24 juil. 2012

Poto and Cabengo (1980) Jean-Pierre Gorin



L'excellent éditeur Criterion nous livre trois documentaires de la période californienne de Jean-Pierre Gorin, disponibles dans la collection Eclipse. Le premier est le plus connu. Gorin se penche sur une histoire qui lui tient à coeur, affectivement et politiquement.
L'affectif est ce qui se donne à voir en surface, l'histoire de ces deux jumelles, Grace et Virginie, qui font l'objet de quelques articles de presse, puis d'émissions télévisées à la fin des années 70. Elles semblent avoir développé un langage qui leur est propre. Gorin et son anglais teinté d'accent frenchie part à leur rencontre. Ces jumelles le fascinent et nous fascinent, la vitalité qui les anime, la poésie de leur univers unique, la légèreté et la grâce avec lesquelles elles parcourent le monde paraissent miraculeuses. 
La politique est ce qui relie les hommes, le documentaire nous le rappelle cruellement. Les processus d'intégration (et de désintégration) se mettent en oeuvre et c'est le coeur du film. Peu à peu la poésie s'effrite, l'harmonisation, le conformisme rongent ce duo frais et enjoué pour les ramener à une norme morne. L'on se réveille avec la gueule de bois, les fillettes sont les victimes d'un rêve américain poursuivi par la cellule familiale et ceux qui l'entourent. Gorin filme la fin d'un autre rêve.

The Wire / Sur écoute - Saison 5 (2008)



Ultime saison de cette série magistrale. Beauté de l'écriture qui fait exister des personnages qui nous sont proches et formidable portrait d'une ville et de ses habitants. Chacun a sa place et tente de vivre selon ses valeurs. Les différentes cellules de la vie sociale se confondent et laissent le spectateur avec ses propres espoirs, ses propres réflexions. Duke, Marlo, McNulty et les autres...
La comédie humaine déployée dans ces épisodes est riche de sa diversité, de ses illuminations, de ses écueils. Certains restent sur le carreau, d'autres se redressent. La vie en somme, c'est ce qu'arrive à faire surgir David Simon grâce à la richesse de ses personnages et des acteurs qui les incarnent. On les quitte avec une tristesse joyeuse et une formidable énergie, un appétit pour la vie.

8 juil. 2012

Event Horizon / Le vaisseau de l'au-delà (1997) Paul W. S. Anderson



Un vaisseau part explorer les confins de la galaxie, il disparaît laissant pour seul trace une infime émission sonore. Une équipe de sauvetage est conviée à lui porter secours avec, à son bord, le concepteur du vaisseau. Les choses ne vont pas se passer très bien ... pour le spectateur. Il ne sursautera jamais aux surprises visuelles et sonores conçues spécifiquement dans ce but. Il ne réussira pas à s'identifier aux personnages, ne riant jamais avec eux, n'étant jamais effrayés comme eux. Il attendra patiemment la fin du film parce qu'il est poli et l'oubliera très vite parce que c'est nécessaire.
A éviter.

6 juil. 2012

The Wire / Sur écoute - Saison 4 (2006)




Série toujours aussi palpitante, série qui date pour les inconditionnels de ce genre de programme mais j'aime assez les voir longtemps après leur diffusion, lorsque je peux tout voir très vite. J'avais fait une petite pause pour celle-ci et c'est avec plaisir que je retrouve nombre de personnages. Baltimore est analysé en coupe transversale. D'abord les petits, mais alors très petits collégiens d'un quartier, avec leurs difficultés scolaires, la reproduction à la Bourdieu, ce volet est fascinant car il s'agit de sauver des individus, de les sortir de leur condition et d'éviter la fatalité. Les dispositifs innovants mis en place se heurtent au nivellement égalitariste de l'institution, on connaît l'histoire. A côté de cette trame nous retrouvons la vie du dealer de base, ici Mario et d'autres boss qui tentent de coopérer pour se prémunir des assauts de leurs collègues new-yorkais. Mais l'aspect le plus prenant de la série est la montée au pouvoir de Carcetti aux commandes de la ville. C'est une leçon de politique que le spectateur voit se dérouler. La ville dans son ensemble est appréhendée, la rage de la transformer, de l'améliorer se heurte aux différentes réalités de chaque protagoniste, à l'image de Bubbles qui désire sauver le monde, ou en tout cas son jeune protégé, il faut d'abord se sauver soi-même et échapper à la réalité (son "Terminator") qui a souvent tendance à vous plaquer au sol. 
Grandiose.

2 juil. 2012

The Quiet Earth / Le dernier survivant (1985) Geoffrey Murphy



J'aime beaucoup ce film. Le sujet est excitant, l'apocalypse nucléaire et un homme qui se retrouve seul sur Terre, hypothèse d'adolescent qui rêve de le devenir. Là, toute la jubilation et l'euphorie de cette liberté totale apparaît à l'écran. Du plus simple au plus grotesque, une fois l'adolescence passée c'est la détresse qui prime. Les joies sont faites pour être partagées et la solitude de ce scientifique brillant devient presque tragique. Les autres individus qu'il va rencontrer vont permettre de l'amener à croire davantage en l'être humain.
Le film dispose d'un budget important, en tout cas c'est le sentiment que l'on a devant l'ingéniosité de la mise en scène et de l'utilisation des moyens mis en oeuvre. Les accents néo-zélandais, le casting, le côté anarchique et responsable du film sont autant d'atouts. Ajoutons l'aspect kitsch du film, de par ses objets années 80, qui lui procure une patine affective non négligeable.
Bien mieux que le I Am Legend de Francis Lawrence.

1 juil. 2012

Menschen am Sonntag / Les hommes le dimanche (1930) Robert Siodmak



C'est un peu un film charnière qui se tourne en 1929 dans les rues de Berlin. C'est la fin de la République de Weimar, un moment précieux où les allemands semblent profiter d'une prospérité douce et collective. Des hommes de talent sont réunis pour ce projet de film dont le postulat de départ oscille entre documentaire et fiction. Edgar G. Ulmer est à la production, Eugen Schüfftan à l'image, Wilder au scénario ! Rochus Gliese abandonne très vite le projet et c'est Robert Siodmak qui s'installe aux commandes. Un certain Fred Zinnemann assiste Schüfftan à l'image.
Il s'agit de célébrer la ville en cette période d'insouciance. A cela s'ajoute une trame narrative avec des acteurs non-professionnels qui vont, le temps d'un film, jouer devant la caméra. Deux amis qui vont flirter à travers la ville, un dimanche, avec deux jeunes demoiselles rencontrées par hasard. Une autre, délaissée par l'un des deux hommes, attendra dans sa chambre, manquant toute l'énergie que la ville développe en ce dimanche de repos.
La partie idyllique, la fiction est traitée avec grâce et beauté, les plans sensuels se succèdent et même si l'issue de ce chassé-croisé amoureux ne nous intéresse guère, la manière dont cela est filmé, les différents lieux de la ville parcourus par ces duos impromptus nous séduisent. C'est un Berlin qui va disparaître qui s'offre sous nos yeux, les symboles impérialistes de l'Allemagne belliqueuse ne sont regrettés que par ce vieil homme qui vient en pèlerinage, il ne sait pas que ce seront là le refuge de l'Allemagne qui va traverser une de ses plus graves crises. C'est dans quelques mois à peine que la crise de 1929 viendra frapper l'Europe et chaque plaisir goûté, chaque détente venue après le temps du travail seront des instants regrettés qui accoucheront d'une frustration que le parti nazi va canaliser vers une dérive folle. Ce père qui joue avec son enfant est probablement un futur officier, je ne peux m'empêcher de penser que ces images pleine de vie sont les dernières avant longtemps. Elles sont si vivifiantes, si dynamiques que le spectateur en éprouve un désir, l'envie de partager cette période. Les bâtiments filmés seront également, pour la plupart, détruits. 
Les hommes, le lac, ses rives, ses sentiers forestiers, les amours passagères, un paradis qui va disparaître.
La valeur de ce film est là, avoir su capter cette beauté éphémère et la transmettre pour que ceux qui se relèveront du cauchemar n'aient pas eu la sensation d'avoir rêvé.