31 déc. 2013

Eva / Sensualité (1948) Gustaf Molander


Comment avancer dans la vie alors qu'au fond de soi un drame vient hanter constamment la conscience ? C'est l'histoire de ce récit mis en scène par Gustaf Molander d'après un scénario de Ingmar Bergman.
Bo (Birger Malmsten) revient de son service militaire, il est heureux de rentrer chez lui mais la peur et l'angoisse l'étreignent, il se rappelle un drame vécu durant son enfance, la mort de la petite Martha dans un accident dont il est responsable.
Le film va développer plusieurs moments de la vie de Bo et le confronter à ses démons, la mort est partout : elle est présente à cause de la guerre, c'est le marin nazi décédé dont le corps arrive sur le rivage, c'est le grand-père malade qui arrive au terme de sa vie ou la mort de son ami rêvée comme dans une séquence de film noir, "la proximité de la mort".
Bo n'arrive pas à surmonter cette présence, à l'inverse de Susanne (Eva Dahlbeck, superbe) qui sait que personne n'attache d'importance à son âme, qu'importe, elle se reprend, crie et tend les bras vers la vie, tout est oublié.
Il faudra à Bo une naissance pour qu'il cesse de penser à la mort même si les paroles de son ami Johaness l'avertissent que ces derniers sont voués à le quitter un jour.

Absence de Dieu, drames de la vie, peur de la mort, le tout dans un univers qui ressemble au paradis, Molander filme ses personnages dans une nature idéale, nombre de scènes sont tournées en extérieurs, nature qui ne sauve pas l'individu s'il n'a pas d'espoir. La naissance représente un happy end qui vient mettre un terme aux souffrances, peut-être reproduites par d'autres, comme un cycle qui ne finit pas, comme les vagues.

Deux courts de Cédric Klapisch : In Transit (1986), Ce qui me meut (1989)


In Transit (1986)

Réalisé à New York où Klapisch est inscrit à l'université, Todd Solondz produit et y fait une apparition.
Léopold Pavlovsky arrive en avion et rate sa correspondance, l'agence lui donne une chambre. Attente, rencontre d'une femme de ménage, idylle, baisers, le retour.
Humour léger, sens de l'absurde, un court banal qui ne se distingue pas vraiment des productions habituelles du genre.



Ce qui me meut (1989)

Faux documentaire d'archives qui aurait été trouvé dans un grenier autour de Etienne-Jules Marey ou comment le scientifique a élaboré son système d'enregistrement d'images autour de ses études du mouvement.
Le film regorge d'effets de style qui reprennent les défauts des vieux films ayant subi l'épreuve du temps, dénaturation des couleurs, saccades, superpositions... 
C'est drôle, loufoque et cela a du être amusant à faire. Après le générique de fin, Klapisch s'amuse à montrer une fausse émission de télévision où un journaliste s'entretient avec lui...

30 déc. 2013

Strictly Ballroom / Ballroom Dancing (1992) Baz Luhrmann


Scott Hastings (Paul Mercurio) n'en fait qu'à sa tête, ce jeune danseur veut imposer ses improvisations, ses nouveaux pas lors d'un concours de danse qui reste conventionnel et dont la direction refuse tout changement.
Sa partenaire le laisse tomber, une jeune admiratrice veut l'épauler à trois semaines du championnat.

Le scénario est cousu de fil blanc, Baz Lurhmann dispose d'un budget assez restreint, c'est son premier film mais l'enthousiasme des acteurs, l'énergie l'emportent et font de ce récit une sorte de conte dansant qui transmet une chaleur communicative.

Bill Hunter joue dans le film, acteur déjà vu chez Frears dans  The Hit

The Wolf of Wall Street / Le loup de Wall Street (2013) Martin Scorsese


Il est toujours agréable de se rendre en salle pour voir un film de Scorsese. Son petit dernier, petit est un terme affectueux car le film dure trois heures, est l'adaptation de l'autobiographie de Jordan Belfort (joué par DiCaprio), un courtier qui s'est enrichi très vite à coups d'escroqueries pour sombrer dans la drogue et la prison. 
Grandeur et décadence ? Aucune grandeur, Scorsese peint un homme cupide qui méprise les autres, sa seule vertu cardinale : l'argent.

Le film nous emmène dans un tourbillon de vulgarité, sexe, drogue, orgie, alcool, tout y (tré)passe. Belfort n'a aucune limite, il ne s'arrête que lorsque son corps est immobile et encore, voir la scène où il prend des quaaludes et découvre de nouveaux niveaux de conscience.
Belfort n'a pas de remords, de regrets, il n'y a pas de rédemption, pas de faute à expier comme Charlie dans Mean Streets ou d'autres personnages. Nous sommes davantage du côté de Johnny Boy qu'interprétait De Niro, un homme qui brûle de l'intérieur. C'est ce qui rend le film moins fascinant, l'absence de distance, mais ce qui le rend aussi fascinant car il montre une génération sans limite, sans Surmoi.

Du coup c'est un peu épuisé que nous ressortons de ces trois heures où il n'y a guère de temps mort. Sevré de bêtise, de bruits, de vide. Comme Tony Montana, il se peut qu'une certaine jeunesse sans distance critique fasse de Jordan Belfort un héros, ne retenant que le clinquant, la fête, les bulles. 
La primeur du bagout sur l'esprit, en cela ce film épouse totalement  son temps.


Every Day Except Christmas (1957) Lindsay Anderson


A la manière de Wakefield Express qui montrait comment la gazette du même nom étzit imprimé, Every Day Except Christmas chante les efforts de tous ceux qui oeuvrent à la bonne marche de Covent Garden. 
Cela commence par le chargement des camions dans la campagne anglaise et les trajets qui les mènent à Londres, les produits arrivent toute la nuit.
Casiers, caisses, paniers s'entassent en harmonie, les étals prennent forme, la fourmilière s'active, les gestes sont rapides et précis.
Pause au café du coin pour les ouvriers, juste avant l'arrivée des vendeurs et des clients. Pause parmi les quelques égarés de la nuit qui viennent s'échouer dans cette atmosphère pleine d'énergie, de convivialité.
Les clients arrivent, offre, demande.
Des livraisons.
Chacun son rôle, sa place, tous sont utiles.
Fin du marché, les glaneurs occupent l'espace, des musiciens de rues tentent de capturer les derniers shillings, nous pensons à Varda, à Polanski (scène de rue dans Repulsion).

Anderson choisit quelques visages dans cette foule mais c'est le collectif qui l'emporte, une fraternité laborieuse vivifiante.

29 déc. 2013

Beyond Rangoon / Rangoon (1995) John Boorman


Birmanie, 1988, Laura Bowman (Patricia Arquette), une américaine vient en vacances en Birmanie afin d'essayer de faire le deuil de son mari et de son fils, tous deux assassinés. Elle va rencontrer des opposants à la dictature militaire au pouvoir et va lutter un moment avec eux. L'histoire qui se joue devant ses yeux lui permet de renaître.

John Boorman nous avait habitué à mieux, c'est un film assez indigeste pour plusieurs raisons : Patricia Arquette n'a aucun charisme pour nous entraîner dans cette pédagogie politique d'une mièvrerie patente, c'est un écueil redoutable mais c'est sans compter sur la musique de Hans Zimmer qui nous sert de la flûte de pan aérienne à toutes les séquences, dont une scène de massacre avec ralentis. Une musique qui rend fou.
L'ensemble est d'une lourdeur qui ne rend pas hommage au combat de Aung San Suu Kyi. Il ne suffit pas de servir une cause honorable pour faire une oeuvre honorable. 

A l'écoute de Godard (image + son = 7 fragments) (2007) Vincent Perrot


Entretiens avec quelques compositeurs ayant écrits pour Jean-Luc Godard ainsi que quelques autres personnalités, notamment Anna Karina qui partage ses souvenirs entre chaque intervention.
Martial Solal se souvient avoir écrit sa musique après avoir vu A bout de souffle lors d'une projection privée, Michel Legrand, Georges Delerue, Antoine Duhamel et Gabriel Yared sont entendus. Duhamel évoque la particularité du cinéaste pour s'approprier la musqieu écrite et monter ses images sur elle, en extraire également quelques notes et en faire ce qu'il désire : "j'ai eu l'impression d'être interprété par un chef d'orchestre formidable !".

Le documentaire est simple, donne la parole, brièvement, sans prétendre à l'analyse.

Gunman's Walk / Le salaire de la violence (1958) Phil Karlson


Lee Hacket, joué par l'excellent Van Heflin, est un homme qui compte dans le pays, il tient à éduquer ses fils, Ed (Tab Hunter, pas mal du tout) et Davy (James Darren), avec l'idée de se dépasser, d'être le meilleur, de ne pas accepter de faveurs. L'aîné, Ed, a du mal à l'accepter car son père ne cesse d'intervenir pour lui éviter des problèmes, Ed se bat, insulte les femmes, boit, ce qui est une contradiction flagrante des principes inculqués par le père mais surtout ce dernier tient à rester en haut du podium convoité par le fils.

C'est un bon western, avec reflets métaphoriques et intrigue oedipienne, de plus l'interprétation est de bon niveau, notez que Ray Teal et Edward Platt sont de la partie. 

Hatari ! (1962) Howard Hawks


Une jeune photographe débarque en plaine savane au milieu d'hommes menés par Sean Mercer (John Wayne) dont le métier est de capturer des animaux sauvages pour les zoos du monde entier. 

Je ne sais pas si les documentaires animaliers existaient à cette époque mais le spectateur qui découvrait le film devait certainement apprécier toute la faune qui n'a de cesse de traverser l'écran : rhinocéros, singes, autruches, zèbres, buffles, guépards, éléphants et autres spécimens. Tous filmés en Technicolor avec précision, c'est un des points forts du film : offrir un dépaysement total avec un  luxe de moyens qu'on ne boude pas, les paysages de Tanzanie sont somptueux et la musique de Mancini, les costumes de Edith Head donnent de l'élégance à l'ensemble. Les véhicules qui prennent en chasse les animaux souffrent atrocement mais les scènes de captures sont réussies et l'aventure est au rendez-vous.
Je ne sais pas non plus si les acteurs se sont amusés, je n'ai pas encore lu la biographie de Hawks rédigée par Todd McCarthy, elle m'attend sur une étagère, mais l'humour potache qui imbibe le film participe au charme du récit. Rivalités amoureuses toutes fraternelles, soirées gentiment alcoolisées, c'est viril mais sans excès, un véritable moment de détente à partager en famille ou seul selon l'agencement personnel du foyer.

28 déc. 2013

The Wicker Man (1973) Robin Hardy


Le sergent Howie (Edward Woodward) arrive sur l'île de Summerisle afin d'enquêter sur la disparition d'une jeune fille. Il découvre alors d'étranges rituels qui ne cessent de le surprendre entre débauches païennes et odes druidiques.

Si le cinéma permet toutes les folies ce film le démontre. Le sergent erre sur l'île comme le spectateur non averti, il se demande ce que peut bien être cet étrange objet : un film loufoque ? un soft porn ? un film d'horreur ? une comédie musicale ? Tout à la fois et plus encore. 
Le plus captivant est la remise en question d'une religion établie, celle du sergent habité par la bonne vieille religion catholique, par une autre. Il subit la foi d'autrui et ne l'accepte guère or rien n'est répréhensible et le droit de chacun est bien de vivre sa religion comme il l'entend pour peu que personne ne soit opprimé par la pratique de cette religion. Ainsi Howie se pare du costume de l'intolérance. Le final du film prêche pour une pratique raisonnable du culte, hum...
Ceci pour la réflexion. 
Le reste est jouissif à plus d'un titre, en premier lieu les costumes, masques des habitants de l'île, leurs rites, le scénariste déborde d'imagination et l'on se plaît à contempler les célébrations diverses qui ponctuent le récit, nus les contemplons souvent avec stupeur. Ensuite les plastiques de Britt Ekland et Ingrid Pitt achèvent de nous convertir. Ajoutons les chansons, plutôt séduisantes et ce dès la première écoute et vous aurez compris qu'il y a de quoi offrir un spectacle de qualité.
Les paysages écossais, les demeures typiques font partie du charme du film. 
Les acteurs s'amusent beaucoup et cela se voit, Christopher Lee est le premier, sa jubilation est évidente, il irradie de bonheur dans ce rôle mémorable.
Assurément un film qui mérite que nous nous penchions dessus une seconde fois.

Une étudiante d'aujourd'hui (1966) Eric Rohmer


Au milieu des années 60 les femmes sont de plus en plus présentes au sein des universités françaises, ce court métrage fait le portrait de l'une d'entre elles, femme moderne qui allie sa vie d'épouse, de mère et d'étudiante. Epoque lointaine que ces années 60 où les étudiants portent la cravate et la veste, où les étudiantes sont en robe ou en tailleur, il y a un soin vestimentaire, des allures qui ne sont plus de mise à notre époque.
Un commentaire en voix-off, dit par Antoine Vitez, nous raconte tout ceci excepté, évidemment, la remarque comparative ci-dessus. Le propos est clair, précis, la réalisation est au service de l'image, sans effet aucun, rien de superflu. Il n'empêche que derrière un texte sociologique transparaît une beauté, celle du sujet, de l'étudiante en question et, sauf si j'interprète et fais de mes sensations une extrapolation, l'on ne peut que se remémorer les longues heures passées en amphithéâtre à contempler les nuques de ces demoiselles dont le film fait mention. La beauté, en dépit du caractère didactique de l'oeuvre, perce et touche.
Nestor Almendros est à l'image.

27 déc. 2013

Harper / Détective privé (1966) Jack Smight


Film policier tendance cool, un soupçon d'humour, des scènes plus sérieuses au fur et à mesure que le récit progresse dont une assez violente où Harper (Paul Newman) se frotte à un cinglé dans un hangar spécialisé dans la récupération de pièces navales.
Newman, détective privé, mastique constamment un chewing-gum, tente de calmer son épouse délaissée (la toujours pimpante Janet Leigh), doit retrouver le mari volage d'une riche desperate housewive (Lauren Bacall, très à son avantage) qui n'est pas vraiment pressée.
Superbe numéro de pimbêche de Shelley Winters, Robert Webber est présent dans quelques scènes (pas assez à mon  goût), Julie harris et Robert Wagner également. L'ensemble est amusant, parfois  long mais cela se regarde, on peut de temps à autre se divertir en appréciant le paysage des côtes et collines de la Californie.

The Petrified Forest / La forêt pétrifiée (1936) Archie Mayo


Ce gangster movie, que je n'ai pas revu depuis longtemps, produit toujours la même impression, un ennui décevant. Ennui car le film est très bavard et Leslie Howard qui interprète le clochard céleste a un don soporifique, je n'ai qu'une envie c'est de lui dire d'aller débiter ses élucubrations mystiques ailleurs. Le fait que Bette Davis, la fille du patron dans le film, se pâme devant lui et ses beaux discours n'arrange rien à l'affaire. Une fois que Bogart arrive, tout en menottes invisibles façon crabe ou taureau selon le cadrage adopté, l'ennui s'évanouit et l'on s'amuse davantage. Ne serait-ce qu'avec les deux interprètes noirs, le domestique et le truand, qui se regardent comme deux extra-terrestres, l'un, l'autre. La confrontation de ces deux personnages est peu développée, dommage...
Quant aux relations de couples distribuées dans le scénario, elles apportent également un peu de piquant au récit, Bogart et sa dulcinée invisible et la bourgeoise insatisfaite. Hélas, tout ceci arrive un peu tard et reste noyé sous les métaphores poétiques de Leslie Howard.
Ce n'est pas parce que Villon pointe son nez en plein désert d'Arizona qu'il faut absolument que la poésie paraisse niaise à n'en plus finir, certes c'est remarquable dans un film de genre mais tout de même...
Joe Sawyer et Charley Grapewin notamment éclipsent les autres acteurs, enfermés dans des rôles très artificiels qui m'empêchent d'aimer le film. Reste à se contenter des quelques ornements décrits ci-dessus.

23 déc. 2013

Bhowani Junction / La croisée des destins (1956) George Cukor


Quelle belle découverte que ce Cukor majestueux ! 
Avec Ava Gardner et Stewart Granger. Ce dernier incarne un colonel de l'armée anglaise, Rodney Savage, son rôle est presque secondaire car c'est bien Ava Gardner qui illumine l'écran. Elle interprète Victoria Jones, une jeune métisse anglo-indienne qui peine à trouver sa place dans une Inde qui s'émancipe. Sa double identité la perturbe, les rues en sont la cause car ce sont différents mouvements qui luttent : la résistance passive des congressistes, celle plus violente des communistes extrémistes, le tout sous le regard de l'armée anglaise qui sait qu'elle n'en a plus pour longtemps.
Cukor parvient à donner de l'ampleur à ce foisonnement politique, les grèves, les émeutes, les tensions sont bien présentes. Nombre de figurants parsèment l'écran et le CinémaScope prend toute sa raison d'être. Le tournage a eu lieu au Pakistan et cela se voit.
Mais plus encore que ces scènes au grand format ce sont les troubles internes de Victoria qui figurent les plus beaux moments du film. La scène de son mariage, cérémonie qu'elle abandonne pour se réfugier dans un train en marche est la plus forte du film. Cette longue séquence est celle où le personnage se perd entre deux eaux. Cukor est sur son terrain. Ava Gardner traverse le film avec une beauté stupéfiante, c'est un véritable festival de couleurs, de regards et de scènes variées qu'elle entreprend avec une aisance remarquable. Stewart Granger est un excellent acteur mais face à Gardner, filmée par Cukor (Freddie Young est à la photo et cela se voit) il ne peut rivaliser. En sari, en robes blanche, rouge, jaune, en uniforme, il faudrait des dizaines de captures pour rendre, un peu, ce que le film dégage.
La dernière séquence du tunnel est moins forte que celle, psychologique, qui se joue en Victoria et il faut bien l'apparition de Ghandi pour oublier, un court instant, que nous avons encore Gardner à l'esprit.

Band of Angels / L'esclave libre (1957) Raoul Walsh


Histoire d'amour entre un ancien négrier, Hamish Bond (Clark Gable) qui voue le reste de sa vie à se racheter et une jolie sudiste, Amantha Starr (Yvonne De Carlo) qui apprend le jour de l'enterrement de son père qu'elle est a du sang noir dans les veines. Déshéritée elle sera vendue comme d'autres esclaves et achetée par Bond. Le récit suit les liens entre les deux personnages avec en arrière-plan la guerre de Sécession.
C'est un bel écrin, les couleurs sont superbes, la réalisation est soignée mais quel ennui, aucune passion, aucune émotion ne viennent empêcher le ronronnement des images qui défilent, et je ne parle pas de mon lecteur. Ce n'est que vers la fin, lorsque les nordistes arrivent que le film gagne en intérêt.
Il faut bien avouer que je ne goûte guère aux charmes de De Carlo, en revanche Sidney Poitier est excellent en esclave affranchi sans qu'il ne le sache vraiment. 
Seul le dernier quart du film prend de la hauteur, petite déception en ce qui me concerne.

22 déc. 2013

Nice Time (1957) Alain Tanner, Claude Goretta


Goretta et Tanner postulent pour une bourse du BFI qui leur permet de tourner ce court inclus dans le programme Free Cinema.
Ils décident de se concentrer sur Picaddilly Circus, Londres. Ils tournent durant 25 samedis soirs et vont effectuer un montage qui suit une nuit typique de cet endroit des plus touristiques où la foule, constituée de curieux, de couples, de célibataires, de prostituées, de policiers et autres, où la foule se meut entourée d'enseignes lumineuses, de publicités, d'affiches de film, de réclames pour des boîtes de strips...
Visages hypnotisés, sourires, cigarettes aux lèvres, l'âme humaine se dessine à travers tous ces échantillons.
La bande son est un montage de tubes de l'époque, d'extraits de dialogues de films, de propos captés dans la rue.
Au final c'est une nuit qui débute dans l'agitation électrique, érotique, les passions naissent, vivent et puis, lentement, meurent au petit jour. Une nuit sous le regard de la statue d'Eros.

Heaven Can Wait / Le ciel peut attendre (1943) Ernst Lubitsch


Un vieil homme au charme distingué descend les marches de l'Enfer, c'est Henry Van Cleve (Don Ameche). Satan lui-même (l'excellent Laird Cregar à la filmographie trop courte) le reçoit. Il n'a pas encore statué sur son sort et doit l'entendre davantage, voici sa vie, celle d'un homme qui aimait les femmes, la plus belle étant Martha (Gene Tierney).

Remarquable fantaisie entre le conte et la comédie, ce film est d'un raffinement tout lubitschien. Il y a là une douceur, magnifiée par le Technicolor, qui se glisse en retenue. L'amour que Van Cleve voue aux autres femmes n'est en rien vulgaire, il se joue hors-champ, il n'est pas source de scandales, de drames. Même la beauté de Gene Tierney est discrète dans la mesure où elle pourrait apparaître à l'écran plus longtemps encore mais non, Lubitsch dose ses effets, voir la scène de l'anniversaire, celle de la première rencontre dans la demeure familiale. La beauté et le choc de son apparition se lit sur le visage de Don Ameche mais Lubitsch ne nous montre Tierney qu'avec modération, le désir étant plus fort lorsque la frustration le domine.
Tierney est délicieuse si ce n'est l'étrange coiffure aux cornes qu'elle arbore lorsque son personnage a vieilli.
Charles Coburn est admirablement servi par des répliques amusantes, son personnage de grand-père est attachant. Quant à Eugene Pallette, il est inoubliable en Charles Foster Kane du boeuf en conserve.

Sorti durant la guerre, le générique de fin invite le spectateur à acheter des War Bonds, cette sucrerie devait éloigner les esprits du conflit, ne serait-ce qu'un instant mais avec une sérénité précieuse. Il y a beaucoup d'amour dans ces images, beaucoup d'humanité.

21 déc. 2013

Dog Day Afternoon / Un après-midi de chien (1975) Sidney Lumet


Après-midi brûlant à Brooklyn, deux hommes pénètrent dans une banque. Sonny (Al Pacino) dirige l'opération en dilettante aidé par Sal (John Cazale). L'argent a été retiré un peu auparavant et la police arrive rapidement sur les lieux. La foule se presse autour de l'endroit, les policiers sont nombreux et les caméras de télévision tournent à plein. Un étrange show commence.

Inspiré de faits réels, Lumet fait le portrait d'un homme perdu, refoulé par une société dont les acteurs au pouvoir ne sont pas prêts à l'accepter. Home perdu qui ne sait pas vraiment qui il est, un mari, un amant, un soldat sur le retour ? En dépit de son humanité car le personnage démontre à plusieurs reprises qu'il vaut mieux qu'un braqueur de banque, Sonny est seul avec ses questions. Son erreur est de vouloir absolument y répondre à travers ce braquage. 
Le film n'a pas l'allure d'un polar basique avec ses gangsters et ses policiers, le propos est différent, c'est la vie avec toutes ses facettes qui est d'abord abordée par les premiers plans du film, nous voyons des scènes de rues filmées à New York, des gens qui se promènent, qui travaillent, qui sont dans le besoin et cette coupe transversale trouve un écho à l'intérieur de la banque. Les otages présents ne sont pas seulement des otages, ils sont dépeints comme de vraies personnes avec leur cohésion et leur différence. Le malheur est de ne pas pouvoir utiliser les ressources de chacun dans un même espace, en toute harmonie. 

19 déc. 2013

Man on the Moon (1999) Milos Forman


Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas autant ri, l'humour destructeur d'Andy Kaufman me comble d'aise, je ne connaissais pas du tout cet humoriste et le biopic de Forman est une entrée en matière formidable. Jim Carrey interprète le showman avec un talent indéniable. Son visage a la particularité de suivre toutes ses envies, il se transforme à volonté et le génie de Kaufman pour camper des individus très différents trouve là un terrain de jeu adéquat.
C'est le récit d'un homme qui va jusqu'au bout de son délire, délire construit rationnellement et qui n'a pour but que son plaisir. La seule difficulté est qu'il n'y a pas toujours de signaux évidents pour le baliser, paradoxalement c'est pour cette raison que ce délire est génial. 
Le scénario nous met à la fois la place d'un spectateur de l'époque : nous avons droit aux surprises et autres sidérations, il nous offre également les confidences et c'est un Kaufman violent, brutal dans sa manière d'être fidèle en ses convictions et en même temps une tendresse, une fragilité et une générosité immenses qui transparaissent du personnage.
A recommander pour ceux qui aiment les canulars énormes mais pas seulement, il y a de la poésie, de la délicatesse, presque de la naïveté, un regard enfantin qui se porte sur le monde.
J'ai déjà envie d'y retourner.

18 déc. 2013

Background to Danger / Intrigues en Orient (1943) Raoul Walsh



1942, le Turquie est un pays neutre où les espions et les agents provocateurs pullulent.
Quelques morts et autres rebondissements autour d'un plan d'invasion, Walsh tourne ce petit film de propagande en studio, rapidement. Ce n'est pas passionnant mais les acteurs et le savoir-faire du réalisateur permettent de suivre le récit sans trop bailler. 
Sidney Greenstreet joue les nazis avec placidité, Peter Lorre (qui fait sa colère si la vodka vient à lui manquer)  et Brenda Marshall (la demoiselle a son charme) sont du côté russe et George Raft est l'américain, le héros. Il y a des petits trains en maquette et l'on tente d'orienter l'idéologie du pékin moyen qui s'aventure dans les salles pour passer un bon moment. Un Warner qui part en guerre mais sans avoir le goût du sang dans la bouche.

17 déc. 2013

The Twilight Zone : Third from the Sun (1960) Richard L. Bare


Saison 1.

L'explosion de la bombe est imminente et deux hommes, un scientifique et un pilote, conviennent de quitter la planète à bord d'un vaisseau pour fuir l'holocauste. Un homme les surveille et tente en vain de les empêcher de partir. Une fois dans l'espace, ils évoquent leur destination.

Episode très moyen, les acteurs sont plutôt fades excepté Edward Andrews qui a une présence plus appuyée. Le vaisseau est drôle, les moyens étant limités. Les plans des personnages à bord de la voiture sont rudimentaires et le bruitage figurant le moteur de la voiture est ridicule, à peu près le son d'un petit aspirateur. J'imagine que le but était de signifier un procédé radicalement différent mais cela ne fonctionne pas, toutefois le "truc" apporte une fantaisie involontaire bienvenue dans un ensemble plutôt terne. Un court qui ne repose que sur sa chute est souvent décevant.

Take Shelter (2011) Jeff Nichols


Curtis (Michael Shannon, un peu habitué aux rôles de déjanté) a des visions cauchemardesques dont il ne peut se défaire, il devient progressivement fou. Son épouse Samantha (Jessica Chastain) va tenter de le soutenir dans cette épreuve.

Voilà, le propos est assez simple.
Alors que fait-on des tornades ? C'est le Midwest et nous savons que ce danger est permanent, la présence de l'abri l'atteste. La folie de Curtis prend appui sur cette peur et lui impose de construire, en s'endettant, un abri plus grand. Ce qui est irrationnel car globalement le sien lui suffit et en même temps cohérent car en délirant il protège aussi sa famille, bien qu'il perde son emploi, ses amis par la même occasion.
La folie de Curtis s'inscrit dans un cadre qui est essentiel.
Nous avons une famille moyenne, Hannah, leur enfant est sourde, elle a besoin d'un appareil qui coûte cher. Nous voyons les efforts de cette famille pour affronter ce handicap, les réunions des parents, l'apprentissage  de la langue des signes... Il y a de l'amour dans cette famille en dépit des difficultés. Nous voyons Samantha vendre des rideaux et autres pour économiser l'argent des vacances...
La maladie de Curtis vient alors même que la situation économique de la famille est fragile. Cette peur constante est importante, c'est celle de nombreux foyers, la perte d'un emploi, de la mutuelle qui lui est associée, la maladie peuvent être autant d'épreuves qu'il faut affronter et qui peuvent détruire le foyer.
a cet égard, et c'est le plus beau rôle du film, Samantha a la force nécessaire pour braver les difficultés. Elle a l'occasion de quitter Curtis mais en le fait pas. La plus belle scène, celle de la clé est symbolique de cette attention à l'autre qui rejaillit sur tous les membres de la famille. La générosité, le don de soi permettent d'aller plus loin, ensemble.
Alors cette tempête finale, allégorie ou réalité n'a plus aucune importance car cette fois la famille est unie et elle pourra affronter le danger avec la force du groupe. Là où le film puise sa force, la psychologie, la cellule familiale et là où il finit, le simple fait divers dont nous n'avons pas besoin d'en voir les péripéties.
Un film sur la famille, sur les dangers qui la guettent et la manière d'y faire face.
Superbe.

16 déc. 2013

Schindler's List / La liste de Schindler (1993) Steven Spielberg


Un allemand, Oskar Schindler (Liam Neeson) débarque en Pologne, c'est un homme d'affaires qui va, grâce à son culot, son charme et son talent, ouvrir une usine dont la main d'oeuvre est constituée de juifs issus du ghetto de Cracovie. Il s'appuie principalement sur un comptable efficace, Itzhak Stern (Ben Kingsley), également juif. Stern aide Schindler mais ne respecte guère l'homme qu'il trouve opportuniste et cynique, ce qu'il est. Peu à peu Schindler va changer et se rendre compte que ses amis nazis sont des barbares qui nient l'humanité de ses ouvriers, ouvriers auxquels il est attaché. Lorsque le ghetto est vidé, les survivants sont expédiés dans le camp de Plaszow, Schindler réussissant, en manipulant Amon Göth (Ralph Fiennes) et en arrosant les nazis de pots de vin, à en sauver un grand nombre en leur évitant un internement fatal à Auschwitz.

L'histoire est basée sur des faits réels, les trois acteurs principaux sont d'une justesse admirable et le film est réalisé avec un soin qui laisse pantois, plusieurs séquences sont réellement éprouvantes.
Lorsqu'à la fin nous voyons les survivants réels poser une pierre sur la tombe de Schindler, accompagnés des acteurs qui jouent leur rôle, la force du réel, la force naturelle d'une image aussi simple éclate absolument. On mesure alors le tour de force pour accomplir cette fiction mais l'on mesure aussi, étrangement, la place immense d'un film comme Shoah.
Je dis cela car Lanzmann a réagi vivement contre le film. Pour être franc, en revoyant le film, je me posais la question, peut-on jouer cela, peut-on le représenter par la fiction ?
La réponse est oui, et il faut saluer le travail réalisé ici, cela n'empêche pas de tenir Shoah comme une oeuvre définitive sur la question et bien plus précieuse à mes yeux.
La liste de Schindler a le mérite d'exister et, dans son domaine, de permettre à de nombreuses personnes de prendre connaissance de ces événements historiques.

15 déc. 2013

Death Wish II / Un justicier dans la ville 2 (1982) Michael Winner



Paul Kersey : You believe in Jesus ?
Stomper : Yes, I do.
Paul Kersey : Well, you're gonna meet him.

Les producteurs Golan/Globus produisent le deuxième épisode de la saga Kersey (Charles Bronson).
Ce dernier ne peut sortir avec une femme sans que des voyous ne viennent le déranger. Il est une espèce d'astre noir maléfique qui attire les tarés du coin or il se trouve qu'à Los Angeles ces individus prolifèrent.
Voyez, le film à peine commencé, le temps d'acheter une glace et hop, le portefeuille est volé, les truands (dont Laurence Fishburne fait parti) repèrent la maison de Kersey et lui violent, tabassent la femme de maison qui préparait le repas. Comme c'est le volume II, la séquence dure plus longtemps. Kersey rentre alors chez lui avec sa fille, elle sera enlevée, violée et s'empalera sur une grille.
Cela pour démontrer une spirale infernale ou une malchance étonnante.

Enterrement, quelques répliques pour dire que Kersey va vivre un peu à l'écart dans une cabane, on le voit couper quelques bûches histoire d'oublier mais Kersey n'oublie pas. Il veut sa

VENGEANCE !!

Il loue alors une thurne dans une zone interlope de LA et commence ses rondes, retrouvant un à un les auteurs de la séquence initiale. De 11 morts pour le premier nous passons à 16. Ochoa (Get the Motherfucker for Me !) passe faire un tour, il meurt, ce qui signifie qu'il disparaîtra des prochains épisodes, dommage je l'aimais bien. 
Le lieutenant en charge de l'enquête est d'une fadeur extrême, à l'image de la nouvelle copine de Kersey (Jill Ireland, Mme Bronson).
Musique de Jimmy Page, pas vraiment inoubliable, le film est un exercice un peu vain.

Where the Sidewalk Ends / Mark Dixon, détective (1950) Otto Preminger


Mais qu'est-ce qui ronge Mark Dixon (Dana Andrews, tout le monde aime Dana Andrews, c'est un peu comme les Pixies) ? Pourquoi cette fixation sur Tommy Scalise (Gary Merrill qui, ici, me fait penser à Robert Newton, ce qui est un compliment) ? Et puis cette poisse incroyable, tuer le mari de la femme, Morgan (Gene Tierney, big eyes from Venus pour faire un clin d'oeil au Beefheart) qu'il convoite !
Ruelles sombres, nuits sans sommeil, solitude existentielle, damnations et autres poids de cette chienne de vie, Mark Dixon court après ses démons, le tout avec la pression de ses supérieurs...
Polar très classe, avec parenthèse gastronomique pittoresque, là où le trottoir finit, là où commence la perdition, Otto Preminger, sur un scénario de Ben Hecht, nous livre un condensé noir de chez noir, il ne manque que la femme fatale.
Distribution impeccable, en plus des acteurs cités au-dessus, errent dans l'ombre Karl Malden, Neville Brand et sa gueule de truand, Bert Freed...

Le film se regarde, la nuit de préférence, en apnée, sans cligner des yeux.

The Return of Frank James / Le retour de Frank James (1940) Fritz Lang


Premier western de Fritz Lang pour une commande, le cinéaste allemand se glisse dans la tradition américaine avec une maestria stupéfiante. Cette histoire de vengeance qui peut aboutir à un déchaînement des passions se transforme, au fur et à mesure que le récit progresse, en un chant des valeurs américaines que sont la justice, l'égalité, la famille, en somme la lutte du faible contre le puissant, la lutte du bien contre le mal. Ajoutons encore le statut des noirs qui, à travers Pinky, trouve une dignité appuyée et celui de la femme qui s'émancipe en dépit des freins familiaux.

La vengeance doit être laissée entre les mains de la justice aussi ce n'est qu'en dernier recours, lorsque cette justice est défaillante, corrompue, que Frank James (Henry Fonda the great) décide de poursuivre les frères Ford, assassins de son frère. D'ailleurs le destin est de son côté car il n'aura pas besoin de tuer pour atteindre son objectif.
C'est un sujet qui aurait eu fière allure sous la direction de John Ford, on y retrouve cette variété de tons, ces chevauchées à travers les espaces subtilement utilisés, l'importance donnée aux morts (on se rend auprès des tombes, on parle aux morts, ils sont présents)... Le talent et le génie de Lang est de se glisser dans les pas du classicisme hollywoodien avec une aisance remarquable tout en laissant apparaître une malice qui lui est propre.

Technicolor superbe qui rend hommage à la beauté étrange de Gene Tierney et aux espaces californiens, l'on ne s'ennuie pas une seconde et l'on s'amuse beaucoup à suivre le procès, moment crucial du film. Le numéro de Henry Hull est jouissif, l'on rit également à voir Donald Meek plonger sous la table.
Les grands espaces sont sublimés mais lorsque l'action se resserre autour d'un lieu plus petit, je pense à la grange de la scène finale, Lang excelle à le rendre impénétrable, obscur, labyrinthique. 
Jackie Cooper est au générique, il joue les jeunes héros purs et naïfs, John Carradine a le rôle du bad guy, ce qu'il sait faire admirablement bien.

14 déc. 2013

Death Wish / Un justicier dans la ville (1974) Michael Winner


Premier d'une longue série, Death Wish montre comment un architecte respectueux des lois, Paul Kersey (Charles Bronson) se met à tirer sur les hors-la-loi comme au champ de foire après que le tabassage en règle de son épouse et de sa fille ait provoqué la mort de la première et l'internement de la seconde. L'inspecteur Ochoa (l'excellent Vincent Gardenia) tente de retrouver le tueur solitaire.
Sachant que la ville connaît à peu près 2000 meurtres par an dans les années 70, il n'est pas étonnant que ce scénario voit le jour.
La dérive du personnage principal est expliquée par le traumatisme subi et le film prend soin d'en dénoncer les travers. Mais dans la scène finale, l'on comprend que ce qui va suivre n'est plus rationnel et suit une pente presque ludique et beaucoup plus distanciée. 
Le premier opus reste d'une sobriété exemplaire comparé aux suites à venir.
Belle bande-son de Herbie Hancock et apparition de Jeff Goldblum qui joue un délinquant lors de la scène où l'épouse et la fille sont violentées.

Raw Deal / Marché de brutes (1948) Anthony Mann


Excellent polar, sombre, désespéré, empli de doutes, Raw Deal décrit les derniers jours de Jo (Dennis O'Keefe), raconté par celle qui l'aimait, Pat (Claire Trevor). Seulement Jo est tombé amoureux d'une jeune assistante juridique, Ann (Marsha Hunt). Rick (Raymon Burr) organise l'évasion de Joe espérant qu'il soit tué mais ce dernier réussit à s'en sortir et compte récupérer une importante somme d'argent qui doit l'aider à respirer le bon air.

C'est une histoire de vengeance sur fond de trio amoureux, histoire menée tambour battant, remarquablement mise en scène, utilisant une variété de décors avec brio, je pense à la forêt de pins, aux séquences en bord de mer, celle chez le taxidermiste ou encore chez Oscar. John Alton délivre une photo très contrastée et souvent sombre, l'édition dvd Wild Side ne nous donne pas une copie qui rend hommage au travail réalisé par Alton. C'est regrettable car on imagine sans peine la beauté de ces images si elles étaient restituées dans leur première fraîcheur.
La voix off de Pat revient périodiquement, sur un thème un peu hanté de Paul Sawtell, nous indiquer la noirceur du propos. Chaque personnage est en proie à un dilemme, est à la croisée des chemins et fait de ce polar aux moyens limités un film passionnant à suivre, comme souvent avec Mann.

9 déc. 2013

The Private Life of Sherlock Holmes / La vie privée de Sherlock Holmes (1970) Billy Wilder


Ce qui se dégage d'abord du film c'est une beauté éclatante émanant du soin apporté aux décors, aux costumes, le travail d'Alexandre Trauner est remarquable et il faut bien les paysages écossais pour supporter la comparaison.
Vient ensuite l'énergie communicative de Colin Blakeley qui joue le Dr Watson, la séquence la plus belle étant celle autour de Madame Petrova et de la fête qui suit la rencontre de la danseuse. Energie qui est à mettre en parallèle avec les nombreuses péripéties du scénario, les énigmes à résoudre n'ont guère d'importance et c'est davantage l'atmosphère qui prime, l'humour subtil propre à Wilder, sa façon de ne considérer que le plaisir, que la légèreté.
Christopher Lee, Stanley Holloway passent dire bonjour, c'est plus de plaisir.
Quant à Watson, la manière dont il tue son ennui ou sa peine et le caprice de dame nature qui l'anime nous le rendent profondément humain, Wilder aime à briser les statues et celle de Sherlock Holmes subit son goût pour le réalisme, un réalisme particulier où l'humour et la satire ont leur place.
Wilder nous donne une belle pâtisserie, élégante, copieuse et pleine de tonus !

Shampoo (1975) Hal Ashby


George (Warren Beatty) est un coiffeur réputé, que l'on recherche car il est bon dans ce qu'il fait mais il ne s'occupe pas seulement des cheveux de ces dames, il s'occupe aussi de ce qu'il y a dessous, bien en dessous. Il s'occupe de Felicia (Lee Grant qui joue délicieusement une nymphomane, comme dans The Landlord), épouse de Lester (Jack Warden, excellent dans le rôle) qui doit financer le futur salon de George. Lester qui a pour maîtresse Jackie (Julie Christie, God Damned !!), qui convole encore beaucoup avec George dont la régulière est, pour le moment, l'innocente Jill (Goldie Hawn qui sait merveilleusement faire une bouille de peluche érotique). Vous suivez ?
Tout ce beau monde court et baise à tout va. Des itinéraires qui se croisent, des télescopages, c'est vraiment drôle et tandis que les couples se font, tandis que ces dames rivalisent entre elles (la séquence de la réception de Lester pour le sénateur est immense, il faut voir Julie Christie entreprendre une fellation sous la table d'un sénateur "Most of all, I'd like to suck his c...") la jeunesse des seventies va encore plus loin.
La politique est raillée, exclue d'un monde où les passions du coeur sont les seules données immédiates de la conscience. Le film se déroule lors de la journée des élections présidentielles mais cela n'a aucune importance.
Le rythme est trépidant, c'est George qui l'impose, l'on se demande comment il survit, passant d'une femme l'autre, mangeant un bout à l'occasion, chevauchant sa Triumph pour faire une coupe puis s'occuper plus activement de la cliente. Les Beach Boys, les Beatles, Hendrix... époque bénie mais pas tant que cela...
Derrière toutes l'insouciance de ces jambes en l'air se forge une solitude, un vide existentiel élégamment rendu par la douce mélodie de Paul Simon, on court partout mais sans aller nulle part. L'amertume, la vacuité se nichent dans les interstices.
Los Angeles accueille toutes ces histoires, les succès et les drames.
Encore un film magnifique de Hal Ashby.

8 déc. 2013

The Bond (1918) Charlie Chaplin


Chaplin avait d'abord participé à l'effort de guerre, la première Guerre Mondiale, en se rendant avec Douglas Fairbanks et Mary Pickford, dans l'Est pour promouvoir la vente de Bons afin de produire des armes, les Liberty Bonds. Une photo célèbre le voit s'adresser à une foule immense, c'était le 8 avril 1918 à New York.

Revenu de cette tournée il réalisa un court métrage, expressionniste dans son style, rudimentaire, afin de doubler le propos cinématographiquement parlant. Quelques scènes (dix minutes seulement) qui évoquent la polysémie du mot "Bond", autour de l'amitié, de l'amour puis de l'engagement du citoyen qui soutient l'industrie de l'armement.
C'est simple et didactique.

Le film fut donné et distribué gratuitement dans les salles des Etats-Unis.

Internal Affairs / Affaires privées (1990) Mike Figgis


Los Angeles, Raymon Avilla (Andy Garcia) vient d'intégrer l'équivalent de notre IGS, la police des polices, il est intègre et aime son boulot. C'est un flic bien installé qui va faire l'objet de sa première enquête, Dennis Peck (Richard Gere), ce dernier a tout un réseau, il empoche beaucoup d'argent et le lessive en acquérant des biens immobiliers au nom de son épouse mais aussi de ses ex. Assez vite les deux hommes se haïssent et vont tout faire pour s'éliminer.

Film efficace, bien interprété, avec une mention spéciale pour Richard Gere, belle gueule ultra-crédible en ce qui concerne la séduction des femmes que son personnage collectionne avidement, qui réussit à dégager une violence et une perversité étonnantes tout en conservant un trouble car celui-ci a une espèce de mission où il doit contribuer à préserver une famille très élargie, enfants et ex issus de ses mariages.
C'est d'ailleurs la particularité de ce film, le scénario utilise un cliché du genre, la relation flic/épouse, difficile à tenir surtout si le flic est un bosseur mais là nous avons l'impression d'y être, l'épouse est, quand la relation est solide, une pièce importante de l'équilibre du flic et Peck utilise l'épouse comme une figure stratégique pour arriver à ses fins. Les meilleurs moments du film sont ceux où Peck s'aventure dans la sphère privée d'Avilla. La violence et la folie qui s'en dégagent sont remarquables, on pense à la tension que peut instiller Friedkin dans ses films.

Un mot pour signaler une bande-son variée et efficace, servant merveilleusement le propos et des vues de Los Angeles qui sortent des sentiers battus. Un autre pour dire qu'Annabella Sciorra apparaît dans quelques scènes.


7 déc. 2013

What Lies Beneath / Apparences (2000) Robert Zemeckis


Pendant que Tom Hanks perdait du poids afin de jouer les Robinson dans Cast Away, Robert Zemeckis, un homme qui n'aime guère perdre son temps, tourne ce thriller où le surnaturel se glisse entre la vie de couple et l'adultère.
Hitchcock est souvent dans nos esprits et Zemeckis, avec une réalisation millimétrée, parvient à lui rendre hommage tout en délicatesse.
C'est classique, l'on sait quand on va sursauter mais je dois avouer que je prends un réel plaisir à simplement admirer Michelle Pfeiffer et à suivre cette revanche d'outre-tombe (jusqu'au visage évanescent du dernier plan). J'ai d'ailleurs vu ce film plusieurs fois et c'est toujours avec bonheur.
Harrison Ford n'est pas extraordinaire mais je trouve qu'il laisse la place au personnage interprété par Pfeiffer, il a l'intelligence de s'effacer, certains prétendront que son jeu n'est pas mirobolant mais sa discrétion est à porter à son crédit. 
Un film solide (même si l'eau est un élément déterminant).

2 déc. 2013

Summer Storm / L'aveu (1944) Douglas Sirk


Sirk, pour son deuxième film hollywoodien, adapte Tchekhov et nous transporte un peu avant la révolution russe, en 1912.
Au fond d'une campagne nous suivons la vie de pacha du comte Volsky (Edward Everett Horton, d'une drôlerie exquise) qui  aime à batifoler avec les servantes et autres proies faciles attirées par ses largesses. Son ami le juge Fedor (George Sanders, admirable comme à l'accoutumée), n'a pas beaucoup d'émoluments mais son mariage à venir avec la belle et pure Nadena (Anna Lee) peut améliorer son confort.
Hélas la chair est faible et lorsque la pulpeuse Olga (Linda Darnell, séduisante et malicieuse), femme fatale issue du petit peuple, entre en scène, elle attire les hommes avec une efficacité redoutable. Tout ce petit monde va s'abaisser moralement et dévoiler le peu de grandeur qui les anime. Faiblesses, lâchetés, cupidité, déshonneur et cependant ces tares cohabitent chez ceux qui détiennent le pouvoir, la force morale se trouvant chez les petits qui voient ces notables se vautrer dans le stupre. La charge est lourde mais elle témoigne de la substance qui a fait naître la révolution.
Après des scènes dignes d'un vaudeville, c'est le misère de l'âme humaine qui fait de l'ensemble une oeuvre plus sombre.
Le flash back initial (le film débutait en 1919, le comte n'était qu'un mendiant apportant le manuscrit du juge Fedor) nous montre que ces personnages, Fedor en premier lieu, sont conscients de leurs fautes, voudraient se racheter mais la petitesse qui vit en eux, la corruption qui s'est installée dans leur âme ne peuvent leur permettre la rédemption.
C'est un film captivant qui bénéficie d'une interprétation de premier choix, il y réside une légèreté et une gravité propre à la littérature russe. Un miracle made in Hollywood.

Duel in the Sun / Duel au soleil (1946) King Vidor


Quel film !
Dès la séquence d'ouverture dans le Presidio avec l'ambiance sulfureuse qui y règne, la danse lascive de la mère de Pearl, les coups de feu, les jeux sous les arcades et le double meurtre, l'on sait que nous allons vivre des émotions énormes qui n'ont pas peur de s'exhiber, de s'étaler en plein écran.
 Tout est exagéré, chaque geste, chaque action donnent un souffle qui pétrifie le spectateur.
Deux choix se dressent devant lui : le rire ou l'admiration, les deux souvent se mêlent.

La beauté de Jennifer Jones (Pearl) est à l'image du film, sauvage, érotique, vulgaire, risible, émouvante, tout y passe, comme le dit le religieux joué par Walter Huston : "un corps créé par le diable pour affoler les hommes..."
Pearl et Lewt (Gregory Peck) incarnent un monde sauvage qui est en passe d'être domestiqué, leur folle union, pleine de bruit et de fureur, constitue les derniers soubresauts d'une vitalité qui refuse le joug de la modernité. L'amour fou qui les lie n'a de rival que la soif de liberté qui leur est intrinsèque. 
La séquence finale, grotesque et superbe, nous fait passer du rire aux larmes.

Passer à côté de ce film c'est refuser son aspect boursouflé, ce serait dommage car l'émotion qu'il contient est d'une puissance rarement vue au cinéma. J'ai vu le film en salle et j'avais eu le sentiment d'être passé sous les roues d'une voiture dont le chauffeur jouissait en refaisant sans cesse le mouvement qui me broyait le corps.

Et puis, dans un mode plus subtil, plus classique, il faut voir ce que fait Lilian Gish de son personnage, notamment la scène où elle meurt, c'est d'une délicatesse dont on ne revient pas.

Et je ne vous ai pas parlé de Joseph Cotten, de Lionel Barrymore, de Butterfly McQueen...

1 déc. 2013

Someone to Watch Over Me / Traquée (1987) Ridley Scott


Mike Keegan (Tom Berenger) est un jeune détective, fraîchement promu, qui vient du Queens, il est directement nommé dans un commissariat situé dans un quartier huppé à Manhattan. Un meurtre et un témoin, la belle et richissime Claire (Mimi Rogers).
Idylle et action alternent tandis que madame l'épouse (Lorraine Bracco qui est la meilleure excuse pour voir ce film) regarde son mari s'embourgeoiser.

C'est un Ridley Scott poussif, quelques beaux plans mais sans plus. Nous aurions pu avoir quelque chose à la Hitchcock, le flic aurait été célibataire, le couple se serait formé, la gouvernante de maison devait alors avoir un rôle plus étoffé et des répliques plus amusantes, le Chrysler Building et le Guggenheim mieux exploités mais non...
Et puis la relation entre la princesse et le manant se tisse beaucoup trop rapidement pour y croire, je veux bien faire semblant mais à partir de là, tout semble artificiel.


The Man from Laramie / L'homme de la plaine (1955) Anthony Mann


Encore un superbe western signé Anthony Mann !

Will Lockhart (James Stewart) est l'étranger, celui qui vient d'ailleurs et qui perturbe l'homogénéité du territoire qu'il parcourt. Ce territoire est un petit empire mené par le vieil Alec Waggoman (Donald Crisp) que Dave, le fils idiot et enragé, veut diriger. Le contremaître, Vic (Arthur Kennedy) attend la moitié qu'on lui a promise.
Lockhart a un secret, une raison particulière qui rend sa présence nécessaire...

Au-delà de la petite histoire divertissante, c'est bien des thèmes universels qui sont brassés, des questions simples qui traitent de la recherche du pouvoir pour le simple plaisir de l'exercer, entre Vic, Dave et Lockhart subsiste une petite différence, Lockhart n'a pas besoin d'un bien matériel pour exister, il est libre et, alors même qu'il peut tout posséder, choisit de continuer sa route. Le travelling arrière qui précède la correction qu'il donne à Dave est à l'image de sa détermination, de ses principes : pur, efficace.
A la manière des héritiers shakespeariens qui se partagent un domaine qu'ils ne possèdent pas encore, l'appât du gain perd tous ceux qui se consument pour lui. La morale et le sentiment de la justice s'acquièrent ainsi, dès le jeune âge, par les livres et par certains westerns.

30 nov. 2013

I'll Never Forget What's'isname / Qu'arrivera-t-il après ? (1967) Michael Winner


C'est une comédie grinçante qui nous est présentée par Michael Winner.
Le ténébreux Oliver Reed joue un réalisateur de films publicitaires, Andrew Quint, qui en a assez de la célébrité et de ses artifices. Il veut la vérité.
La première scène donne le ton, Andrew se promène dans les rues de Londres avec une hache à l'épaule, entre dans un immeuble de bureaux et massacre le sien. Son patron, joué par Orson Welles, sait qu'il reviendra, il ne croit pas en ses colères et ne cessera de vouloir le retenir.

Dénonciations amusantes, parfois assez nihiliste, d'une société de consommation, de progrès, de cynisme, le propos est totalement contestataire et prend racine dans l'air du temps qui verra naître les différents mouvements plus ou moins révolutionnaires dans différents pays européens. Pour construire quoi ? C'est une autre histoire.
Winner s'amuse à mettre de la beauté partout, de nombreuses actrices, jeunes et jolies, traversent le film, Carol White, Wendy Craig, Marianne Faithfull, de belles voitures, des piscines, de jeunes gens sortis de Cambridge cependant ce que nous retenons sont les traumatismes, la violence, le vide de vies insatisfaites. Derrière les belles images de la publicité se dressent des pulsions de mort, des détritus, voir le film que tourne Quint et qui rencontre tout de même le succès.
Winner et son scénariste, Peter Draper, installent déjà, au coeur de la contestation, l'impossible renaissance, chantée par un Orson Welles, figure du démiurge qui brise les élans juvéniles à coups d'omniscience et de lucidité impitoyable.

Le Swinging London, toutes couleurs et jambes dénudées, est un monstre qui dévore ses enfants, pris dans un tourbillon faussement féerique. La forme du film, son rythme, ses couleurs singent cette séduction et offrent au milieu de ces voiles pastels, brillants ou vifs quelques substances organiques nauséabondes.

A Dog's Life / Une vie de chien (1918) Charlie Chaplin


Premier film pour la First National, A Dog's Life est une réussite totale.
Il y a une nette différence dans le soin apporté au cadre, dans le tempo, nous sentons que Chaplin avait le désir de prendre son temps et la possibilité de le faire. 

Charlot est le même, irrécupérable solitaire, rejeté par tous. Un parallèle est fait avec Scraps, un chien bâtard, abandonné, vivant dans la rue. La première partie du film nous les désigne comme identiques, ayant la même difficulté pour survivre et devant se battre pour le faire. C'est un monde hostile qui entoure les deux héros, voir la manière dont Charlot est évincé par d'autres exclus lors de la séquence de la demande d'emploi et la manière dont Scraps tente de gagner un peu de nourriture parmi d'autres molosses affamés.
C'est, évidemment, un traitement comique qui est mis au premier plan sans toutefois négliger une peinture sociale sordide.
Les deux compères, une fois unis, vont associer leur peine avec une chanteuse de bar (Edna Purviance), cette dernière est exploitée par son patron.
Les trois âmes vont fuir leur triste condition grâce au destin qui leur procure un peu d'argent, après avoir vaillamment lutté pour le préserver ils fondent une famille unie. Le happy end, inhabituel chez Chaplin sous cette forme, nous montre Charlot travaillant la terre, rentrant chez lui et, avec sa compagne, se penchant sur un berceau : Scraps et un chiot y reposent.

Mélange adroit de gags, les meilleurs sont la scène de l'embauche, celle où Charlot engloutit les préparations culinaires du snack ambulant et la récupération finale de l'argent dans le bar dancing, A Dog's Life témoigne d'une ambition plus vaste que les oeuvres précédentes, Chaplin veut se rapprocher de l'idée d'unité, d'un ensemble plus harmonieux, d'une véritable histoire. Il y parvient tout en préservant une puissance comique intacte.

Seven Thieves / Les sept voleurs (1960) Henry Hathaway


Film de casse honnête avec une distribution solide : Edward G. Robinson, Rod Steiger, Joan Collins, Eli Wallach...

L'action se déroule sur la Côte d'Azur mais elle apparaît seulement en transparence, excepté quelques plans de coupe tournés sur place. Dommage, c'est retirer un plaisir supplémentaire qui a un coût mais qui rapporte.
L'action se met en place lentement et c'est Joan Collins qui est chargée de faire monter la température de la plus belle des manières, elle déroule ses longues jambes dans deux numéros dansants, sobres mais redoutables.
Pas vraiment d'intensité si ce n'est dans la confrontation Robinson/Steiger, nous nous laissons guider par eux et savourons les scènes.
Notons un beau numéro de Wallach qui joue un baron infect, distribuant les répliques humiliantes de son fauteuil roulant.

Un film très loin d'être inoubliable mais pas totalement vain non plus.

29 nov. 2013

Waste Land (2010) Lucy Walker


Vik Muniz, artiste brésilien, veut faire un projet autour de la plus grande décharge du Brésil, près de Rio. Lorsqu'il commence à rencontrer ceux qui y travaillent son projet évolue, il y trouve des travailleurs déterminés à gagner leur vie dans la dignité, au prix de pénibles efforts ils trient des déchets pour les vendre à des sociétés qui les recyclent.

Muniz les fait participer au projet, des tableaux constitués des matières jetées et qui vont avoir une seconde vie, emmène certains d'entre eux à Londres lors de la vente aux enchères qui leur permettra de récolter les gains acquis...

Le projet et le film qui en est tiré offrent une fenêtre au problème du recyclage en plus de constituer de magnifiques portraits d'individus mais l'on ne peut s'empêcher de ressentir un certain malaise dans la manière de placer l'artiste à l'origine du projet à l'intérieur du cadre. Certains verront dans cette critique un signe flagrant d'incapacité à ressentir simplement les choses, d'autres y verront une exigence morale, j'admets ressentir cette gêne sans pour autant pouvoir la rationaliser mais j'aurais préféré ne pas voir l'artiste autant, ne pas le voir douter, s'enthousiasmer alors même que je reconnais la générosité du geste et du projet.

Fear X / Inside Job (2003) Nicolas Winding Refn


Harry Cain (John Turturro) est agent de surveillance dans un centre commercial. Son épouse qui l'attendait à la sortie de son travail se fait assassiner sans raison autre que le hasard le plus total.
La police fait son enquête mais Harry, hanté par ce drame, fait la sienne de son côté en visionnant des heures d'enregistrement issues des caméras de surveillance. 

Les dialogues, peu nombreux,  sont écrits par Hubert Selby Jr. et la mise en scène tend à épouser le style d'un Lynch, façon Lost Highway, sans parvenir à en recréer la puissance émotionnelle.
De nombreux points sont à mettre au crédit du film, son ambiance, ses couleurs, sa bande son très travaillée, le jeu de Turturro, Deborah Kara Unger et James Remar mais l'ensemble ne prend pas, les lents travellings avant sur la nuque de Cain sont poussifs et l'on aurait aimé être pris par la paranoïa du personnage avec plus de conviction.
Pas un naufrage, loin de là, mais une déception.

28 nov. 2013

Skyfall (2012) Sam Mendes


Une séquence d'ouverture parfaite débute le film, plongée immédiate dans l'action mais action lisible, ce qui est appréciable. Surenchère dans le scénario mais nous sommes bien dans un James Bond et nous ne devons pas nous étonner du traitement hyperbolique de la poursuite, un agent blessé et laissé sur place mais le devoir exige des décisions et des priorités et quand M (Judi Dench) décide Bond agit. Quelques minutes plus tard un autre ordre donné par M expédie Bond au tapis.
Le spectateur est cloué dans son fauteuil.
Générique spectral. Grandiose.

Quelle ouverture ! qui ne sera pas trahie par le reste du film qui distribue les moments d'actions avec brio, qui jette aux regards des scènes soignées, nimbées d'une beauté qui mérite les éloges. Je pense au combat dans l'immeuble de verre à Shanghai avec les méduses lumineuses qui gravitent autour, je pense au domaine de Skyfall en Ecosse...

Mendes donne à cet opus une classe incontestable. Savourons, en plus, tout le discours sur la tradition et la modernité qui parcourt le film et donne aux personnages une épaisseur et une humanité délicates. Bond, M sont vieillissants, en proie au doute, leur passé respectif les hante et l'apparition d'un ancien agent (Javier Bardem jubilatoire) devenu haineux à force de rancoeur, la trahison le ronge, donne plus de complexité à l'histoire. Les fils se tissent, les thèmes et tout devient grandiose.
Si en plus nous bénéficions d'acteurs impeccables comme Ralph Fiennes, Naomie Harris, Albert Finney, Ben Whishaw et Bérénice Marlohe, nous sommes comblés.

Dans le registre du divertissement nous tenons là une sorte de mètre étalon auxquels tous les projets doivent se confronter.

21 nov. 2013

Boy and Bicycle (1956) Ridley Scott


Ridley Scott produit et réalise ce court métrage en 1956, son premier film dans lequel joue son jeune frère Tony. Il interprète un jeune homme qui vient d'avoir seize ans, qui en a assez des ordres donnés par ses parents, assez de l'école, des sermons, de ces paysages industriels qui entourent la ville. Il décide, sur le chemin de l'école, de profiter du beau temps, de la liberté, au diable l'école... à lui les chemins qui mènent à la mer, à bicyclette.

Liberté, soleil, embruns, la caméra embrasse les espaces, délice de fumer sa cigarette en regardant le large.
Mais vient l'orage, la pluie, les abris de fortune, les poupées au crâne éclaté, le chien mort sur la plage, le froid, l'humidité, la peur.

Il sera long le chemin qui mène à l'indépendance, pour l'instant le jeune homme fait quelques tentatives, nous l'imaginons heureux de retrouver le foyer et ses pantoufles à motif écossais.

Court qui se tient si ce n'était la voix off un peu envahissante du personnage, procédé trop appuyé. La volonté de vivre pleinement, le désir de la jeunesse sont traités avec une poésie qui laisse toute sa place au travail du temps qui passe et qui marque chaque chose de son empreinte laissant la pourriture et la mort comme seuls souvenirs.

20 nov. 2013

La Vénus à la fourrure (2013) Roman Polanski


L'espace scénique de Polanski ne cesse de se réduire, c'est dans un cercueil que ses personnages vont bientôt s'agiter et quand bien même cela se vérifierait, nul doute que le cinéaste réussirait à nous captiver de la même façon car l'envoûtement, le charme opèrent sur le spectateur comme les pouvoirs de cet être étrange, venu de nulle part, sur le metteur en scène.
C'est une séquence morbide qui ouvre le film, une avenue légèrement en plongée, des arbres sur les côtés, il fait gris, la rue est déserte et le chasseur, une Vénus avide de chair, s'oriente vers un théâtre parisien désert. C'est Vanda (Emmanuelle Seigner) qui va à la rencontre de Thomas (Mathieu Amalric). Ce dernier adapte La Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch et reste insatisfait des actrices vues pour l'audition.
Vanda va s'imposer.

Polanski, charmeur, malicieux et intelligent, s'amuse follement dans ce film, il se rit de lui, du pouvoir qu'à le metteur en scène et c'est forcément Polanski que nous voyons, incarné par Amalric qui lui ressemble tant. C'est Simone Choule que nous voyons, c'est le couple Dorléac / Pleasance, autant de duos qui retracent cette ligne de séparation entre un homme et une femme, entre jeux de pouvoirs, asservissement et soumission.
Les visages changeants de Vanda, maquillages et tenues différentes, rythment le film et entraîne Thomas dans une danse infernale, Seigner a un rôle en or ici, gourde, séductrice, vamp, succube, déesse, garce, tous les registres y passent et nous sommes éblouis.
Elle nous entraîne dans l'émotion et brise l'atmosphère qu'elle vient de créer, nous voilà réveillés en sursaut et elle en profite, se dévoilant et se cachant sans cesse en de subtiles métamorphoses.
Nous restons là, les yeux ouverts et soudain, au détour d'un contre-champ, nous voyons la salle vide, mais oui, c'est bien un décor restreint, nous l'avions oublié. La mise en scène est impeccable.
Passant du texte qui doit être joué aux commentaires du texte et revenant aux questions pratiques de l'audition en passant par la séduction, nous glissons d'un niveau l'autre et, comme Thomas, nous tentons de garder nos esprits mais il est trop tard, la déesse danse devant nous, pauvres marionnettes.

Et mon mal est délicieux...

19 nov. 2013

Sunshine (2007) Danny Boyle


J'aime la science-fiction et l'idée d'aller faire redémarrer le soleil est une bonne idée mais pourquoi en 2057 ? Ce ne serait pas un peu trop tôt ?
Et ce casting qui est d'une mollesse... 
Pour un film sur le soleil, la lumière, la chaleur nous n'éprouvons rien, le vide, le néant.
Aucun personnage pour vivre un tant soi peu une émotion, pas de vibrations, rien.
Et ce final d'une laideur rarement vue à l'écran, ce jaune, ces flous saccadés.
Non, décidément non.
Le seul pouvoir de ce film est de se faire oublier au fur et à mesure que le temps passe et je ne l'ai vu qu'hier. Je crains le pire pour les jours à venir. Il va disparaître totalement de ma mémoire. 

18 nov. 2013

Agora (2009) Alejandro Amenabar


Alexandrie, 391 après J.-C.
Fin du paganisme, le judaïsme se disputant les places d'honneur avec le christianisme, les deux religions ne négligeant ni la violence, ni la politique, c'est-à-dire l'instrumentalisation de leur foi.
Entre ces mouvements qui visent à donner à l'homme un espoir de salut, Hypatia (Rachel Weisz), une femme qui se passionne pour l'astronomie, les mathématiques, la science...

Le film est soigneusement réalisé mais j'aurais bien aimé plus d'espace pour choisir mon camp, les religieux sont trop idiots, trop brutaux, trop aveugles et Hypatia trop "cool", la première scène de cours la voit s'asseoir sur les marches de son estrade de pierre... Non pas que cela soit interdit à l'époque, je n'en sais strictement rien mais la présenter d'emblée avec cette attitude réduit le personnage à un type que je n'aime pas.
Et puis tout est propre dans le film, les différents groupes sont habillés de façon très homogène, ce didactisme m'éloigne du film sans compter avec la musique désormais de rigueur utilisée dans les péplums, je pense aux chants new age à la Lisa Gerrard.

Ces travers ne doivent pas interdire de rendre hommage au réalisateur qui réussit un pari audacieux : placer au centre de son film une philosophe méconnue par le commun des mortels. En cela il illustre parfaitement un des messages les plus importants du film, une certaine transmission du savoir qui doit préserver les sources car en son sein se trouve la sagesse.

17 nov. 2013

El secreto del Dr. Orloff / Les maîtresses du Docteur Jekyll (1964) Jess Franco


Un savant garde son frère mort dans son laboratoire, frère qu'il a assassiné car ce dernier a couché avec sa femme. Quand il arrive à lui redonner vie c'est pour l'envoyer assassiner ses maîtresses.

Je m'attendais à un navet, un produit de série Z, le titre me le suggérait fortement et je fus conquis par ce film assez audacieux.
Il y a d'abord un plaisir à filmer ce récit, Franco multiplie les plongées, contre-plongées, mouvements soignés, sans compter un montage très libre, vivifiant. Amour du cinéma souligné par des références explicites à Clouzot, Chaplin...
L'aspect gothique de l'histoire me ravit, le château, les couloirs exigus, le laboratoire sous les combles, même si l'ensemble est plutôt fauché il dégage un certain charme, certainement maintenu par le noir et blanc. La tradition gothique est flanquée d'un modernisme excitant, ce sont les scènes qui se passent dans le club de jazz, les chansons qui parsèment le film.
Entre ces deux univers la créature (Hugo Blanco) fait des allers et retours, le temps de dénicher ses victimes, de prendre le soin de les tuer après qu'elles se soient suffisamment dévêtues.
Intervient alors un inspecteur fantasque, aux dialogues ironiques, qui ajoute à l'aspect hétéroclite de l'ensemble.
Le spectateur est satisfait devant tant de légèreté organisée avec sérieux.

16 nov. 2013

Quelques veuves de Noirmoutier (2005) Agnès Varda


Des vies, des couples puis la mort. Des veuves.
L'absence, la solitude, la foi.
Des veuves parlent de cette absence à la caméra de Varda. Varda qui, elle aussi, vit dans le souvenir, Demy...
Les absents sont là, en elles, chez toutes ces femmes, chacune à sa manière.

Le documentaire présente des anonymes, des vies, des témoignages émouvants. Les femmes autour de cette table vide, face à la mer, deviennent vivantes, nous prenons le temps de les écouter. Le plan de fin qui reprend cette ronde n'est plus le même.

Dans une séquence d'une émotion poignante, Varda déclare son amour à Demy, la douleur de son absence.