30 mai 2013

Only God Forgives (2013) Nicolas Winding Refn

Kristin Scott Thomas

Une simple scène dans une chambre d'enfant suffit à donner à ce film toute sa beauté.

Crystal (Kristin Scott Thomas) est la mère de deux fils qui trafiquent à Bangkok. L'aîné est une raclure, le préféré de la mère, qui se fait supprimer par un ancien flic ultra-violent. Crystal exige de Julian (Ryan Gosling) une vengeance, seulement le flic est d'une étoffe supérieure.

L'esthétique du film tourne totalement autour de l'idée de l'enfant encore sous l'emprise de la mère, peut-être même encore en elle : couloirs sombres, halo noir entourant l'écran ne laissant percevoir qu'une lumière centrale, sons étouffés... Julian est la figure centrale du récit, ombre dont le cordon ombilical n'est pas coupé, dépendance sérieuse envers la vulgarité faite femme, la rage d'une mère, rage d'avoir perdu son fils chéri, rage devant les limites de celui qui reste. Julian qui tend, au fur et à mesure, à disparaître, son visage s'efface.
La chambre aux poupées, aux papillons...une émotion, un espace à jamais perdu ou qui n'a jamais existé. L'ennemi (qui n'est que l'incarnation virile d'une puissance qui le possède) devient soudainement la preuve d'un amour qui lui fait défaut. Alors seulement il devient libre et choisit ses actes.
Le face à face final avec elle sera la presque sidération de la voir dans cet état, puis une dernière vérification pour s'assurer de sa liberté. 

La beauté du film est faite de ses aspects elliptiques, dans le fond et la forme, comme si Julian ne percevait les choses que par éclats, dans une sorte d'hébétude puérile, sous le charme d'une sorcière, d'une Folcoche. Sa beauté réside dans la façon stupéfiante de traiter un thème classique.

Un film que j'ai déjà envie de revoir à peine le générique de fin terminé.

Un voyageur (2013) Marcel Ophüls

Marcel Ophüls

Me tenant assez peu au courant des sorties cinématographiques, les informations parviennent jusqu'à vous sans que vous alliez les chercher, c'est avec joie que je constate que Arte diffuse ce documentaire dont je ne soupçonnais aucunement l'existence. Joie d'autant plus grande que je suis en train de finir d'écouter les émissions données par France Inter l'été dernier, intitulées "Pendant les travaux le cinéma reste ouvert". Dans chaque émission de cet été 2012 figurait un moment d'entretien consacré à Marcel Ophüls, qui parlait de choses et d'autres. C'est cette partie de l'émission qui en constituait, selon moi, tout le sel.
Voici donc un autoportrait, Ophüls regarde dans le rétroviseur et se souvient de son père, figure majestueuse du père illustre, le conduisant dans le monde entier. Difficile de tracer son chemin avec ce modèle imposant. Ses premiers pas au cinéma, les fictions qu'il tourne, certaines mineures et puis le documentaire, domaine où il a excellé, où il imprime sa marque : celle d'un esprit vif, sans pitié, un interviewer hors-pair qui débusque ses failles, montre les contradictions, les mensonges. Ophüls est aérien, son propre corps lui sert de tremplin pour franchir les espaces de l'ironie, de l'humour.

Ophüls nous fait pénétrer dans son intimité, les endroits qui lui sont chers, les êtres aimés, sa compagne, sa vie. Ophüls nous manque terriblement, face aux journalistes médiocres d'aujourd'hui il est plus que nécessaire de le fréquenter, de revoir ses oeuvres. Il savait emmener son spectateur avec lui, créer un lien intime avec la caméra et montrer le monde comme il est. 

Nous retrouvons Marcel, celui que nous aimons, partager un moment avec lui est un cadeau.

26 mai 2013

The Invisible Man / L'homme invisible (1933) James Whale


Claude Rains

Ce qui est excitant avec ce film c'est qu'au delà du fantasme de l'invisibilité, le réalisateur a su créer un univers qui suscite un intérêt presque permanent.
Dès la séquence d'introduction nous sommes conquis par l'atmosphère fin du monde qui se dégage du récit. L'arrivée à l'auberge, l'accoutrement du personnage, les mines inoubliables des clients, la voix de Claude Rains, le mine aviaire de Una O'Connor, ses cris hystériques dont on ne se lasse guère et le moment où Rains retire ses bandages sont autant de détails qui font de ce début un des plus beaux qui soient. J'ai retrouvé un peu de cela avec Le bal des vampires de Polanski, la reconstitution précise et réelle d'un univers factice dans lequel on se sent bien.
Nous connaissons le reste. En dehors du charme de l'auberge d'Iping, ce sont les effets spéciaux de Fulton qui priment, viennent ensuite l'humeur de Jack Griffin, sa rage, son mépris des hommes, son nihilisme, puis l'humour qui parsème le récit et qui s'oppose à la noirceur du personnage (avec cette scène où une femme fuit devant un pantalon qui la prend pour cible). 

Rains use de sa voix à merveille, éructant son dégoût des autres avec une telle fureur, on pense à Hitler déclamant son programme politique, mais sait aussi la rendre mielleuse, comme lorsqu'il voit Flora (Gloria Stuart). En dépit des meurtres qu'il commet, la mort du personnage crée un choc car le spectateur ne veut pas que ce dernier cesse de vivre ces situations qu'enfant nous avons imaginées.

Dans les suppléments de l'édition BR, un ami de James Whale évoque son goût pour les compositions florales qui se trouvent dans nombre de ses films, je ne suis pas assez familier de l'oeuvre de Whale pour avoir remarqué cela mais lors des premières scènes entre Kemp Et Flora il est étonnant de voir cette dernière se cacher derrière un énorme bouquet de fleurs, j'ai alors pensé à la scène de Chantons sous la pluie où, au début du parlant, les acteurs devaient s'approcher au maximum des micros cachés dans des objets du décor, au point de sombre dans une composition du plan assez ridicule. Tourné en 1933, il est possible que The Invisible Man obéisse un peu à cette contrainte.

25 mai 2013

American Guerrilla in the Philippines / Guérillas (1950) Fritz Lang

Micheline Presle
Ce film jouit d'une réputation assez désastreuse, Fritz Lang confiait à Peter Bogdanovich, dans son Fritz lang en Amérique paru aux éditions des Cahiers du Cinéma, "C'est également un film qu'on m'a proposé - même un cinéaste doit gagner sa vie ! Honnêtement, j'avais besoin d'argent."

Le film devait être tourné par Henry King, avec son acteur fétiche Tyrone Power, toute l'équipe technique du réalisateur est là mais c'est Fritz Lang qui assura la réalisation.
D'après un roman de Ira Wolfert, correspondant de guerre ayant obtenu le prix Pulitzer, l'on suit un gradé de l'armée américaine, Chuck Palmer (Tyrone Power) qui échoue aux Philippines au printemps 1942, suite au bombardement de son navire par des avions japonais. Il n'aura de cesse de vouloir rejoindre l'Australie mais finira par rester sur place afin de constituer et organiser un réseau radio d'espionnage dans l'attente du débarquement.

Ce n'est pas un Lang majeur, loin de là et j'avoue avoir été prêt à combattre l'ennui, n'étant devant l'écran que par amour de Lang et désir naturel du complétiste. Surprise ! Le film se laisse voir et quelques scènes sont très réussies.
Le tournage intégral du film aux Philippines joue beaucoup en sa faveur, nul besoin de reconstituer les lieux. Je ne sais si certaines scènes figurent dans le scénario mais la couleur locale est omniprésente et donne une saveur particulière au film, nous ne sommes pas exclusivement attaché aux exploits militaires du personnage principal, ainsi la danse aux bambous offre le plaisir d'une coutume locale amusante. Ajoutons l'usage de l'embarcation utilisée pour aller en Australie, scène cocasse qui pointe la nécessité de connaître son environnement.

Le film développe un aspect réaliste prononcé, voir les détails cités ci-dessus et montre volontiers la résistance de manière didactique. Il se rapproche en cela du film de propagande, de l'éloge hagiographique historique mais en gardant le charme de l'humour et de la légèreté. Palmer est un héros mais qui reconnaît parfaitement son amateurisme et manifeste souvent son peu de désir devant les tâches qu'il a à accomplir : la scène du départ en embarcation, le peu de science qu'il possède pour monter la station de radio, la crainte d'opérer Miguel. Son héroïsme est surtout issu de sa bonne volonté, de son écoute, et de la faculté qu'il a de se laisser convaincre par un individu. Son faible pour le charme de Jeanne Martinez, l'épouse du résistant local interprétée par Micheline Presle, n'y est pas étranger. Notons d'ailleurs la scène intime entre les deux personnages où Jeanne chante en français.

L'action, le suspense sont présents, la séquence où Mitchell (Tom Ewell) se cache sous un arbre mort, les pieds envahis par les fourmis, est mémorable, celle encore du siège de l'église où l'espace est parfaitement restitué par le découpage.

Le seul reproche est la manière dont MacArthur est vu comme le messie, son arrivée finale est très vite expédiée, peut-être une façon de se débarrasser d'un projet que Lang n'aimait pas.







24 mai 2013

Southland Tales (2006) Richard Kelly

Carlos Amezcua
Difficile d'aimer un film si aucune émotion, aucun désir ne viennent vous frapper. Il semblerait que le film soit l'adaptation d'une bande dessinée dont les premiers volumes sont rapidement résumés dès le début, ce qui explique l'usage du dessin. Ambiance paranoïaque dans un Los Angeles presque futuriste, le récit est confus, brouillon et certainement réservé aux amateurs du sujet original car il faut être très tolérant pour entrer dans ces mouvements, ces récits opaques. Même Lynch, je retire du lot Inland Empire vu une seule fois, est plus lisible et autrement pus émouvant, passionnant, excitant que ce débit d'images sans une once de beauté. J'appelle cela un ratage complet. Et ce ne sont pas les quelques morceaux de Pixies, The Killers et autre groupe pop, mixés à plein volume qui vont changer la donne.

20 mai 2013

The Company of Wolves / La compagnie des loups (1984) Neil Jordan


Emois de l'adolescence, vie en famille, univers des contes, une jeune fille rêve et l'ensemble de ces mondes se mêle pour donner un film magique, onirique, peuplé d'animaux divers, de sentiers dans les bois dont il ne faut pas s'écarter...
Dans de beaux tableaux, c'est le désir et la peur qui dansent devant nos yeux, la puissance du récit nous porte, la facture artisanale des effets spéciaux a le charme des artifices qui laissent voir leur nature factice et les rêves s'étalent en des paysages qui, vus enfant, poussent leurs racines dans nos consciences, au plus loin, l'esprit les ranimant au gré d'émotions fortes.

16 mai 2013

Hostel (2005) Eli Roth


Film gore dans lequel l'ennui s'installe avec la même prévisibilité que les scènes qui se succèdent, mon âge avancé doit certainement y être pour quelque chose.

11 mai 2013

Leaving Las Vegas (1995) Mike Figgis

Nicolas Cage et Elisabeth Shue
Histoire d'amour entre deux paumés, Ben (Cage), scénariste en perdition à Los Angeles, quitte la ville et rejoint Las Vegas avec sa valise pleine de bouteilles. Il y rencontre Sera (Shue), une jolie prostituée, les deux étoiles filantes tombent en amour. Dans un décor artificiel, ils se font doucement virer de plusieurs endroits...

Figgis tourne une virée dépressive un peu chic, tout est soft et peine réellement à émouvoir. Je retiens les performances des deux acteurs principaux qui sauvent le film mais le reste, l'ambiance jazzy à deux balles et la voix suave de Sting qui me casse gentiment les oreilles sont d'atroces souffrances qui tirent le film en longueur.

Twilight's Last Gleaming / L'ultimatum des trois mercenaires (1977) Robert Aldrich

Paul Winfield
Carlotta distribue cet Aldrich assez rare, bientôt disponible en DVD et BR, dans une copie restaurée et complète. 
C'est la Statue de la Liberté qui ouvre le film, en un photogramme figé et au crépuscule. Le ton est lancé, le rêve américain, la liberté au peuple sont écornés, le récit qui va se dérouler en sera l'illustration.

Un ancien général de l'US Air Force, Lawrence Dell (Burt Lancaster, toujours vert), a pris connaissance d'un document qui ferait l'effet dune bombe s'il était livré à la presse, la guerre du Vietnam en est le sujet. Menaçant de faire éclater la vérité il est incarcéré mais s'évade et va prendre les commandes d'une base secrète de lancement de missiles nucléaires dont il a élaboré les plans.
Il est aidé, pour se faire, de quelques détenus, plus ou moins recommandables : Hoxey (Wiliam Smith, j'aime bien cet acteur, dommage qu'il disparaisse si vite de l'écran), un détenu rustre et violent, Augie (Burt Young qui fait des petits "oooooooooooo" mignons, acteur attachant) et surtout Willis (Paul Winfield, excellent dans ce rôle), intéressé par l'argent promis mais possédant un grand sens moral.
Ces hommes, une fois entrés dans la base, en prennent possession. Quelques scènes de pur suspense sont montées par Aldrich autour de rien : une boîte, un tube plein d'un liquide vert, un câble jaune, scènes efficaces et drôles de par leur simplicité redoutable. C'est le Président des Etats Unis (Charles Durning, très bon) qu'ils demandent à voir et personne d'autre, c'est lui qui va devoir communiquer cette vérité exigée par Dell. Les tractations commencent, réunions dans le bureau ovale avec les hauts responsables militaires et conseillers du Président.

C'est l'idée même de la démocratie, du gouvernement au service du peuple qui sont les thèmes défendus par Aldrich dans un film subversif, passionnant et efficace.
Les intérêts militaires sont prédominants et des échos avec la guerre du Golfe donnent au film une force encore actuelle. Les individus ne sont rien, si ce n'est des objets au service d'intérêts plus importants que les idées affichées dans la constitution.
Le style du film regorge de trouvailles qui perturbent une narration classique : split screen (deux, trois ou quatre écrans), multiplicités des sources diégétiques (la film en lui-même plus les caméras de surveillance issues de plusieurs sources à l'intérieur du récit : tanks équipés, hélicoptères, celles du site de lancement...). La transparence, le total contrôle ne permettent pas l'irruption de la vérité mais son détournement, c'est tout le paradoxe de la technique, du progrès, utilisés dans des mains qui n'ont pas une morale exemplaire : le général MacKenzie (Richard Widmark, qu'on adore détester dans ses rôles cyniques) dira "Screw the Church" ou encore en répondant à son chauffeur : "- General, you care about the news ? - Never between wars. Put some music."

Les scènes d'action alternent avec les scènes de crise, réunions où les arguments fusent, nombreux appels sur des lignes directes, écrans de contrôles, le film est remarquable dans son usage narratif, développant un crescendo dramatique magistral.
La naïveté de Dell s'oppose à l'hypocrisie d'un monde où la parole donnée ne vaut rien, où l'on détourne le regard, la honte dans l'âme.

6 mai 2013

The Great Pretender (2012) Rhys Thomas

Freddy Mercury

Chouette docu sur le leader du groupe Queen, dont je connais quelques titres, comment faire autrement, sans en posséder aucun.
L'énergie communicative dégagée par le chanteur sur scène est évidente, le documentaire nous la restitue mais fait le point sur celui, plus discret, plus sage, loin de la scène, le passionné d'opéra, le fan de Pavarotti, de Montserrat Caballé. 
D'habitude ce genre d'exercice est beaucoup trop élogieux sur son sujet, je trouve qu'il y a là une bonne distance, un rendu raisonnable qui laisse mesurer l'écart entre cet enfant au physique particulier et l'artiste qu'il a su devenir. Une énergie folle qui est stoppée brutalement par le sida. 
Amusante anecdote de sessions de studio avec Michael Jackson, sessions abandonnées car Mercury en avait assez de voir le chanteur accompagné constamment de son lama préféré...


5 mai 2013

Gun Fury / Bataille sans merci (1953) Raoul Walsh

Leo Gordon
Un couple, Jeanne Ballard et Ben Warren (Donna Reed et Rock Hudson) voit son mariage contrarié par une bande de hors-la-loi menée par Frank Slayton (Phil Carey). Avant que le coup n'ait lieu, le scénario laisse le temps aux personnages de se découvrir un peu les uns, les autres.
Warren et Slayton sont d'anciens soldats sudistes, le premier ne veut plus rien avoir à faire avec la violence et compte s'installer dès son mariage prononcé, le second ne pense que par elle. Warren devra renoncer à son credo car il a besoin des autres pour retrouver sa fiancée, enlevée par Slayton. Ce dernier n'est pas un homme dont l'autorité est naturelle, ses hommes ne le suivent que parce que Burgess (Leo Gordon) est là pour souder le groupe, Burgess qui en aura assez des manières égoïstes de Slayton et qui le trahira. Salton est l'homme à femmes, une dans chaque relais, dans chaque bordel.

Le western devait être diffusé en 3D, ce qui explique les nombreux projectiles lancés à la caméra par les personnages. Le récit est intéressant si l'on considère le groupe de outlaws qui ne cesse de se déliter au fur et à mesure que le récit progresse. Les motivations de Warren, servies par un Rock Hudson assez terne m'intéressent beaucoup moins que celles de Burgess. Dans la bande , quelques acteurs se détachent du lot : Lee Marvin et Neville Brand, dans des petits rôles...
Le film est réalisé avec talent et se laisse voir avec un léger ennui, notons un plan bizarre d'un volatile censé être un vautour, il est filmé avec une transparence montrant de réels spécimens.
Un Walsh négligeable.

4 mai 2013

Wakefield Express (1952) Lindsay Anderson


The Wakefield Express est un hebdomadaire régional du Yorkshire, pour fêter son centenaire le journal commanda un documentaire à Lindsay Anderson. L'idée de départ était de créer une sorte de film d'entreprise à la gloire du journal où serait dévoilé son mode de fabrication et les différents collaborateurs pour y parvenir. Anderson alla plus loin, il remplit le contrat et ajouta de nombreuses scènes d'extérieur où l'on suit les différents journalistes allant au-devant de la population et des membres de cette dernière qui participent activement à la vie locale. Du journaliste jusqu'aux livreurs du journal, une fois imprimé.
L'essentiel est narré par une voix off qui ne cède la place qu'aux chants de petites filles d'une chorale locale ou encore d'une trompette commémorant le souvenir de soldats disparus durant la dernière guerre. Dommage, nous aurions aimé entendre les accents divers des habitants qui se présentent devant la caméra, Anderson n'en avait peut-être ni le temps, ni les moyens. C'est un petit film qui déborde d'une certaine idée d'entreprise, d'énergie collective positive, rafraîchissante. Un beau témoignage.

Le court (30 mn) était diffusé dans le cadre du programme Free Cinema 3.

127 Hours / 127 heures (2010) Danny Boyle

James Franco

Je ne l'avais pas vu celui-ci, en revanche j'avais entendu qu'il faisait débat. Je n'y ai franchement rien trouvé de répréhensible.
Boyle raconte l'histoire vraie d'un jeune américain parcourant les canyons de l'Utah, Aron Ralston (James Franco en grande forme). Ce dernier se retrouve coincé par une pierre, sa main faisant contact entre celle-ci et la paroi rocheuse. Il va tenter par tous les moyens de s'extraire de cette position délicate. On connaît la suite.

"This is insane !"

L'histoire est insensée et pose de nombreuses questions, force l'admiration, Boyle répond aux questions posées, n'en rajoute pas dans le gore. Je trouve la scène du nerf justifiée car à l'époque de la sortie du film Aron Ralston en parlait, il l'évoquait comme la seule unique douleur qu'il ait réellement perçue. D'ailleurs l'horreur de cette courte séquence est davantage le fruit de la bande sonore que de ce qui est montré. Quant à l'admiration, Boyle montre bien toutes les étapes par lesquelles Ralston passe. 
La beauté de ces espaces désertiques, la soif de la nature, l'absurdité de l'accident et les cinq journées qui suivent sont restituées avec un savoir-faire indéniable qui ne m'a jamais paru complaisant.

One, Two, Three / Un, deux, trois (1961) Billy Wilder

Pamela Tiffin et Horst Buchholz
James Cagney interprète MacNamara, le directeur de l'usine Coca-Cola de Berlin Ouest durant la guerre froide, un vrai nom de général. Il veut absolument monter en grade dans l'organigramme de la compagnie, pour se faire il veut percer le marché russe et tente de vendre le fameux liquide à trois commissaires soviétiques. Son supérieur hiérarchique lui expédie sa fille, aux moeurs très légères, pour qu'il la surveille mais elle va en toute clandestinité se marier et tomber enceinte d'un farouche communiste.

C'est un Billy Wilder qui ressemble à un volcan en éruption, la lave étant principalement fourni par le débit verbal de Cagney. Ses répliques coulent sans cesse avec un bon mot toutes les 90, 120 secondes. Wilder tenait à laisser des pauses car lorsqu'une blague est faite, il faut laisser le temps aux spectateurs de l'apprécier, pendant ce temps il n'est plus vraiment attentif alors ce serait gâcher une blague de la faire précéder par une autre. Elles sont nombreuses dans ce film et à destination de l'Amérique capitaliste et de la Russie communiste. Sans compter les anciens SS qui se fondent dans les personnages allemands du film. C'est une véritable profusion de bons mots, de références cinématographiques, servie sur un rythme trépidant. Jubilatoire.

3 mai 2013

Dressed to Kill / Pulsions (1980) Brian De Palma


Le scénario est celui d'un slasher movie, une histoire de coupes précises, de lacérations effectuées à l'aide d'un rasoir, tranchant et brillant. Les relations entre les personnages ne sont pas approfondies car c'est la forme qui est soignée, la forme qui fait l'objet de toutes les attentions du metteur en scène, sur ce point, l'objectif est atteint : de superbes cadres qui cherchent à surprendre le spectateur, des profondeurs de champ qui placent le danger à différents endroits, qui creusent l'image afin d'emboîter les risques comme des poupées gigognes. Les plastiques de Nancy Allen, d'Angie Dickinson suivent la même visée.
Dommage car j'aurais bien aimé voir davantage le personnage joué par Keith Gordon, le fils inventif...
Il manque de la substance aux personnages pour que le film me plaise plus encore.

Reversal of Fortune / Le mystère Von Bulow (1990) Barbet Schroeder

Glenn Close et Jeremy Irons
Que Claus von Bülow soit coupable ou pas n'a guère d'importance, accusé lors d'un premier procès, acquitté lors du second, le mystère demeure et le film le préserve jusqu'au bout car les faits qui sont relatés, je veux dire les preuves, tiennent pue de place dans le dispositif de Schroeder. Des scènes nous sont montrées en adoptant le point de vue de la défunte Sunny von Bülow (dans le coma à l'époque du film), à la manière de Wilder avec Holden dans Sunset Boulevard, ce qui est partial, d'autres sont issues du point de vue de son mari, ce qui l'est tout autant. 
La personnalité de von Bülow est fascinante, si l'on en croit la performance de Jeremy Irons, ne montrant jamais ses émotions et faisant de l'humour noir autour du coma de son épouse, il ne cachait ni ses maîtresses, ni son goût pour l'argent : rien de répréhensible mais pour l'Amérique de l'époque c'était le coupable qu'il fallait détester. les scènes avec Irons sont, de loin, les meilleures, ses répliques ne s'oublient pas. Quant à Glenn Close, elle rend parfaitement la détresse qui habitait la défunte fortunée.
Schroeder ne donne que très peu de place aux procès. C'est le trouble qui l'intéresse, celui qu'il tentera de capter avec Jacques Vergès, quelques années plus tard.

2 mai 2013

Le fils de l'autre (2012) Lorraine Lévy

Jules Sitruk et Mehdi Dehbi
Lors d'un conflit israélo-palestinien, deux femmes accouchent en même temps. Dans la confusion les enfants ont été échangés et grandissent dans l'autre famille, une israélienne et une palestinienne. Dix-huit années plus tard la vérité s'immisce dans le quotidien des deux familles.
Tourné sur place, le film se concentre sur le drame familial sans plonger dans les enjeux politiques suffisamment présents par divers éléments visibles in situ. La distribution et l'interprétation sont de qualité et le film évite constamment les écueils pathétiques. C'est un film toujours émouvant, quelquefois poignant, une réussite.

The Lincoln Lawyer / La défense Lincoln (2011) Brad Furman


Thriller se déroulant à Los Angeles qui m'a ennuyé gentiment. Je n'accroche pas au charisme de Matthew McConaughey (c'est l'avocat) et encore moins au bad guy interprété par Ryan Phillippe. Lisses au possible malgré ma bienveillance et mon intrinsèque tolérance. Les acteurs qui me plaisent disparaissent trop vite ou ne font que de brèves scènes : William H. Macy ou Bryan Cranston.
Le scénario ne m'a pas accroché non plus à cause des acteurs qui ne m'enthousiasmaient guère. 
Mauvaise pioche.

1 mai 2013

Shane / L'homme des vallées perdues (1953) George Stevens

Jack Palance
Dire que ce western est magnifique est peu dire. Le scénario est classique : les frères Ryker veulent expulser les quelques colons du coin pour développer leur bétail. Joe Starrett (Van Heflin) est celui qui pousse les petits fermiers à résister aux provocations des Ryker. Un homme descendu des montagnes, Shane (Alan Ladd), reclus depuis unbon moment, s'arrête chez lui et décide de lui venir en aide. On connaît la suite...

On connaît la suite mais on reste totalement accroché par un art de la narration sans failles. Il y a d'abord les intentions de Shane. C'est Jean Arthur qui joue Marian, la femme de Joe, aussi nous comprenons qu'il veuille s'enraciner un peu plus dans les parages mais l'homme est respectueux et il tombe non seulement sous le charme de Marian mais aussi sous celui du courage de Joe (voir la scène de bagarre où ce dernier lui vient en aide alors que le spectateur n'attend que cela). Ajoutons qu'un lien assez fort se noue entre Shane et Joey, le garçon des Starrett. Ces relations croisées dont Shane est le centre suffisent à rende de l'épaisseur au récit.
D'autres personnages rendent l'ensemble aimable, celui de Sam, le propriétaire du saloon et de la boutique du coin. il est une espèce de figure morale devant laquelle les Ryker veulent à tout prix faire bonne figure. C'est lui qui empêche le massacre à tout va. Citons également Jack Palance qui joue un tueur à gages qui intervient aux deux tiers du film, cet acteur a le don d'insuffler de la perversité et de l'intensité à ses personnages, d'ailleurs la scène de confrontation entre Palance et Elisha Cook Jr (un autre atout du film) est celle que je préfère, la manière dont les personnages se déplacent, le montage qui est réalisé font de ce moment le clou du film. Stevens a le don de faire patienter le spectateur avec une mesure adéquate de façon à ce que la violence surgisse avec l'impact brutal de sa réalité.




Together (1956) Lorenza Mazzetti


Seule oeuvre de fiction du programme Free Cinema 1, Together présente également la particularité d'être tourné en 35 mm et de durer plus longtemps : près de 50 minutes.
Le titre fait référence à l'amitié de deux sourds-muets qui travaillent dans le quartier de l'East-End à Londres. Nous les voyons à leur travail, ils sont manutentionnaires et travaillent dans les entrepôts qui longent la Tamise. La vie d'un quartier et d'une communauté est reconstituée, c'est la deuxième référence du titre, scènes de rues, bières prises dans les pubs jusqu'à la petite ivresse, étals de marché, fête foraine...
Les deux hommes sont harcelés gentiment par les gamins du quartier qui jouent à longueur de temps sur les terrains vagues, parmi les ruines des édifices détruits durant les bombardements de la Deuxième Guerre Mondiale. Ces gamins profitent de leur surdité pour se moquer d'eux, faire des grimaces.
L'aspect le plus frappant du film est son enracinement documentaire, ce qui valide sa présence parmi les autres oeuvres du Free Cinema. Le final contraste fortement avec le registre tranquille de la vie quotidienne peinte par Mazzetti, peut-être faut-il y voir un pessimisme, la réalisatrice ayant adapté Kafka pour son film précédent.