29 déc. 2013

Beyond Rangoon / Rangoon (1995) John Boorman


Birmanie, 1988, Laura Bowman (Patricia Arquette), une américaine vient en vacances en Birmanie afin d'essayer de faire le deuil de son mari et de son fils, tous deux assassinés. Elle va rencontrer des opposants à la dictature militaire au pouvoir et va lutter un moment avec eux. L'histoire qui se joue devant ses yeux lui permet de renaître.

John Boorman nous avait habitué à mieux, c'est un film assez indigeste pour plusieurs raisons : Patricia Arquette n'a aucun charisme pour nous entraîner dans cette pédagogie politique d'une mièvrerie patente, c'est un écueil redoutable mais c'est sans compter sur la musique de Hans Zimmer qui nous sert de la flûte de pan aérienne à toutes les séquences, dont une scène de massacre avec ralentis. Une musique qui rend fou.
L'ensemble est d'une lourdeur qui ne rend pas hommage au combat de Aung San Suu Kyi. Il ne suffit pas de servir une cause honorable pour faire une oeuvre honorable. 

A l'écoute de Godard (image + son = 7 fragments) (2007) Vincent Perrot


Entretiens avec quelques compositeurs ayant écrits pour Jean-Luc Godard ainsi que quelques autres personnalités, notamment Anna Karina qui partage ses souvenirs entre chaque intervention.
Martial Solal se souvient avoir écrit sa musique après avoir vu A bout de souffle lors d'une projection privée, Michel Legrand, Georges Delerue, Antoine Duhamel et Gabriel Yared sont entendus. Duhamel évoque la particularité du cinéaste pour s'approprier la musqieu écrite et monter ses images sur elle, en extraire également quelques notes et en faire ce qu'il désire : "j'ai eu l'impression d'être interprété par un chef d'orchestre formidable !".

Le documentaire est simple, donne la parole, brièvement, sans prétendre à l'analyse.

Gunman's Walk / Le salaire de la violence (1958) Phil Karlson


Lee Hacket, joué par l'excellent Van Heflin, est un homme qui compte dans le pays, il tient à éduquer ses fils, Ed (Tab Hunter, pas mal du tout) et Davy (James Darren), avec l'idée de se dépasser, d'être le meilleur, de ne pas accepter de faveurs. L'aîné, Ed, a du mal à l'accepter car son père ne cesse d'intervenir pour lui éviter des problèmes, Ed se bat, insulte les femmes, boit, ce qui est une contradiction flagrante des principes inculqués par le père mais surtout ce dernier tient à rester en haut du podium convoité par le fils.

C'est un bon western, avec reflets métaphoriques et intrigue oedipienne, de plus l'interprétation est de bon niveau, notez que Ray Teal et Edward Platt sont de la partie. 

Hatari ! (1962) Howard Hawks


Une jeune photographe débarque en plaine savane au milieu d'hommes menés par Sean Mercer (John Wayne) dont le métier est de capturer des animaux sauvages pour les zoos du monde entier. 

Je ne sais pas si les documentaires animaliers existaient à cette époque mais le spectateur qui découvrait le film devait certainement apprécier toute la faune qui n'a de cesse de traverser l'écran : rhinocéros, singes, autruches, zèbres, buffles, guépards, éléphants et autres spécimens. Tous filmés en Technicolor avec précision, c'est un des points forts du film : offrir un dépaysement total avec un  luxe de moyens qu'on ne boude pas, les paysages de Tanzanie sont somptueux et la musique de Mancini, les costumes de Edith Head donnent de l'élégance à l'ensemble. Les véhicules qui prennent en chasse les animaux souffrent atrocement mais les scènes de captures sont réussies et l'aventure est au rendez-vous.
Je ne sais pas non plus si les acteurs se sont amusés, je n'ai pas encore lu la biographie de Hawks rédigée par Todd McCarthy, elle m'attend sur une étagère, mais l'humour potache qui imbibe le film participe au charme du récit. Rivalités amoureuses toutes fraternelles, soirées gentiment alcoolisées, c'est viril mais sans excès, un véritable moment de détente à partager en famille ou seul selon l'agencement personnel du foyer.

28 déc. 2013

The Wicker Man (1973) Robin Hardy


Le sergent Howie (Edward Woodward) arrive sur l'île de Summerisle afin d'enquêter sur la disparition d'une jeune fille. Il découvre alors d'étranges rituels qui ne cessent de le surprendre entre débauches païennes et odes druidiques.

Si le cinéma permet toutes les folies ce film le démontre. Le sergent erre sur l'île comme le spectateur non averti, il se demande ce que peut bien être cet étrange objet : un film loufoque ? un soft porn ? un film d'horreur ? une comédie musicale ? Tout à la fois et plus encore. 
Le plus captivant est la remise en question d'une religion établie, celle du sergent habité par la bonne vieille religion catholique, par une autre. Il subit la foi d'autrui et ne l'accepte guère or rien n'est répréhensible et le droit de chacun est bien de vivre sa religion comme il l'entend pour peu que personne ne soit opprimé par la pratique de cette religion. Ainsi Howie se pare du costume de l'intolérance. Le final du film prêche pour une pratique raisonnable du culte, hum...
Ceci pour la réflexion. 
Le reste est jouissif à plus d'un titre, en premier lieu les costumes, masques des habitants de l'île, leurs rites, le scénariste déborde d'imagination et l'on se plaît à contempler les célébrations diverses qui ponctuent le récit, nus les contemplons souvent avec stupeur. Ensuite les plastiques de Britt Ekland et Ingrid Pitt achèvent de nous convertir. Ajoutons les chansons, plutôt séduisantes et ce dès la première écoute et vous aurez compris qu'il y a de quoi offrir un spectacle de qualité.
Les paysages écossais, les demeures typiques font partie du charme du film. 
Les acteurs s'amusent beaucoup et cela se voit, Christopher Lee est le premier, sa jubilation est évidente, il irradie de bonheur dans ce rôle mémorable.
Assurément un film qui mérite que nous nous penchions dessus une seconde fois.

Une étudiante d'aujourd'hui (1966) Eric Rohmer


Au milieu des années 60 les femmes sont de plus en plus présentes au sein des universités françaises, ce court métrage fait le portrait de l'une d'entre elles, femme moderne qui allie sa vie d'épouse, de mère et d'étudiante. Epoque lointaine que ces années 60 où les étudiants portent la cravate et la veste, où les étudiantes sont en robe ou en tailleur, il y a un soin vestimentaire, des allures qui ne sont plus de mise à notre époque.
Un commentaire en voix-off, dit par Antoine Vitez, nous raconte tout ceci excepté, évidemment, la remarque comparative ci-dessus. Le propos est clair, précis, la réalisation est au service de l'image, sans effet aucun, rien de superflu. Il n'empêche que derrière un texte sociologique transparaît une beauté, celle du sujet, de l'étudiante en question et, sauf si j'interprète et fais de mes sensations une extrapolation, l'on ne peut que se remémorer les longues heures passées en amphithéâtre à contempler les nuques de ces demoiselles dont le film fait mention. La beauté, en dépit du caractère didactique de l'oeuvre, perce et touche.
Nestor Almendros est à l'image.

27 déc. 2013

Harper / Détective privé (1966) Jack Smight


Film policier tendance cool, un soupçon d'humour, des scènes plus sérieuses au fur et à mesure que le récit progresse dont une assez violente où Harper (Paul Newman) se frotte à un cinglé dans un hangar spécialisé dans la récupération de pièces navales.
Newman, détective privé, mastique constamment un chewing-gum, tente de calmer son épouse délaissée (la toujours pimpante Janet Leigh), doit retrouver le mari volage d'une riche desperate housewive (Lauren Bacall, très à son avantage) qui n'est pas vraiment pressée.
Superbe numéro de pimbêche de Shelley Winters, Robert Webber est présent dans quelques scènes (pas assez à mon  goût), Julie harris et Robert Wagner également. L'ensemble est amusant, parfois  long mais cela se regarde, on peut de temps à autre se divertir en appréciant le paysage des côtes et collines de la Californie.

The Petrified Forest / La forêt pétrifiée (1936) Archie Mayo


Ce gangster movie, que je n'ai pas revu depuis longtemps, produit toujours la même impression, un ennui décevant. Ennui car le film est très bavard et Leslie Howard qui interprète le clochard céleste a un don soporifique, je n'ai qu'une envie c'est de lui dire d'aller débiter ses élucubrations mystiques ailleurs. Le fait que Bette Davis, la fille du patron dans le film, se pâme devant lui et ses beaux discours n'arrange rien à l'affaire. Une fois que Bogart arrive, tout en menottes invisibles façon crabe ou taureau selon le cadrage adopté, l'ennui s'évanouit et l'on s'amuse davantage. Ne serait-ce qu'avec les deux interprètes noirs, le domestique et le truand, qui se regardent comme deux extra-terrestres, l'un, l'autre. La confrontation de ces deux personnages est peu développée, dommage...
Quant aux relations de couples distribuées dans le scénario, elles apportent également un peu de piquant au récit, Bogart et sa dulcinée invisible et la bourgeoise insatisfaite. Hélas, tout ceci arrive un peu tard et reste noyé sous les métaphores poétiques de Leslie Howard.
Ce n'est pas parce que Villon pointe son nez en plein désert d'Arizona qu'il faut absolument que la poésie paraisse niaise à n'en plus finir, certes c'est remarquable dans un film de genre mais tout de même...
Joe Sawyer et Charley Grapewin notamment éclipsent les autres acteurs, enfermés dans des rôles très artificiels qui m'empêchent d'aimer le film. Reste à se contenter des quelques ornements décrits ci-dessus.

23 déc. 2013

Bhowani Junction / La croisée des destins (1956) George Cukor


Quelle belle découverte que ce Cukor majestueux ! 
Avec Ava Gardner et Stewart Granger. Ce dernier incarne un colonel de l'armée anglaise, Rodney Savage, son rôle est presque secondaire car c'est bien Ava Gardner qui illumine l'écran. Elle interprète Victoria Jones, une jeune métisse anglo-indienne qui peine à trouver sa place dans une Inde qui s'émancipe. Sa double identité la perturbe, les rues en sont la cause car ce sont différents mouvements qui luttent : la résistance passive des congressistes, celle plus violente des communistes extrémistes, le tout sous le regard de l'armée anglaise qui sait qu'elle n'en a plus pour longtemps.
Cukor parvient à donner de l'ampleur à ce foisonnement politique, les grèves, les émeutes, les tensions sont bien présentes. Nombre de figurants parsèment l'écran et le CinémaScope prend toute sa raison d'être. Le tournage a eu lieu au Pakistan et cela se voit.
Mais plus encore que ces scènes au grand format ce sont les troubles internes de Victoria qui figurent les plus beaux moments du film. La scène de son mariage, cérémonie qu'elle abandonne pour se réfugier dans un train en marche est la plus forte du film. Cette longue séquence est celle où le personnage se perd entre deux eaux. Cukor est sur son terrain. Ava Gardner traverse le film avec une beauté stupéfiante, c'est un véritable festival de couleurs, de regards et de scènes variées qu'elle entreprend avec une aisance remarquable. Stewart Granger est un excellent acteur mais face à Gardner, filmée par Cukor (Freddie Young est à la photo et cela se voit) il ne peut rivaliser. En sari, en robes blanche, rouge, jaune, en uniforme, il faudrait des dizaines de captures pour rendre, un peu, ce que le film dégage.
La dernière séquence du tunnel est moins forte que celle, psychologique, qui se joue en Victoria et il faut bien l'apparition de Ghandi pour oublier, un court instant, que nous avons encore Gardner à l'esprit.

Band of Angels / L'esclave libre (1957) Raoul Walsh


Histoire d'amour entre un ancien négrier, Hamish Bond (Clark Gable) qui voue le reste de sa vie à se racheter et une jolie sudiste, Amantha Starr (Yvonne De Carlo) qui apprend le jour de l'enterrement de son père qu'elle est a du sang noir dans les veines. Déshéritée elle sera vendue comme d'autres esclaves et achetée par Bond. Le récit suit les liens entre les deux personnages avec en arrière-plan la guerre de Sécession.
C'est un bel écrin, les couleurs sont superbes, la réalisation est soignée mais quel ennui, aucune passion, aucune émotion ne viennent empêcher le ronronnement des images qui défilent, et je ne parle pas de mon lecteur. Ce n'est que vers la fin, lorsque les nordistes arrivent que le film gagne en intérêt.
Il faut bien avouer que je ne goûte guère aux charmes de De Carlo, en revanche Sidney Poitier est excellent en esclave affranchi sans qu'il ne le sache vraiment. 
Seul le dernier quart du film prend de la hauteur, petite déception en ce qui me concerne.

22 déc. 2013

Nice Time (1957) Alain Tanner, Claude Goretta


Goretta et Tanner postulent pour une bourse du BFI qui leur permet de tourner ce court inclus dans le programme Free Cinema.
Ils décident de se concentrer sur Picaddilly Circus, Londres. Ils tournent durant 25 samedis soirs et vont effectuer un montage qui suit une nuit typique de cet endroit des plus touristiques où la foule, constituée de curieux, de couples, de célibataires, de prostituées, de policiers et autres, où la foule se meut entourée d'enseignes lumineuses, de publicités, d'affiches de film, de réclames pour des boîtes de strips...
Visages hypnotisés, sourires, cigarettes aux lèvres, l'âme humaine se dessine à travers tous ces échantillons.
La bande son est un montage de tubes de l'époque, d'extraits de dialogues de films, de propos captés dans la rue.
Au final c'est une nuit qui débute dans l'agitation électrique, érotique, les passions naissent, vivent et puis, lentement, meurent au petit jour. Une nuit sous le regard de la statue d'Eros.

Heaven Can Wait / Le ciel peut attendre (1943) Ernst Lubitsch


Un vieil homme au charme distingué descend les marches de l'Enfer, c'est Henry Van Cleve (Don Ameche). Satan lui-même (l'excellent Laird Cregar à la filmographie trop courte) le reçoit. Il n'a pas encore statué sur son sort et doit l'entendre davantage, voici sa vie, celle d'un homme qui aimait les femmes, la plus belle étant Martha (Gene Tierney).

Remarquable fantaisie entre le conte et la comédie, ce film est d'un raffinement tout lubitschien. Il y a là une douceur, magnifiée par le Technicolor, qui se glisse en retenue. L'amour que Van Cleve voue aux autres femmes n'est en rien vulgaire, il se joue hors-champ, il n'est pas source de scandales, de drames. Même la beauté de Gene Tierney est discrète dans la mesure où elle pourrait apparaître à l'écran plus longtemps encore mais non, Lubitsch dose ses effets, voir la scène de l'anniversaire, celle de la première rencontre dans la demeure familiale. La beauté et le choc de son apparition se lit sur le visage de Don Ameche mais Lubitsch ne nous montre Tierney qu'avec modération, le désir étant plus fort lorsque la frustration le domine.
Tierney est délicieuse si ce n'est l'étrange coiffure aux cornes qu'elle arbore lorsque son personnage a vieilli.
Charles Coburn est admirablement servi par des répliques amusantes, son personnage de grand-père est attachant. Quant à Eugene Pallette, il est inoubliable en Charles Foster Kane du boeuf en conserve.

Sorti durant la guerre, le générique de fin invite le spectateur à acheter des War Bonds, cette sucrerie devait éloigner les esprits du conflit, ne serait-ce qu'un instant mais avec une sérénité précieuse. Il y a beaucoup d'amour dans ces images, beaucoup d'humanité.

19 déc. 2013

Man on the Moon (1999) Milos Forman


Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas autant ri, l'humour destructeur d'Andy Kaufman me comble d'aise, je ne connaissais pas du tout cet humoriste et le biopic de Forman est une entrée en matière formidable. Jim Carrey interprète le showman avec un talent indéniable. Son visage a la particularité de suivre toutes ses envies, il se transforme à volonté et le génie de Kaufman pour camper des individus très différents trouve là un terrain de jeu adéquat.
C'est le récit d'un homme qui va jusqu'au bout de son délire, délire construit rationnellement et qui n'a pour but que son plaisir. La seule difficulté est qu'il n'y a pas toujours de signaux évidents pour le baliser, paradoxalement c'est pour cette raison que ce délire est génial. 
Le scénario nous met à la fois la place d'un spectateur de l'époque : nous avons droit aux surprises et autres sidérations, il nous offre également les confidences et c'est un Kaufman violent, brutal dans sa manière d'être fidèle en ses convictions et en même temps une tendresse, une fragilité et une générosité immenses qui transparaissent du personnage.
A recommander pour ceux qui aiment les canulars énormes mais pas seulement, il y a de la poésie, de la délicatesse, presque de la naïveté, un regard enfantin qui se porte sur le monde.
J'ai déjà envie d'y retourner.

18 déc. 2013

Background to Danger / Intrigues en Orient (1943) Raoul Walsh



1942, le Turquie est un pays neutre où les espions et les agents provocateurs pullulent.
Quelques morts et autres rebondissements autour d'un plan d'invasion, Walsh tourne ce petit film de propagande en studio, rapidement. Ce n'est pas passionnant mais les acteurs et le savoir-faire du réalisateur permettent de suivre le récit sans trop bailler. 
Sidney Greenstreet joue les nazis avec placidité, Peter Lorre (qui fait sa colère si la vodka vient à lui manquer)  et Brenda Marshall (la demoiselle a son charme) sont du côté russe et George Raft est l'américain, le héros. Il y a des petits trains en maquette et l'on tente d'orienter l'idéologie du pékin moyen qui s'aventure dans les salles pour passer un bon moment. Un Warner qui part en guerre mais sans avoir le goût du sang dans la bouche.

15 déc. 2013

Where the Sidewalk Ends / Mark Dixon, détective (1950) Otto Preminger


Mais qu'est-ce qui ronge Mark Dixon (Dana Andrews, tout le monde aime Dana Andrews, c'est un peu comme les Pixies) ? Pourquoi cette fixation sur Tommy Scalise (Gary Merrill qui, ici, me fait penser à Robert Newton, ce qui est un compliment) ? Et puis cette poisse incroyable, tuer le mari de la femme, Morgan (Gene Tierney, big eyes from Venus pour faire un clin d'oeil au Beefheart) qu'il convoite !
Ruelles sombres, nuits sans sommeil, solitude existentielle, damnations et autres poids de cette chienne de vie, Mark Dixon court après ses démons, le tout avec la pression de ses supérieurs...
Polar très classe, avec parenthèse gastronomique pittoresque, là où le trottoir finit, là où commence la perdition, Otto Preminger, sur un scénario de Ben Hecht, nous livre un condensé noir de chez noir, il ne manque que la femme fatale.
Distribution impeccable, en plus des acteurs cités au-dessus, errent dans l'ombre Karl Malden, Neville Brand et sa gueule de truand, Bert Freed...

Le film se regarde, la nuit de préférence, en apnée, sans cligner des yeux.

9 déc. 2013

The Private Life of Sherlock Holmes / La vie privée de Sherlock Holmes (1970) Billy Wilder


Ce qui se dégage d'abord du film c'est une beauté éclatante émanant du soin apporté aux décors, aux costumes, le travail d'Alexandre Trauner est remarquable et il faut bien les paysages écossais pour supporter la comparaison.
Vient ensuite l'énergie communicative de Colin Blakeley qui joue le Dr Watson, la séquence la plus belle étant celle autour de Madame Petrova et de la fête qui suit la rencontre de la danseuse. Energie qui est à mettre en parallèle avec les nombreuses péripéties du scénario, les énigmes à résoudre n'ont guère d'importance et c'est davantage l'atmosphère qui prime, l'humour subtil propre à Wilder, sa façon de ne considérer que le plaisir, que la légèreté.
Christopher Lee, Stanley Holloway passent dire bonjour, c'est plus de plaisir.
Quant à Watson, la manière dont il tue son ennui ou sa peine et le caprice de dame nature qui l'anime nous le rendent profondément humain, Wilder aime à briser les statues et celle de Sherlock Holmes subit son goût pour le réalisme, un réalisme particulier où l'humour et la satire ont leur place.
Wilder nous donne une belle pâtisserie, élégante, copieuse et pleine de tonus !

8 déc. 2013

The Bond (1918) Charlie Chaplin


Chaplin avait d'abord participé à l'effort de guerre, la première Guerre Mondiale, en se rendant avec Douglas Fairbanks et Mary Pickford, dans l'Est pour promouvoir la vente de Bons afin de produire des armes, les Liberty Bonds. Une photo célèbre le voit s'adresser à une foule immense, c'était le 8 avril 1918 à New York.

Revenu de cette tournée il réalisa un court métrage, expressionniste dans son style, rudimentaire, afin de doubler le propos cinématographiquement parlant. Quelques scènes (dix minutes seulement) qui évoquent la polysémie du mot "Bond", autour de l'amitié, de l'amour puis de l'engagement du citoyen qui soutient l'industrie de l'armement.
C'est simple et didactique.

Le film fut donné et distribué gratuitement dans les salles des Etats-Unis.

Internal Affairs / Affaires privées (1990) Mike Figgis


Los Angeles, Raymon Avilla (Andy Garcia) vient d'intégrer l'équivalent de notre IGS, la police des polices, il est intègre et aime son boulot. C'est un flic bien installé qui va faire l'objet de sa première enquête, Dennis Peck (Richard Gere), ce dernier a tout un réseau, il empoche beaucoup d'argent et le lessive en acquérant des biens immobiliers au nom de son épouse mais aussi de ses ex. Assez vite les deux hommes se haïssent et vont tout faire pour s'éliminer.

Film efficace, bien interprété, avec une mention spéciale pour Richard Gere, belle gueule ultra-crédible en ce qui concerne la séduction des femmes que son personnage collectionne avidement, qui réussit à dégager une violence et une perversité étonnantes tout en conservant un trouble car celui-ci a une espèce de mission où il doit contribuer à préserver une famille très élargie, enfants et ex issus de ses mariages.
C'est d'ailleurs la particularité de ce film, le scénario utilise un cliché du genre, la relation flic/épouse, difficile à tenir surtout si le flic est un bosseur mais là nous avons l'impression d'y être, l'épouse est, quand la relation est solide, une pièce importante de l'équilibre du flic et Peck utilise l'épouse comme une figure stratégique pour arriver à ses fins. Les meilleurs moments du film sont ceux où Peck s'aventure dans la sphère privée d'Avilla. La violence et la folie qui s'en dégagent sont remarquables, on pense à la tension que peut instiller Friedkin dans ses films.

Un mot pour signaler une bande-son variée et efficace, servant merveilleusement le propos et des vues de Los Angeles qui sortent des sentiers battus. Un autre pour dire qu'Annabella Sciorra apparaît dans quelques scènes.


2 déc. 2013

Summer Storm / L'aveu (1944) Douglas Sirk


Sirk, pour son deuxième film hollywoodien, adapte Tchekhov et nous transporte un peu avant la révolution russe, en 1912.
Au fond d'une campagne nous suivons la vie de pacha du comte Volsky (Edward Everett Horton, d'une drôlerie exquise) qui  aime à batifoler avec les servantes et autres proies faciles attirées par ses largesses. Son ami le juge Fedor (George Sanders, admirable comme à l'accoutumée), n'a pas beaucoup d'émoluments mais son mariage à venir avec la belle et pure Nadena (Anna Lee) peut améliorer son confort.
Hélas la chair est faible et lorsque la pulpeuse Olga (Linda Darnell, séduisante et malicieuse), femme fatale issue du petit peuple, entre en scène, elle attire les hommes avec une efficacité redoutable. Tout ce petit monde va s'abaisser moralement et dévoiler le peu de grandeur qui les anime. Faiblesses, lâchetés, cupidité, déshonneur et cependant ces tares cohabitent chez ceux qui détiennent le pouvoir, la force morale se trouvant chez les petits qui voient ces notables se vautrer dans le stupre. La charge est lourde mais elle témoigne de la substance qui a fait naître la révolution.
Après des scènes dignes d'un vaudeville, c'est le misère de l'âme humaine qui fait de l'ensemble une oeuvre plus sombre.
Le flash back initial (le film débutait en 1919, le comte n'était qu'un mendiant apportant le manuscrit du juge Fedor) nous montre que ces personnages, Fedor en premier lieu, sont conscients de leurs fautes, voudraient se racheter mais la petitesse qui vit en eux, la corruption qui s'est installée dans leur âme ne peuvent leur permettre la rédemption.
C'est un film captivant qui bénéficie d'une interprétation de premier choix, il y réside une légèreté et une gravité propre à la littérature russe. Un miracle made in Hollywood.

1 déc. 2013

Someone to Watch Over Me / Traquée (1987) Ridley Scott


Mike Keegan (Tom Berenger) est un jeune détective, fraîchement promu, qui vient du Queens, il est directement nommé dans un commissariat situé dans un quartier huppé à Manhattan. Un meurtre et un témoin, la belle et richissime Claire (Mimi Rogers).
Idylle et action alternent tandis que madame l'épouse (Lorraine Bracco qui est la meilleure excuse pour voir ce film) regarde son mari s'embourgeoiser.

C'est un Ridley Scott poussif, quelques beaux plans mais sans plus. Nous aurions pu avoir quelque chose à la Hitchcock, le flic aurait été célibataire, le couple se serait formé, la gouvernante de maison devait alors avoir un rôle plus étoffé et des répliques plus amusantes, le Chrysler Building et le Guggenheim mieux exploités mais non...
Et puis la relation entre la princesse et le manant se tisse beaucoup trop rapidement pour y croire, je veux bien faire semblant mais à partir de là, tout semble artificiel.


30 nov. 2013

A Dog's Life / Une vie de chien (1918) Charlie Chaplin


Premier film pour la First National, A Dog's Life est une réussite totale.
Il y a une nette différence dans le soin apporté au cadre, dans le tempo, nous sentons que Chaplin avait le désir de prendre son temps et la possibilité de le faire. 

Charlot est le même, irrécupérable solitaire, rejeté par tous. Un parallèle est fait avec Scraps, un chien bâtard, abandonné, vivant dans la rue. La première partie du film nous les désigne comme identiques, ayant la même difficulté pour survivre et devant se battre pour le faire. C'est un monde hostile qui entoure les deux héros, voir la manière dont Charlot est évincé par d'autres exclus lors de la séquence de la demande d'emploi et la manière dont Scraps tente de gagner un peu de nourriture parmi d'autres molosses affamés.
C'est, évidemment, un traitement comique qui est mis au premier plan sans toutefois négliger une peinture sociale sordide.
Les deux compères, une fois unis, vont associer leur peine avec une chanteuse de bar (Edna Purviance), cette dernière est exploitée par son patron.
Les trois âmes vont fuir leur triste condition grâce au destin qui leur procure un peu d'argent, après avoir vaillamment lutté pour le préserver ils fondent une famille unie. Le happy end, inhabituel chez Chaplin sous cette forme, nous montre Charlot travaillant la terre, rentrant chez lui et, avec sa compagne, se penchant sur un berceau : Scraps et un chiot y reposent.

Mélange adroit de gags, les meilleurs sont la scène de l'embauche, celle où Charlot engloutit les préparations culinaires du snack ambulant et la récupération finale de l'argent dans le bar dancing, A Dog's Life témoigne d'une ambition plus vaste que les oeuvres précédentes, Chaplin veut se rapprocher de l'idée d'unité, d'un ensemble plus harmonieux, d'une véritable histoire. Il y parvient tout en préservant une puissance comique intacte.

Seven Thieves / Les sept voleurs (1960) Henry Hathaway


Film de casse honnête avec une distribution solide : Edward G. Robinson, Rod Steiger, Joan Collins, Eli Wallach...

L'action se déroule sur la Côte d'Azur mais elle apparaît seulement en transparence, excepté quelques plans de coupe tournés sur place. Dommage, c'est retirer un plaisir supplémentaire qui a un coût mais qui rapporte.
L'action se met en place lentement et c'est Joan Collins qui est chargée de faire monter la température de la plus belle des manières, elle déroule ses longues jambes dans deux numéros dansants, sobres mais redoutables.
Pas vraiment d'intensité si ce n'est dans la confrontation Robinson/Steiger, nous nous laissons guider par eux et savourons les scènes.
Notons un beau numéro de Wallach qui joue un baron infect, distribuant les répliques humiliantes de son fauteuil roulant.

Un film très loin d'être inoubliable mais pas totalement vain non plus.

29 nov. 2013

Fear X / Inside Job (2003) Nicolas Winding Refn


Harry Cain (John Turturro) est agent de surveillance dans un centre commercial. Son épouse qui l'attendait à la sortie de son travail se fait assassiner sans raison autre que le hasard le plus total.
La police fait son enquête mais Harry, hanté par ce drame, fait la sienne de son côté en visionnant des heures d'enregistrement issues des caméras de surveillance. 

Les dialogues, peu nombreux,  sont écrits par Hubert Selby Jr. et la mise en scène tend à épouser le style d'un Lynch, façon Lost Highway, sans parvenir à en recréer la puissance émotionnelle.
De nombreux points sont à mettre au crédit du film, son ambiance, ses couleurs, sa bande son très travaillée, le jeu de Turturro, Deborah Kara Unger et James Remar mais l'ensemble ne prend pas, les lents travellings avant sur la nuque de Cain sont poussifs et l'on aurait aimé être pris par la paranoïa du personnage avec plus de conviction.
Pas un naufrage, loin de là, mais une déception.

21 nov. 2013

Boy and Bicycle (1956) Ridley Scott


Ridley Scott produit et réalise ce court métrage en 1956, son premier film dans lequel joue son jeune frère Tony. Il interprète un jeune homme qui vient d'avoir seize ans, qui en a assez des ordres donnés par ses parents, assez de l'école, des sermons, de ces paysages industriels qui entourent la ville. Il décide, sur le chemin de l'école, de profiter du beau temps, de la liberté, au diable l'école... à lui les chemins qui mènent à la mer, à bicyclette.

Liberté, soleil, embruns, la caméra embrasse les espaces, délice de fumer sa cigarette en regardant le large.
Mais vient l'orage, la pluie, les abris de fortune, les poupées au crâne éclaté, le chien mort sur la plage, le froid, l'humidité, la peur.

Il sera long le chemin qui mène à l'indépendance, pour l'instant le jeune homme fait quelques tentatives, nous l'imaginons heureux de retrouver le foyer et ses pantoufles à motif écossais.

Court qui se tient si ce n'était la voix off un peu envahissante du personnage, procédé trop appuyé. La volonté de vivre pleinement, le désir de la jeunesse sont traités avec une poésie qui laisse toute sa place au travail du temps qui passe et qui marque chaque chose de son empreinte laissant la pourriture et la mort comme seuls souvenirs.

17 nov. 2013

El secreto del Dr. Orloff / Les maîtresses du Docteur Jekyll (1964) Jess Franco


Un savant garde son frère mort dans son laboratoire, frère qu'il a assassiné car ce dernier a couché avec sa femme. Quand il arrive à lui redonner vie c'est pour l'envoyer assassiner ses maîtresses.

Je m'attendais à un navet, un produit de série Z, le titre me le suggérait fortement et je fus conquis par ce film assez audacieux.
Il y a d'abord un plaisir à filmer ce récit, Franco multiplie les plongées, contre-plongées, mouvements soignés, sans compter un montage très libre, vivifiant. Amour du cinéma souligné par des références explicites à Clouzot, Chaplin...
L'aspect gothique de l'histoire me ravit, le château, les couloirs exigus, le laboratoire sous les combles, même si l'ensemble est plutôt fauché il dégage un certain charme, certainement maintenu par le noir et blanc. La tradition gothique est flanquée d'un modernisme excitant, ce sont les scènes qui se passent dans le club de jazz, les chansons qui parsèment le film.
Entre ces deux univers la créature (Hugo Blanco) fait des allers et retours, le temps de dénicher ses victimes, de prendre le soin de les tuer après qu'elles se soient suffisamment dévêtues.
Intervient alors un inspecteur fantasque, aux dialogues ironiques, qui ajoute à l'aspect hétéroclite de l'ensemble.
Le spectateur est satisfait devant tant de légèreté organisée avec sérieux.

11 nov. 2013

Marathon Man (1976) John Schlesinger


J'avais gardé en mémoire "la scène du dentiste" mais cette fois je l'ai trouvée assez banale.
Cet ancien nazi, superbement campé par Laurence Olivier, qui représente l'histoire encore vivante est une figure inoubliable. La scène la plus réussie est celle où Szell, le nazi, se fait reconnaître dans la rue, en plein New York, le crescendo de la scène est superbe, le montage tout autant, tout le jeu des regards, la tension qui monte...
L'intrigue ne m'a pas vraiment captivé, j'étais plus intéressé par les endroits de New York qui servaient de toiles de fond aux personnages et aux acteurs, notamment William Devane, j'adore ce visage, il a vraiment un look peu banal, ses lèvres et sa dentition fascinent et épouvantent à la fois. 
Marthe Keller, Roy Scheider et Dustin Hoffman sont bons mais Olivier emporte le morceau, un bon méchant ne respecte rien ni personne.

10 nov. 2013

Bonjour tristesse (1958) Otto Preminger


Le beau générique de Saul Bass, l'interprétation sensible de Jean Seberg, la Côte d'Azur, voici ce qui m'a ébloui dans ce Preminger un peu décevant. J'ai trouvé l'ensemble assez lourd, convenu, le récit avançant sans souplesse, seules les apparitions de Seberg amènent une sincérité, quelque chose de l'ordre du vivant dans ce monde des morts. C'est bien là le sujet et en cela le film est réussi mais il est difficile de subir l'aspect artificiel qui entoure ces moments heureux. 
Je crois me souvenir que le roman n'avait pas ce carcan formel un peu étroit que le film impose à son sujet. Il me faudra y revenir mais lire Sagan est un bonheur que je ne crains pas.

9 nov. 2013

The Late George Apley / Un mariage à Boston (1947) Joseph L. Mankiewicz


Les Apley de Boston vivent dans la tradition et le conservatisme, le moindre changement heurte et ne s'intègre pas dans les coutumes familiales. Le patriarche, George Apley (Ronald Colman), veille avec une ferveur toute religieuse à ce que rien ne change.
Sachant que la tradition est non pas celle de Boston mais celle d'un quartier alors lorsque sa fille tombe amoureuse d'un new-yorkais, son flegme est en danger.

C'est une savoureuse comédie qui nous est offerte, avec de beaux personnages et des dialogues qui nous régalent. C'est typiquement le film qui vous donne de l'enthousiasme et de l'énergie. 
Eloge du naturel, du respect des sentiments, le film pointe les dérives rigides et glacées des traditions où le coeur n'est regardé que de loin. Freud pointe le bout de son divan et la nouvelle génération qui tient à vivre ses émotions revendique le droit au changement. Finkielkraut y verrait peut-être le début de la décadence mais ne boudons pas notre plaisir et admirons la légèreté de l'oeuvre, dirigée avec doigté par Mankiewicz.
Peggy Cummins y promène sa frimousse naturelle, vue au Festival Lumière 2013, elle présentait Gun Crazy, nous certifions que sa jovialité n'est pas feinte. Percy Waram joue les oncles bienveillants, nous savourons ses répliques tout autant que son personnage aime le cognac. Signalons la présence de Mildred Natwick, qui joue la soeur de George Apley, "Les colons avaient les Indiens, nous avons Amelia".


Underworld / Les nuits de Chicago (1927) Josef von Sternberg


Von Sternberg a débuté en réalisant avec presque rien The Salvation Hunters, film qui a été remarqué par Chaplin qui le distribue via sa United Artists. Son second film ne plaira pas vraiment au producteur qui le fera modifier par un autre réalisateur afin qu'il soit plus abordable. C'est à ce moment que Chaplin lui commande un film, Sea Gulls, pour relancer la carrière d'Edna Purviance. Von Sternberg s'exécute mais Chaplin ne distribue pas le film dont il est le propriétaire, sans que l'on sache pourquoi. Pour éviter de payer des impôts sur le film il en fera brûler le seul négatif devant témoin, heureusement un document récent prouve qu'il y a deux tirages et deux négatifs, le film est pour le moment introuvable.
Von Sternberg est parti pour une belle carrière de cinéaste maudit. 
Un peu plus tard Paramount fait appel à ses services, en dépit de ses infortunes il reste crédité d'un talent reconnu, pour remonter un film, Children of Divorce. Ce dernier a un succès qui donne au réalisateur un mérite bienvenu, le studio lui fait une offre, Underworld est le premier film qui naît de ces circonstances.
Je tire mes informations du bonus de l'édition dvd Criterion écrit par Janet Bergstrom.

L'histoire vient de Ben Hecht qui s'inspire de deux vies de truands de Chicago, Timothy O'Connor qui s'évadera de prison juste avant la pendaison qui devait suivre sans qu'il soit jamais retrouvé et Dean O'Banion qui avait un magasin de fleurs en guise de couverture, il paraît qu'il est mort criblé de balles en préparant un bouquet de chrysanthèmes.
Le premier est incarné par George Bancroft sous le nom de Bull Weed, le second par Fred Kohler en tant que Buck Mulligan. Deux gueules qui en rajoutent pas mal dans la veine bestiale. Les deux truands aiment la même femme, Feathers (Evelyn Brent).
Bull va prendre sous son aile Rolls Royce (Clive Brook) un balayeur de bar, alcoolique qui redeviendra avocat, de quoi ajouter au triangle un quatrième sommet, si je puis m'exprimer ainsi à la différence que l'amour, ici, se heurte à la loyauté.

L'histoire est digne d'intérêt mais c'est son traitement qui séduit. La bestialité des pulsions s'accompagne d'une douceur étonnante, il faut voir Bancroft et Kohler jouaient des expressions les plus hideuses pour ensuite voir le premier s'émouvoir d'un petit chat derrière la porte, si bien qu'il passe son doigt dans une bouteille de lait pour que le chaton le lui lèche. Ou bien avant la manière dont Rolls Royce fait la rencontre de Fathers avec cette frange qui tombe doucement et lui arrive sous le nez.
La force des images, leur composition, l'éclairage, la variété des décors, tout concourt à satisfaire le plaisir esthétique du spectateur.
Autre plaisir, celui de lire les cartons, pour une fois je goûte vraiment leur lecture, ils sont écrits, réellement, ce n'est pas du remplissage pour le spectateur idiot ou distrait, ils se chargent de réflexions, d'émotions, d'ironie. 


5 nov. 2013

One of the Missing (1969) Tony Scott


Tiré de Ambrose Bierce, voici le récit d'un des disparus, de ceux qui ne reviennent pas de la guerre, ici, la guerre de Sécession.
Un début qui rappelle un peu The Red Badge of Courage de Huston, la place laissée à la nature, à l'environnement immédiat dans lequel évolue le héros, un soldat sudiste qui part en éclaireur.
Il suit un cours d'eau, chants d'oiseaux, bourdonnements d'insectes, clapotis, c'est beau, la guerre s'absente un moment jusqu'à, se réfugiant derrière un mur en ruines, ce qu'il mette en joue un groupe de soldats nordistes. L'éclaireur ne sait pas qu'il est lui aussi la cible d'un exercice de tir au canon. Le voici enseveli sous des pierres, son fusil face à lui, prêt à s'enclencher. La panique le prend, l'angoisse le saisit, les plans poétiques laissent la place à des effets sonores et visuels, trop appuyés à mon goût. Des images mentales surgissent, la manière dont le soldat avait pris soin de nettoyer et charger son fusil avant de partir en reconnaissance, d'autres moments.
Le drame se joue dans une solitude, un abandon et c'est l'incapacité à décider de son sort qui éclate dans ce premier film digne d'intérêt réalisé par Tony Scott.

3 nov. 2013

The Slender Thread / Trente minutes de sursis (1965) Sidney Pollack


Hasard de la programmation, c'est de nouveau un couple interprété par Anne Bancroft (Inga Dyson) et Steven Hill (Mark Dyson). Vus quelques jours auparavant dans le Garbo Talks ! de Lumet. Steven Hill, pour parler un peu de lui, joue deux scènes similaires chez Lumet, dans le Garbo puis dans Running on Empty, une scène où il éclate en sanglots, scène terriblement poignante dans le second, un peu moins dans le premier. Fin de la parenthèse.

Seattle, Inga appelle le numéro de soutien aux âmes désespérées, elle a ingéré des barbituriques. C'est Allan (Sidney Poitier, grande classe, comme d'habitude) qui répond, étudiant bénévole qui va devoir gérer la situation.
La thématique soulevée par le film, le suicide, pourrait faire fuir le spectateur, oh non, encore un film débat, un film didactique bien écrit pour spectateur voulant se coucher apaisé socialement.
Le film vaut mieux que cela, premier opus de Sidney Pollack, ce dernier ne choisit pas la facilité en traitant trois fils narratifs en parallèle, la manière dont Allan réussit à prolonger la conversation avec Inga, le récit en flash back fait par Inga des raisons qui l'ont amenée à prendre les pilules et enfin tout ce qui concerne la localisation de l'appel par les techniciens de la compagnie téléphonique et les policiers. Le montage et le scénario rendent  admirablement l'ensemble fluide et captivant. 
Bancroft est de toutes les scènes puisque même lorsque le récit se focalise sur Allan,  nous entendons sa voix (effet érotique garanti, j'écoute les films avec un casque et la voix sensuelle de Bancroft a de l'effet, ceci entre nous...). Bancroft omniprésente, c'est une raison évidente pour voir le film. Signalons Telly Savalas qui joue le docteur responsable de la Clinique d'écoutes et Indus Arthur et son joli visage.
La fin, amenée par un suspense inévitable, est assez haletante.

Une scène se déroule dans une discothèque où un groupe, les Sons of Adam, joue un rock trépidant/ Le batteur n'est autre que Michael Stuart, qui usera ses baguettes plus tard avec un autre groupe, plus célèbre, Love.

...Comme la lune (1977) Joël Séria


Avec cet opus c'est un peu comme si l'on reprenait un plat que l'on avait aimé mais sans retrouver la même sensation, la nouveauté est passée et il est plus difficile de renouveler la surprise. Tout ce qu'on avait aimé dans Les galettes de Pont-Aven se retrouve ici : le numéro grandiose de Marielle, la truculence des dialogues, les scènes cultes mais l'on sent un peu trop le désir d'en faire plus encore, d'en rajouter. Je ne dis pas que le film est raté mais il ne possède pas cette touche sensible visible dans Les galettes. 
Séria est ici plus dur envers ses personnages, moins paternel. C'est un petit regret.
Sophie Daumier joue une garce nymphomane de premier choix mais c'est Dominique Lavanant que l'on aime plus encore, personnage tellement utilisée et jetée par les hommes qu'elle ne croit plus en la fidélité, en l'amour.
Le sexe est vécu comme une damnation, une drogue qui vous entraîne vers les bas-fonds. Si l'on rit souvent, c'est un peu avec effroi. Un film presque moral en somme.

2 nov. 2013

The Mountain / La neige en deuil (1956) Edward Dmytryk


Tourné à Chamonix, voici un film d'alpinisme qui met en scène la relation tumultueuse entre deux frères : Zachary (Spencer Tracy) et Chris (Robert Wagner).
Le scénario est adapté de Troyat.
Zachary a fait un serment à sa mère, morte suite à l'accouchement de son frère dont il a promis de s'occuper seulement ce dernier est une tête à claques. Le chalet familial, transmis de génération en génération, ne représente pour lui qu'une vente potentielle qu'il voudrait réaliser avec des promoteurs de stations de ski. Il veut de l'argent et vite. Lorsqu'un avion s'écrase en haute montagne il veut aller dépouiller les morts, sachant qu'une rumeur parle d'or dans les soutes. Zachary, ancien guide de haute montagne, ne peut que l'accompagner pour tenir sa promesse.

Le récit est assez poussif, le VistaVision et le Technicolor ne suffisent pas à faire de ce film un moment digne d'intérêt. Chris est insupportable, nous sommes dans la caricature, l'on se demande comment Zachary a pu vivre avec lui tout ce temps.
Les scènes de l'ascension et de la descente sont corrects mais cela vaut essentiellement pour le jeu de Spencer Tracy (acteur sujet au vertige en montagne*) pour qui nous éprouvons un peu de peine à le voir dans un film aussi grossier.

* 50 ans de cinéma américain, Tavernier, Coursodon, Nathan, 1991.

Angèle (1934) Marcel Pagnol


"Dans l'arrière-pays provençal, au lieu-dit Marcellin, au pied du pic de Garlaban, à dix kilomètres de la petite station thermale de Camoins-les-Bains, il (Marcel Pagnol) a acheté un terrain, une colline, une vieille ferme et installé son monde alentour, traçant une route, creusant un puits, rectifiant ici ou là le paysage à la dynamite."*
Et il a tourné Angèle.

Fort de ce succès, il construit ses studios et son oeuvre. Cet homme savait ce qu'il voulait.
Angèle est la première adaptation de Giono, un film sublime.
Le réalisme de cette histoire qui vise à l'universel touche les coeurs.

Angèle (Orane Demazis) est une jeune fille de la campagne, elle se laisse séduire par un voyou de la ville, Louis (Andrex), qui la fait quitter sa famille pour devenir une putain. Saturnin (Fernandel), le valet de ferme va tout faire pour la ramener, aidé par Amédée (Edouard Delmont), un ouvrier agricole qui veut qu'elle revienne à son ami Albin (Jean Servais et sa voix hypnotique), amoureux de la jeune fille.

 Fernandel est épatant, jouant sans continuellement sur le charme d'une simplicité amusante et d'une humanité profonde. Les personnages sont fondamentalement bons ou mauvais, jamais les deux, même s'ils ont leur moment, je pense au père colérique.
L'opposition ville/campagne est un thème traité ici grossièrement "Rien de bon ne vient de la ville"mais qu'importe, nous nous laissons porter par l'émotion véhiculée par les personnages mais plus encore par la mise en scène et le style imposés par Pagnol. Ce souci de réalisme devait être étonnant pour l'époque, la durée du film également. Nous avons là un univers restitué qui paraît pleinement authentique et dans lequel nous plongeons comme un enfant à qui l'on raconte une histoire.
Quels acteurs ! Quels moments ! La conversation entre Tonin (toujours heureux de voir Charles Blavette) et Saturnin et le quiproquo à propos de la situation d'Angèle, l'arrivée de Saturnin à Marseille ("Ah ! Vous êtes dans le commerce !"), la métaphore filée du fumier lorsque Saturnin s'adresse à Angèle...

* L'Age classique du cinéma français, Pierre Billard, Flammarion, 1995

Stützen der Gesellschaft / Les piliers de la société (1935) Douglas Sirk


Le commentaire de la jaquette de l'édition Carlotta nous dit ceci : "Le film approfondit le travail esthétique de Detlef Sierck, qui joue subtilement sur les angles de vue, la lumière, le montage alterné, s'inventant ainsi un langage cinématographique propre."
Je ne suis pas assez calé pour voir ce qui est propre à Sirk dans ce film mais je reconnais volontiers que sa maîtrise du langage cinématographique est éclatante. Le film est assez complexe, de par ses différentes trames développées en parallèle, et reste d'une fluidité exceptionnelle si l'on considère que Sirk ne signe là que son quatrième long métrage.

C'est un mélo social qui montre les tares des notables d'une ville en dévoilant les vertus des bannis, des gens du cirque, des gitans. Le propos tiré d'une pièce de Ibsen est audacieux dans la mesure où les nazis sont au pouvoir depuis deux ans en Allemagne mais Hitler, grand cinéphile, a aimé le film. Sirk raconte à Jon Halliday* : "On pouvait encore faire des choses impensables sous les nazis. Il leur a fallu du temps pour mettre les gens au pas, et à la UFA, il y avait encore une certaine marge de manoeuvre." Car les sociétés en crise, menée par les hommes de pouvoir aiment jeter l'opprobre sur les minorités, la foule, ravie d'avoir des solutions faciles, trouve alors de quoi se relever de sa propre imbécillité, de sa propre décadence.
C'est donc un exclu, Johann (Albrecht Schoenhals) qui s'est enfui de Norvège pour rejoindre l'Amérique, revenant dans sa ville qui va en devenir le héros. Il revient avec un cirque, troupe de gitans comme les appellent les notables, et règle ses comptes avec le Consul Bernick (Heinrich George, très bon acteur qui, devenu sympathisant nazi, finira ses jours dans un camp russe) qui a sali son nom.
Le scénario entremêle avec bonheur les secrets, les révélations, les tractations, comme dans un grand mélodrame. Tout est couru d'avance mais le plaisir est aussi dans le respect du genre, voire même le cliché. Le respect de la norme a autant de vertu que l'écart.
L'intérêt particulier s'oppose à l'intérêt général et le récit traverse toutes les couches de la société de cette ville, des pêcheurs aux notables.
Sirk ajoute à l'adaptation une touche plus prononcée pour la soif de l'Amérique, c'est le but du prologue, satisfaire une envie personnelle, concrétisée plus tard par la réalisation d'un western, le désir d'Amérique traverse le film, notamment avec le petit Olaf. Une Amérique vue comme un brassage social et ethnique, mais circonscrite à l'univers du cirque, ce qui en fait un panel moins représentatif.
C'est un mélo des plus classiques mais si bien réalisé que l'on goûte totalement son plaisir.

* Conversations avec Douglas Sirk, Jon Halliday, Cahiers du Cinéma, 1997.

1 nov. 2013

How to Make Movies (1918) Charlie Chaplin


Fin 1917, nouvelle période pour Chaplin qui rejoint la First National où il aura beaucoup plus de pouvoir et d'indépendance puisqu'il devient son propre producteur et intégrera de nouveaux studios.
Ce court n'est jamais sorti, Chaplin le gardait dans ses archives et en intégrera des extraits dans sa The Chaplin Revue de 1959. Il est fort intéressant et original, c'est une sorte de cadeau, un objet hétéroclite pour les fans, à des fins didactiques et divertissantes, un making-of avant l'heure.
Nous y voyons les terrains sur lesquels le nouveau studio est construit puis des plans de la construction, la visite se poursuit dans une mise en scène légère et amusante, Chaplin croque un citron en grimaçant, il surprend les charpentiers à la sieste, nous montre le labo où est développée la pellicule, puis la salle de montage.
La salle des coffres est là, avec ses reliques à l'intérieur : les chaussures de Charlot.
Des répétitions ont lieu, on tente de voir de quelle manière Loyal Underwood peut être étranglé, nous passons au maquillage, aux essais caméra.
Enfin Chaplin devient Charlot et nous offre une séquence inédite se passant autour de la pratique du golf.
C'est terminé, Chaplin repart avec son chauffeur japonais et nous dit "au revoir" !

31 oct. 2013

The Cincinnati Kid (1965) Norman Jewinson


Si nous prenons en considération le casting, ce film avait tout pour plaire : Tuesday Weld, Karl Malden, Edward G. Robinson et Steve McQueen.
Mais non, cette histoire d'intégrité me lasse et je n'aime pas les jeux de cartes.
Sachant que Peckinpah et Sharon Tate étaient initialement de la partie nous pouvons avoir un petit regret...


29 oct. 2013

The Long Voyage Home / Les hommes de la mer (1940) John Ford


C'est juste après avoir tourné Les raisins de la colère que Ford se lance dans The Long Voyage Home, une adaptation de plusieurs pièces d'Eugene O'Neill. Comme pour le premier, le second bénéficie de la présence de Gregg Toland à l'image, le chef-opérateur brille par l'usage du clair-obscur, de la profondeur de champ (la fuite de Smitty) et sublime le récit par un style très éloigné d'une transparence classique. La forme est visible et c'est un plaisir permanent.

Même si les américains sont, à l'époque, cantonnés à une neutralité parfois dérangeante, Ford tient à s'impliquer davantage, il ne cessera de le faire, lire pour cela la biographie remarquable de McBride. Ce film est une étape dans un long processus qui prendra véritablement corps dès Pearl Harbor.

Le récit suit l'équipage irlandais qui travaille à bord d'un navire de la marine marchande britannique. A quai aux Antilles, le navire doit transporter des explosifs jusqu'à Londres, alors en guerre. La crainte d'avoir un espion à bord, de se faire torpiller par un sous-marin, de subir une attaque aérienne accompagnera les hommes pris entre deux pulsions : rejoindre leur maison une fois la mission accomplie ou continuer à travailler sur les navires, subissant l'éloignement, le travail intense, les tempêtes...

La solitude de certains marins est compensée par l'esprit d'équipe qui règne à bord, chaque homme est seul, loin de chez lui mais au sein de l'équipage il retrouve une famille et les peines, les drames disparaissent momentanément devant les beuveries, les chants irlandais, les bagarres vivifiantes. Un film de John Ford, en somme.


28 oct. 2013

Bus Stop / Arrêt d'autobus (1956) Joshua Logan


Bo (Don Murray) est prêt à conquérir tous les rodéos de la planète, il se rend à Phoenix avec Virgil (Arthur O'Connell), son mentor qui lui demande non seulement de gagner le rodéo mais de ramener une compagne. Bo compte sur ses talents de cow boy pour atteindre les deux objectifs.
A Phoenix, il tombe amoureux d'une entraîneuse de bar, Chérie (Marilyn Monroe), Bo veut se marier avec elle de toute urgence et la harcèle jusqu'à l'amener de force dans le bus qui le ramène dans le Montana.

C'est une comédie qui se regarde avec un certain plaisir pour peu que l'on soit d'humeur à supporter le cabotinage de Don Murray. Monroe n'a pas un grand rôle mais sa beauté suffit à rendre digne d'intérêt le moindre plan où elle apparaît. Les personnages secondaires sont d'une aide précieuse, O'Connell et Betty Field y sont pour beaucoup.
Le final devrait l'emporter à l'émotion mais me laisse froid.

A voir uniquement pour les fans de Monroe et les quelques scènes folkloriques dans le bus et l'auberge.

Red Line 7000 / Ligne rouge 7000 (1965) Howard Hawks


Trois couples, des coureurs de course automobile et leurs conquêtes, vont se chercher et mettre un peu de temps pour se trouver.
Cela commence comme un mauvais roman photo feuilleté par désoeuvrement, léger et niais, des histoires de coeur autour de verres bus dans un bar, quelques chansons, des courses de voiture qui tournent en rond, le speaker ne cessant de retenir le spectateur qui s'ennuie "Wait a minute !", "Hold it !", on s'embrasse, on pleure, les bluettes virent au drame mais pas trop non plus.

Rien de vraiment captivant si ce n'est la voix râpeuse de Gail Hire, le joli minois de Laura Devon et le tout jeune James Caan.

22 oct. 2013

Monte Walsh (1970) William A. Fraker


C'est la fin d'une époque qui est dépeinte ici, la période où les grandes compagnies rachètent des ranchs plus petits et optimisent la masse salariale, une époque où les nouveaux mots surgissent comme "capital"...
Monte Walsh (Lee Marvin) et son pote Chet (Jack Palance) sont fatigués et ne peuvent plus vraiment vivre dans un temps qui leur échappe. Le mariage les attend...

Fraker (chef-op renommé) signe un western tranquille, avec nostalgie et tristesse. Les chevaux ruent encore mais vont regagner les cirques ambulants. 
La première partie montre encore le travail des cowboys, la solidarité qui les lie, le chômage venant, tout disparaît et ils en viennent à s'entre-tuer. 
Le trait est un peu lourd et l'ennui pointe parfois.

Polytechnique (2009) Denis Villeneuve


Le massacre de plusieurs étudiantes à Polytechnique, université de Montréal donne lieu à une fiction, signée Denis Villeneuve.

Le réalisateur s'emploie à montrer les faits et les répercussions de cet événement sur quelques personnages dans un noir et blanc austère, un style qui l'est tout autant. Seul le montage perturbe la chronologie et donne au spectateur de fausses pistes ce qui était, peut-être inutile.

La misogynie du tueur est clairement exprimée et nous le voyons se préparer, être à l'oeuvre.
La froideur du film, son absence de point de vue ou de discours laisse le spectateur sans explications supplémentaires, c'est bien le mal et sa démonstration qui se réalisent. Rien de plus à comprendre. Les survivants, comme les spectateurs, doivent vivre avec cela. Pour les premiers, rien de plus difficile. Pour les seconds, le film est là pour témoigner d'une réalité. 
Sorti de là, je crois que je préfère, de loin, un documentaire bien fichu ou, pour prendre un sujet équivalent, Elephant de Van Sant, qui apporte plus d'humanité, plus de réalité au sujet.

21 oct. 2013

Le chat (1971) Pierre Granier-Deferre


L'avantage de la numérisation des copies est de pouvoir revoir des classiques dans des conditions optimales, ainsi ce Granier-Deferre qui confronte deux acteurs majeurs du cinéma français avec un grand texte de Simenon.

Je retenais de ce film l'élément le plus facile, le principe du duel, de l'amour vache, de la dépendance qui nous tient lorsqu'une relation s'établit dans la durée et le couple formé par Gabin/Signoret en rend toutes les nuances. Mais en revoyant ce film c'est plus l'image de la mort à l'oeuvre qui surgit. Certes les immeubles détruits, ce quartier de Courbevoie en voie de réhabilitation, cette maison au fond d'une impasse établissent un parallèle un peu voyant mais des phrases font mal, donnent à cet amour une butée, une borne indépassable. Nous ne sommes pas là dans un romantisme où l'amour transgresse l'espace et le temps.

"J'étais belle, tu t'souviens ?"
"Les années ont passé, maintenant je suis au bout du rouleau, j'ai rien compris."

Le beau chant funèbre de Philippe Sarde accompagne ce couple. La haine, comme l'amour, a besoin pour s'exercer d'un objet. L'autre, celui qui vous accompagne, est ici, pour Julien Bouin (Gabin), celui qui va disparaître et la mort met un terme à la haine ou à l'amour. Julien semble vouloir se préparer à cette issue inéluctable mais il sacrifie le temps qui lui reste, se met en retrait en anticipant. c'est ce drame que filme Garnier-Deferre avec une belle maîtrise, laissant des scènes se répéter pour mieux marquer le temps qui passe et qui broie tout.

20 oct. 2013

Des gens sans importance (1955) Henri Verneuil


Festival Lumière 2013, Lyon.

Jean Viard (Jean Gabin) est un routier qui ne trouve aucun réconfort dans sa famille, il est bien plus à l'aise au volant de son camion, volant qu'il partage avec son collègue Berty (Pierre Mondy). Lorsqu'il va rencontrer Clotilde (Françoise Arnoul), bonne au relais routier où il aime s'arrêter, c'est une relation passionnelle qui va débuter.

Gabin avait tourné au volant d'un camion dans Gas-oil de Gilles Grangier, l'année précédente mais là où le Grangier développait une intrigue ambiance polar auvergnat, Verneuil peint des profils psychologiques et décrit un univers avec une volonté réaliste ainsi le monde des routiers, leurs problèmes, les pressions du patron sur les horaires, la fatigue, tout cet univers est remarquablement reconstitué et c'est une des vertus du film que de le faire exister avec retenue et simplicité.
La mise en scène de Verneuil est efficace, c'est celle d'un artisan qui connaît bien son métier et qui met son talent au service du film. Notons que lors d'une conversation entre Gabin et Arnoul se déroulant dans une chambre, le bruit d'un camion passant sur la route étouffera le dialogue un instant, procédé que répétera, plus tard Godard dans A bout de souffle lors d'un même échange entre Belmondo et Seberg. Procédé assez rare dans la production des années 50.
L'écueil possible du scénario est de rendre crédible cette histoire d'amour, à cause de a différence d'âge entre les deux personnages mais cette différence est soulignée à plusieurs reprises, le fait qu'elle ne soit pas évacuée permet de régler le problème. il faut souligner également la tenue des dialogues, tous les échanges entre Mondy et Gabin sont dignes du meilleur Audiard, nous retrouvons cette décontraction du langage, cet usage de l'argot et de l'esprit vif de l'ouvrier populaire, celui qui pense, remercions François Boyer.

Enfin, reste Gabin, ces colères, ces emportements, ces yeux roulés, ces claques, Gabin possède cette aura particulière qui fait que lorsqu'il est à l'écran, nous avons l'impression de retrouver quelqu'un de la famille. J'ai tellement vu ses films dans le salon familial que dès qu'il apparaît c'est un plaisir. Il est, encore une fois, parfait dans ce film. Je goûte un peu moins la prestation de Françoise Arnoul, son personnage n'est pas à son avantage, cette fille déprimée qui ronge son frein en attendant de trouver une issue à sa vie, n'est pas un personnage facile à jouer car la palette des émotions est moins grande. 



19 oct. 2013

Reunion / L'ami retrouvé (1989) Jerry Schatzberg


Festival Lumière 2013, Lyon.

En présence de Jerry  Schatzberg qui raconte sa collaboration avec Harold Pinter, la manière dont il redoutait de devoir lui demander de retravailler le scénario après la première mouture, la manière dont il acceptait volontiers les remarques, pas toutes mais beaucoup d'entre elles.
Pinter, de son vivant, a appelé Schatzberg à chaque fois qu'il voyait le film, ceci pour lui dire combien il l'aimait.

L'ami retrouvé est un roman célèbre de Fred Uhlman, l'ayant lu plusieurs fois, je dois dire que cette adaptation est extrêmement fidèle à l'oeuvre originale. Le final conserve la même émotion, la même force. 
En dehors du talent pour faire exister les personnages, pour inscrire le récit dans des décors, c'est la force du montage qui séduit. Schatzberg a décidé de donner aux images mentales de Strauss, une place de premier ordre. Les souvenirs de l'homme vieillissant qui se retrouve à Stuttgart, incarné merveilleusement par un acteur que l'on chérit sans peine, Jason Robards, ces souvenirs sont le sel qui rehausse l'ensemble et capte l'attention du spectateur qui devra recoller les morceaux, faire le lien.
La mémoire est double, il y a le travail de mémoire, cher à Primo Levi, la mémoire est soulignée par l'extrait de Henry V, de Laurence Olivier, mémoire parce que le fascisme est toujours présent, voir les anciens pro-nazis qui en sont pas morts et ceux qui rêvent de suivre leurs traces.
Et il y a celle de l'amitié, L'ami retrouvé est d'abord le récit d'une amitié improbable entre un petit bourgeois et un aristocrate, amitié qui se confrontera aux différents idéaux politiques, à la différence de classe sociale et à la guerre. 
Une phrase est prononcée par le jeune Konrad, dite à Henry : "You teach me to think !".

Le final est bouleversant et donne sa noblesse à ce quelque chose d'impalpable, de rare et précieux qu'est l'amitié.

Le bonheur (1934) Marcel L'Herbier


Festival Lumière 2013, Lyon.

Voici un L'Herbier amusant, tiré d'une pièce de Bernstein, en grande partie grâce à la prestation remarquable de Michel Simon qui joue le manager homosexuel d'une diva, Clara Stuart, interprétée par la séduisante Gaby Morlay. La star ne cesse de cabotiner et s'attire les foudres d'un dessinateur anarchiste, Philippe Lutcher (Charles Boyer revenu des Etats-Unis pour tourner ce film), alias Chakal lorsqu'il signe ses oeuvres. Lutcher lui tire dessus et c'est une histoire passionnelle qui commence, histoire d'un amour réciproque mais impossible.

Le film est drôle et chaque fois que Simon apparaît, il irradie l'écran reléguant les autres personnages à l'arrière-plan. Il faut voir sa prestation lors du procès devant condamner Lutcher suite au coup de feu tiré sur la star.
Dénonciation du star-système, le film explore l'univers du spectacle, ses coulisses, nous avons même un film dans le film lorsque Stuart obtient un contrat et tourne pour le cinéma. 
Boyer est celui qui ne peut vivre ses sentiments car ils sont trop forts, c'est une belle séquence qui se joue lorsqu'il lui demande de ne plus se voir mais Stuart doit penser à lui lorsqu'elle tournera la première scène de chaque film, il sera alors dans la salle et saura que ce regard est pour lui, belle idée romantique.

Chicago Calling (1951) John Reinhardt


Festival Lumière 2013, Lyon.

"Art of Noir", séance présentée par Eddie Muller et Philippe Garnier.

Film rarement montré qui présente la particularité de voir Dan Duryea dans un rôle inhabituel, celui du mec sympathique, il endosse traditionnellement des rôles de crapules sans pitié.
Duryea interprète William Cannon, un ancien photographe qui sombre dans l'alcoolisme. L'argent vient sérieusement à manquer et son épouse en a assez de le voir rentrer à l'aube. Elle décide de quitter San Francisco et de partir à Chicago avec Nancy, leur fille. Arrivées à Chicago, l'épouse expédie un télégramme pour signifier que la petite a eu un accident, une opération chirurgicale doit suivre, elle rappellera. William ne sait où elles sont exactement et il n'a que ce coup de fil pour connaître l'issue de l'opération seulement il doit payer la facture téléphonique pour retrouver sa ligne. Une mini épopée commence.
William sera aidé par un gamin qui lui portera toute son affection, Bobby (Gordon Gebert).

Le réalisateur m'était inconnu jusqu'à cette séance, c'est un bourlingueur, Amérique du Sud, Europe, Etats Unis...
Ce film tente de donner une version américaine du Voleur de bicyclette, ce qui est plutôt réussi, la relation entre William et Bobby étant crédible et manifeste. Il y a aussi une mode issue de la réussite de The Naked City avec le même souci d'inscrire le récit dans le foisonnement d'une ville, avec une voix-off introductive. Les plans de Los Angeles sont nombreux, le film se déroule dans le quartier de Bunker Hill, ceux qui ont fréquenté l'oeuvre de John Fante reconnaissent la topographie particulière de ce quartier, les maisons et hôtels à flanc de colline... 
La pauvreté est un thème qui inonde le récit et une sorte de fatalité s'abat sur le personnage même s'il est régulièrement aidé par un tiers (le jeune gamin, l'argent retrouvé au stade, la vendeuse de sandwichs, le technicien de la compagnie de téléphone). Nous retrouvons la difficulté sociale, loin des codes hollywoodiens qui concerne la Californie, lorsque William travaille une journée dans le bâtiment, sa tentative de manier le marteau-piqueur est un passage rarement visible dans la production cinématographique qui en dit beaucoup sur la réalité du monde du travail et sur ceux qui exercent ce job, la minorité afro-américaine.
Après une séquence admirablement mise en scène, celle du "suicide" de William, un happy-end permet au spectateur de respirer.
Un film très recommandable.

18 oct. 2013

Crashout (1955) Lewis R. Foster


Festival Lumière 2013, Lyon.

"Art of Noir" par Eddie Muller et Philippe Garnier.

Film écrit par Cy Endfield qui aurait voulu le tourner mais le réalisateur doit s'exiler et c'est Chester, le producteur qui engage Foster, ancien journaliste de San Francisco, pas un inconnu puisqu'il a écrit le scénario de Mr Smith Goes to Washington.
Une seule copie 35 mm existe de ce film et elle était là, à Lyon, le 18 octobre 2013.
Le film vaut par son casting "avec tous les méchants que l'on aime" dira Garnier.

Le film débute par une évasion et un magot à aller chercher.
Qui s'évade ?
Van Duff, c'est-à-dire William Bendix, une gueule et un timbre de voix reconnaissable entre tous, il est vraiment le bad guy de cette équipée sauvage alors qu'à l'époque il jouait les nounours gentillet dans une série télévisée. Arthur Kennedy est de la fête (il joue Joe Quinn), un acteur excellent, journaliste dans Lawrence d'Arabie ou plus méconnu le héros de The Naked Dawn. Luther Ader joue l'italo-américain irrésistible mais c'est William Talman qui retient notre attention, il est le tueur psychopathe du groupe, l'évangéliste au couteau rédempteur, acteur qui brille dans Armored Car Robbery de Fleischer. Adam Williams a un rôle dans le film, c'est l'un des truands de North by Northwest. Que du beau monde !
Ces truands doivent composer entre eux et cela ne se fait pas sans heurts. Au fur et à mesure du film le groupe perd des membres, l'argent dissout, une de ses vertus principales.
C'est un excellent polar de série B, a l'interprétation de qualité. La mise en scène est soignée, certes ce n'est pas Cy Endfield qui est aux manettes mais Foster s'en sort honorablement, seule une production parfois un peu chiche se fait sentir de temps à autre mais ce n'est guère gênant.

16 oct. 2013

Try and Get Me a.k.a. The Sound of Fury / Fureur sur la ville (1950) Cy Endfield


Festival Lumière 2013, Lyon.

C'est reparti pour l'excitante programmation "Art of Noir" présentée par Eddie Muller et Philippe Garnier, merci à eux pour la programmation et pour les informations transmises.

Quelques paroles rapportées au préalable. 
Ce film était invisible en salles aux USA, aucune copie disponible, la seule copie existante à ce jour est possédée par un certain Martin Scorsese. La Fondation Eddie Muller a restaurée la copie, en argentique, pas en numérique.
Le film est produit à l'apogée de la chasse aux sorcières, triste époque. Il aborde le thème métaphoriquement, cette hargne politique où la bêtise le dispute à la violence. 

L'histoire est tirée d'un faits réel qui vit le lynchage de deux hommes dont un est innocent par une foule en rage, voir le Fury de lang en 1936 qui traite du même thème. L'auteur du roman inspiré d'articles relatant le drame a écrit l'adaptation, Jo Pagano.
L'on y voit un homme, Howard Tyler (Frank Lovejoy est excellent dans le rôle), acculé par le chômage se laisser séduire par l'argent facile que gagne Jerry Slocum (Lloyd Bridges, parfait en psychopathe narcissique). Lorsque le drame surgit, il est trop tard et la foule, excitée par une presse locale avide de forts tirages, vient les lyncher en prison.
La scène de lynchage est d'une violence éprouvante.
Seul le personnage de Vito (Renzo Cesana) est d'une lourdeur excessive, il doit souligner à gros traits la dimension morale de l'histoire et chacune de ses interventions plombe le film qui reste néanmoins impressionnant de par la qualité de l'interprétation et de par la beauté de sa mise en scène.

Cy Endfield ne sera blacklisté qu'après ce film où il fera une carrière, comme d'autres, en Angleterre. Magicien de formation, il étonnait Orson Welles, autre passionné, par ses tours. Ce dernier le fera débuter au cinéma. Il est, de ceux qui seront sur la liste, celui qui est le plus à gauche, son premier film, Inflation, un court métrage, traite de la bienveillance qu'ont les américains pour les pro-nazis de l'époque.
Pierre Rissient a distribué le film en 1968, ami de Cy Endfield, il lui permettra de couper quelques scènes, certainement celles qui concernent les interventions de l'intellectuel didactique qui, aujourd'hui, ne sont vraiment plus nécessaires, elles ne devaient pas l'être à l'époque.

La rage de Slocum est parfaitement jouée par Bridges, son emprise sur Tyler est flagrante mais ce dernier est pris dans l'étau du désir de réussite, il veut apporter plus à sa famille. L'aspect néfaste d'une presse à sensations est souligné avec efficacité mais ce qui marque davantage est la dimension psychologique du personnage de Tyler. La séquence où Slocum le fait sortir et le jette dans les bras d'une vieille fille digne et prude (Katherine Locke) est une des plus belles du film car ce sont deux personnages perdus qui se rencontrent.
Une belle découverte.