30 sept. 2012

I figli di nessuno / Le fils de personne (1952) Rafaello Matarazzo


Poursuite du périple Matarazzo avec le troisième mélo du coffret Eclipse Criterion. Les deux films précédents n'étaient absolument pas défendables, avec cet opus nous pouvons quand même signaler une amélioration, je n'y croyais guère. Ce ne sont pas les acteurs qui l'emportent, Yvonne Sanson et Amedeo Nazzari forment un couple que je n'arrive pas du tout à apprécier, leur jeu manque d'épaisseur et de profondeur aussi les sentiments qu'ils tentent de faire naître chez les spectateurs ne vont pas au-delà d'une compassion au regard de leurs efforts. Heureusement Françoise Rosay incarne parfaitement la mère possessive et manipulatrice. Folco Lulli n'est pas mal non plus en contremaître retors. Ce n'est pas l'intrigue non plus qui nous passionne. Le mélodrame ne pêche pas par retenue et discrétion, nous le savons, mais sans incarnation les rebondissements ne font pas mouche. Et puis les facilités prises par le scénario finissent par exaspérer. La maison de Marta brûle au milieu de la nuit et la voilà, accompagnée de Luisa, sortant d'un buisson. Enfin !! Le film est-il drôle ?
Seul l'usage des extérieurs, la campagne toscane et surtout les carrières de marbre de Carrare, donnent à ce récit une force que le scénario, le jeu des acteurs, la mise en scène peinent à insuffler. C'est dommage car l'arrière-plan social du film aurait pu ajouter à l'intérêt du film. C'est une mise en images bien terne qu'il nous faut endurer. une de plus signé Rafaello Matarazzo.

Keetje Tippel / Katie Tippel (1975) Paul Verhoeven


Ce sont les récits autobiographiques de Neel Doff qui ont servi de base pour le scénario de ce film. Ces derniers, écrits en français, n'ont été découverts en Hollande qu'à partir des années 60, date où ils ont été traduits. Katie Tippel est un personnage directement inspiré par Neel Doff. Venue à Amsterdam avec sa famille pour y trouver de quoi vivre un peu plus confortablement, Neel Doff a connu l'exploitation de la misère par les classes dirigeantes. Les prémisses du socialisme servent d'arrière-plan au récit. En dépit de ce discours politique, Verhoeven, fidèle au matériel d'origine, ne cache rien du manque de solidarité entre les pauvres, non plus la recherche du bien-être de l'héroïne et son dégoût futur de la pauvreté, de ses origines.
Le film n'a pas la force et le charme de Turkish Delight mais se laisse voir. Verhoeven aurait aimé avoir un budget plus conséquent afin d'insuffler au film un souffle qui lui manque, notamment lors des scènes révolutionnaires qu'il dit avoir tournées en pensant à celles du Docteur Jivago
Note toute personnelle, je suis allé visiter Amsterdam l'été dernier et je suis arrivé trop tôt devant le manège à chevaux situé près de Vondelspark. Une scène du film m'a permis d'y voir l'intérieur.

29 sept. 2012

Du skal aere din hustru / Le maître du logis (1925) Carl Theodor Dreyer


Copenhague. Le maître du logis est un mari tyrannique qui ne voit pas les sacrifices de son épouse qui fait tout pour satisfaire ses besoins. L'ancienne nourrice du mari, qui fait toujours partie du foyer, décide de lui donner une sévère leçon en persuadant l'épouse de le quitter et de ne revenir qu'une fois le mari revenu dans le droit chemin, celui d'une humanité plus propice à un épanouissement partagé.
Les bords du cadre sont toujours placés dans l'obscurité, seul un halo de lumière permet au récit de surgir des ténèbres. C'est une pièce de théâtre qui est à l'origine du scénario et l'appartement du couple reste le principal décor utilisé, même si Dreyer montre parfois le mari errer dans les rues enneigées de Copenhague. Pas d'effets dans ce film, Dreyer prend un parti réaliste, naturel en décrivant les différents moments d'une vie de famille, en s'attardant sur les objets et les tâches à effectuer. Sa mise en scène, sa façon de découper le film le rend très agréable à suivre. La dureté des personnages, leur hiératisme laissera place, peu à peu, à des sentiments cachés. Le personnage du mari se révélant touchant et la nourrice cachant de la malice derrière son attitude austère et implacable. 
C'est un film progressiste qui se place du côté des femmes et qui impose aux maris une attitude plus moderne, le propos est toujours d'actualité.

25 sept. 2012

Tambien la Iluvia / Même la pluie (2010) Iciar Bollain


Récit d'un tournage en Bolivie sur la manière dont les hommes de Christophe Colomb se sont comportés avec les indiens, le film met également en scène le conflit des figurants locaux pour éviter que l'eau ne soit privatisée. Tout un jeu, sur les luttes parallèles entre les puissants à la tête de sociétés et les pauvres de l'autre, se met en place. En même temps le réalisateur idéaliste (Gael Garcia Bernal) ne cesse de se replier sur le film et refuse de voir l'Histoire qui est en marche alors que le producteur (Luis Tosar, acteur captivant), cynique au départ, se révèle être plus humain, plus engagé. Le scénario, assez prévisible, déçoit un peu, les nuances ne sont pas vraiment mises en oeuvre mais l'interprétation l'emporte. Pas assez cependant pour que le film s'inscrive véritablement dans les esprits.

24 sept. 2012

Divine (1935) Max Ophüls


Itinéraire d'une jeune fille de la campagne, engagée dans un music-hall, elle en devient la vedette, l'objet de tous les désirs. C'est un garçon laitier qui la ramènera loin des effluves d'opium, de la ville décadente. 
Un retour à la nature chanté par Colette qui signe le scénario de ce film mis en scène par Ophüls qui, déjà, compose des plans et des mouvements enivrants. Cette cinétique peu enivrer mais masque les plaisirs coupables, les drogues, les séductions malsaines, des scènes belles et puissantes nous les présentent. Il y a beaucoup de morale dans ce récit mais aussi une liberté de ton agréable : les cuisses des danseuses, leurs poitrines menues sont des délices partagés, on résiste difficilement à ce plan où Divine se laisse caresser par un serpent. A côté de ces charmes un autre opère, celui du visage de Simone Berriau. Je lis, ici et là, qu'elle ne fait guère l'unanimité, il faut croire que tous les goûts sont dans la nature car j'aime volontiers son minois pâle, sa façon de plonger dans son lit, son jeu désintéressé, son indépendance.
La copie diffusée par Brion n'était pas toute jeune mais l'enthousiasme de Max Ophüls pour son sujet a suffit à mon bonheur. Il y a, dans la peau grenue de cette pellicule, des germes du futur Lola Montès.

Fade to Black / Fondu au noir (1980) Vernon Zimmerman


C'est un objet très singulier que ce film. Il présente nombre de défauts inhérent à une production assez cheap, des scènes auraient pu gagner en qualité, un amateurisme (peut-être volontaire) se dégage qui peut laisser croire à un film fait par des étudiants, pour le fun. Ce qui sied au propos puisque le héros est un adolescent attardé qui vit dans les limbes de sa cinéphilie. Eternellement rejeté il se déguisera en ses héros favoris pour perpétrer une série de meurtres. Tout le volet centré autour du héros psychopathe est réussi, il passe même, parfois, une détresse que Dennis Christopher incarne subtilement. Ce que je préfère étant les images mentales issues d'extraits de films, en particulier White Heat. Les nombreuses références permettent aux happy few d'être dans une connivence agréable. L'enquête, en revanche, est consternante de ridicule, Moriarty est un personnage grotesque qui, à force de surenchérir dans cette veine, finit par emporter notre enthousiasme. Mickey Rourke a un petit rôle. Les rues de Los Angeles et le final au Grauman's Chinese sont un plus, surtout si vous avez passé l'été précédent en ces lieux. Je me demande si le bouquiniste où le héros achète du matériel d'exploitation n'est pas la librairie Larry Edmunds puisque le film profite des largesses de Hollywood Boulevard.
Définitivement une curiosité.

23 sept. 2012

La traversée de Paris (1956) Claude Autant-Lara


Est-il possible d'éclairer un personnage afin de n'y voir qu'une lumière homogène ? Existe-t-il une zone si visible qu'elle délimite obligatoirement les individus, les reléguant dans une zone ou dans l'autre ?
La France occupée, celle de la deuxième Guerre Mondiale ouvre le film, les allemands sont à Paris. C'est une nuit particulière qui fait l'objet du film, une réunion entre deux personnages que tout oppose. ces deux hommes devant transporter un cochon découpé, destiné à alimenter le marché noir.
Gabin et Bourvil donnent à ces deux personnages une dimension énorme. Bourvil en incarnant un être un peu dégueulasse, lâche mais également naïf, fragile et émouvant ; Gabin en hissant ce rôle à la hauteur de son écriture : un Dieu grec qui se serait infiltré parmi les hommes pour le plaisir de voir comment c'est. Ce duo sauve le pessimisme qui pourrait emporter le récit car les âmes dépeintes sont peu reluisantes. Une vieille dame au restaurant le déclare : "Moi c'que j'voudrais manger maintenant, c'est du rognon d'homme !". Pas d'héroïsme ici, mais une débrouillardise qui doit se désigner comme telle et non pas se cacher derrière une morale de façade. C'est l'attentisme des premières années d'occupation. L'héroïsme est plus ambigu, ainsi la mort du colonel allemand vers la fin vient d'un seul coup embarquer pour la mort une poignée d'innocents arrêtés une nuit. C'est cette fin que désirait Autant-Lara, celle qui voyait Martin (Bourvil) mourir. La scène rajoutée sur le quai de la gare de Lyon supprime cet angle et insiste sur la différence de classe des deux personnages qui figurait déjà à de nombreuses reprises dans le film.
C'est une vision, éloignée de celle de Melville, par exemple, celui de L'armée des ombres. Ici, "tout le monde a les mains sales", gare à celui qui prétendrait le contraire. 

Midnight / La baronne de minuit (1939) Mitchell Leisen


Relecture de Cendrillon ou lorsque Wilder et Brackett s'amusent, le spectateur fait de même.
Claudette Colbert joue une jeune femme qui arrive de Monte Carlo avec pour seul bagage une robe de soirée. Elle sera prise en charge par un chauffeur de taxi, interprété par Don Ameche, qui en tombe amoureux seulement la belle s'évapore dans la nuit. Alors que l'éconduit fait tout pour la retrouver, la belle s'infiltre dans une soirée mondaine où un vieux fortuné, John Barrymore, va se servir de ses charmes pour évincer le bel amant de son épouse...
C'est une comédie charmante qui nous est offerte, le charme des acteurs, la subtilité des dialogues : tout concourt à satisfaire nos sens. Il règne une légèreté, une séduction qui ne peuvent que faire mouche.
Wilder a dit un peu partout qu'il était difficile de travailler avec Leisen car ce dernier ne s'occupait que des décors et des costumes. Peut-être qu'il fallait surveiller davantage Barrymore qui aimait s'y soulager après avoir bu un peu plus que de raison. Barrymore est merveilleux dans ce film, lorsque l'on sait qu'il lisait ses répliques grâce à des panneaux installés un peu partout, l'on touche du doigt ce que signifie l'art de l'illusion.
Derrière l'intrigue sentimentale, amenée d'une manière des plus originales, le scénario installe tout un discours sur la lutte des classes, sur la dignité de l'homme d'en bas et la solidarité des émigrés même si elle est suscitée par l'argent. Il y a de la malice, une malice wilderienne qui transparaît tout au long du film.
La lutte que devait fournir Wilder pour que le scénario ne soit pas trahi l'amena, après plusieurs films avec Leisen, à devenir lui-même le metteur en scène. Pour notre plus grand bien.

21 sept. 2012

The New Centurions / Les flics ne dorment pas la nuit (1972) Richard Fleischer


La vie de deux flics de Los Angeles. L'un, l'ancien (George C. Scott), accueille l'autre, nouvelle recrue (Stacey Keach). Les deux sont des workaholics, ils ne se sentent véritablement bien qu'au sein de leur véhicule patrouillant les rues de LA, avec la faune qui y vit, avec ses bons et ses mauvais moments. La partie du film qui souffre le plus est certainement cette succession de scènes qui montre la routine et en même temps la diversité des tâches qui leur incombent. Puis viennent les doutes, le destin de Kilvinski heurte Fehler de plein fouet et le pousse à un dernier sursaut de survie. Métier noble mais qui ronge celui qui porte l'insigne, le flic, ici, est une sorte de sacrifié, son dévouement fait le vide dans sa sphère familiale et le détruit peu à peu, c'est ce qu'apprend Fehler. Fleischer filme magnifiquement ces quelques moments de prise de conscience qui jalonnent le film et le sortent du banal compte-rendu habituel. La musique de Quincy Jones lui donne une élégance supplémentaire. Les performances de Scott et de Keach finissent de nous séduire, aidés par Ed Lauter que j'ai toujours plaisir à voir.
Un film sombre, pessimiste.

19 sept. 2012

Les portes de la nuit (1946) Marcel Carné


Après les multiples succès qui s'échelonnent sur une décennie, Carné tente un pari osé avec ce scénario écrit par Prévert : réunir le réalisme poétique et l'actualité brûlante d'après-guerre. Pour le réalisme poétique tout est rôdé, décors d'Alexandre Trauner, photographie impeccable d'Agostini et un personnage en or, qui fonctionne très bien, celui du Destin, du clochard omniscient interprété par Jean Vilar. Pour l'actualité, ce seront les résistants d'un côté, torturés par la Gestapo pour certains ; les traîtres et les collabos de l'autre (Reggiani est excellent dans son personnage de petite frappe happée par la culpabilité). Les temps difficiles se dessinent à l'arrière-plan, le marché noir, le bois de chauffage que l'on peine à trouver, les pauvres qui dorment dans la rue...
Tout ce mélange mais assez artificiellement, quand bien même les différentes parties sont travaillées, elles ne s'épousent pas naturellement. En dépit d'une belle distribution, Pierre Brasseur, Saturnin Fabre, Raymond Buissières, Sylvia Bataille, Carette... les deux rôles principaux tremblent un peu, Montand n'est pas encore Montand et Nathalie Nattier parvient difficilement  nous émouvoir. 
Gabin et Dietrich devaient en être, cela aurait certainement pris une autre consistance.

7 sept. 2012

Silkwood / Le mystère Silkwood (1983) Mike Nichols


Une ouvrière, Karen Silkwood (Meryl Streep avec une coupe très années 80), travaille dans une usine de traitement nucléaire. Elle va se lancer dans un combat syndical pour dénoncer la façon dont l'entreprise gère la sécurité de ses employés et la qualité de sa production. 
S'inspirant d'une histoire vraie, le film est assez aimable, Streep y apporte une énergie et une fragilité admirables. Le casting est de qualité, Kurt Russell joue avec subtilité son amant, Cher est une co-locataire convaincante et de solides seconds rôles tels que Craig T. Nelson, Fred Ward et Emmet Walsh ajoutent au plaisir. La photographie est belle, la musique de Delerue. 
C'est un beau portrait d'une héroïne de la classe ouvrière, un film militant. Les scènes de "décontamination" font froid dans le dos. 

5 sept. 2012

The Navigators (2001) Ken Loach


Un groupe de cheminots, une équipe soudée, une bonne ambiance, le monde viril et bon enfant du local pendant la pause. Vient la privatisation avec son cortège lexical tout neuf et ridicule : flexibilité, performance, etc... Les chantiers sont sous-traités, pour qu'une compagnie puisse obtenir un contrat elle serre le devis en effectuant la tâche avec moins de personnel et en négligeant la sécurité. Comme il faut vivre, on se plie et on subit. Le groupe n'existe plus, la démonstration est implacable. Rudimentaire mais sincère.

1 sept. 2012

Oca (2010) Vlado Skafar


Un père et son fils sont de sortie, partie de pêche au bord d'un lac, c'est l'automne, la nature est magnifique. Peu à peu la conversation va s'engager, l'enfant va dévoiler toute sa richesse intérieure, son émerveillement devant le monde qui l'entoure. Le père est là, attentif et bienveillant. La nature est filmée dans ses plus beaux atours, avec solennité parfois, c'est un paradis habité par ce couple. L'ombre de la mère fait irruption, ici et là, elle est évoquée brièvement, on en sait si elle est décédée, parfois c'est la mort dont on parle, le fils en a peur, il est inquiet. Le père alors lui confie son amour, superbe scène où Skafar filme le fils en un long plan qui laisse percevoir toute l'émotion qu'il reçoit. Ils sont allongés sur l'herbe, un plan nous le montre longuement, un cut vient reprendre le même plan mais le fils en est absent. Alors nous comprenons qu'il y a un problème, il sera explicité peu après, les parents sont divorcés.
Après ce début contemplatif, d'une beauté frappante, c'est une séquence étonnante, documentaire. Un carton nous indique que des milliers de famille vivent dans la précarité, près de la capitale, dans la région de Prekmurje. Ils craignent de perdre leur emploi, certains ne l'ont plus, ils vivent dans la misère.
Le propos social, politique est percutant car chaque homme filmé, interrogé est une forme de rappel du père initial, celui de la fiction, leurs angoisses prennent ainsi une épaisseur palpable qui ne se serait pas manifestée de la même manière sans cette partie initiale. Les liens entre les individus et l'impact économique qui peut les transformer sont des thèmes qui, ici, sont traités avec une subtilité remarquable.