26 févr. 2013

The Twilight Zone : One for the Angels / La quatrième dimension : Pour les anges (1959) Robert Parrish


The Twilight Zone...
Saison 1, épisode 2 : Only for the Angels


C'est Robert Parrish qui signe cet épisode. Ed Wynn interprète un vendeur ambulant que la mort (Murray Hamilton) veut emmener à minuit. Il tente de la tromper, en bon bonimenteur qu'il est. Convaincue, elle change ses plans et décide d'emmener une fillette du voisinage. Le vendeur va alors tout faire pour réussir une vente exceptionnelle afin de prendre la place de la petite fille. Cette vente exceptionnelle était ce qu'il avait réussi à exiger de la mort avant de mourir, une vente qui va lui coûter la vie.
Episode à l'humanité contagieuse, en partie grâce à la bonté que dégage Ed Wynn qui joua l'Oncle Albert dans Mary Poppins.
Signalons la référence à Forbidden Planet avec le robot vendu par Ed Wynn.

The Chase / La poursuite impitoyable (1966) Arthur Penn


La furie s'abat sur une petite ville du Texas, un samedi soir... L'arrivée d'un évadé n'est que le déclencheur de pathologies présentes depuis longtemps. Il semble que toutes les valeurs qui font l'Amérique sont bafouées, traînées dans l'alcool et le sang. La famille, le droit, la justice, rien ne survit à ces deux heures qui installent un climat de plus en plus dérangeant au fur et à mesure de l'avancée de la soirée jusqu'à un final écoeurant de bassesse. 
Toute la ville est pratiquement sous l'emprise d'un homme riche qui pense faire le bien, qui croit être vertueux mais qui, inconsciemment, achète les personnes qui l'entourent. Des couples se défont, se trompent, se méprisent tandis que leurs enfants sont livrés à l'abandon et imitent les adultes. Les rancoeurs, les jalousies, tout est fait pour que la tranquillité, le bonheur ne puissent se propager. Les tentatives pour être dans le droit chemin restent vaines et ceux qui tentent de survivre dans ce microcosme empli de miasmes en subissent les conséquences.
Un film sombre, tendu, réussi qui peint une Amérique violente et archaïque, inculte et dégénérée.  Le manque de culture est pointé par Calder (Marlon Brando) à plusieurs reprises, les déviances naissent d'un ennui profond, de frustrations et d'un manque d'ouverture. La ville est comme isolée, recevant difficilement les nouvelles du monde. Tout le monde se connaît, ce qui n'empêche aucunement les comportements décadents. Un cauchemar.

25 févr. 2013

Bitter Victory / Amère victoire (1957) Nicholas Ray


Le scénario est tiré du roman de René Hardy, résistant célèbre pour avoir été suspecté d'être le double agent ayant permis l'arrestation de Jean Moulin. il aurait été retourné lors de son arrestation par Klaus Barbie.
Le roman obtint le prix des Deux-Magots en 1955, en 1957, Bitter Victory sort.
Le film montre la rivalité de deux hommes, le premier, le capitaine Leith (Richard Burton), est persuadé que tous les hommes sont des lâches, il ne tient guère en estime les décorations et autres médailles, tuer des hommes de loin n'est rien, voir son ennemi de près et lui ôter la vie est le grand défi, celui qui trace la frontière derrière laquelle se situe le courage. Pas d'héroïsme mais le prix de l'épreuve. Leith est l'ancien amant de la femme de son supérieur, le commandant Brand (Curd Jürgens), ce dernier le sait, est jaloux. Une mission réunit les deux hommes durant la campagne de Lybie. Leith surprend Brand en proie à la peur, il devait tuer une sentinelle et reste figé, Leith le fait à sa place, à partir de ce moment Brand n'aura de cesse de vouloir l'éliminer.
Dans un premier temps la guerre est vue avec légèreté, c'est celle de l'état-major, celle qui est éloignée des terrains. La guerre est singée par des mimes au bar, elle est visualisée à partir d'une maquette, elle se prépare avec des mannequins d'entraînement, c'est celle des jeux d'enfants, on se déguise, on fait semblant. Le conflit aura bien lieu, les différences se font sur le terrain.
Viennent alors les corps à corps, les soldats que l'on doit achever et qui sortent la photo de famille qu'il tenait près de leur poitrine...
Leith est face à Brand, en plein désert, il lui fait part de ses sentiments, pour lui, il n'est "qu'un mannequin avec une médaille", son mépris est total. Il anticipe la scène finale, celle de la décoration.
La guerre, filmée par Ray, ne sépare pas les allemands et les alliés mais bien les hommes et les lâches. Dans un Cinémascope épuré, il montre l'affrontement entre des idéaux éloignés. Le film est un peu austère mais reste intéressant. Burton est incandescent, Jürgens n'est pas mal non plus, signalons la présence de Christopher Lee et de Nigel Green qui a un rôle plus étoffé.


The Twilight Zone : Where is everybody ? / La quatrième dimension : Solitude (1959) Robert Stevens


The Twilight Zone...
Saison 1, épisode 1 : Where is everybody ?


C'est Robert Stevens qui est à la direction, la mise en scène est soignée, tournage en studio et angles de prise de vues efficaces. 
Un homme (Earl Holliman) arrive en ville, à Oakwood. Il ne se rappelle plus qui il est, souffre d'amnésie, voire même de paranoïa. Les rues sont désertes et pourtant un cigare fume encore dans un cendrier, un café chauffe sur le gaz... 
Les épisodes de la série sont construits sur le procédé de la chute. La fin doit surprendre le lecteur, l'amener à s'interroger. Le récit écrit par Rod Serling nous fait osciller entre plusieurs explications : la folie douce d'un homme dont nous aurions accès aux pensées, un pilote qui serait le seul survivant d'un monde apocalyptique (The Last Man on Earth figure sur le tourniquet d'une librairie)... Vient enfin l'explication qui confronte les progrès de la technique, la visée d'un voyage lunaire, avec les fondements de notre identité : la peur panique de la solitude.
L'épisode est passionnant, simple et efficace, sur une musique angoissante à souhait de Bernard Herrmann, Earl Holliman fait une prestation honnête.

L'arme à gauche (1965) Claude Sautet


Claude Sautet s'attaque au film d'aventures, destination les Caraïbes. Cournot (LinoVentura) est un marin qui doit expertiser un bateau pour le compte d'une société mais après la visite le bateau disparaît. La propriétaire demande à Cournot de retrouver le bateau, chose faite mais des contrebandiers d'armes sont à bord.
Film étrange qui semble se saboter avec jubilation. Le film d'aventures promet du spectacle, des scènes d'action mais il faut une bonne heure avant de trouver une intensité dramatique plus pimentée et encore chaque scène est construite pour être lente et répétitive : les allers et retours entre le bateau et l'île, le chef des truands qui tire sur le bateau depuis l'île, balle après balle, le positionnement de l'ancre en apnée, l'attente de la marée haute, l'essence qui doit être écopée... Du coup le film gagne en intérêt, par son obstination à refuser le bruit et la fureur. 
Ajoutons que Lino Ventura ne semble pas habité par son rôle et fait vraiment le minimum, il peine à rendre son personnage charismatique, nous regardons alors cet objet audacieux et presque insensé avec stupeur. 
Au final, seule ce parti pris faussement spectaculaire retient notre attention. Le reste semble vain et insipide.

20 févr. 2013

Zulu Dawn / L'ultime attaque (1979) Douglas Hickox


Récit de la bataille d'Isandhlwana qui voit l'armée anglaise défaite par les zoulous le 22 janvier 1879, Zulu Dawn bénéficie de moyens importants : des acteurs, certes vieillissants mais prestigieux, un tournage sur les lieux historiques, des figurants par milliers et un soin particulier apporté à la composition et à la beauté des images. 
Peter O'Toole incarne l'aristocrate aux commandes, snob, attaché au protocole et aveugle devant la situation dramatique qui se met en place tandis que Lancaster n'a pas son pareil pour camper le vieil officier proche de ses hommes d'une lucidité désabusée.
Les grands espaces sont restitués avec la majesté qu'ils méritent, les milliers de figurants qui investissent l'écran sont utilisés avec parcimonie et gradation, il y a un souffle épique qui fonctionne admirablement lorsque l'armée zoulou écrase les militaires anglais comme un tsunami qui progresse inexorablement.
Le sujet est traité avec rigueur, sans manichéisme, presque simplement, il faut dire que Cy Endfield, auteur du scénario, connaît son sujet, il avait tourné Zulu, quelques années auparavant qui, en fait, raconte la suite des événements dépeints dans ce film.

17 févr. 2013

Rabid / Rage (1977) David Cronenberg


Reprise du thème abordé par Shivers, Rabid évoque un virus qui se propage dans la population en déclenchant chez les individus touchés une pulsion vampirique violente. Les relations entre les individus, basée essentiellement sur des pulsions sexuelles, entraînent une propagation rapide qui amène les autorités à installer un couvre-feu et à tirer sur les personnes atteintes.
Donner le rôle principal à Marilyn Chambers, star du porno, est pertinent. Cronenberg déclare dans une interview présente sur la double édition dvd que son désir premier était de le donner à Sissy Spacek mais le producteur voulait quelqu'un de plus connu, à l'époque de la préparation du film, Spacek n'avait pas encore la renommée acquise avec Carrie, sans compter sur l'accent texan qu'elle avait dans Badlands qui effrayait le producteur. Le choix se porta sur Chambers, elle apporte au film une dimension sexuelle évidente, qui sert le propos. De plus elle joue avec brio et sa plastique a de quoi susciter l'intérêt de l'amateur de films de genre.
Cronenberg multiplie les scènes violentes et les inscrit dans un univers soit empli d'éléments rassurants, domestiques tels qu'une chambre pleine de poupées, qu'un centre commercial pendant les périodes de fêtes ou alors c'est un cadre moderne mais presque désincarné, je pense à la séquence du début avec cette clinique isolée dans la campagne. Cela donne l'impression que deux mondes cohabitent sans qu'il y ait une relation entre eux, le virus permet ce lien, donne, paradoxalement, de l'intensité à un univers qui n'en possède guère.

15 févr. 2013

Goupi Mains Rouges (1943) Jacques Becker


Chez les Goupi, une famille de paysans des Charentes, il règne une atmosphère particulière. Un membre fortuné de Paris est invité à rejoindre la tribu, ce que ne sait pas le parisien, "Monsieur", c'est qu'il est convié dans le but de se marier avec sa cousine "Muguet" ; ce que ne savent pas les Goupi, c'est que "Monsieur" ne dirige pas l'établissement où il travaille, il n'est qu'un modeste vendeur de cravates. L'ensemble se complique lorsque le patriarche, "Lempereur" a une attaque, et que "Tisane" est retrouvée morte dans le bois.
C'est un monde étrange, dur qui se révèle à nos yeux, les Goupi sont des reclus qui sont obsédés par l'argent, qui doit rester dans la famille. Il y a de la haine entre eux, des rivalités amoureuses, le magot familial étant le Graal recherché, magot dont seul "Lempereur" connaît l'emplacement. Nous pourrions voir dans cette famille une critique de l'appel à la terre pétainiste, une mise à jour de l'univers médiocre des petits mais ce serait négliger la poésie et l'amour portés par Becker sur ses personnages.
En effet, il y a une forme de poésie lorsque "Mains Rouges" s'amuse de l'innocence, de la candeur de "Monsieur". "Mains Rouges" est la paria, l'artiste, certes, y verrions-nous le symbole de l'artiste contre les médiocres ? Nous pourrions mais ce serait trop facile car "Mains Rouges" est également le braconnier, le plus paysan de tous, celui qui lit les indices dans la nature, celui qui voit. Il n'a que faire de l'argent et sait, au fond, que ces Goupi ne sont pas si durs qu'ils le prétendent. C'est lui qui contribue à maintenir une cohésion. Il est celui qui nous pousse à voir au-delà des apparences, celui qui se moque et qui est bienveillant. Le manichéisme est à proscrire, à redouter. 
"Mes Sous" aime son fils à sa façon, "Tonkin" est l'original, celui qui est resté dans les hauteurs de ses souvenirs, il vibre, rayonne des transes émotionnelles qui le parcourt. Et les autres... ces personnages sont pittoresques, leur écriture est néanmoins nuancée.
Portés par des acteurs exceptionnels, Le Vigan, Ledoux... le film est attachant car il nous fait ressentir des émotions diverses qui nous permettent de sortir des caricatures grossières affichées par le discours pétainiste de l'époque. Non le monde rural n'est pas celui de la pureté mais il n'est pas non plus dénué de charme, de grandeur d'âme. Becker, par un scénario écrit avec l'auteur du roman original, nous divertit et donne de l'intelligence à une époque qui en manquait cruellement.

12 févr. 2013

Der Raüber / Le braqueur (2010) Benjamin Heisenberg


Récit des derniers jours de Johann Rettenberger (Andreas Lust). Le récit commence après sa sortie de prison pour braquage puis nous le montre alternant marathons et autres courses à pied, l'ensemble ponctué de nouveaux braquages. 
Absence complète d'informations personnelles, familiales, aucune explication psychologique de son comportement, Johann agit comme un individu mécanique privé d'émotions, il agit froidement, n'a besoin que de peu et se contente d'amasser l'argent récolté sans qu'une fin;soit donnée à ces vols. Johann est un solitaire, il rejoint son ancienne compagne, poussé par les insistances de son conseiller d'insertion et de probation qui pense que sa solitude est suspecte. 
Défile alors un lent chemin de croix, une sorte de nausée, une incapacité à vivre selon des normes classiques, une vie pour rien. Un film austère et intéressant.

10 févr. 2013

JFK (1991) Oliver Stone


Oliver Stone signe un film captivant sur l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy le 22 novembre 1963 à Dallas. La thèse officielle déclarant Lee Harvey Oswald coupable est remise en question par un procureur de la Nouvelle-Orléans, Jim Garrison (Kevin Costner) qui tente de démontrer qu'un complot a été fomenté par des agences gouvernementales avec Johnson en coulisses, Kennedy voulant le retrait des troupes US au Vietnam, le dialogue avec l'URSS, empêchaient les militaires et les industriels de l'armement d'atteindre leurs objectifs.
Voilà pour le propos général, la démonstration effectuée par le scénario qui repose sur le livre écrit par Garrison est convaincante mais il faudrait en lire davantage pour en tirer des conclusions définitives. 
Reste qu'il est intéressant de noter que l'ensemble repose sur un petit film amateur, tourné le jour de l'assassinat à Dallas par Zapruder et qui permet à Garrison de démontrer l'existence d'autres tireurs, et par conséquent la validité du complot. On y voit le Président mourir sous l'objectif de cette petite caméra couleur.

9 févr. 2013

Don't Look Now / Ne vous retournez pas (1973) Nicolas Roeg


Les Baxter (Julie Christie et Donald Sutherland) tentent de faire le deuil de leur petite fille noyée en profitant d'un chantier de rénovation à Venise. La rencontre de deux soeurs dont l'une est un médium va venir perturber leur séjour.
C'est une Venise hivernale, déserte et fantômatique, aux couleurs fades, pleine de brume, de moisissure, d'humidité qui cerne les personnages. Les plans sont chargés de trouble, les images mentales deviennent prémonitoire et l'on reste accroché à ce récit passionnant, illustré de main de maître. L'histoire est très belle, écrite par Daphné Du Maurier, spécialiste des histoires de revenants, elle tisse des liens entre les morts et les vivants. Evidemment, l'eau est une substance traumatique qui prend toute sa charge dramatique lors de divers épisodes, l'évanouissement au restaurant avec les fluides sur la table qui s'écoulent lentement jusqu'aux multiples canaux des rues de Venise. 
L'intrigue principale se double de meurtres qui surgissent dans Venise, l'originalité du récit réside dans la manière de lier les deux trames. 
Si vous voulez voir un thriller réalisé avec une esthétique magistrale, ce film est fait pour vous.

8 févr. 2013

Knight Without Armour / Le chevalier sans armure (1937) Jacques Feyder


Histoire d'amour sur fond de révolution russe, KWA est surtout l'occasion d'admirer la beauté de Marlène Dietrich filmée par Jack Cardiff. J'avoue avoir eu un peu de mal à croire que Robert Donat puisse séduire la vamp, qu'importe les décors sont soignés et ce sont eux qui priment sur les péripéties superficielles qui s'enchaînent mécaniquement.
Quelques beaux plans, la traîne de la robe qui caresse le sang dans la neige, la séquence de la forêt qui inaugure des amours païennes que j'aurais bien aimé voir durer davantage, les commissaires russes et leur ruse implacable...
Dietrich dans son Marlène D. ne dit pas grand-chose du film : "Jacques Feyder, le grand metteur en scène français, manifestait une jalousie féroce pour mes autres réalisateurs et prenait un malin plaisir à me torturer en présence de mes partenaires, jusqu'au jour ( je devais tourner, nue, les cheveux ramenés au sommet de ma tête, dans une antique baignoire) où il s'effondra et fit amende honorable."

Desperate Hours / La maison des otages (1990) Michael Cimino


Le bonheur est un idéal qui doit être recherché, si l'on se réfère à la Constitution américaine. Le bonheur et la liberté. Le début fougueux, passionnel du film fait référence à ces deux thèmes, Nancy Breyers (Kelly Lynch et ses bas ravageurs) et Michael Bosworth (Mickey Rourke) sont deux personnages épris l'un de l'autre, transgressant les règles en vue des deux thèmes cités ci-dessus : l'amour, la liberté. Ils sont jeunes, beaux, intelligents, parcourent les paysages superbes de l'Ouest américain avec aisance. Le charisme qui se dégage de leur union est porté par une violence, une énergie qui séduisent. C'est un couple en cavale, qui habite l'espace extérieur américain.
La transition la plus belle, le plan le plus menaçant est celui où Rourke parcourt le bout de trottoir devant la demeure des Cornell (Tim est interprété par Anthony Hopkins et Nora par Mimi Rogers). Ce n'est pas sa place, il est à l'étroit, lorsqu'il pénétrera à l'intérieur, l'effet s'accentuera. Nous sommes désormais au coeur d'un foyer américain, foyer en crise, l'anti-thèse du couple glamour. C'est le danger, l'épreuve qui viendra le sceller.
C'est un thriller efficace qui nous est donné à voir. Cimino traite les paysages avec une pertinence toujours remarquable. Voir la mort d'Albert (émouvant et fragile David Morse) et la sérénité qui l'habite fugitivement. La violence est au coeur des films de Cimino, elle vient briser des couples, en crée d'autres, elle ne peut être ignorée, évacuée, elle fait partie du paysage américain, elle a fondé l'Amérique. Tim tente de la dompter, quelques photos nous indiquent son passé militaire, ceci expliquant peut-être son aptitude à composer avec elle.
Le film, remake du Wyler de 1955, n'a pas eu de succès, il est pourtant digne d'intérêt.

5 févr. 2013

Looking for Eric (2009) Ken Loach


Eric the King ou comment je m'en suis sorti en jouant collectif.
Eric Bishop ( Steve Evets) tourne en rond, il est paumé. Il n'est plus respecté par ses fils, sa femme est partie depuis longtemps et le boulot est assuré en mode zombie. L'un de ses fils est sous la pression d'un  truand local. Que faire ? S'adresser à Cantona, star vedette de Manchester dont le poster trône dans la chambre d'Eric. Et hop, le voilà qui apparaît et qui va coacher le postier dépressif en lui indiquant quel jeu développer.
Loach continue de passer la société au tamis pour en faire ressortir quelques principes de survie. Ici, la fantaisie donne à son récit des atours comiques et légers. C'est un Loach apaisé, serein et tranquille qui nous est offert. Cantona n'en rajoute pas des tonnes, il sert l'équipe, joue collectif. Le sourire aux lèvres, nous comptons les points. Happy together.

Dangerous Liaisons / Les liaisons dangereuses (1988) Stephen Frears


Je garde un souvenir lointain du roman épistolaire de Choderlos de Laclos mais cette adaptation donne assurément envie de le relire. 
C'est d'abord la subtilité des dialogues qui émerveille, qu'ils soient gorgés de sous-entendus sexuels ou nourris d'un fiel acide, c'est avec délice que nous les goûtons. John Malkovich et Glenn Close, respectivement Valmont et Merteuil, sont stupéfiants de justesse, et ce, dans tous les registres. La qualité de l'interprétation est un autre atout majeur du film. Les visages des deux acteurs nommés ci-dessus captivent nos regards et offrent aux personnages une densité émotionnelle remarquable. Michelle Pfeiffer est une Madame de Tourvel mémorable, elle fait preuve d'une sensibilité qui ne laisse pas indifférent.
Ces personnages ont l'illusion de maintenir leurs émotions à distance, s'ils les laissent affleurer à la surface c'est pour mieux les diriger selon leurs visées personnelles. C'est sans compter avec l'amour, qui, une fois les coeurs atteints, dérègle les sens, perturbe les esprits et ouvre des failles béantes.
Les regards, les mouvements (voir Malkoviche effectuer des ballets stratégiques d'approche de ses proies est un régal), les joutes verbales, Frears met en scène des batailles feutrées qui font des ravages.

3 févr. 2013

Open Water (2003) Chris Kentis


Argument simplissime : un couple part en vacances, lors d'une sortie pour faire de la plongée en mer, l'équipe les oublie. Remontant à la surface, ils se rendent compte qu'ils sont seuls. 
Inspiré d'un fait divers tragique, Cris Kentis sait mesurer ses effets et part du principe que ce qui est caché est plus terrifiant que ce qui est montré.
Les scènes du début, le départ en vacances, l'arrivée à l'hôtel, la sortie en mer, sont banales, la caméra DV rend parfaitement l'esprit "reportage", si ce n'était les quelques répliques échangées nous pourrions presque penser à un film de vacances.
Une fois la situation dramatique posée, c'est l'angoisse qui étreint peu à peu le spectateur. Le fait de ne pratiquement pas montrer ce qu'il y a sous la surface est d'une efficacité redoutable, sans parler des plans censés être tournés de nuit. La sobriété du récit est redoutable.

2 févr. 2013

Bite the Bullet / La chevauchée sauvage (1975) Richard Brooks


Une course de chevaux est organisée, longue, éprouvante, elle réunit des originaux qui vont apprendre, à travers les épreuves, à mieux se connaître, se respecter.
Pas vraiment le chant funéraire du western qui est pointé ici et là. Ce n'est pas parce qu'il y a un side-car que l'on doit absolument faire ce constat. Je dirais que c'est le chant qui précède, l'avant-dernier et non le dernier. Car il s'agit encore de morale, de vertu, d'honneur, de parcours initiatique et non pas de décadence à la Peckinpah. L'Ouest sauvage est encore préservé et les paysages que filme Brooks sont sublimes, aussi sublimes que variés. Le cheval fait encore l'objet d'une vénération, surtout à travers le personnage qu'incarne Gene Hackman et la quête de l'argent est loin d'être l'essentiel.
Le scénario multiplie les petits récits, la mort du vétéran joué par Ben Johnson, la relation entre Coburn et Hackman, la dent du concurrent mexicain, le secret de Miss Jones (élégante Candice Bergen)... les deux heures du film passent assez vite. C'est un film plaisant qui jette un dernier regard sur un monde qui va bientôt disparaître.

The Gypsy Moths / Les parachutistes arrivent (1969) John Frankenheimer


Ne connaissant strictement rien du film si ce n'est le nom du réalisateur, ce fut une surprise de constater que ce n'était pas un film de guerre mais un drame. Avec, en plus, Burt Lancaster, Gene Hackman et Deborah Kerr.
"La plupart des gens ordinaires sont à la recherche de sensations fortes" dira un personnage. L'intrigue se déroule dans une ville ordinaire, et les sensations fortes sont apportées par un trio de parachutistes venant faire un show. L'un d'entre eux est issu de cette ville, c'est pourquoi ils résideront chez sa tante.
Cette dernière (jouée par Kerr) aurait voulu prendre en charge son neveu lors de la mort de ses parents mais le mari a décliné, depuis elle vit une vie "terne et frustrante", l'arrivée du trio va lui offrir l'opportunité de changer sa vie.
C'est un film déprimant, pas un seul personnage ne semble vivre pleinement sa vie, l'ayant choisie et l'assumant. Tous sont en proie à des démons intérieurs et l'inexplicable lien qui les réunit volera en éclat, les propulsant vers des chemins séparés.


1 févr. 2013

La Horse (1969) Pierre Granier-Deferre


Auguste Maroilleur (Jean Gabin) est le patriarche d'une ferme, il est austère, respecte les traditions "les temps changent mais ici, rien ne change". Son petit-fils fait quelques affaires avec des trafiquants de drogue mais Auguste découvre un bon paquet d'héroïne dans l'abri de chasse, tout part à la flotte. Lorsque les truands vont vouloir récupérer leur bien, ils vont se frotter à un tempérament, à Jean Gabin quoi. 
Le banjo de Gainsbourg et Vannier ramène le film à un western campagnard où il n'y aurait aucune poursuite, la démarche tranquille de Gabin fait office de tension dramatique. Les voitures américaines se font défoncer une à une, priorité aux tracteurs et à la 2cv fourgonnette. Tandis que les femmes s'occupent de la maison, font les cuivres au Miror. Une époque.
J'ai l'air de me moquer mais le film se voit avec plaisir, d'abord parce qu'il y a Gabin, il en fait un minimum mais c'est Gabin, on ne s'en lasse pas et on en redemande. Notons les contributions de Christian Barbier qui joue le gendre un peu lâche et de Julien Guiomar, très sobre dans le rôle du commissaire qui tente de faire parler Gabin mais en vain.
C'est tout un monde, celui de l'agriculture, de la petite ferme, qui est peint, un univers immuable où le progrès ne passe pas, où la terre "n'est pas sale", où les mots sont utilisés avec parcimonie, où le rang compte. Les intérieurs sont soignés, les détails justes, Saulnier a très bien rendu l'aspect spartiate des lieux, les quelques objets exhibés, gibier empaillé, la soupe...
Un bon film.

"Vous avez oublié Kirkegaard."

Jack the Ripper / Jack l'éventreur (1958) Robert S. Baker, Monty Berman


En évoquant ce film dans leur "30 ans de cinéma britannique", Lefèvre et Lacourbe pointent "une nouvelle dimension de l'horreur", à savoir "luxuriance, perversions, obsessions inavouables, délires érotico-sanglants". C'était peut-être juste à l'époque, pas aujourd'hui. Le film est beaucoup plus moderne que cela.
Ce dont il est question ci-dessus ne résiste pas à l'épreuve du temps : le sein à peine visible d'une victime sur la table d'autopsie, quelques cuisses exhibées par des danseuses sur scène, un peu de champagne versé sur un décolleté, rien qui puisse troubler nos sens. Rien qui ne retienne l'attention.
Les meurtres de Jack the Ripper sont commis sans insistance macabre particulière.
Alors où est cette modernité ?
Elle se situe dans la manière de peindre les personnages. Je pense surtout à miss Ford, la nièce de Tranter, le chirurgien. Toute une partie du récit nous amène à penser que le chirurgien est probablement l'assassin. Il est antipathique au possible, très conservateur. Voyant Lowry, un policier américain venu aider son ami O'Neill, il s'adresse à ce dernier de la manière suivante "Alors, on recrute dans les colonies !", ce qui est drôle. Tranter voit l'émancipation des femmes comme "une maladie", sa nièce voulant travailler, il ne lui donne pas sa bénédiction. Face à lui, miss Ford est une suffragette en devenir, l'action se déroule en 1888, les suffragettes s'organiseront dès le début du siècle suivant. Elle est beaucoup plus moderne, elle revendique son droit de travailler, elle désire être libre et choisit qui elle veut aimer, elle amènera Lowry au cabaret par exemple. Lorsqu'elle abordera les meurtres avec le policier américain, elle aura une analyse sociale sur le problème, soulignant que c'est une histoire de classes : les meurtres, s'ils avaient été commis dans les beaux quartiers auraient eu droits à plus de moyens, ici, personne ne s'en soucie. 
Le film souligne le caractère ignoble de la foule, du groupe, ivres, vulgaires, bagarreurs, la meute est assoiffée de revanche, ils désignent, à l'envie, des coupables qu'ils veulent lyncher. Les bas instincts sont présents également chez quelques Lords qui viennent s'encanailler dans les salons privés du cabaret avec des danseuses motivées par le directeur de l'établissement.
Le tueur s'inscrit d'abord comme une réponse à cette décadence, sur un fond de whodunit, qui n'est pas ce qui est le mieux réussi. Viendra ensuite la résolution avec le portrait pathétique d'une meurtrier victime d'un traumatisme qui le pousse à agir de la sorte.
Le récit se déroule dans un petit périmètre, le décor restitue agréablement l'atmosphère fin XIXème, fog, briques et pavés à l'appui. 
Excellente découverte.