30 sept. 2012

Keetje Tippel / Katie Tippel (1975) Paul Verhoeven


Ce sont les récits autobiographiques de Neel Doff qui ont servi de base pour le scénario de ce film. Ces derniers, écrits en français, n'ont été découverts en Hollande qu'à partir des années 60, date où ils ont été traduits. Katie Tippel est un personnage directement inspiré par Neel Doff. Venue à Amsterdam avec sa famille pour y trouver de quoi vivre un peu plus confortablement, Neel Doff a connu l'exploitation de la misère par les classes dirigeantes. Les prémisses du socialisme servent d'arrière-plan au récit. En dépit de ce discours politique, Verhoeven, fidèle au matériel d'origine, ne cache rien du manque de solidarité entre les pauvres, non plus la recherche du bien-être de l'héroïne et son dégoût futur de la pauvreté, de ses origines.
Le film n'a pas la force et le charme de Turkish Delight mais se laisse voir. Verhoeven aurait aimé avoir un budget plus conséquent afin d'insuffler au film un souffle qui lui manque, notamment lors des scènes révolutionnaires qu'il dit avoir tournées en pensant à celles du Docteur Jivago
Note toute personnelle, je suis allé visiter Amsterdam l'été dernier et je suis arrivé trop tôt devant le manège à chevaux situé près de Vondelspark. Une scène du film m'a permis d'y voir l'intérieur.

24 sept. 2012

Divine (1935) Max Ophüls


Itinéraire d'une jeune fille de la campagne, engagée dans un music-hall, elle en devient la vedette, l'objet de tous les désirs. C'est un garçon laitier qui la ramènera loin des effluves d'opium, de la ville décadente. 
Un retour à la nature chanté par Colette qui signe le scénario de ce film mis en scène par Ophüls qui, déjà, compose des plans et des mouvements enivrants. Cette cinétique peu enivrer mais masque les plaisirs coupables, les drogues, les séductions malsaines, des scènes belles et puissantes nous les présentent. Il y a beaucoup de morale dans ce récit mais aussi une liberté de ton agréable : les cuisses des danseuses, leurs poitrines menues sont des délices partagés, on résiste difficilement à ce plan où Divine se laisse caresser par un serpent. A côté de ces charmes un autre opère, celui du visage de Simone Berriau. Je lis, ici et là, qu'elle ne fait guère l'unanimité, il faut croire que tous les goûts sont dans la nature car j'aime volontiers son minois pâle, sa façon de plonger dans son lit, son jeu désintéressé, son indépendance.
La copie diffusée par Brion n'était pas toute jeune mais l'enthousiasme de Max Ophüls pour son sujet a suffit à mon bonheur. Il y a, dans la peau grenue de cette pellicule, des germes du futur Lola Montès.

23 sept. 2012

Midnight / La baronne de minuit (1939) Mitchell Leisen


Relecture de Cendrillon ou lorsque Wilder et Brackett s'amusent, le spectateur fait de même.
Claudette Colbert joue une jeune femme qui arrive de Monte Carlo avec pour seul bagage une robe de soirée. Elle sera prise en charge par un chauffeur de taxi, interprété par Don Ameche, qui en tombe amoureux seulement la belle s'évapore dans la nuit. Alors que l'éconduit fait tout pour la retrouver, la belle s'infiltre dans une soirée mondaine où un vieux fortuné, John Barrymore, va se servir de ses charmes pour évincer le bel amant de son épouse...
C'est une comédie charmante qui nous est offerte, le charme des acteurs, la subtilité des dialogues : tout concourt à satisfaire nos sens. Il règne une légèreté, une séduction qui ne peuvent que faire mouche.
Wilder a dit un peu partout qu'il était difficile de travailler avec Leisen car ce dernier ne s'occupait que des décors et des costumes. Peut-être qu'il fallait surveiller davantage Barrymore qui aimait s'y soulager après avoir bu un peu plus que de raison. Barrymore est merveilleux dans ce film, lorsque l'on sait qu'il lisait ses répliques grâce à des panneaux installés un peu partout, l'on touche du doigt ce que signifie l'art de l'illusion.
Derrière l'intrigue sentimentale, amenée d'une manière des plus originales, le scénario installe tout un discours sur la lutte des classes, sur la dignité de l'homme d'en bas et la solidarité des émigrés même si elle est suscitée par l'argent. Il y a de la malice, une malice wilderienne qui transparaît tout au long du film.
La lutte que devait fournir Wilder pour que le scénario ne soit pas trahi l'amena, après plusieurs films avec Leisen, à devenir lui-même le metteur en scène. Pour notre plus grand bien.

21 sept. 2012

The New Centurions / Les flics ne dorment pas la nuit (1972) Richard Fleischer


La vie de deux flics de Los Angeles. L'un, l'ancien (George C. Scott), accueille l'autre, nouvelle recrue (Stacey Keach). Les deux sont des workaholics, ils ne se sentent véritablement bien qu'au sein de leur véhicule patrouillant les rues de LA, avec la faune qui y vit, avec ses bons et ses mauvais moments. La partie du film qui souffre le plus est certainement cette succession de scènes qui montre la routine et en même temps la diversité des tâches qui leur incombent. Puis viennent les doutes, le destin de Kilvinski heurte Fehler de plein fouet et le pousse à un dernier sursaut de survie. Métier noble mais qui ronge celui qui porte l'insigne, le flic, ici, est une sorte de sacrifié, son dévouement fait le vide dans sa sphère familiale et le détruit peu à peu, c'est ce qu'apprend Fehler. Fleischer filme magnifiquement ces quelques moments de prise de conscience qui jalonnent le film et le sortent du banal compte-rendu habituel. La musique de Quincy Jones lui donne une élégance supplémentaire. Les performances de Scott et de Keach finissent de nous séduire, aidés par Ed Lauter que j'ai toujours plaisir à voir.
Un film sombre, pessimiste.

7 sept. 2012

Silkwood / Le mystère Silkwood (1983) Mike Nichols


Une ouvrière, Karen Silkwood (Meryl Streep avec une coupe très années 80), travaille dans une usine de traitement nucléaire. Elle va se lancer dans un combat syndical pour dénoncer la façon dont l'entreprise gère la sécurité de ses employés et la qualité de sa production. 
S'inspirant d'une histoire vraie, le film est assez aimable, Streep y apporte une énergie et une fragilité admirables. Le casting est de qualité, Kurt Russell joue avec subtilité son amant, Cher est une co-locataire convaincante et de solides seconds rôles tels que Craig T. Nelson, Fred Ward et Emmet Walsh ajoutent au plaisir. La photographie est belle, la musique de Delerue. 
C'est un beau portrait d'une héroïne de la classe ouvrière, un film militant. Les scènes de "décontamination" font froid dans le dos.