26 mai 2013

The Invisible Man / L'homme invisible (1933) James Whale


Claude Rains

Ce qui est excitant avec ce film c'est qu'au delà du fantasme de l'invisibilité, le réalisateur a su créer un univers qui suscite un intérêt presque permanent.
Dès la séquence d'introduction nous sommes conquis par l'atmosphère fin du monde qui se dégage du récit. L'arrivée à l'auberge, l'accoutrement du personnage, les mines inoubliables des clients, la voix de Claude Rains, le mine aviaire de Una O'Connor, ses cris hystériques dont on ne se lasse guère et le moment où Rains retire ses bandages sont autant de détails qui font de ce début un des plus beaux qui soient. J'ai retrouvé un peu de cela avec Le bal des vampires de Polanski, la reconstitution précise et réelle d'un univers factice dans lequel on se sent bien.
Nous connaissons le reste. En dehors du charme de l'auberge d'Iping, ce sont les effets spéciaux de Fulton qui priment, viennent ensuite l'humeur de Jack Griffin, sa rage, son mépris des hommes, son nihilisme, puis l'humour qui parsème le récit et qui s'oppose à la noirceur du personnage (avec cette scène où une femme fuit devant un pantalon qui la prend pour cible). 

Rains use de sa voix à merveille, éructant son dégoût des autres avec une telle fureur, on pense à Hitler déclamant son programme politique, mais sait aussi la rendre mielleuse, comme lorsqu'il voit Flora (Gloria Stuart). En dépit des meurtres qu'il commet, la mort du personnage crée un choc car le spectateur ne veut pas que ce dernier cesse de vivre ces situations qu'enfant nous avons imaginées.

Dans les suppléments de l'édition BR, un ami de James Whale évoque son goût pour les compositions florales qui se trouvent dans nombre de ses films, je ne suis pas assez familier de l'oeuvre de Whale pour avoir remarqué cela mais lors des premières scènes entre Kemp Et Flora il est étonnant de voir cette dernière se cacher derrière un énorme bouquet de fleurs, j'ai alors pensé à la scène de Chantons sous la pluie où, au début du parlant, les acteurs devaient s'approcher au maximum des micros cachés dans des objets du décor, au point de sombre dans une composition du plan assez ridicule. Tourné en 1933, il est possible que The Invisible Man obéisse un peu à cette contrainte.

20 mai 2013

The Company of Wolves / La compagnie des loups (1984) Neil Jordan


Emois de l'adolescence, vie en famille, univers des contes, une jeune fille rêve et l'ensemble de ces mondes se mêle pour donner un film magique, onirique, peuplé d'animaux divers, de sentiers dans les bois dont il ne faut pas s'écarter...
Dans de beaux tableaux, c'est le désir et la peur qui dansent devant nos yeux, la puissance du récit nous porte, la facture artisanale des effets spéciaux a le charme des artifices qui laissent voir leur nature factice et les rêves s'étalent en des paysages qui, vus enfant, poussent leurs racines dans nos consciences, au plus loin, l'esprit les ranimant au gré d'émotions fortes.

16 mai 2013

Hostel (2005) Eli Roth


Film gore dans lequel l'ennui s'installe avec la même prévisibilité que les scènes qui se succèdent, mon âge avancé doit certainement y être pour quelque chose.

11 mai 2013

Leaving Las Vegas (1995) Mike Figgis

Nicolas Cage et Elisabeth Shue
Histoire d'amour entre deux paumés, Ben (Cage), scénariste en perdition à Los Angeles, quitte la ville et rejoint Las Vegas avec sa valise pleine de bouteilles. Il y rencontre Sera (Shue), une jolie prostituée, les deux étoiles filantes tombent en amour. Dans un décor artificiel, ils se font doucement virer de plusieurs endroits...

Figgis tourne une virée dépressive un peu chic, tout est soft et peine réellement à émouvoir. Je retiens les performances des deux acteurs principaux qui sauvent le film mais le reste, l'ambiance jazzy à deux balles et la voix suave de Sting qui me casse gentiment les oreilles sont d'atroces souffrances qui tirent le film en longueur.

5 mai 2013

Gun Fury / Bataille sans merci (1953) Raoul Walsh

Leo Gordon
Un couple, Jeanne Ballard et Ben Warren (Donna Reed et Rock Hudson) voit son mariage contrarié par une bande de hors-la-loi menée par Frank Slayton (Phil Carey). Avant que le coup n'ait lieu, le scénario laisse le temps aux personnages de se découvrir un peu les uns, les autres.
Warren et Slayton sont d'anciens soldats sudistes, le premier ne veut plus rien avoir à faire avec la violence et compte s'installer dès son mariage prononcé, le second ne pense que par elle. Warren devra renoncer à son credo car il a besoin des autres pour retrouver sa fiancée, enlevée par Slayton. Ce dernier n'est pas un homme dont l'autorité est naturelle, ses hommes ne le suivent que parce que Burgess (Leo Gordon) est là pour souder le groupe, Burgess qui en aura assez des manières égoïstes de Slayton et qui le trahira. Salton est l'homme à femmes, une dans chaque relais, dans chaque bordel.

Le western devait être diffusé en 3D, ce qui explique les nombreux projectiles lancés à la caméra par les personnages. Le récit est intéressant si l'on considère le groupe de outlaws qui ne cesse de se déliter au fur et à mesure que le récit progresse. Les motivations de Warren, servies par un Rock Hudson assez terne m'intéressent beaucoup moins que celles de Burgess. Dans la bande , quelques acteurs se détachent du lot : Lee Marvin et Neville Brand, dans des petits rôles...
Le film est réalisé avec talent et se laisse voir avec un léger ennui, notons un plan bizarre d'un volatile censé être un vautour, il est filmé avec une transparence montrant de réels spécimens.
Un Walsh négligeable.

4 mai 2013

One, Two, Three / Un, deux, trois (1961) Billy Wilder

Pamela Tiffin et Horst Buchholz
James Cagney interprète MacNamara, le directeur de l'usine Coca-Cola de Berlin Ouest durant la guerre froide, un vrai nom de général. Il veut absolument monter en grade dans l'organigramme de la compagnie, pour se faire il veut percer le marché russe et tente de vendre le fameux liquide à trois commissaires soviétiques. Son supérieur hiérarchique lui expédie sa fille, aux moeurs très légères, pour qu'il la surveille mais elle va en toute clandestinité se marier et tomber enceinte d'un farouche communiste.

C'est un Billy Wilder qui ressemble à un volcan en éruption, la lave étant principalement fourni par le débit verbal de Cagney. Ses répliques coulent sans cesse avec un bon mot toutes les 90, 120 secondes. Wilder tenait à laisser des pauses car lorsqu'une blague est faite, il faut laisser le temps aux spectateurs de l'apprécier, pendant ce temps il n'est plus vraiment attentif alors ce serait gâcher une blague de la faire précéder par une autre. Elles sont nombreuses dans ce film et à destination de l'Amérique capitaliste et de la Russie communiste. Sans compter les anciens SS qui se fondent dans les personnages allemands du film. C'est une véritable profusion de bons mots, de références cinématographiques, servie sur un rythme trépidant. Jubilatoire.

3 mai 2013

Dressed to Kill / Pulsions (1980) Brian De Palma


Le scénario est celui d'un slasher movie, une histoire de coupes précises, de lacérations effectuées à l'aide d'un rasoir, tranchant et brillant. Les relations entre les personnages ne sont pas approfondies car c'est la forme qui est soignée, la forme qui fait l'objet de toutes les attentions du metteur en scène, sur ce point, l'objectif est atteint : de superbes cadres qui cherchent à surprendre le spectateur, des profondeurs de champ qui placent le danger à différents endroits, qui creusent l'image afin d'emboîter les risques comme des poupées gigognes. Les plastiques de Nancy Allen, d'Angie Dickinson suivent la même visée.
Dommage car j'aurais bien aimé voir davantage le personnage joué par Keith Gordon, le fils inventif...
Il manque de la substance aux personnages pour que le film me plaise plus encore.

Reversal of Fortune / Le mystère Von Bulow (1990) Barbet Schroeder

Glenn Close et Jeremy Irons
Que Claus von Bülow soit coupable ou pas n'a guère d'importance, accusé lors d'un premier procès, acquitté lors du second, le mystère demeure et le film le préserve jusqu'au bout car les faits qui sont relatés, je veux dire les preuves, tiennent pue de place dans le dispositif de Schroeder. Des scènes nous sont montrées en adoptant le point de vue de la défunte Sunny von Bülow (dans le coma à l'époque du film), à la manière de Wilder avec Holden dans Sunset Boulevard, ce qui est partial, d'autres sont issues du point de vue de son mari, ce qui l'est tout autant. 
La personnalité de von Bülow est fascinante, si l'on en croit la performance de Jeremy Irons, ne montrant jamais ses émotions et faisant de l'humour noir autour du coma de son épouse, il ne cachait ni ses maîtresses, ni son goût pour l'argent : rien de répréhensible mais pour l'Amérique de l'époque c'était le coupable qu'il fallait détester. les scènes avec Irons sont, de loin, les meilleures, ses répliques ne s'oublient pas. Quant à Glenn Close, elle rend parfaitement la détresse qui habitait la défunte fortunée.
Schroeder ne donne que très peu de place aux procès. C'est le trouble qui l'intéresse, celui qu'il tentera de capter avec Jacques Vergès, quelques années plus tard.

1 mai 2013

Shane / L'homme des vallées perdues (1953) George Stevens

Jack Palance
Dire que ce western est magnifique est peu dire. Le scénario est classique : les frères Ryker veulent expulser les quelques colons du coin pour développer leur bétail. Joe Starrett (Van Heflin) est celui qui pousse les petits fermiers à résister aux provocations des Ryker. Un homme descendu des montagnes, Shane (Alan Ladd), reclus depuis unbon moment, s'arrête chez lui et décide de lui venir en aide. On connaît la suite...

On connaît la suite mais on reste totalement accroché par un art de la narration sans failles. Il y a d'abord les intentions de Shane. C'est Jean Arthur qui joue Marian, la femme de Joe, aussi nous comprenons qu'il veuille s'enraciner un peu plus dans les parages mais l'homme est respectueux et il tombe non seulement sous le charme de Marian mais aussi sous celui du courage de Joe (voir la scène de bagarre où ce dernier lui vient en aide alors que le spectateur n'attend que cela). Ajoutons qu'un lien assez fort se noue entre Shane et Joey, le garçon des Starrett. Ces relations croisées dont Shane est le centre suffisent à rende de l'épaisseur au récit.
D'autres personnages rendent l'ensemble aimable, celui de Sam, le propriétaire du saloon et de la boutique du coin. il est une espèce de figure morale devant laquelle les Ryker veulent à tout prix faire bonne figure. C'est lui qui empêche le massacre à tout va. Citons également Jack Palance qui joue un tueur à gages qui intervient aux deux tiers du film, cet acteur a le don d'insuffler de la perversité et de l'intensité à ses personnages, d'ailleurs la scène de confrontation entre Palance et Elisha Cook Jr (un autre atout du film) est celle que je préfère, la manière dont les personnages se déplacent, le montage qui est réalisé font de ce moment le clou du film. Stevens a le don de faire patienter le spectateur avec une mesure adéquate de façon à ce que la violence surgisse avec l'impact brutal de sa réalité.




Together (1956) Lorenza Mazzetti


Seule oeuvre de fiction du programme Free Cinema 1, Together présente également la particularité d'être tourné en 35 mm et de durer plus longtemps : près de 50 minutes.
Le titre fait référence à l'amitié de deux sourds-muets qui travaillent dans le quartier de l'East-End à Londres. Nous les voyons à leur travail, ils sont manutentionnaires et travaillent dans les entrepôts qui longent la Tamise. La vie d'un quartier et d'une communauté est reconstituée, c'est la deuxième référence du titre, scènes de rues, bières prises dans les pubs jusqu'à la petite ivresse, étals de marché, fête foraine...
Les deux hommes sont harcelés gentiment par les gamins du quartier qui jouent à longueur de temps sur les terrains vagues, parmi les ruines des édifices détruits durant les bombardements de la Deuxième Guerre Mondiale. Ces gamins profitent de leur surdité pour se moquer d'eux, faire des grimaces.
L'aspect le plus frappant du film est son enracinement documentaire, ce qui valide sa présence parmi les autres oeuvres du Free Cinema. Le final contraste fortement avec le registre tranquille de la vie quotidienne peinte par Mazzetti, peut-être faut-il y voir un pessimisme, la réalisatrice ayant adapté Kafka pour son film précédent.