31 août 2012

Madigan / Police sur la ville (1968) Don Siegel


Servi par des acteurs qui en connaissent un rayon : Richard Widmark, Henry Fonda, James Whitmore et la charmante Inger Stevens, Don Siegel nous divertit avec cette histoire où le détective Madigan a quelques jours pour récupérer le flingue que lui a subtilisé un psychopathe hystérique (une fois en colère, il ne cessera de hurler chaque mot). En dehors d'une promenade dans les quartiers de New York (Central Park, Coney Island...), en dehors de l'intrigue qui ne nous intéresse pas plus que ça, ce sont les tracas de la vie quotidienne, les liens entre les individus qui font tout le sel de ce film. En plus la fin n'est pas habituelle alors savourons notre plaisir.
Petit reproche : la musique envahissante de Don Costa.

30 août 2012

El secreto de sus ojos / Dans ses yeux (2009) Juan José Campanella


Superbe histoire d'amour sur fond d'obsession tournant autour de l'arrestation d'un meurtrier et de sa libération par un gouvernement argentin, période dictatoriale. Le scénario joue habilement de la passion amoureuse entre Benjamin et Irène, le héros greffier et sa supérieure. En surface, c'est l'amour que porte le mari de la victime envers son épouse défunte qui l'émeut mais plus profondément il porte le même amour secret que l'assassin, les deux hommes ont la même posture sur les différentes photos exhibées tout au long du récit. Le secret de ses yeux est double, il souligne l'élucidation du meurtre mais aussi l'amour intérieur du personnage principal. On suit avec passion le cheminement du récit et on apprécie ces nouveaux visages, très beaux, à l'écran, les atmosphères construites, celles du bar, du cabinet au palais de justice, de l'appartement de la vieille. Soledad Villamil et Ricardo Darin sont charismatiques mais j'ai une affection particulière pour la performance de Guillermo Francella.

Turkish Delight (1973) Paul Verhoeven


Business is business étant un succès, Verhoeven peut se faire plaisir en adaptant un roman connu aux Pays-Bas et enseigné à l'école, les mémoires de Jan Wolkers. C'est l'histoire d'une passion amoureuse dévorante qui ne va pas se terminer de la meilleure des façons. Pour camper l'artiste contemporain Verhoeven fait appel à Rutger Hauer, qu'il a dirigé quelques années auparavant dans une série télévisée qui rendit célèbre l'acteur. Le rôle est très éloigné de l'image qu'il véhiculait dans la série où il interprétait un chevalier médiéval mais Hauer a cette puissance, cette folie qui font de lui l'acteur idéal pour le rôle. Le personnage est excessif, passionné et la femme dont il s'éprend le vampirise, l'amour qu'il a pour elle prend possession de son être, entièrement. Moniqua van de Ven, dont c'est le premier rôle, est superbe également. Les deux acteurs s'investissent sans retenue dans cette love story, mode Verhoeven. Les corps se dénudent rapidement et naturellement et tous les fluides sont convoqués car le plaisir n'est pas détaché de la mort. Alors la merde, le vomi, le sang ponctuent les étreintes, la naissance et la mort se lient et font de ce film un objet assez étonnant de fraîcheur, de culot. Verhoeven en fait l'un de ses préférés de sa période hollandaise, on comprend pourquoi. Le tournage fut rapide, en partie improvisé et la symbiose des deux acteurs se voit à l'écran. Un film cru, sans édulcorants.

29 août 2012

Trust (1990) Hal Hartley


Le tournage a duré onze jours sans pour autant que cela se sente. Le film possède une fraîcheur propre à ces deux personnages principaux qui se refusent à faire des compromis, ce qui les mène au clash la plupart du temps. Il faudra qu'ils parviennent à se rencontrer et à se faire confiance, se respecter et s'admirer pour finalement s'aimer et avoir la force nécessaire pour vivre dans un monde difficile. Hartley filme l'ensemble avec un certain détachement, les répliques sont prononcées entre naturel et lecture atone ce qui donne un aspect presque théâtral mais un théâtre où l'on serait encore au point de la répétition. Et c'est bien de cela dont il s'agit, de faire le grand saut dans l'âge adulte sans trop se compromettre. La fin de l'adolescence est l'âge de tous les possibles, de l'absolu, d'une certaine beauté où la naïveté n'est pas absente. Hartley évoque cette transition difficile à admettre si l'amour n'est pas au rendez-vous. Qu'importe le final, Maria et Matthew se sont trouvés, tout sera possible.

28 août 2012

Descent (2007) Talia Lugacy


Revenge movie. Une jeune étudiante brillante se fait séduire et violer par un autre étudiant. Le récit suit ses errances puis sa vengeance dans un mode réaliste et brutal donnant au film des allures de film de torture. La réalisatrice semble vouloir montrer qu'un viol fait des dégâts, le trouble de l'héroïne témoigne d'une difficulté à entièrement se défaire de l'image de son agresseur, entre répulsion et attraction, comme dans Portier de nuit. Néanmoins la longueur de la scène de vengeance amoindrit, à mon sens, le message du film. L'agresseur agressé devient une autre victime sans pour autant que Maya, le personnage joué par Rosario Dawson, ne soit délivrée. Le spectateur ressort de là choqué et mal à l'aise devant cette démonstration. Exercice un peu vain.

The War Lord / Le seigneur de la guerre (1965) Franklin J. Schaffner


Reconstitution médiévale : tour, chevaliers, armes diverses... c'est un film que j'aurais aimé voir enfant. Schaffner prend plaisir à raconter l'histoire d'un récent seigneur de guerre qui risque de tout perdre par amour pour une jeune paysanne vivant sur ses terres. La séquence de l'attaque du château est passionnante mais l'ensemble n'a pas la force des Vikings de Fleischer. Il n'en reste pas moins que l'intrigue retient l'attention, le sérieux de l'interprétation permet aux séquences dialoguées de tenir la route et le soin apporté au décor est remarquable. 

27 août 2012

Man of the West / L'homme de l'Ouest (1958) Anthony Mann


Excellent western signé Anthony Mann, son dernier puisqu'il sera viré de Cimarron, quelques années plus tard. Gary Cooper joue un ancien bandit, Link Jones, qui part chercher une institutrice pour la ramener dans la ville où il a su gagner la confiance des habitants, ces derniers lui ayant confié une somme conséquente pour la payer. Le film joue du destin et de la fatalité tragiques. Son ancienne bande dévalise justement ce train et lui subtilise l'argent qui lui avait été confié. Tout le propos tournera autour de la difficulté pour Link Jones de retrouver la fureur et la violence nécessaire pour se libérer de ses anciens acolytes et poursuivre le juste chemin.
Le début comique du film où Link Jones tente d'apprendre à voyager par le train n'est qu'une manière d'illustrer un autre thème du film qui est l'essence profonde de l'individu. Celle-ci peut ne pas apparaître à la surface, cet homme gauche et un peu ridicule, le film nous l'apprend plus tard, a connu des accès de violence inouïe. De même la prostituée, autre topoi du western, se révèle fragile et sensible et non pas vulgaire. Parfois même l'individu se surprend lui-même à agir contre la nature qu'il croyait avoir, c'est le  tricheur au jeu qui, bien qu'il fasse preuve de couardise, s'étonne de son courage.
J'ai admiré la manière dont Mann utilise le paysage, lorsque le convoi évolue en chariots dans une contrée verdoyante, nous pourrions penser à un film évoquant l'époque des pionniers, les captures seraient trompeuses. Cette séquence se clôt d'ailleurs sur une bagarre, pleine de rage et de furie, entre Jones et son cousin. C'est à la fin de cette séquence, une fois que la violence en lui a refait surface que le paysage change, désormais le convoi se déplace sur des terres arides et rocailleuses jusqu'au final où le héros se confronte à son passé que son oncle dégénéré incarne tout entier (la mise en scène qui fait évoluer les agresseurs autour, au-dessus et en-dessous de Link, lorsqu'il est dans l'ancienne banque, souligne superbement cette idée de démons ou spectres, d'une lutte presque métaphysique avec son passé).
Le film évoque souvent ce temps qui passe, transforme les choses mais plus difficilement les êtres. La ville fantôme n'est plus mais à l'intérieur des hommes des traces subsistent, plus difficiles à effacer. Le film raconte comment Link Jones parvient, peut-être, à s'en délivrer.

The Last Hurrah / La dernière fanfare (1958) John Ford


The Last Hurrah n'est pas le dernier film de John Ford même s'il ressemble à un chant funéraire. Spencer Tracy y joue un vieux politicien américain d'origine irlandaise qui demande à son neveu journaliste, interprété par Jeffrey Hunter, de suivre sa campagne pour le poste du maire de la ville qu'il détient depuis fort longtemps. Le vieil homme sent que c'est la dernière, il le dit et, en dépit de l'énergie qu'il dégage, laisse entrevoir un pessimisme, une résignation, celle d'un monde qui change, de règles qui évoluent. Au-delà des idéaux politiques défendus dans le film, c'est davantage un état d'esprit, une façon d'être qui est soulignée. Skeffington (Tracy) est le genre d'hommes qui a besoin d'être au contact de ces concitoyens, il n'est pas dupe de ses faiblesses mais estime qu'il faut tenter de satisfaire chacun, apporter ce qui est attendu, même au prix d'un compromis. Ce qui est touchant dans le film, c'est évidemment cette humanité, ce sens du collectif mais plus encore la présence de la mort, le besoin d'être en présence des chers disparus. C'est un thème majeur chez Ford, c'est pourquoi le personnage se tourne souvent vers le portrait de sa femme défunte. Plus comiquement il frappe sur le cercueil du défunt tout en lui parlant et en amenant du monde pour que sa veuve ne se sente pas seule en ces instants. Geste que Ford avait effectué pour l'enterrement de la femme d'un photographe de plateau qu'il traitait avec rudesse sans que ce dernier ne cesse de l'admirer, l'anecdote est dans le McBride paru chez Actes Sud/Institut Lumière. Ajoutons ce pèlerinage vers la maison où il est né.
C'est également un monde qui finit alors qu'un autre commence, les méthodes à l'ancienne font place à l'émergence de la télévision et on ne gagne plus d-les élections comme avant. Le pessimisme de ce discours tient dans la faiblesse de ceux qui sont promus et de ceux qui les soutiennent. les jeunes dans ce film sont d'ailleurs assez ridicules, que ce soit le fils de Skeffington ou le jeune prétendant à la mairie, filmé dans son intérieur. Seul le neveu est digne de représenter les siens mais la politique ne le concerne guère. 
La veillée autour de Skeffington moribond est une grand moment fordien où la communauté se rassemble, c'est la communauté qui prime et qui fait la force du film servie par de nombreux comédiens qui font partie de la troupe de Ford dont Jane Darwell qui fait un numéro des plus cocasses.

Mauvaise graine (1934) Billy Wilder, Alexander Esway


Quand les nazis incendient le Reichstag, Wilder, comme beaucoup d'autres, quitte l'Allemagne. Arrivé à Paris, il doit tout reprendre à zéro, laisser une carrière qui s'annonçait brillante, voir Menschen am Sonntag. Wilder parle alors de cette époque, selon les propos rapportés par Helmut Karasek*, comme une période où les émigrés vivaient dans une atmosphère "froide et hostile". Un hongrois du nom d'Alexander Esway avait réuni des fonds, Wilder avait apporté le scénario.
Le film raconte l'itinéraire d'un jeune fils de médecin, passionné d'automobiles, qui se voit contraint de vendre la sienne car son père ne veut plus l'entretenir. il rejoint alors un gang de voleurs qui opère dans un grand garage parisient où ils camouflent les voitures voilées, les revendent, il découvrira l'amour avec une jeune demoiselle de la bande interprétée par Danielle Darrieux.
Le film a de nombreux atouts. Il faut laisser de côté le jeu daté des acteurs bien que nous puissions y trouver un certain charme. L'intérêt est dans la manière dont sont construites les scènes, Wilder prend soin de les conclure systématiquement avec une chute, un quelque chose qui vient surprendre le spectateur, lui laisser un sourire au visage, je pense au jeu avec la plaque volée, au zèbre qui conserve sa cravate sur la plage... De même le montage, les transitions entre les scènes laissent transparaître une ingéniosité, une malice, un sens de la trouvaille éminemment sympathique, un peu comme Hitchcock et ses maquettes, il y a là un amour du récit, une volonté de le servir en s'amusant et cela simplement. Je pense aux superpositions, aux cartes qui montrent l'itinéraire des personnages de Paris à Marseille...
Une certaine lutte des classes, menée par le jeune héros, donne une substance politique supplémentaire au film, le boss prend une trop grosse part du butin.
Le Siodmak cité plus haut a cette poésie que l'on retrouve dans quelques plans, lors des scènes de la baignade. Le caïd s'étant fait mouché par le fils du médecin, il décide de surenchérir et d'offrir une après-midi de baignade, c'est l'occasion de trouver des plans plus champêtres, plus en contrepoint des péripéties urbaines. Ce sera le cas avec la fuite marseillaise des deux amants, une lumière naturelle donne au film une toute autre allure, proche des images d'un Toni ou d'un film de Pagnol. Ce cinéma qui quitte les studios est le fruit d'une contrainte, tourner en studio coûte cher, l'équipe doit se débrouiller autrement et faire preuve d'inventivité, une fraîcheur s'en dégage et rend ce film très agréable à suivre.

* "Et tout le reste est folie", Billy Wilder, Helmut Karasek (Robert Laffont, 1993)

26 août 2012

Criminal (2004) Gregory Jacobs


John C. Reilly en acteur principal est un point essentiel pour jeter un oeil sur ce film réalisé par un protégé de Steven Soderbergh. Comédie centrée autour du monde de l'arnaque, située à Los Angeles, le récit veut surprendre à tous coups le spectateur, il y parvient mais il faut reconnaître que c'est sur la base d'une indulgence tranquille. Sorti de là, rien n'est surprenant, émouvant. C'est un film light, sans saveur, qui ne refoule pas le spectateur au-delà de son fauteuil mais qui ne le fera jamais revenir non plus.

25 août 2012

The Remains of the Day / Les vestiges du jour (1993) James Ivory


La richesse de ce film subjugue...
L'enfermement de l'individu dans sa classe, dans son rôle peut le mener à la perfection et en même temps à l'aveuglement. Le majordome James Stevens et son maître, Lord Darlington ont ce point en commun : s'en tenir à des règles, à un credo et tout leur sacrifier. Il y a certainement une satisfaction, une jouissance à sentir que là où l'on se situe, à un moment de la perfection, de l'accord entre ses idées et la façon de les servir, les choses vont comme elles doivent aller. Et ce moment précis où une irritation, un murmure viennent jeter une pâleur sur ce chemin tracé en droite ligne, ce moment est si insensé qu'il faut redoubler de rigueur jusqu'à se fourvoyer.
L'intrigue sentimentale, doublée d'un arrière-plan politique qui lui répond en écho, est une démonstration de ce processus. Le huit-clos ajoute à l'aveuglement en dépit des sentiments de Miss Kenton, de la révolte de Reginald Cardinal ou de la harangue solitaire de Lewis. La réalité semble ne pas pénétrer dans un monde immobile où le protocole règne. Les codes sont une bénédicité si les différentes parties le respectent, a contrario ils peuvent se révéler n'être qu'un voile qui cache l'abîme. Certains membres de l'aristocratie anglaise refusant de laisser le pouvoir au peuple (scène étonnante des questions posées à Stevens qui ne peut répondre parce qu'il ne connaît pas ce sujet et parce que ce n'est pas son rôle, la démonstration absurde qui en est faite est un moment ignoble) et préférant le nazisme, autre écueil mené par des principes dont la base s'effondre.
La distribution est de toute beauté et l'interprétation remarquable, le raffinement des décors n'empêchent en rien l'intensité des émotions et chaque geste a une importance capitale, tant et si bien que la scène où Miss Kenton tente de connaître le titre du livre lu par Stevens est une des plus belles scènes d'amour vue à l'écran.
D'évidence Hopkins et Thompson sont époustouflants de justesse, James Fox est parfait également, j'ai aimé la référence faite au début à The Servant (chef d'oeuvre de Losey), Christopher Reeve est un politicien éclairé des plus crédibles et Lonsdale incarne la veulerie à la perfection.




Wat zien ik / Business is business (1971) Paul Verhoeven


Premier long métrage de Verhoeven et premier succès, le film ayant fait près de 2,5 millions d'entrée aux Pays-Bas. Ce n'est pas ce film que désirait réaliser Verhoeven mais Turkish Delight. Le producteur Rob Houwer ne voulait pas accéder à sa demande, trop d'érotisme explicite mais il demande à Verhoeven d'adapter un roman à succès, s'il séduit le public alors il pourra réaliser son voeu.
L'intrigue suit le parcours de deux prostituées qui vivent à Amsterdam. L'une est à son compte, indépendante et forte de caractère, l'autre est insatisfaite, elle veut changer de vie mais elle est sous le contrôle viril de son mac.
La réalisation du film est soignée, la photographie très professionnelle mais on ne s'amuse guère devant cette grosse farce qui sombre à de nombreuses reprises dans le ridicule. Verhoeven n'aime guère le film mais c'était le prix à payer pour être un eu plus libre.

Papillon (1973) Franklin J. Schaffner



C'est tout à fait le genre de film que l'on regarde un dimanche soir en famille, qui nous laisse un bon souvenir mais plus tard nous savons qu'il faut vérifier si ces souvenirs restent fidèles, parfois c'est la déception alors on se dit qu'il aurait mieux valu ne pas y retourner, en revanche certains films se laissent redécouvrir sous leur meilleur jour, Papillon est un de ces derniers. La quête de liberté du personnage interprété par McQueen est le coeur du film, la relation avec Louis Dega est l'autre versant, porté admirablement par Dustin Hoffman. La réalisation de Schaffner est solide, il se contente d'illustrer au mieux le récit et les émotions des personnages. La reconstitution (en Jamaïque) est grandiose. j'ai regardé les suppléments de l'édition BR, il y a un chouette docu sur l'histoire de René Belbenoît et Henri Charrière, le destin de ces deux hommes qui se sont croisés est exceptionnel. On y apprend que Belbenoït a été le conseiller technique de Curtiz sur Passage to Marseille, rien d'étonnant à s'extasier devant la qualité des séquences du bagne. Ajoutons un score de Jerry Goldsmith et vous avez un film qui ne vieillit pas. Un classique.

14 août 2012

Le beau mariage (1982) Eric Rohmer



Le Mans. Sur un coup de tête, une irritation, Sabine (Béatrice Romand) rompt avec son amant, marié et père de famille. Elle décrète qu'elle aussi désire le mariage, elle veut s'occuper d'elle. Sabine est une jeune femme qui garde les entêtements et la tonalité qu'ont les pré-adolescentes : des certitudes lancées au monde avec ce trémolo dans la voix qui révèle une crainte, une peur de se tromper ou en tout cas le désir ardent, l'espoir d'avoir raison. Aidée de son amie Clarisse (Arielle Dombasle, ravissante), elle rencontre Edmond (Dussollier, parfait comme toujours), avocat célibataire qui semble intéressé par la jeune femme. A partir de quelques instants avec lui, Sabine va décider que ce sera le bon, la voilà partie  dans ce rêve, elle en parle, l'évoque à tout va. En le rattachant aux petits faits et incidents de la réalité elle le rend palpable et cependant détaché du réel. Convaincue de sa force elle blesse ceux qui l'entourent, fait des caprices, se perd dans des trajets vains et finit par se rendre à l'évidence. Là où certaines se répandraient dans l'amertume, Sabine farouche optimiste repart à l'assaut.
C'est une femme qui veut éclore que Rohmer décrit, étudiante en Histoire de l'art mais ne produisant pas il lui manque quelque chose qui la porte, ce projet va lui donner l'opportunité de vivre plus intensément de regarder plus loin. D'ailleurs Rohmer la filme souvent près des fenêtres, de lieux d'où elle embrasse le plus vaste espace possible, permettant la promenade du regard, la rêverie (ce sont ces regards que nous donne  voir Rohmer dès les premiers plans du film, qui trouveront un écho spatial à la fin). Sabine vit également près des frontières, dans des zones floues et incertaines. Etudiante, elle n'est ni une enfant, ni une adulte arrivée. Elle est également issue d'un milieu modeste, cependant Clarisse et Edmond font eux partie d'une bourgeoisie aisée qui peut-être contribue à la séduire inconsciemment même si elle formule sa gêne à y évoluer. L'étudiant qu'elle séduira probablement dans le train sera peut-être un choix gagnant.
Rohmer nous raconte encore avec son talent hors-pair une histoire sentimentale qui est plus belle qu'elle ne le laisse transparaître car cette héroïne pourrait agacer, capricieuse, insatisfaite, exigeante, elle a de nombreux défauts mais ce sont ceux de sa jeunesse. C'est une rêveuse entre deux eaux, les beaux plans du vieux Mans nourrissent une passion toute romantique, ils se confrontent aux plans parisiens, plus gris, plus froids qui la ramènent à la réalité. Il faut être bienveillant avec cette héroïne car "Quel esprit ne bat la campagne ?Qui ne fait châteaux en Espagne ?", La Fontaine.



13 août 2012

The Outsiders (1983) Francis Ford Coppola



Jeunesses des années 60 dans un coin paumé d'Oklahoma, bandes rivales qui, souvent, miment une virilité trop éloignée d'elles, Coppola peint une beauté intrinsèque à ces périodes où le sublime surgit au détour d'un coucher de soleil, où les identités se cherchent et se cristallisent autour d'un couteau ou d'un livre, c'est selon. Le jeune Ponyboy n'a guère envie de jouer les gros bras mais il est difficile de ne pas en être. C'est lui qui raconte son histoire, il l'écrit pour pouvoir passer dans la classe supérieure, le film constitue le développement en images de sa composition écrite. Coppola, dans un style poétique que Gus Van Sant poussera au sublime, montre qu'il ne faut pas grand chose pour basculer d'un côté ou de l'autre, que l'innocence ne dure pas mais que l'on peut tenter d'en préserver une part. Le plaisir supplémentaire du film tient en sa distribution, en sa reconstitution de l'époque avec ses belles voitures aux carrosseries élancées et aux morceaux d'Elvis, Van Morrison, Carl Perkins. Quelques longueurs ici et là amoindrissent l'ensemble et puis ces scènes où les personnages chialent, non pas que cela soit hors de propos mais quand un acteur n'est pas crédible dans ce genre de scènes c'est assez pénible et comme ils chialent mal et beaucoup...

12 août 2012

The Long Gray Line / Ce n'est qu'un au revoir (1955) John Ford


Belle découverte que ce John Ford, diffusé par TCM, dans un cinémascope des plus séduisants.
Le film ne fait partie de ceux que l'on cite volontiers lorsqu'on évoque la longue filmographie du borgne au mouchoir et pourtant ce n'est absolument pas un film mineur, il contient de grands thèmes fordiens sans compter ses nuances...
Sur le papier, l'évocation de la vie d'un entraîneur sportif de l'académie militaire de West Point peut effrayer. Un peu comme la belle gueule de Tyrone Power, à première vue, le sujet n'est pas engageant et l'acteur pas vraiment charismatique. Ce serait se tromper que de passer à côté. Power est un acteur solide (Nightmare Alley par exemple) et Ford transcende toujours ses passions académiques.
Power joue Marty Maher, nous voyons ce personnage se plaindre auprès de Eisenhower, alors président des USA, de sa mise à la retraite, lui qui a passé plus de cinquante années à West Point. L'homme est âgé, un flash back va nous relater son expérience à West Point...
Le film commence avec des chansons, des plans larges de défilés militaires, Ford vénère l'armée et tout ce qui va avec, le drapeau, le pays, bla bla bla... Et pourtant c'est un antihéros qui nous est peint avec cet irlandais maladroit, incompétent que l'on garde parce qu'il a bon coeur et aime sincèrement les cadets qui sont placés sous sa responsabilité. Marty Maher est un personnage étonnant, les événements se présentent à lui sans qu'il puisse les maîtriser tout en réalisant ses voeux. Le début du film nous peint ce personnage presque comme un élément burlesque, très proche de la farce, parfois même en forçant le trait au-delà de l'acceptable, c'est d'ailleurs un autre aspect de Ford, il appuie souvent sans retenue, c'est aussi pour cela qu'on l'aime. 
Le film est tourné sur place, à l'académie de West Point, dans un cadre naturel superbe. Ford y engouffre son amour de l'Irlande, le héros est irlandais, sa femme (jouée par Maureen O'Hara, rhââ lovely) également et le père (qui d'autre que Donald Crisp après How Green Was My Valley ?) rejoint le duo pour recomposer une famille typique. L'esprit de corps est glorifié... Ford fait cela admirablement, même un objecteur de conscience s'y laisserait prendre. Cette première partie déborde d'enthousiasme, de joie de vivre, de fraternité.
Lorsque le couple joué par Power/O'Hara perd le nouveau-né sans jamais plus pouvoir enfanter le film prend une autre dimension, l'évocation de la mort de cet enfant va renforcer les liens du couple avec les cadets, ils vont devenir leur famille et ce, d'autant plus que la première Guerre Mondiale surgit et les morts avec elle. La maison des Maher devient alors une sorte de refuge. La seconde Guerre Mondiale viendra ajouter à la douleur.
C'est là où l'esprit de corps chanté plus haut prend toute sa force, Ford souligne parfaitement cela. Les interrogations ne sont pas cachées, Maher au début du film évoque un lieu habité par les fous, toutes ces règles, cet aspect rigide, codifié peut parfaitement symboliser l'aliénation, l'absurde conformisme, l'effacement de l'identité au profit de l'ensemble anonyme, nous savons tout cela. Avec la guerre l'amertume, la détresse prennent leur place, la veuve de Red se demande pourquoi mourir, pour recevoir une médaille d'honneur dans un écrin ? Ford ne tait pas cet aspect des choses. la plus belle scène est celle où quelques gouverneurs viennent visiter West Point. L'un d'entre eux se moque ouvertement de ces traditions et méthodes conservatrices et prône le changement. Selon lui l'académie est coupée de toute réalité. Maher lui rappelle que les meilleurs éléments de West Point sont ceux qui conduisent les hommes à la guerre, ils sont au coeur de la réalité. 
Que nous apprend Ford ? Que la réalité n'est jamais simple, que ceux qui ont des certitudes sont souvent des snobs, des idiots. En traversant le XXème siècle avec un simple instructeur sportif, l'on peut comprendre ce qui fonde l'attachement de cet homme à une institution comme West Point : un lieu qui lui a tout donné mais surtout un attachement aux hommes qu'il a vus évoluer sous son regard bienveillant et parfois empli de doutes. Comme les plans et les cadres qu'il compose, faits d'ombre et de lumière, Ford nous dévoile un monde nuancé et puissant où nos certitudes s'effondrent et où la foi en l'homme grandit. 

10 août 2012

The Bank / Charlot à la banque (1915) Charlie Chaplin



Chaplin brouille les pistes, dès le début nous voyons Charlot entrer dans une banque, se diriger vers le coffre-fort, ouvrir la lourde porte et ... mais Charlot serait-il devenu millionnaire ? Aurait-il la responsabilité de l'argent déposé à l'intérieur ? Rien de tout cela, les objets, les lieux sont utilisés d'une façon toute personnelle aussi découvre-t-on Charlot attraper son balai et son seau, il n'est qu'un homme à tout faire, et surtout le ménage, dans la banque. Le spectateur sera attrapé deux fois. La chute du court sera la seconde illusion.
Le premier tiers du récit est une partie burlesque classique où Charlot affronte un autre agent de service de la banque, les accessoires sont détournés ou utilisés à merveille : seaux, balais, ventilateur...
La deuxième partie est totalement sentimentale, de façon nettement prononcée, Charlot s'éprend de la secrétaire, Edna, et lui écrit, avec fleurs à l'appui, mais un quiproquo sur l'expéditeur de l'ensemble écarte Charlot, supplanté par le guichetier qui a le même prénom. Suit une séquence où Charlot est d'une tristesse lugubre, voir la capture ci-dessus, assez inhabituelle jusqu'à présent, cette tonalité sera reprise dans le reste de l'oeuvre.
Puis le rythme trépidant reprend avec un braquage où, enfin, notre héros pourra montrer sa vraie valeur et briller auprès de sa belle tandis que la lâcheté du guichetier éclatera au grand jour. Las, ce n'est qu'un rêve, la seconde illusion frappe le spectateur qui a cru, un instant, que l'éternel déclassé pouvait changer de statut. Non. Nous l'aimons ainsi, tournant le dos au spectateur et partant tristement vers l'arrière-plan du champ.
Avec ce beau court Chaplin varie les tonalités et témoigne d'un savoir-faire de plus en plus magistral.

The Wild One / L'équipée sauvage (1953) Laszlo Benedek



L'esthétique cuir/queer conduira Kenneth Anger à citer ce film dans Scorpio Rising, il est vrai que Brando surjoue parfois dans quelques passages mais lorsque Tavernier/Coursodon dévalorisent son jeu dans leur 50 ans de cinéma américain, ils exagèrent sans retenue aucune car Brando arrive parfaitement à rendre crédible son statut de "bad boy" tout en laissant entrevoir une part sensible que le personnage féminin interprété par Mary Murphy saura faire émerger. Là où les deux compères ont raison c'est au sujet du jeu de Lee Marvin, surtout ses répliques, autant le personnage joué par Brando est toujours au premier degré, autant le sien baigne dans l'ironie, ce qui rend ses scènes bien plus marquantes.
Le film aborde les bandes de jeunes à moto, fait nouveau à l'époque mais le sujet n'est pas celui-ci, il s'agit de démontrer que l'individu fondu dans la masse devient un idiot, les jeux stupides de ces jeunes à moto ne sont pas si inquiétants pour la société, en revanche le même principe s'applique aux adultes locaux qui dépassent de très loin les frontières de l'admissible. En cela le film me fait davantage penser au Fury de Fritz Lang. Il y a cette énergie bestiale qui grandit en une foule en colère, dont personne ne se sent responsable mais que tout un chacun alimente. le film dénonce ce principe, c'est certainement ce qui a motivé Stanley Kramer pour produire le film.
Timothey Carey, pour notre plus grand plaisir, fait brièvement l'idiot à quelques reprises.

9 août 2012

A Woman / Mam'zelle Charlot (1915) Charlie Chaplin



Un lent panoramique nous dévoile une famille au parc, le père, la mère et la fille. Le père profite de l'assoupissement des deux femmes pour aller retrouver les joies de la séduction. Ayant fait mouche il se propose d'offrir une boisson à sa proie, c'est au moment où il s'absente pour aller la chercher que Charlot fait son apparition, il surgit tel un spectre de l'arrière plan, silhouette vibrante à cause d'un arrosoir automatique qui projette de l'eau, véritable écran entre Charlot et le spectateur. 
Chaplin n'aura de cesse de séduire la jeune proie du vieux séducteur mais il se retrouvera ensuite, en l'absence de ce dernier chez lui, séduisant cette fois sa fille.
La première partie relève du boulevard le plus classique mais une fois le père rentré chez lui une autre séquence débute. lors d'une rixe avec le père le pantalon de Charlot se déchire, il tente une sortie en caleçon mais tombe sur le défilé d'une association de vertu, il rebrousse chemin dans la maison et ne peut alors que se travestir, profitant d'un ensemble laissé sur un mannequin. Le travestissement commence, Edna, la fille de la maison est horrifiée puis amusée, elle lui conseille de se raser la moustache.


Les farces de Charlot n'ont pas de limites, il séduit le père dans cet accoutrement et arrive même à faire en sorte que ce dernier embrasse son futur gendre. Chaplin s'amuse avec les frontières sexuelles, Robinson écrit dans son Chaplin paru chez Ramsay que ce jeu lui vaudra l'interdiction du film chez les pays scandinaves jusqu'aux années 30.
Le court est amusant et varié, Chaplin semble gagner également en maîtrise du langage cinématographique, nous avons signalé ce lent panoramique au début, quelques gros plans sont insérés judicieusement et le découpage plus prononcé qu'à l'accoutumée est assez transparent.

8 août 2012

Cast Away / Seul au monde (2000) Robert Zemeckis



Chuck Noland (Tom Hanks) n'a pas de problèmes, il n'a que des solutions. C'est un ponte qui travaille chez Fed Ex, qui est toujours entre deux avions. La première séquence du film nous montre cette course contre le temps, Noland jongle avec l'ensemble, la famille est un élément qui se glisse dans l'agenda. C'est une bague de fiançailles qu'il donne à sa compagne avant de prendre le dernier avion.
Le crash qui suit est une séquence spectaculaire, les événements s'y succèdent à une vitesse folle mais Noland s'en sort et échoue sur une île où il va devoir composer avec un autre rythme, un autre temps. L'homme est ingénieux même si le désespoir le touche. Et derrière la machine à performances professionnelles il y a un homme sensible, il faut parfois de rudes épreuves pour le faire émerger.
Zemeckis est un vrai conteur, il a l'art de maîtriser le rythme de son récit et l'émotion que le scénario contient. Hanks fait une performance remarquable, au-delà de la performance physique c'est les nuances de son jeu qui retiennent l'attention. J'ai beau avoir vu le film plusieurs fois je suis encore saisi par les séquences qui se succèdent, leur intensité. Zemeckis a l'art de s'engouffrer dans des projets énormes tout en conservant la faculté d'émouvoir par petites touches. Chapeau !

7 août 2012

Pauline à la plage (1983) Eric Rohmer



Pauline arrive près de Granville pour quelques jours de vacances, sa cousine Marion veut qu'elle se laisse aller aux rencontres, elle veut lui apprendre. Bien vite ces rencontres se font et une soirée permet à chacun de décliner sa définition de l'amour. Comme l'indique la citation de Chrétien de Troyes au début du film, le langage peut aboutir à ce que l'on trompe autrui ou/et soi-même. Ainsi Pauline apprendra, non pas forcément en vivant pleinement des amours estivales mais en regardant et en écoutant les adultes qui l'entourent.
Le geste d'affection que Pauline effectue envers Marion vers la fin du film est admirable, il y a là tout ce qui a disparu de l'enfance, tout ce qu'apporte la maturité nouvelle.
Comme à l'accoutumée avec Rohmer, ce sont des dialogues savoureux, des interrogations, des hypothèses qui prennent forme et dont on se régale, d'autant plus que Nestor Almendros filme l'ensemble avec une lumière souvent naturelle. Le master HD utilisé lors de la diffusion sur Arte est un émerveillement de tous les instants.

Bab el hadid / Gare centrale (1958) Youssef Chahine



Au coeur de la gare centrale du Caire où les locomotives d'acier, les wagons de marchandises offrent au spectateur des lignes purement cinématographiques, Chahine installe son mélodrame social fait de chair, de sensualité et d'insolence.
C'est le vieux vendeur du kiosque à journaux qui nous raconte l'histoire de Kenaoui, pauvre boiteux qu'il a pris sous son aile. L'homme connaît les histoires dont sont truffés les journaux qu'il vend. Et Chahine de nous faire découvrir tout ce monde qui gravite entre la gare de voyageurs et la gare de triage. Peinture néoréaliste qui met en lumière les porteurs, les vendeuses de boissons à la sauvette et les autres. Chacun tente de survivre, veut réussir et a ses rêves. Celui de Kenaoui, interprété par Chahine lui-même, est d'épouser la plantureuse et sauvage Hamouna, seulement dès le début du récit l'amour qui brûle en Kenaoui est trop grand pour lui, c'est le fruit d'une frustration qui l'obsède, les photos de stars aux bras nus qu'il épingle sur les murs de sa cabane font l'objet d'une retouche : un seau accroché à l'épaule, celui où Hamouna glisse ses bouteilles de Coca pour qu'elles restent fraîches. Evidemment Hamouna se réserve pour un autre, Abou, ce dernier a un autre combat : fonder un syndicat pour que ces camarades aient des droits.
Derrière cette trame mélodramatique Chahine développe des courants contestataires, progressistes, celui du droit du travail, celui de la femme également, voir le groupe de femmes qui milite contre le mariage ou la volonté farouche d'Hamouna de tracer son chemin en dépit des embûches. Hind Rostom prête son corps sensuel et son énergie à ce beau personnage.
Loin des véhicules sentimentaux produits à l'époque voici un film qui mêle le sexe et la mort sans jamais tomber dans la facilité.

6 août 2012

A Room with a View / Chambre avec vue (1985) James Ivory



Récit de l'émancipation d'une jeune femme qui trouve l'amour en dépit de son éducation et des règles de bienséance émanant de sa classe sociale, A Room with a View démontre que cette libération, qui n'est que la liberté des sentiments, ne s'effectue néanmoins que parce qu'elle est permise par un entourage discret et bienveillant. La fougue et la passion rentrée du personnage, interprétées avec brio par Helena Bonham Carter, ne s'expriment qu'avec le soutien faussement naïf de son chaperon, admirable Maggie Smith. Mr Emerson (Denholm Elliott) n'est pas non plus innocent, lui qui trouve vitalité et désir au plus profond des choses, repoussant les apparences et les conventions. Le plaisir et la beauté sont les fils conducteurs de ce film sensible et touchant que j'aime à revoir de temps à autre. Surprise, j'avais totalement oublié la performance étonnante de Daniel Day Lewis, ce qui m'a réjoui davantage.

See No Evil a.k.a. Blind Terror / Terreur aveugle (1971) Richard Fleischer



Mia Farrow interprète une jeune femme aveugle qui va se retrouver chassée par le tueur aux bottes étoilées.
Fleischer en connaît un rayon, sa filmo regorge de tueurs tous plus remarquables les uns que les autres mais ici le tueur est anglais. Le film est tourné dans le Berkshire et il semblerait que le calme qui y règne soit responsable de la lenteur des péripéties du scénario de Brian Clemens. Fleischer veut donner à son récit toute la force du réalisme et il se cramponne à ce credo, quand bien même il perdrait nombre de spectateurs en route. Sa ténacité à allonger les scènes, à maintenir Mia Farrow dans le champ force le respect. Le film en devient presque conceptuel car ce n'est pas la fadeur des interprètes qui entourent Farrow qui peut faire naître un soupçon d'intérêt. Non, le plaisir est tout autre, voir l'héroïne évoluer dans le manoir jonché de corps, la voir ramper dans la boue, se prendre des gifles... un régal pour les sadiques du dimanche. Le cuir des bottes du tueur, exhibé à de nombreuses reprises, peut attirer d'autres pervers fétichistes. Commençant comme un reportage haletant sur l'itinéraire d'une limace, c'est un peu l'impression que j'en avais au début, le film recèle bien des plaisirs coupables. 

5 août 2012

King Kong (2005) Peter Jackson



Reprise du Schoedsack/Cooper de 1933 qui avait subi un remake en 1976 par John Guillermin. Le premier avait fait l'objet d'une soirée un peu spéciale alors que j'étais enfant, l'excitation qui en découlait m'avait fait descendre de mon lit pour me faufiler jusque sous la table de la salle à manger où j'avais pu profiter de la séance. Je garde du second l'émotion procurée par Jessica Lange mais je ne sais si le doublage français en est le principal responsable.
Cette version maintient le lien affectif entre la belle et la bête et développe un volet hommage au cinéma avec un sérieux second degré qui fait passer les péripéties "video game" plus facilement. Un excellent divertissement.