31 oct. 2012

A Night in the Show / Charlot au music-hall (1915) Charlie Chaplin


Pas de Charlot dans ce court, en dépit de ce que le titre suggère mais deux personnages interprétés par Chaplin, dont l'un est la reprise d'un rôle qu'il jouait sur scène à l'époque où il était acteur chez Karno en Angleterre.
Ce court est assez dynamique puisque Chaplin occupe le terrain, un music-hall, sur l'ensemble de sa superficie : balcon, orchestre, scène, Chaplin est omniprésent et multiplie les sketchs, ce qui brise la monotonie qui peut parfois s'installer sur ses travaux antérieurs. C'est l'occasion de produire des gags autour du changement de sièges, de la proximité des musiciens dans la fosse, de la relation entre les spectateurs et la scène... Le film offre également une plus grande variété d'angles de prise de vues, un découpage plus dynamique.

29 oct. 2012

All the President's Men / Les hommes du président (1976) Alan J. Pakula


Nous ne comprenons pas tout, les détails de l'histoire, la manière dont la sauce monte, prend...
La première séquence nous montre Nixon en train de faire un discours au Congrès américain. La deuxième séquence nous montre l'arrestation de quelques guignols dans l'immeuble du Watergate. Nous connaissons vaguement la suite et le film nous la raconte, comment quelques journalistes vont mettre à jour un système, monté par les républicains, les hommes du président, pour espionner les démocrates. L'enquête sera faite à partir de l'arrestation de ces quelques cambrioleurs/poseurs d'écoutes, et à partir de l'aiguillage de Deep Throat (Gorge profonde), l'indic qui va rectifier le tir et mener les journalistes dans la bonne direction. Nixon, réélu une deuxième fois, l'affaire se déroulant durant les primaires de son parti puis lors de sa réélection, sera amené à démissionner.
Projet amené par Redford, le film est passionnant, même si les détails nous échappent. La force du film est de recréer la passion et la persévérance de ces deux journalistes pour mener leur enquête. Journalistes pas vraiment reconnus qui vont néanmoins marquer l'histoire. A travers eux, c'est le pouvoir de la presse qui est peint, l'ambiance des salles de rédaction, la conquête de l'entretien et du carnet de notes sur le pouvoir politique et les magouilles. A côté de la lumière de la salle de rédaction, c'est le monde extérieur, sombre, secret, mystérieux qui règne, magnifiquement filmé par Gordon Willis. J'aime beaucoup ce qu'il fait avec la ville, ses immeubles, il lui donne véritablement une présence désincarnée, choisissant de filmer les immeubles avec le moins d'humanité possible, ce qui procure une sensation de vide et, au fur et à mesure que le récit progresse, de danger. 
La distribution est de premier ordre, Redford et Hoffman rivalisant d'enthousiasme, de quête de vérité, appuyés par des vétérans solides comme Jack Warden, Martin Balsam ou Hal Holbrook. Une mention spéciale à Jason Robards avec sa voix et son accent si uniques, l'entendre hurler "Woodstein !" dans la salle de rédaction est toujours un bonheur. 

Shanghaied / Charlot marin (1915) Charlie Chaplin


Un armateur veut couler son bateau avec l'aide du capitaine, ceci afin de toucher l'assurance. Charlot passant par là, se fera engager. Ayant séduit la fille de l'armateur, cette dernière, voulant s'émanciper, décide de le rejoindre. Elle avoue tout à son père dans une lettre, celui-ci se précipite alors pour éviter la catastrophe.
Ce court n'est pas véritablement convaincant mais il contient suffisamment d'idées pour ne pas trop ennuyer son spectateur. Je pense particulièrement au passage où Charlot se met à danser, enchaînant quelques mouvements dont certains se retrouveront dans Les temps modernes, notamment cette façon de marcher en arrière. Un autre passage voit Chaplin utiliser un montage alterné pour alimenter un suspense, voir la scène où l'on voit alternativement l'armateur arriver en bateau, plan couplé avec un cordon de dynamite en train de brûler. Le tangage du navire est simulé artificiellement par un système qui permet à la caméra de pivoter auquel Chaplin a ajouté un décor construit de manière à effectuer un mouvement de balancier. A part la scène du repas avec l'équipage, le reste est assez inégal.

18 oct. 2012

Une soirée avec Nicolas Winding Refn et Andy Milligan


Le Grand Lyon Film Festival (vocation internationale oblige) a commencé, en ce qui me concerne, avec une soirée proposée par Nicolas Winding Refn. Malheur à ceux qui attendaient des scènes violentes filmées avec un raffinement orgasmique. 
Refn, allure d'un adolescent qui aurait prolongé ses études, nous parle alors de sa passion pour Andy Milligan, "le pire cinéaste du monde", la place étant prise par Edward Wood, Milligan n'a même pas droit au titre.
Refn parle alors de son enfance, entre des parents cultivés qu'il voulait provoquer, affronter symboliquement. Il affirme sa personnalité en vouant un culte aux films d'horreur que détestait sa mère. Dont certains tournés par Andy Mulligan. Mulligan est un cinéaste américain qui a commencé sur les planches dans le Off Broadway. Il fit des films qu'il montra dans une salle de Times Square, eut sa période londonienne pour revenir terminer sa carrière à New York. Comme de nombreux cinéastes de l'underground, des moyens limités donnent à leurs oeuvres un aspect très pauvre, très bricolé mais si la passion qui les anime arrive à passer l'écran, c'est gagné. Mulligan était fauché, comme ses films. Il était marié et gay. Cette apparente contradiction est patente dans les deux films présentés par Refn. Les copies qu'il a réussi à trouver sur Ebay sont rares, quelques pubs lui ont permis de es acquérir et de financer un transfert correct pour une édition dvd/blu ray. C'est grâce à Refn que BFI/Flipside peut montrer ces oeuvres.

Vapors (1965) 


C'est le premier film de Mulligan, un court métrage où deux hommes se prennent d'affection et se mettent à discuter dans un sauna du Village, quartier gay de New York. Thomas (Gerald Jacuzzo) semble y pénétrer pour la première fois et les folles qui s'y promènent ne l'intéressent pas et même le répugnent mais lorsque Mr Jaffe (Robert Dahdah) lui parle et se confie à lui, il l'écoute et éprouve alors un attrait qui lui permettra de franchir le pas avec un tiers.
Le discours de Jaffe constitue l'essentiel du récit, il évoque sans détours la relation avec son épouse, un cauchemar permanent. L'image de la femme, être tyrannique au pouvoir éminemment destructeur, est le thème majeur des films présentés lors de cette soirée. Visions cauchemardesques de pieds pleins de cors, d'oignons, de bigoudis durant l'amour, de serviettes hygiéniques oubliées sur le lavabo...  Ces passages sont comiques, grotesques, l'intimité entre les deux personnages reste cependant intéressante.

Nightbirds (1970)


Dink (Berwick Kaler) est un post-étudiant sans le sou, le col élimé et l'estomac perturbé, il parcourt les rues en longeant les murs, les premiers plans rappelle d'ailleurs la séquence où Deneuve marche comme une zombie dans Repulsion. Dee, une jolie blonde, incarnée par Julie Shaw, lui prête assistance. Très vite elle manifestera un intérêt certain pour les échanges corporels compulsifs. Après quelques hésitations, Dink finira par succomber jusqu'à devenir une sorte de sextoy pour la demoiselle en proie à des pulsions frénétiques. Ce qui ressort de cette danse sado-masochiste c'est le portrait de cette femme, sadique nymphomane obsessionnelle (à vous de trouver son obsession) ou blessée après s'être retrouvée enceinte et décidée à se venger de la gente masculine. 
Le film a des moments troublants où les souffrances de ce duo parviennent à nous émouvoir mais comment réagir autrement que par le rire a ces scènes ridicules, je pense à la mort du pigeon et au plongeon final qui nous voit retrouver ce même pigeon, je pense au thème musical répété à l'envie dès que les scènes de sexe débutent. Tourné à Londres, il permet à Mulligan de se soulager un peu de son problème manifeste avec les femmes. La copie présentée ce soir est incomplète, quelques minutes, les plus chaudes, ont servi à appâter le cochon de spectateur en étant montées dans la bande-annonce. L'édition en haute définition est complète.

A l'issue de la soirée, on reste amusé par l'aspect amateur des films mais finalement heureux d'avoir découvert une rareté. Ces films imparfaits mais qui recèlent un discours cohérent et transmis avec ferveur sont touchants parce qu'il a fallu de l'énergie et une foi pour les produire et les offrir à nos yeux avides d'images.


14 oct. 2012

Nelly et Monsieur Arnaud (1995) Claude Sautet


Les personnages se parlent beaucoup dans ce film, chez Sautet on parle au café, au restaurant, à son domicile et même sur son lieu de travail. Et les relations naissent, se poursuivent, meurent. Les circonvolutions qui règnent entre les personnages aboutissent à des choix étranges, imparfaits comme la vie qui va. Au moment où l'on pense que quelque chose se noue, c'est la rupture, l'abandon. Au moment où l'on s'attache, l'autre part vers une aventure improbable. Les acteurs, Emmanuelle Béart et Michel Serrault en tête, jouent magnifiquement cette partition, ces mouvements qui oscillent entre étreinte et rejet. Le plus étonnant c'est que ce départ final, aussi improbable soit-il, est, finalement, très cohérent, M. Arnaud s'en va tenter de renouer un lien alors qu'un autre, qu'il désirait, n'a jamais été aussi prêt d'aboutir. Nelly, en rupture, passant d'un homme à un autre, dans cet entre-deux qu'est le divorce et le début d'une nouvelle relation, devra attendre un peu, continuer, seule, son chemin.

13 oct. 2012

Copland (1997) James Mangold


Quelques flics vivent en famille, de l'autre côté du pont George Washington, installés grâce à la Mafia, tout le monde se connaît, les bavures sont couvertes, les magouilles permettent d'arrondir les fins de mois jusqu'à ce que l'un d'entre eux gêne, alors il est éliminé. Le shérif local (Sylvester Stallone), bedonnant, sourd d'une oreille, pris pour un demeuré, va perturber le cours tranquille de ces vies.
Film de facture classique, une réalisation sobre au service d'une pléiade d'acteurs solides, des ingrédients qui permettent de suivre le récit tranquillement. Un polar honnête.

6 oct. 2012

The Sorcerers / La créature invisible (1967) Michael Reeves


Le professeur Monserrat (Boris Karloff) est excité, son installation est prête, il ne lui manque qu'un cobaye. Son épouse l'est également. Lorsqu'un jeune homme vient enfin permettre au couple de vérifier le bon fonctionnement de l'installation, c'est le succès. Les recherches du professeur portent sur l'hypnose et c'est la consécration, le couple peut, de sa cuisine, contrôler Mike (Ian Ogilvy). Seulement l'épouse (Catherine Lacey) a envie de revivre une seconde jeunesse et va orienter Mike vers la délinquance et le meurtre, en dépit du désaccord de son mari, le professeur.
L'action se situe dans le swinging London des années 60. La jeunesse qui vit tous les plaisirs se voit ainsi enviée par le troisième âge. Nous pouvons penser également à un châtiment chrétien devant tant de débauche. Malgré des moyens limités, Reeves parvient à donner à son récit une cohérence et un charme qui opère encore. La séquence d'hypnotisme est psychédélique et amusante, les meurtres de Mike ont ce soupçon d'érotisme propre au genre, et puisque les filles portent la mini-jupe de rigueur, le réalisateur s'en donne à coeur joie. Susan George, déjà pulpeuse, s'y fait trucider pour notre plaisir.
Les sorciers, évoqués par le titre, ces savants un peu fous du troisième âge, perçoivent toutes les sensations que Mike éprouve et si ce dernier se blesse, ils le sont aussi. Une scène toute poétique nous montre Mike évoluer dans une piscine avec une jeune sirène, le montage alterné nous montre successivement les deux corps dans l'eau et le couple Lacey/Karloff dans leur cuisine, visages extatiques. Lorsque Mike fera l'amour avec sa petite amie, la décence ne nous permettra pas d'avoir le même montage.
Beau film qui sent la salle de quartier et ses plaisirs simples mais raffinés.


5 oct. 2012

Uncertain Glory / Saboteur sans gloire (1944) Raoul Walsh


1944, les studios hollywoodiens participent à l'effort de guerre, à leur façon : en faisant des films. L'action se situe en France, Errol Flynn interprète un meurtrier recherché depuis longtemps par l'inspecteur Marcel Bonet (excellent Paul Lukas, remarqué dans The Lady Vanishes). Alors que le second réussit à mettre la main sur le premier, une centaine d'hommes sont capturés par les nazis en représaille, en effet, un saboteur a détruit un pont. Jean Picard (notre Errol Flynn) suggère alors à Bonet de le laisser se livrer aux allemands, il n'a guère envie de mourir sous la guillotine (une séquence d'ouverture nous l'avait montré dans cette position morbide, un bombardement lui avait permis de s'enfuir) et préfère achever son parcours devant un peloton d'exécution tout en sauvant ces innocents. Le scénario laisse une place importante à leur environnement, le village est en proie à l'attente, les allemands ont posé un ultimatum pour exiger la reddition du saboteur et le court séjour de Bonet et Picard leur rend les villageois proches, Picard développe même une relation avec Marianne (les symboles sont parfois appuyés), une jeune demoiselle très amoureuse et plutôt fade. Sur fond de lutte entre les Résistants et les collabos, Walsh signe un film agréable où l'individu réussit à se transcender devant la lutte collective, avec même un soupçon de religiosité qui, en ce qui me concerne, alourdit l'ensemble. 
Nous retrouvons un savoir-faire bien rôdé, les décors sont soignés, le film est entièrement tourné en studio mais cela se ne se voit pas énormément. La relation entre Bonet et Flynn est très nuancée, teintée d'humour, d'estime réciproque, ce que Flynn, dans un rôle moins physique que d'habitude, rend parfaitement dans ses scènes avec Lukas.
Signalons la présence d'Ivan Triesault, il joue le saboteur français avec son accent américano-estonien.