoignage, les fait condamner. Ces derniers lui chantent alors le "We'll Meet Again" chanté par Vera Lynn, les cinéphiles connaissent bien ce morceau qui figure à la fin de Dr. Strangelove
Nous retrouvons Willie dix ans plus tard en Espagne, il bénéficie d'une protection rapprochée et peut vivre sa passion, la littérature. Willie est devenu un épicurien tranquille, un truand devenu esthète. Il profite de la vie, la goûte avec gourmandise.
Le récit exige que son passé se rappelle à lui, il se fait enlever par des petites frappes espagnoles qui le confie à deux anglais (Tim Roth et John Hurt) qui seront obligés de prendre avec eux une jeune espagnole. Ils doivent le ramener jusqu'à Paris où, vraisemblablement, il subira la vengeance de ses ex-amis mélomanes.
Commence alors un huis clos, quatre personnages dans une voiture, où chacun joue son rôle. Willie tente de semer le trouble entre ses deux cerbères. Le plus jeune a la fougue d'un hooligan, impulsif, nerveux, bavard, sa fougue mais aussi sa stupidité. L'autre est un vieux routier, un tueur qui économise ses paroles, ses gestes avec un soupçon de fatigue, de lassitude. Roth et Hurt jouent merveilleusement de leurs différences. Willie les étonne et force leur admiration, pas forcément pour les mêmes raisons. Sa sérénité, sa philosophie, son abnégation les questionnent et finissent par imposer un charisme auquel ils ne s'attendaient pas. Tramp redonne ici un peu de la magie distillée par le personnage qu'il incarnait dans Teorema, la roublardise en plus.
C'est une partie d'échecs qui se joue, sur le fil étroit du funambule, avec, en arrière-plan, des paysages désolés, une Espagne désertique épurée où le regard ne s'arrête que sur une station-service de temps à autre. Il faut éviter les recherches de la police espagnole menée par Fernando Rey. Un mouvement superbe se déploie, plus l'on se rapproche des Pyrénées, plus le paysage prend vie, végétation, sources d'eau mais c'est aussi se rapprocher de l'issue fatale pour Willie.
La vie se joue sur des détails, sur une hypothèse qui se voit contredite par la réalité, sur une erreur, un renoncement, une fatigue ou une émotion qui conduit au pardon et à la mort.
Frears signe une film noir d'une modernité et d'un classicisme remarquables. L'on ne se lasse pas de suivre ces destins grandioses et absurdes à la fois, servis par une distribution idéale.

21 févr. 2012

Tension (1949) John Berry


Tension comme la pression que doit imposer un détective au suspect jusqu'à ce qu'il craque. Le lieutenant Bonnabel (Barry Sullivan) présente aux spectateurs sa théorie et vient l'illustrer avec le récit d'une affaire qu'il commentera de temps à autre en voix off jusqu'à ce qu'il intervienne directement dans le récit.
Une histoire de couple, Quimby (Richard Basehart) s'est marié avec une jolie garce, interprétée avec talent par Audrey Totter. Elle le laisse tomber pour attraper un plus gros poisson. Quimby, furieux, planifie de tuer le rival puis abandonne. L'affaire se complique lorsque l'on retrouvera l'amant mort.
Film noir séduisant, les charmes de Totter et de Cyd Charisse n'y sont pas étrangers. Le rythme tranquille du récit n'est pas dérangeant excepté si l'on recherche une tension promise par le titre. Celle-ci est plus un clin d'oeil fait au spectateur qui doit prendre conscience du double jeu de Sullivan, souligné par l'élastique avec lequel il aime jouer. Saluons la performance honnête de Richard Baseheart et la combinaison heureuse des intérieurs et des extérieurs du film qui donnent de l'air au récit. 
Petit bémol en ce qui concerne l'aveuglement des enquêteurs et leur fausse trouvaille devant les ressemblances flagrantes entre Quimby et Sothern...

Sabita naifu / Rusty Knife (1958) Toshio Masuda


Inédit en France, Sabita naifu est disponible dans le coffret Nikkatsu Noir édité par Criterion. Dans une ville en pleine expansion, dans l'après-guerre, un homme ayant commis un meutre qui lui a valu cinq années de prison va devoir replonger dans la violence en s'apercevant qu'il avait tué un innocent. 
Un scénario assez bien ficelé aborde la difficulté pour un ancien yakuza de rester en dehors du milieu, le film est réalisé dans un scope qui utilise avantageusement la profondeur de champ et la largeur du cadre, la composition de l'image est un des points forts du cinéma japonais. Après un premier tiers mené monté à toute allure à coups d'ellipses incisives le film marque le pas et prend des allures plus sereines, plus classiques. Quelques scènes d'action filmées sommairement ponctuent une intrigue qui mêle plusieurs destins. J'aime assez l'usage de la radio que fait le big boss, sorte de Mabuse  japonais. Yujiro Ishihara et Mie Kitahara forment à nouveau le couple de Ore wa matteru ze.

20 févr. 2012

The Property Man / Charlot garçon de théâtre (1914) Charlie Chaplin


Charlot est accessoiriste dans un music-hall. En attendant la venue des différents artistes il boit et s'amuse à se moquer de l'autre accessoiriste, beaucoup plus âgé que lui. Lorsque les artistes arrivent, les problèmes commencent. Ces derniers sont snobs ou tyrannique, comme l'homme fort du spectacle.
Chaplin continue gaillardement sur la ligne du slapstick, la représentation sera une catastrophe, Charlot étant l'élément du chaos. Peu de poésie ici, de la farce pure. Il fut reproché à Chaplin ces coups donnés allègrement à son vieux partenaire, pourquoi ne pas l'avoir fait lorsqu'il s'exerçait avec des femmes ? Charlot frappe tout ce qui bouge avec puérilité et roublardise, comme un enfant qui, muni d'un marteau, exploserait le crâne de son voisin, en constatant, visage inexpressif, que ce sont là d'étranges couleurs qui parent ce visage ensanglanté.
Tout se termine en pugilat explosif qu'une lance à incendie, tenue par Charlot, vient noyer. Les spectateurs du show reçoivent leur dose dans un bel élan de générosité.

19 févr. 2012

Ten / Elle (1979) Blake Edwards


Une réussite de Blake Edwards sur la crise de la quarantaine.
George Webber (Dudley Moore) a besoin de séduire, il a le blues. Lorsqu'il aperçoit Jenny (Bo Derek), c'est le coup de foudre, seulement la jeune femme est en robe de mariée. George n'aura de cesse de la traquer jusqu'à arriver dans son lit, de goûter au "summer of a youngest smile".
Edwards nous offre un film drôle et intelligent. Drôle car Webber est un personnage qui doute de lui, il en devient maladroit, burlesque. Il provoque le rire et l'on a envie de le rassurer. Ce que fait sa compagne, Sam (Julie Andrews), qui n'est pas mariée avec lui mais qui l'aime, presque maternellement, trop. Elle aimerait qu'il la regarde un peu plus. Pendant que George partira à la conquête de la jeune Jenny il se rendra compte de son âge, de ce qu'il désire vraiment.
Confrontation de deux cultures, deux époques... Je fonds littéralement devant la beauté de Julie Andrews, beauté que Moore ne voit plus mais il faut parfois partir pour mieux revenir. Edwards aime brouiller les cartes et, avec ce film, nous force à passer au-delà des apparences. J'aime la distribution de ce film, ces acteurs virils (Webber, Dennehy...) qui ne jouent pas les durs, sa fantaisie, l'intelligence des répliques, la décontraction, l'absence de pudeur sans vulgarité...
Ten nous fait rire, attendrit et procure du bonheur.

Music for the Movies : Bernard Herrmann (1992) Joshua Waletzky


Je ne sais plus qui a dit qu'une bonne musique de film ne devait pas attirer l'attention du spectateur. Avec Bernard Herrmann vous ne pouvez pas ne pas prêter attention à celles qu'il a composées, elles collent au film, le soutiennent et même le transcendent. Tant et si bien qu'en revoyant les films auxquels il a travaillé vous prenez un plaisir à revoir le film et à entendre la musique. Viennent ensuite les achats des disques pour vivre avec ses compositions car une fois pris au piège, les bandes originales de Vertigo, North by Northwest ou encore Taxi Driver, pour ne citer que celles-ci, ne vous quittent pas.
Ce documentaire présente quelques images privées de B. Herrmann et évoque son parcours, trop rapidement à mon goût. Ses débuts en tant que chef d'orchestre à la radio, sa venue à Hollywood grâce à Orson Welles, puis Hitchcock, la rupture avec Hitchcock et son travail avec Scorsese. Quelques spécialistes évoquent son usage des tierces parallèles, cette faculté de ne pas plonger dans une mélodie mais d'user d'une structure brève qu'il déploie à merveille en usant de variations. Ecoutez les sons graves qui enveloppent la mort de Charles Foster Kane, cette atmosphère puissante, ces sons crépusculaires qui traduisent une émotion intense ou ceux qui débutent Cape Fear, les huit cors qui posent une tension, une violence inéluctable. Et le saxo et les percussions de Taxi Driver, pleurant la solitude de Travis Bickle...
Herrmann était un tempérament, quelqu'un d'asocial qui ressentait les émotions avec intensité, sa musique véhicule cette personnalité qui pouvait parfois écraser un film, le documentaire aborde les difficultés de Truffaut pour amener Herrmann a quelque chose de plus léger dans La mariée était en noir. Un passage du documentaire est précieux, l'on peut y voir une scène de Torn Curtain avec sa musique, refusée par Hitchcock.
Gloire à Bernard Herrmann.

18 févr. 2012

Where Danger Lives (1950) John Farrow


Film noir intéressant, Mitchum est un médecin tranquille, promis à Julie, une infirmière qui travaille à ses côtés. Une patiente qui a fait une tentative de suicide va le séduire et le médecin va effectuer une véritable descente aux enfers.
Le thème de la femme fatale est un classique dans le film noir mais ici l'intérêt réside dans le scénario qui en fait une approche originale. L'on se demande en premier lieu pourquoi les acteurs jouent si lentement, récitent leurs répliques avec douceur. Certes l'action se situe principalement, au début du film, dans un hôpital mais ensuite cela continuera. C'est une atmosphère étrange qui se dégage, presque onirique. Le réalisateur épouse le point de vue du médecin, d'abord fatigué par sa charge de travail, ensuite séduit par sa patiente, envoûté, ses sens sont amoindris. Une fois que Margo, la séductrice, lui confiera le refus d'aller plus avant dans leur relation, refus à cause du père, c'est complètement ivre que Mitchum ira à sa rencontre. La perte de sens continue, puis une rixe suivra où il recevra des coups qui causeront une commotion, il finira le film presque paralysé et recevra une balle à la fin. Il y a bien insistance sur l'état général du personnage qui perd de sa superbe et subit une déchéance de plus en plus marquée. Du risque de quitter la tranquillité incarnée par Maureen O'Sullivan (née en 1911) pour s'engager vers des aventures plus excitantes avec Faith Domergue (née en 1924). Dommage que Domergue ne dégage guère de sex-appeal, le film aurait gagné en force.
L'autre intérêt du film sont les lieux, les rencontres faites par le couple en fuite. Ils tombent sur des escrocs, des cinglés (un festival de la barbe a lieu à Ploucville et n'étant pas barbus le couple doit payer une amende, prétextant un mariage au Mexique, les locaux les marieront sur le champ !) et finissent par atterrir dans une salle de spectacle de quatrième zone pour se faire détrousser de tout ce qu'ils possèdent. Toutes ces péripéties sont teintées de folie, de paranoïa, de bizarreries filmées avec beaucoup d'effets lumineux accentuant les contrastes. Partant de San Francisco, voulant gagner le Mexique, la frontière dont Margo ne cesse de parler devient la métaphore d'un monde plus rationnel qu'ils doivent quitter rapidement.
Avec peu de moyens Farrow réussit à donner à ce film noir des contours masochistes et aliénants. Claude Rains y apparaît le temps d'une scène, c'est une raison supplémentaire de le voir.

A Girl's Own Story (1984) Jane Campion


Le générique de fin comporte une dédicace : "Aux Beatles, à mes parents, à mon petit ami et à l'esprit des années 60 dans lesquelles j'ai grandi.
Trois jeunes filles, leurs envies, leurs corps, leur époque, les Beatles. Eveil à la sexualité, envies, désirs, peurs et excitations. Le père trompe sa femme, se brouille avec elle, se réconcilie, comportements des adultes, lointains, écoeurants, perturbants. Les chansons qui les aident à s'exprimer, les baisers, les jeux entre filles, entre frère et soeur. La copine tombe enceinte. Les solitudes, le monde à découvrir, si loin, si proche. Les intérieurs non chauffés, le besoin d'amour, de réconfort, personne.
Des petites choses, des émotions, dans un univers familier et hostile, Campion filme tout cela merveilleusement dans un noir et blanc rugueux. Comme dans un film de Demy, cela finit en chanson avec un clip superbe, musique d'Alex Proyas, paroles de Jane Campion.

Dis-moi, c'est comment l'amour ?

17 févr. 2012

Contact (1997) Robert Zemeckis


J'ai commandé, joie de l'internet (comment faisions-nous avant ?), Cosmos, la série documentaire de Carl Sagan. Cela m'a donné envie de replonger dans le film de Zemeckis tiré du roman de Sagan, auquel il a d'ailleurs participé, décédé durant la production, le film lui est dédié. Je craignais un coup de vieux mais non, le travail bien fait ne vieillit pas, nous pouvons dire également qu'il vieillit bien.
C'est un film de science-fiction intelligent, il y en a peu, le premier d'entre eux étant 2001 mais Contact n'a pas à rougir de la comparaison, même si l'histoire d'amour, éternelles histoires d'amour au cinéma, est le volet qui me plaît le moins dans le film, McConaughey n'y étant pas étranger.
Je disais donc intelligent, le film pose des questions tout en n'étant pas affirmatif dans ses réponses. Le thème de la présence d'une vie extra-terrestre dans l'espace est la question majeure, thème passionnant. C'est l'objet des recherches effectuées par le SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence), projet d'écoutes de l'espace, projet qui occupait beaucoup Sagan. L'intérêt du récit est d'imaginer la réception d'un message, la fiction est le domaine de la rêverie, des hypothèses. 
L'histoire est suffisamment prenante (exceptée la love story), les acteurs suffisamment bons (beau casting qui regroupe Jodie Foster, James Woods, John Hurt, Tom Skerritt, Angela Bassett, David Morse, Rob Lowe), les effets spéciaux ne sont pas ridicules, pas d'esbroufe mais toujours un usage pertinent. Les mouvements de caméra sont judicieux et ont un sens, comme le superbe mouvement qui débute le film.
L'aspect scientifique du film n'évacue pas le rêve qui découle systématiquement de la question extra-terrestre, Zemeckis est un conteur qui donne à ses films cette double identité, un solide arrière-plan réaliste et une poésie relative à l'enfance (à ceux qui en conservent une part), il a admirablement traité le sujet. Le montage de séquences historiques (le discours de Clinton) est incorporé au film avec une jubilation que l'on retrouvera dans Forrest Gump (je crois avoir deviné Robin Wright sur une photographie qui représente la mère décédée de Foster mais c'est à vérifier).
Une anecdote personnelle : la première fois que je me suis rendu compte de l'immensité de l'univers a eu lieu le jour où mon instituteur nous a parlé de la plaque Pioneer, lancées en 1972, celle qui représente un homme et une femme nus. Je me souviens bien de la conscience aiguë de l'immensité de l'univers, toujours en moi d'ailleurs. Cette révélation fut suivie d'une déception toute aussi intense, l'instituteur enchaînait avec l'idée que nous ne vivrions pas assez longtemps pour savoir si ces plaques avaient été reçues. Cela nous dépassait et nous renvoyait à notre condition limitée. Carl Sagan est un des concepteurs de ces plaques.

Val Lewton : The Man in the Shadows (2007) Kent Jones


Warner a édité un superbe coffret regroupant neuf films produits par Val Lewton chez RKO. Ce sont les classiques Cat People, The Curse of the Cat People, I Walked with a Zombie, The Body Snatcher, Isle of the Dead, Bedlam, The Leopard Man, The Ghost Ship et The Seventh Victim. Un dvd supplémentaire accompagne ce coffret, c'est un documentaire de 87 minutes commenté par Martin Scorsese.
Ces films sont produits durant le Deuxième Guerre mondiale, le public avait besoin d'oublier la guerre en allant voir massivement des films d'horreur produits à l'époque, avec succès, par la Universal. Le studio RKO décida de concurrencer Universal en produisant ses propres films d'horreur, Val Lewton fut chargé de les produire. Lewton avait de l'expérience, ayant travaillé chez Selznick huit années durant lesquelles il montra un soin particulier à insuffler des détails historiques dans les projets qu'on lui confia.
En rejoignant la RKO il devait produire ces films avec un budget modeste, 125 000 dollars alors qu'Universal consacrait deux à six fois plus d'argent sur ses films. Cette contrainte se transforma en liberté, on ne vient pas chapeauter quelqu'un qui travaille avec si peu. Il en résulta des films qui jouaient admirablement de l'ombre et de la lumière, suggérant l'horreur avec une efficacité rare et distillant une poésie, une atmosphère qui séduisent encore aujourd'hui.
Le portrait de cet homme torturé est remarquable, ses ambitions personnelles inassouvies font de Lewton un homme sombre, frustré qui donne à ces projets une tristesse et une mélancolie singulières. Le documentaire dévoile des faits biographiques qui mettent en lumière le style des films produits. Lewton avait d'autres rêves mais il s'attachait à faire son travail le mieux possible et le choix des extraits qui ponctuent le parcours de son oeuvre témoigne d'une qualité stupéfiante pur des films réalisés avec si peu de moyens. Ne reste qu'à les redécouvrir à la lumière de cet excellent documentaire.

16 févr. 2012

Tormento (1950) Raffaello Matarazzo


Mélodrame qui ne distille aucune émotion. Ce deuxième film du coffret Eclipse, édité par Criterion, est encore plus pénible que le premier. Les malheurs surgissent les uns après les autres sur Anna (jouée par Yvonne Sanson qui fait ce qu'elle peut mais comme elle ne peut pas grand chose...), tant et si bien que nous avons envie qu'elle en finisse vite. Malheureusement le scénariste lui fait endurer les épreuves jusqu'au happy end, ce qui nous oblige à la supporter tout au long de film. Pas d'idée, pas de mise en scène, une longue succession de péripéties sans émotion aucune, ce qui est le comble pour un mélo.
Les acteurs jouent très grossièrement, ce qui n'a pas empêché le public italien de se ruer en masse pour voir cette mater dolorosa sur grand écran. Il faut vraiment avoir une discipline stricte pour ne pas éjecter la galette du lecteur. Rien n'est à sauver. A signaler un plan où l'on voit une jeune femme dans un couvent faire sa toilette au petit matin, dévoilant un sein qu'on ne saurait voir dans un film si pudibond.

15 févr. 2012

The French Connection (1971) William Friedkin


Un classique qui se revoit avec le même plaisir. Principalement grâce à la prestation hallucinée de Gene Hackman qui donne à son personnage une tension, une urgence folle. Nerveux, violent, raciste, peu regardant avec les règles, c'est un accro du boulot. Le voir enrager devant la compétence d'Alain Charnier (Fernando Rey, en toute décontraction et élégance) ou encore le voir s'acharner à poursuivre le truand que joue, avec efficacité, Marcel Bozuffi est un régal.
Les lieux de tournage sont judicieusement choisis, à cause des faits réels mais cinématographiquement parlant commencer par le Vallon des Auffes à Marseille et se retrouver à New York, celui des années 1970 ne peut pas déplaire au spectateur.
Le récit est assez banal, il s'agit de planques, de filatures, d'écoutes, de poursuites cependant tout est dans le jus, nous avons l'impression d'avoir affaire à de vrais flics, à de vrais truands, Tony Lo Bianco n'y est pas étranger. L'aspect documentaire (tournage en extérieur) est l'emballage parfait du travail purement cinématographique au coeur du film, je veux parler du cadrage mais surtout du montage de Greenberg qui capte l'attention et traduit la vitesse, l'intensité de l'action tout en développant une dilatation temporelle lors des scènes d'attente. Je suis toujours surpris de constater que le film ne dure que 104 minutes, non parce qu'il serait long mais parce qu'il paraît si dense.
J'aime autant les moments forts (la poursuite Hackman / Bozuffi) que ces quelques plans discrets où l'on voit des gamins à la fenêtre, la chanson dans le club du début, les questions déstabilisantes de Popeye, la musique de Don Ellis quand Popeye est happé par sa proie et mille autres détails qui font de ce film un thriller indémodable. To Live and Die in L.A. en sera un autre, signé William Friedkin.

14 févr. 2012

Maniac (1980) William Lustig


Frank a beaucoup souffert durant son enfance, sa maman voyait beaucoup d'hommes, l'enfermait, etc. ...
Devenu adulte sa sexualité en est toute troublée, il ne peut voir une femme sans avoir envie de la tuer, de la scalper, de ...
New York, les années 80, un acteur qui fait ce qu'il peut (Joe Spinell), des effets spéciaux assez bons, beaucoup aiment ce film avec passion, il est honnête cependant nous n'allons pas non plus crier au génie ou au film culte, n'exagérons rien. Signalons la séduisante Caroline Munro dans un rôle écrit avec les pieds. 
En regardant le film j'essayais d'imaginer l'impression que les spectateurs, un peu peureux, pouvaient avoir en le voyant à New York. En 1980 la ville a connu 2228 meurtres, ce qui est énorme. Cela devait certainement contribuer à procurer des frissons supplémentaires. Jusqu'au milieu des années 1990 la ville comptera en moyenne 2000 meurtres par an...

The Wire / Sur écoute - Saison 3 (2004)


Politique locale et administration de la police sont les deux sphères principales abordées dans la troisième saison. Le tout avec une gestion particulière des dealers par le chef de la police. Stringer et Avon sont toujours en désaccord, leur duo connaît dans cette saison de réels changements. Les couples se défont, c'est le prix à payer d'un boulot intense. Et puis à côté de toutes ces intrigues il y a Cutty/Dennis qui sort de prison et tente de se racheter une conduite, personnage primaire très attachant. Omar poursuit sa mission aidé de Brother Mouzone, décidément toujours aussi peu charismatique. Au final des affaires sont classées mais le mouvement général est plus puissant et la drogue semble couler éternellement dans les rues de Baltimore.

13 févr. 2012

Quatre courts de Jane Campion (1982-1984)


Peel (1982)

Campion développe souvent le thème du lien familial fragile. Des turbulences se créent autour de cette notion étrange, la famille, carcan imposé où les individus doivent faire preuve de qualités folles pour rester dans le cercle. Tim tente d'inculquer à son fils une règle simple, ne rien jeter par la fenêtre lorsqu'il roule. Le garçon est réticent, il n'obéit pas. Il jette ses pelures d'orange puis l'orange. Le père s'arrête, lui demande de ramasser. Sa soeur veut regarder son émission favorite et boude, elle se met aussi à jeter les pelures d'une orange. La nuit tombe, le frère ne partira pas tant que la soeur...
Le fils paraît capricieux, finalement l'on se rend compte qu'il obéit. Il se plie à la discipline imposée, pourtant les déchets jonchent le bord de l'autoroute et le père a déjà, devant son fils, jeté quelque chose par la fenêtre. La tante le fera également. Difficulté de construire un monde avec des règles, difficultés de grandir au sein de ce monde. Campion montre l'ensemble sans pour autant souligner un point de vue particulier, seul le spectateur doit y faire son chemin.



Passionless Moments (1983)

Ces moments particuliers où l'on pense, sans parfois qu'il y ait un sens, à une chose en en faisant une autre sont décrits par Campion en une succession de courtes scènes commentées par une voix off. Le cerveau nous envoie sans cesse des images en relation avec les moments vécus. Le cerveau crée des liens parfois poétiques, bâtis à partir d'une image, d'une odeur, d'un son. Ces "moments ont une présence fragile", ils "disparaissent presque aussitôt nés." Campion les filme, ils seront dans ses projets ultérieurs à leur place, ils font partie du monde, d'un univers sensible.



Mishaps of Seduction and Conquest (1984)

Deux hommes partent à l'aventure, George Mallory et son frère. L'un part à la conquête de l'Everest, il y perdra la vie, l'autre tente de séduire une femme. Suivent leurs lettres, échangées en 1924. C'est le court le moins convaincant qui tente de les relier, de montrer un lien dramatique, prémonitoire à plusieurs milliers de kilomètre de distance. Le rouge pouvant évoquer la passion mais aussi la mort. L'amoureux, ayant conquis sa belle, la délaissera au moment où George périra durant l'ascension.



After Hours (1984)

After hours, ce sont les heures disponibles, celles après le travail et avant le repas, ces fameuses "5 à 7". Une jeune adolescente, qui pratique la natation, travaille dans un bureau. Son patron lui demande de rester un peu après la journée de travail et va tenter de la violer. Cet événement va l'isoler des autres, perturber son quotidien, lui apporter opprobre et ennuis alors que le patron voit son entourage le réconforter. Sujet de société, le viol ou le harcèlement sexuel, est traité par le biais des sens, de la perception sensible de la jeune fille de l'univers qui l'entoure, qui devient source de claustrophobie, de danger. Elle se retire doucement, se replie sur elle-même, finissant par plonger dans un bain rassurant.
Avec ce court Campion se rapproche d'une vision du monde qu'elle adoptera pleinement dans ses films ultérieurs. C'est le court le plus réussi, une atmosphère unique se dégage souligné avec pertinence par la musique d'Alex Proyas.

Laughing Gas / Charlot dentiste (1914) Charlie Chaplin


A partir de ce court Chaplin réalisera tous ses films. Celui-ci est composé de deux parties, la première où l'on voit Charlot faire son travail de factotum dans le cabinet du Dr Pain. Il ennuie absolument tous ceux qui sont en sa présence et c'est une suite de gifles, coups de pied sans réelle inventivité. L'ensemble s'améliore dans la seconde partie où le Charlot prend la place du dentiste. Il profite de cette situation pour côtoyer de plus près une jeune femme élégante, c'est le passage le plus réussi du film, ensuite il s'occupera avec rudesse de deux énergumènes (dont Mck Swain) qu'il avait en partie édentés dans la rue.
Dans cette seconde partie Chaplin joue à merveille des accessoires à sa disposition et hisse la qualité de sa prestation bien au-dessus des ressorts physiques habituels de la farce.

The Wire / Sur écoute - Saison 2 (2003)


Suite au fiasco de la première enquête nous retrouvons les différents enquêteurs mais dispersés. L'action se situe principalement autour du port marchand de Baltimore et des activités illicites qui gravitent autour des containers. 
Le même style est appliqué à cette nouvelle saison, rythme lent, affaires en cours qui se montent patiemment, histoires personnelles des principaux personnages qui se tissent majoritairement autour du thème familial. En parallèle des activités qui ont lieu au port nous retrouvons les boss de Barksdale, Omar...
Les portraits sont effectués avec un soin minutieux, les heures passées avec les personnages permettent d'en percevoir toutes les nuances et de ne pas sombrer dans un manichéisme primaire. Frank Sobotka, le leader syndical des dockers du port en est un bon exemple. 
Le ton est assez pessimiste, l'on se rend compte de la complexité des réseaux, des liens clandestins que les mafieux tissent avec nombre d'organisations. Les truands ont souvent un coup d'avance et ce sont les seconds couteaux qui sont touchés. Le nouveau clan, dirigé par le Grec, est redoutable et prend soin de diversifier ses affaires. Ce qui pourrait tenter Stringer qui commence à prendre son indépendance, ses cours d'économie lui donnent envie d'aller dans des directions que ne suit pas Avon.
Le personnage le moins réussi est Brother Mouzone, il paraît artificiel et je n'arrive pas à y adhérer. C'est le seul aspect mineur de cette saison qui, en dépit d'un attrait légèrement inférieur à la première, reste passionnante.

11 févr. 2012

Das kleine Chaos / Le petit chaos (1967) R. W. Fassbinder


Un texte introductif présente le court métrage comme étant influencé par le travail de Godard. C'est assez juste, il y a là une volonté de rompre avec les schémas narratifs usuels. Et ce dès le début. trois jeunes gens (Fassbinder joue l'un d'eux) sortent d'un immeuble et entrent dans une voiture, la voiture démarre, le conducteur ne la conduit que jusqu'à l'immeuble suivant. Trajet ridicule, geste vain. Tout cela n'a aucune valeur, aucune importance. Démunis ces jeunes veulent de l'argent, vivre un peu, ils vont alors tenter d'escroquer les habitants de l'immeuble mais sans résultats. Le jeune homme qu'incarne Fassbinder voudrait voir un polar qui finirait bien. C'est parti, les voilà en train de séquestrer une femme chez elle, lui volant son argent. Chacun donne son sentiment sur la somme volée, ce qu'ils vont en faire, Fassbinder ira au cinéma !
Hommage et éloge du cinéma, à la manière des jeunes turcs de la Nouvelle Vague : affiches sur le mur (films américains, français avec Rohmer...), autocitation (un photogramme du premier court de Fassbinder, Le clochard, est visible et autres liberté de ton, ruptures. Le film est vif, frais et excitant. A la hauteur de l'oeuvre qui va suivre.

Mabel's Married Life / Charlot et le mannequin (1914) Charlie Chaplin


Tourné à Echo Park, non  loin des studios Keystone, ce récit est moins hétéroclite que nombre des réalisations précédentes. Le scénario ne s'éparpille pas dans de nombreuses directions, plus resserré et plus cohérent le récit gagne en qualité.
Charlot et avec sa femme, jouée par Mabel Normand, dans un parc. Un autre couple, Mack Swain et une autre actrice, y prennent l'air. Ce dernier profite de l'absence de Charlot pour séduire sa compagne. Pendant ce temps Charlot est au bar. le personnage est représenté ici comme un bel ivrogne qui n'a qu'une obsession : l'alcool. Après avoir défendu son épouse il rentre avec elle chez eux mais s'arrête encore une fois au bar. L'épouse agacée achète un mannequin de combat pour lui jouer un mauvais tour. Habillé comme Swain, Charlot le prend pour le prétendant effronté, il est totalement ivre et se bat avec le mannequin un bon moment. 
Lorsque le récit fait l'objet d'une attention plus soutenue Chaplin peut développer des détails, un jeu moins frénétique. Son personnage est alors mieux construit et l'on apprécie les subtilités, la fausse conversation avant le combat. Voilà un court qui se place un niveau au-dessus.

10 févr. 2012

Knock on Any Door / Les ruelles du malheur (1949) Nicholas Ray


Bogart, impressionné par le premier film de Nicholas Ray, They Live by Night, demande au réalisateur de tourner l'adaptation du best-seller de Williard Motley. 
Bogart interprète un avocat qui va défendre un jeune garçon qu'il connaît bien. Accusé de meurtre celui-ci vient du même quartier dont s'est extrait difficilement l'avocat.
Film social progressiste qui fait le portrait d'une jeunesse délaissée, le sujet convient à merveille au réalisateur qui exploitera ce thème dans de nombreux films. Le film prône l'éducatif, la main tendue contre le répressif et l'abandon. Il mêle également les genres entre films de procès et films de gangsters, film à message social... Ce qui transparaît est un double sentiment qui doit conduire à la remise en question : les efforts, le dynamisme de ces jeunes gens (Nick aidé et motivé par Emma) qui sont annihilés par une fatalité tragique. Le discours se place sur le dernier terme, la fatalité pouvant être combattue. Bogart le fait avec conviction face au District Attorney joué par l'excellent George Macready. Le juge a des allures de brute puisque c'est Barry Kelley qui lui prête son physique de truand.
En dépit de la force qui se dégage du film, il subsiste une candeur qui jure avec la noirceur essentielle à l'oeuvre, quelque chose d'encore trop angélique parsème le récit, John Derek n'était peut-être pas le meilleur choix possible pour incarner les démons et la dualité du personnage.

8 févr. 2012

Die bitteren Tränen der Petra von Kant / Les larmes amères de Petra von Kant (1972) R. W. Fassbinder


Cela faisait un peu plus d'un an que je m'étais éloigné de Fassbinder. J'aime plonger dans une oeuvre et soudain laisser là le chemin, m'en éloigner, le garder à l'esprit jusqu'à ce que je ressente le besoin d'y revenir. Alors c'est une émotion sans pareille de retrouver le même air, avec quelque chose de neuf, de frais, de réconfortant.
Ayant déjà vu ce film je me doutais bien que je ne prenais aucun risque seulement j'ai déjà connu des déceptions. N'avons-nous pas follement aimé un film pour nous apercevoir, bien plus tard, l'ayant un peu délaissé, restant seul avec nos certitudes, finalement qu'il nus avait trahi ? Que tout ce qu'il avait promis de préserver avait disparu ?
Rien de cela ici, au contraire, joie de se trouver devant un objet parfait qui dit beaucoup de l'amour. Du désir sauvage de posséder l'être aimé, de le soumettre à nos désirs, à notre volonté, de lui poser les vêtements de nos humeurs comme Petra et ses mannequins nus. Et plus l'image correspond, plus elle s'éloigne de nos passions. Plus l'amour fuit, plus il nous gagne. Fassbinder dévoile les trames subtiles qui se jouent entre les êtres une à une, les multipliant par effet de miroir, troublant la frontière entre l'image et le sujet. Leçon magnifique où l'on croit apprendre et où l'on apprend rien. La fin du film est sublime. Marlène, entièrement dévouée, soumise, aimant comme personne se refuse à approcher de face l'objet de son amour. Le cadeau fait est refusé, on ne touche pas au sacré.
Ecrit en quelques heures, le temps de faire le vol Berlin-Los Angeles, Fassbinder tournera le film en dix jours. Un seul lieu et quelques actrices magnifiques : Margit Carstensen en tête, Irm Hermann, Hanna Schygulla. Carstensen est un caméléon qui peut tout imiter : de l'amour passion à l'hystérie en passant par l'avilissement, elle est impressionnante dans ce rôle, superbe de maîtrise, d'abandon. Schygulla est parfaite dans cette timidité, cette pudeur et cette distance qu'elle affiche, elle ne cherche pas à voler la vedette à Carstensen et tient intelligemment à jouer sa partition. tandis que Hermann est l'élément central du film, toujours là, dans le champ ou hors-champ, sa présence est totale, c'est sur son personnage que Fassbinder centre le récit. Le sous-titre du film est "un cas de maladie", suit alors cette dédicace : "en souvenir de celle qui est devenu Marlène", ce qui est beau c'est qu'il n'y a pas condamnation, pas de discours où l'on se scandaliserait de cette attitude de soumission totale. Petra le dit, elle fait cela car elle m'aime. Marlène aime totalement. Elle veut être agenouillée devant l'idole, lorsque l'idole se met à descendre de son piédestal elle fuit. Le plus difficile dans l'amour est le partage, faire accepter par l'autre la conception personnelle que l'on a de l'amour. Face à l'être aimé cet amour en rencontre un autre, là commencent les problèmes...

The Promise / Le serment (2010) Peter Kosminsky


Responsable de l'excellent The Warriors sur la guerre de Bosnie, Kosminsky traite dans cette mini-série de quatre épisodes (environ six heures) le conflit israélo-palestinien. L'on suit Erin, jeune anglaise en crise avec sa mère, partie accompagner sa meilleure amie en Israël. Cette dernière doit y faire ses classes, Erin profite alors des vacances d'été pour être avec elle. Seulement dans l'avion elle débute la lecture du journal intime de son grand-père qui était parachutiste dans l'armée anglaise. Il y relate les événements vécus entre 1945 et 1948 en Palestine.
La force de cette série repose d'abord sur le tournage en décors réels, les pierres, les murs, tout contribue à renforcer le récit. L'autre intérêt majeur est d'aborder le conflit par cette période trouble et passionnante d'avant 1948. Le réalisateur part de Bergen-Belsen que le grand-père d'Erin a libéré et suit son périple en Palestine, tentant de maintenir la paix entre les arabes qui y vivaient avec les juifs et les afflux de réfugiés juifs fuyant l'Europe et ses drames et voulant fonder un nouveau pays. Sont relatés alors les faits de l'Irgoun, l'armée clandestine juive luttant contre les britanniques, l'attentat de King David, le massacre de Deir Yassin et la Nakba. Le récit alternera la chronique des événements vécus par Len (le grand-père d'Erin) plongeant le spectateur dans l'avant 1948 et les pérégrinations contemporaines d'Erin avec un certain talent narratif.
Le parti pris est clairement orienté, l'on voit les méfaits et les exactions d'un peuple qui a souffert et qui veut construire férocement son indépendance. L'avis des populations arabes n'a pas compté, ces derniers étant traités comme des sous-hommes. De nombreux personnages les jugent comme "des animaux". Ces mots ne sont pas innocents.
Les crimes d'Israël ne doivent pas être liés à un antisémitisme primaire, ils sont le résultats d'une politique d'expansion et d'annexion mûrement réfléchis et doivent être jugés comme tels. La série, à défaut de pencher trop d'un côté, a le mérite d'éclairer cette période atroce qui a encore des répercussions contemporaines. La clef que conserve religieusement nombre de familles arabes en est le symbole.

7 févr. 2012

Bloodbrothers / Les chaînes du sang (1978) Robert Mulligan


Il y a des familles qu'il faut fuir si l'on veut rester vivant. Ici vivant signifie différent. Stony ne veut pas marcher dans les pas de son père, celui-ci insiste lourdement et semble tout miser sur l'entrée du fiston dans son entreprise mais c'est autre chose qui le passionne. Stony comprendra qu'il n'y a pas d'issue s'il reste au contact des siens.
Cercle familial différent de celui décrit dans To Kill A Mockingbird, Mulligan pourrait sombrer dans la facilité en se contentant de démontrer que tous les membres ou presque de la famille De Coco sont cinglés, certes ils le sont mais chacun a son secret, son drame personnel et s'accroche maladroitement à une chimère : la famille unie. Gere, en fils qui est en cours de sortie de chrysalide n'est pas totalement convaincant en revanche Tony Lo Bianco est excellent, tout comme Paul Sorvino, deux acteurs attachants que nous aimons retrouver quelque soit le morceau de pellicule impressionnée.
Mulligan montre parfaitement les hystéries domestiques et les promesses sans lendemain.

6 févr. 2012

Brothers (2009) Jim Sheridan


Film presque banal dans la mesure où le scénario est cousu de fil blanc et pourtant je fonds devant lui, surtout grâce à la performance des acteurs, à la qualité du casting. je fonds alors même que je l'ai déjà vu.
Tobey Maguire, Jake Gyllenhaal, Natalie Portman mais aussi la présence tutélaire de Sam Shepard et le jeu étonnant de la petite Bailee Madison. Sheridan donne à ce film "Dossiers de l'écran : section retour de guerre, pochette Afghanistan" une dimension crédible, chaleureuse, les acteurs n'en font pas des tonnes et émeuvent le spectateur avec efficacité. La durée du film permet de laisser le récit se dérouler et faire exister les personnages. Du bon boulot d'artisan.

Liberté Oléron (2000) Bruno Podalydès


Les vacances. L'ennui et la possibilité d'acquérir un bateau. Voici le père (Denis Podalydès) qui revêt les habits de capitaine. Tyrannie domestique, comique du quotidien, l'on rit beaucoup à la vision de ce film parfait de distance, de point de vue, le sommet étant constitué par la chute de madame dans l'eau et son sauvetage. Cependant c'est le tragique qui pointe son nez lorsque la famille est en détresse au large, là se dénouent les noeuds familiaux qui feront grandir le groupe.
Les Podalydès sont à l'image, au scénario et à la réalisation, aidés par Eric Elmosnino, mécanicien rugueux. La dérision des us et coutumes des familles en vacances est un bonheur. Ce qui reste le plus attachant sont les regards de ces enfants sur les adultes idiots qui ne savent pas vraiment appréhender le monde mais qui tentent, par tous les moyens, de s'en donner l'illusion.

5 févr. 2012

Les tontons flingueurs (1963) Georges Lautner


Les répliques écrites par Audiard font toujours mouche et la compagnie de ces énergumènes n'est pas désagréable. Le film comporte des longueurs mais les moments forts qui le ponctuent les relèguent à l'arrière-plan. C'est Francis Blanche qui a toute mon affection, il arrive à dégager une maîtrise et un sens de l'absurde qui est unique, Ventura ou Blier sont énormes mais ma préférence va à Blanche. Il me faudrait faire la liste de tous les films où il joue pour mieux le connaître.
La confrontation entre ces tontons et cette jeunesse est un des thèmes du film mais c'est celui qui m'ennuie le plus. Même l'excellent Claude Rich m'agace, je ne parle même pas de cette jeune actrice dont je me refuse à chercher le nom. C'est dans ces moments que le film souffre le plus. Son côté international, Frank Horst et Venantino Venantini, me plaît davantage, il fait écho au ton composite de l'oeuvre, entre premier degré, respect du genre et décalage. 
La particularité de ce film est de ne pouvoir se revoir que par morceaux, en usant de la télécommande ou des rondelles disponibles sur YouTube, ceci afin d'éviter les moments yéyé  car si je devais le voir dans son intégralité je préférerais alors me repasser Touchez pas au Grisbi

Bunny Lake Is Missing / Bunny Lake a disparu (1965) Otto Preminger


Une jeune femme vient chercher son enfant à la fin de sa première journée d'école mais elle a disparu. Peu à peu l'existence même de la fillette est remise en question, la police soupçonne la jeune femme d'aliénation mentale, d'affabulation...
Intéressant thriller psychologique, Preminger peuple son film de personnages loufoques qui obligent le spectateur à remettre en cause le savoir qu'il avait accumulé. Dans un Londres très swinging sixties le temps, pour certains de ses habitants, semble s'être arrêté depuis bien longtemps, l'appartement de l'ancienne directrice perchée en haut de l'école avec ses récits de cauchemars d'enfants enregistrés sur cassette, celui du propriétaire vicelard ou encore cette étrange hôpital pour poupées. Un solide casting sert le film : Laurence Olivier est très sobre, son assurance tranquille en fait un commissaire patient et ingénieux, Carol Lynley parvient à ne pas être ridicule dans un rôle difficile, Dullea offre son visage neutre et candide avec beaucoup d'à propos et puis remarquons la présence d'Anna Massey, vue dans Frenzy un peu plus tard...
Un mot pour souligner le très beau générique de Saul Bass, jeu subtil entre les notions de visible et invisible, où l'on perçoit que le plus simple peut être le plus efficace. La présence de The Zombies n'est pas non plus pour nous déplaire. 
La détresse de Lynley dans le magasin de poupées ou les berfs plans dans l'animalerie de l'hôpital sont de ceux qui justifient à eux seuls la réalisation de ce film.

4 févr. 2012

Deliverance (1972) John Boorman


Connu entre initiés par un mot de passe assez potache : "Couine cochon !", le récit de James Dickey avait retenu l'attention de Peckinpah mais c'est John Boorman qui réalisa cette fable sauvage. Une fois vue l'on ne peut pas s'empêcher de refaire régulièrement cette descente en canoë.
Le film repose sur plusieurs couches d'oppositions : celle qui fait la mixité du groupe d'amis, celle qui sépare les citadins venus se distraire des locaux et celle, plus globale, qui trace la frontière entre la nature sauvage et la ville, la civilisation.
Le thème écologique du viol de la nature par l'industrialisation est évoqué dès le début du film. Cette rivière et ces paysages traversés vont être noyés à cause de la construction d'un barrage. Ce trip est vécu différemment par les quatre hommes. Lewis (Burt Reynolds plus wild que jamais, poitrine velue au vent) est le mâle du groupe, le chef de la meute, celui sur qui se reposent les autres. il ne veut faire qu'un avec la nature mais la connaît mal, il peine à trouver sa route au début et nous avons le sentiment que les rapides ponctuant la rivière sont très mal évalués. Ed (sublime Jon Voight) est l'intellectuel du groupe, il est curieux, prend du plaisir  à se retrouver dans un milieu différent mais il est également attiré par la personnalité de Lewis, très loin de la sienne, plus tranquille, sereine et sensible, il est fasciné par sa virilité. Il n'hésite d'ailleurs pas à reconnaître les compétences de son mentor. Drew (Ronny Cox) et Bobby (excellent Ned Beatty, la scène du repas final où il se lève devant Ed et ne cesse de le regarder est une grande scène où il a sa part) sont plus secondaires. Les sarcasmes idiots de Bobby sur les ploucs de la cambrousse lui vaudront de se coltiner avec l'aspect le plus brutal des susnommés. Quant à Drew, l'artiste du groupe, il n'arrivera jamais à s'adapter et à quitter ses principes moraux.
Les péripéties rencontrées viennent perturber l'équilibre du groupe et ces portraits en pleine nature sont réellement touchés par la grâce. 

2 févr. 2012

Mabel's Busy Day / Charlot et les saucisses (1914) Mabel Normand


Encore une fois, c'est autour d'un événement, une démonstration de voitures de course au Ascot Park Speedway le 17 mai 1914, que le film prend corps. Quelques plans de la course, une caméra installée en sortie de virage, sont montés avec une trame narrative rudimentaire où Mabel Normand est une vendeuse de hot dogs qui tente de gagner sa vie. Un policier la fait entrer sans qu'elle paye un ticket en se servant au passage. Charlot, vêtu plus convenablement que d'habitude, force le passage et perturbe l'ensemble : vols, gifles, bagarres...
Le film souffre encore d'un manque de préparation, les procédés de la farce sont encore privilégiés. En avançant chronologiquement dans la filmographie nous restons aux aguets, attendant de voir naître ce qui sera un des plus grands personnages de l'histoire du cinéma. Les balbutiements des Keystone Comedies, pour le moment, gardent le charme de cette attente.

Kind Hearts and Coronets / Noblesse oblige (1949) Robert Hamer


Histoire d'une revanche, d'une vengeance où le fils, Louis Mazzini, est l'instrument de sa mère. Celle-ci, aristocrate s'est mariée avec un chanteur d'opéra italien, la mésalliance est aussitôt suivie d'une exclusion de la famille D'Ascoyne. La mère n'aura de cesse d'élever son fils avec l'objectif qu'il hérite du duché. Seulement il y a de nombreux prétendants, encore vivants. Lorsque la mère meurt,les D'Ascoyne refuse le caveau familial à la dépouille. Louis veut alors se venger en les tuant tous jusqu'à ce qu'il soit le seul héritier.
C'est avec une voix-off douce, posée que l'on suit la lente et tranquille exécution du plan de Louis. Ce dernier est maître de ses gestes et abonde en idées toutes plus ingénieuse les unes que les autres. Il faut reconnaître que les cibles sont faciles, Alec Guiness joue tous les rôles, huit au total, de cette famille illustre. Le carnage se déroule avec un flegme bien anglais et laisse percevoir une idiotie, une décrépitude, un intéressement chez tous le personnages. C'est une société dans laquelle nous n'avons pas envie de vivre mais qui, de notre fauteuil, nous fait bien rire. Hamer trouve un ton acide et serein qui n'a que peu d'équivalent.

American Splendor (2003) Shari Springer Berman, Robert Pulcini


Film biographique autour de Harvey Pekar, un employé administratif travaillant dans un hôpital et passant sa vie à trouver qu'il n'est rien. De ce néant, aidé en cela par le succès littéraire de son ami Robert Crumb, il va tirer des idées de bandes dessinées dont il lui soumet le projet. Crumb adhère et c'est parti pour la saga "American Splendor". Suivront le récit de sa rencontre avec Joyce, de son cancer...
Film bien ficelé dans sa manière d'agencer la réalité, avec l'intervention des personnalités concernées, et la fiction. Un comique issu du quotidien vu avec un pessimisme noir, une histoire de la solitude qui finit par rejoindre la normalité, femme et enfant. Pas désagréable. Pas suffisamment excitant pour donner envie de lire les volumes papier.