30 juin 2013

Dracula (1979) John Badham


Je ne connaissais pas ce Dracula et j'ai été ébloui, même si l'édition Bach Film propose le film dans un bon format mais avec une image qui n'est vraiment pas à la hauteur de la beauté du travail de Gilbert Taylor, une édition BR viendrait satisfaire ceux qui attendent.
Il y a d'abord la photo magnifique de Taylor, les superbes paysages de Cornouaille mais c'est la performance de Frank Langella qui fascine : il incarne un Dracula d'un calme impérial, sa voix douce envoûte et charme le spectateur, elle impose, paradoxalement, une force retenue assez efficace. Il est séduisant, parle avec un débit tranquille et écrase le personnage de Jonathan Harker. La liaison qu'entretient Dracula avec Lucy relègue à l'arrière-plan celle, plus officielle et moins voluptueuse avec Harker. Langella, dans le making-of réalisé par Laurent Bouzereau, explique la manière dont il a imposé ses vues sur le personnage, voulant en faire un romantique, un personnage en souffrance plein de tact et de savoir-vivre. c'est une réussite.
Face à cette retenue le film tente d'assurer un quota d'action, d'effets spéciaux qui, je trouve, jurent un peu. L'humour également vient assez maladroitement proposer un contrepoint avec la tonalité romantique de l'ensemble. L'humour volontaire (les scènes avec la voiture et les remarques sur le véhicule) ou pas (l'accent "Europe centrale" de Laurence Olivier me sortait invariablement du film).
Ce sont là des détails qui ne doivent pas vous empêcher de découvrir le film, signalons que John Williams signe une bande originale délicieuse.

Je garde pour la fin l'évocation de Donald Pleasence, aimé de tous les cinéphiles, il interprète le Dr Seward, je trouvais étrange la manie qu'il avait de se promener avec un sachet de bonbons, bonbons qu'il mangeait durant tout le film. Le making-of nous apprend qu'il faisait cela pour que le monteur ne puisse pratiquement pas couper dans ses scènes, en effet, manipuler le sachet, en extraire doucement un bonbon, en retirer l'emballage puis à la fin de la scène l'avaler assurait à Pleasence un élément de continuité qui ne pouvait être coupé au risque de troubler le spectateur. Aussi à partir d'un rôle secondaire il augmentait astucieusement sa présence lors du montage final. 

29 juin 2013

Madonna : Truth or Dare / In Bed with Madonna (1991) Alek Keshishian


Tournée "Blond Ambition" de Madonna.
Rien d'intéressant. Humour potache, aucune étincelle, aucune atmosphère.

27 juin 2013

The Dark Knight Rises (2012) Christopher Nolan


TDKR est un divertissement assez copieux. Plusieurs récits en parallèle se tissent dès le début du film jusqu'à ce que l'ensemble prenne sens, j'avoue avoir patienté un peu trop longuement. Le scénario ravive des éléments du film précédent ainsi que le premier opus filmé par Nolan ce qui donne à la distribution le même aspect copieux, parfois pour le meilleur ou pour le pire.
Cette fois je n'ai pas vraiment adhéré au retour du Batman, je me fichais un peu de savoir s'il finirait ou pas par trouver les forces nécessaires pour sa résurrection. Peut-être a-t-il trop tarder à montrer le bout de son nez ? J'ai davantage apprécié le développement du personnage interprété par Anne Hathaway, plus ludique et puis voir une femme flanquer des dérouillées à des imbéciles est toujours jouissif.
Freeman, Caine, Oldman, tous les anciens me laissaient de marbre, Cotillard aussi, d'ailleurs sa dernière scène est ridicule, j'ai rarement vu une mort jouée d'une manière si grotesque. Il manque, je crois, quelques prises.
L'action est au rendez-vous, même si les nouveaux jouets du Batman ne sont, à mon humble avis, pas terribles. Menace nucléaire, prise de Wall Street, guerilla urbaine, sortie de la prison exotique, là encore, de nombreuses épaisseurs rendent l'ensemble indigeste.
Il y a des moyens, du beau monde, des efforts mais vraiment, je n'y ai pas trouvé mon compte.

Jubal / L'homme de nulle part (1956) Delmer Daves


Superbe western shakespearien où la question de l'héritage, par conséquent du pouvoir est au coeur du récit. 

Jubal (Glenn Ford) surgit, comme son titre l'indique, de nulle part, prêt à mourir il est sauvé et recueilli par Shep (Ernest Borgnine), le propriétaire d'un ranch. Jubal lui plaît, il le met à l'épreuve et l'embauche, jusqu'à ce qu'il devienne son second. Pinky (Rod Steiger), homme colérique et ambitieux, déteste le nouvel arrivant, la place lui revenait. La situation est encore trop simple, il faut compter avec Mae (Valerie French), l'épouse récente de Shep qu'elle déteste, qu'elle a trompé avec Pinky, sachant que désormais elle est amoureuse de Jubal. Ce dernier est séduit par une jeune femme, fille du chef d'un convoi de chariots conduits par des religieux traversant les terres de Shep.

C'est un western passionnant de par les relations dramatiques qui se nouent entre les personnages, la tension est sans cesse présente et le récit est captivant. Presque chaque personnage a son drame enfoui qu'il délivre peu à peu, même Pinky, que Rod Steiger rend antipathique au possible, a sa scène émouvante lors du sauvetage d'un veau. Le scénario s'inscrit dans des paysages somptueux que les cadres de Delmer Daves magnifient.
La qualité de l'interprétation est au niveau : Glenn Ford est excellent, il a, comme James Stewart, une douceur et une force qui se conjuguent à merveille et Borgnine n'a rien à prouver, il envahit l'écran naturellement. Notons que Jack Elam traîne sa carcasse à l'arrière-plan et que Charles Bronson a un rôle non négligeable.

Le pouvoir, le désir sexuel, l'amitié, l'amour, les relations père-fils, la liberté, la fidélité, la trahison, autant de notions qui traversent ce film riche de ses nombreuses qualités. Un western important.


26 juin 2013

Tom Horn (1980) William Wiard


Tom Horn (Steve McQueen) regarde le paysage, seul avec son cheval. C'est un ancien scout de l'armée avec une solide réputation de traqueur, un homme de l'Ouest, qui connaît la nature. Le propriétaire d'un ranch, John Coble (Richard Farnsworth) assez admiratif des oeuvres de Horn lui demande de venir l'aider, lui et quelques propriétaires terriens de la région, à chasser les voleurs qui s'approprient le bétail impunément. Horn sait ce qu'il doit faire et il le fait bien, un peu trop bien, il fait de l'ombre au shérif du coin et sa faculté à éliminer radicalement les hommes qu'il chasse fait mauvaise presse. Les éleveurs décident alors de s'en débarrasser avec un meurtre et un procès arrangé.

Horn incarne la liberté, celle des grands espaces, mais il est âgé, un monde disparaît où les valeurs existaient, la parole donnée. Je ne suis pas certain qu'il en était ainsi mais c'est de cette façon dont on en parle. Les hommes qui l'admirent et le respectent sont vieillissants, le casting réunit des visages connus et estimés : Farnsworth, Slim Pickens, Elisha Cook Jr. Face à eux montent en puissance les riches exploitants terriens, qui ne veulent que le profit et la paix sociale leur permettant de l'accroître, les lois ne sont utiles que pour arriver à leurs fins.

Une scène émouvante voit Horn s'échapper de prison et courir en vain vers les collines, une dernière escapade avant que tout disparaisse.

25 juin 2013

The Happy Ending (1969) Richard Brooks


Images de bonheur, couple uni, vacances, Michel Legrand, les baisers, les coupes partagées au coin du feu, les cadeaux, quelques scènes nous offrent une certaine image du bonheur, trop belles pour être vraies, trop séduisantes pour ne pas se méfier et surtout trop évidentes pour se laisser avoir.
Quelques années plus tard nous retrouvons le même couple, Mary (Jean Simmons) et Fred (John Forsythe) le soir de l'anniversaire de leur mariage, le seizième. Mais mary n'en peut plus et fuit à Nassau, laissant Fred avec les invités...

Brooks a écrit le film pour Jean Simmons, sa femme. Il est amusant de constater que Brooks, pour ma part, a une image de réalisateur viril. Je dis cela car je n'ai pas vu tous ses films et je pensais surtout à Elmer Gantry et l'énergie de Burt Lancaster, à Bite the Bullett et à ses acteurs testostéronés, In Cold Blood et son noir et blanc éclatant mais à bien y regarder ces films ont une certaine touche, des nuances, un soin apporté aux détails, un air de "on-ne-me-la-raconte-pas", c'est-à-dire de la lucidité.
La lucidité est au coeur de ce film, celle d'une femme mariée qui refuse de constater que la vie de la femme au foyer l'insupporte, l'étouffe, que l'amour de plus en plus superficiel de son mari ne la satisfait plus. L'alcool, les médicaments ne suffisent plus à taire sa peine, son désespoir, elle fuit, claque tout et veut vivre. Jean Simmons est touchante dans ce rôle, elle a cette espièglerie qui permet de croire en son personnage, une fantaisie émouvante. Son mari est l'éternel mari dostoïevskien, rangé, la séduction avec.
J'ai adoré ce film, une histoire simple mais qui montre bien l'aliénation de la femme des années soixante, la femme au foyer qui doit être davantage une mère, une épouse mais pas une femme. Une étrangère au sein de sa propre famille, sa meilleure amie est sa domestique. Les slogans publicitaires scandent le film comme autant de propagande abrutissante, ils rivalisent avec la tyrannie de la joie obligatoire, des "je t'aime" devenus insignifiants à force d'être répétés sans consistance. Parce qu'elle est intelligente, elle fuit, parce qu'elle a survécu aussi, alors que de nombreuses autres périssent.

Le film a connu un échec aux Etats-Unis et n'a pas été distribué en France, c'est regrettable.

23 juin 2013

Les galettes de Pont-Aven (1975) Joël Séria


Un représentant en parapluie (Jean-Pierre Marielle) quitte sa vie morne, sa famille qu'il n'aime pas pour vivre une vie de peintre, il lui faudra quelques échecs avant de trouver la paix.

Le film est réalisé et écrit par Joël Séria qui tire à vue sur la religion, la petite bourgeoisie, le conformisme ambiant, les petites vies bien rangées et célèbre la femme, incarnation charnelle de la beauté, dotée de deux fesses auxquelles le personnage principal voue un culte frénétique.

Les répliques vulgaires, franches du collier fleurissent et font mouche :

Madame Licois : J'avoue que quand j'ai vu votre femme pour la première fois, je vous ai trouvés mal assortis. Une femme si sèche, si froide, avec un homme comme vous, si chaleureux !
Serin : Si tu la voyais cette conne, elle sait même pas c'que c'est qu'une bite !
Madame Licois : Oh, monsieur Henri !
Serin : C'est vrai. Tu sens la pisse, toi, pas l'eau bénite !

C'est brutal...

Bernard Fresson qui joue un peintre qui fait dans le business a la palme de la vulgarité, le personnage l'étant totalement. Marielle l'est aussi mais avec une humanité, une fragilité qui font passer l'ensemble. Il cherche avant tout le bonheur, la paix, l'amour.
Séria, un an après Les valseuses de Bertrand Blier, retrouve ce style libertaire, cette envie de vivre selon ses désirs. Le film témoigne de cette envie avec brio. 



Maldone (1927) Jean Gremillon


Grémillon a commencé sa carrière en signant nombre de films documentaires, Maldone est son premier long métrage de fiction.
C'est un film muet qui est d'une richesse remarquable.

L'histoire est celle d'un homme simple, Maldone, interprété par Charles Dullin, nous le voyons heureux,  conduisant ses chevaux sur les chemins de halage, sur le canal de Briare près de St Jean de l'Ecluse. Grémillon filme en extérieurs, apporte un lyrisme efficace où les personnages semblent presque des figures "bigger than life". Maldone est un bon vivant, il aime les femmes, toutes les femmes mais lorsqu'il aperçoit Zita, une belle gitane (Genica Athanasiou), il tombe amoureux. Le lyrisme est construit par le choix des cadrages mais aussi par un montage qui favorise le mouvement, nul doute que Grémillon soit admirateur de Germaine Dulac, le cinéma pur, celui du mouvement est bien représenté ici. Certes les séquences où ces mouvements apparaissent illustrent un moment précis du récit, le bal par exemple, ou une émotion particulière d'un personnage, la jalousie de Maldone cependant ces séquences de mouvement sont poussées à l'extrême pour atteindre une presque absence figurative, une abstraction pure. Grémillon sait user de techniques avant-gardistes au service d'un récit classique.

Maldone est un héritier, il a claqué la porte du domaine familial pour vivre sa vie librement. Son frère décède et sa famille le retrouve, il quitte alors son univers simple pour mener une vie plus aisée, qu'il a du mal a assumer. Se construit alors un double, le roulier d'autrefois rivalisant avec le riche maître de maison. Surimpressions, images mentales surgissent dans le récit jusqu'à ce que Maldone revienne au détachement qui le définit intimement.

Ode à la nature, plaisir de la compagnie des petites gens, vertu du dénuement, Maldone est tout cela à la fois, le tout narré avec une richesse admirable.

Let's Get Lost (1988) Bruce Weber


Magnifique portrait de Chet Baker, jazzman de génie qui sort de son visage angélique des sonorités d'un toucher incomparable. Et lorsqu'il chante, sa voix est au diapason, sa douceur émeut. 
Weber a accès a de nombreuses archives, il nous prouve aisément que le jeune Chet Baker a la musique dans le sang, apprenant morceau après morceau très facilement. Il joue très vite avec les meilleurs, Parker, Gillespie...
Et comme les autres il se réfugie dans la drogue. Cet aspect n'est nullement évacué ou atténué, le débit verbal de Baker, face caméra, nous expliquant que le speedball lui procure un frisson inégalable est effrayant mais qui peut juger ? 
D'un côté la négligence de ses enfants, les reproches de ses femmes, de l'autre la grâce devant un micro, l'émotion pure.
Weber nous montre toute la complexité d'un génie en un superbe noir et blanc au format carré, conférant au film un vernis classique. Les images tournées méritent cet écrin, le montage est superbe, nous voyons souvent Baker, à l'arrière d'une belle décapotable, une fille de chaque côté, cette image revient comme un leitmotiv, comme la preuve d'une vie pour la beauté, pour l'art, pour la vie, et entre chaque retour de cette séquence, la peine que Baker distribue. Mais si nous faisons les comptes cette peine, y compris chez celles qu'il a déçues, reste minoritaire devant le bonheur et la fascination donnés.

22 juin 2013

The Twilight Zone : Perchance to Dream / La quatrième dimension : La poursuite du rêve (1959) Robert Florey


Saison 1

Edward Hall ne peut se permettre le luxe de dormir. Son imagination prend le dessus et le voilà rêvant d'une femme qui le poursuit, rêve après rêve, l'emmenant dans diverses attractions d'une fête foraine et tentant nuit après nuit de le tuer. Edward Hall ne veut plus dormir.

C'est l'excellent Richard Conte qui incarne Edward Hall, acteur vu et apprécié dans de nombreux polars. Robert Florey, amateur du registre macabre, s'empare de ce récit et lui donne une dimension cauchemardesque réussie, les meilleurs séquences sont celles de la fête foraine.

Animal Kingdom (2010) David Michôd


Melbourne, Australie. 
Josh (James Frecheville) regarde la télé sur un vieux canapé, à côté de lui une femme qui semble dormir. Lorsque deux ambulanciers pénètrent dans la pièce, nous comprenons qu'il y a un problème. La femme est sa mère, morte par overdose. Il fait ensuite appel à Janine (Jacki Weaver) sa grand-mère, femme encore assez jeune qui pouponne ses fils, des braqueurs encore sensible à la fibre maternelle.
Ses fils sont différents, tous s'affranchissent des règles, des lois mais l'un d'entre eux, Barry (Joel Edgerton) veut se ranger, faire des arnaques mais dans la finance. Il est celui qui semble le plus rationnel, il a également une influence sur ses frères. Seulement il se fait descendre par la brigade anti-gang qui a la gâchette facile. La famille sombre alors dans la vengeance. Josh va se retrouver à la croisée des chemins, rester au sein de sa nouvelle famille ou rejoindre la légalité en suivant les conseils d'un policier (Guy Pearce) qui veut l'aider à se faire une nouvelle vie.

David Michôd a réalisé et écrit le scénario de son premier film, c'est dire qu'il est en partie responsable, avec les performances remarquables des acteurs, du talent qui s'en dégage. C'est une belle plongée dans le quotidien d'une famille de truands, Michôd prend le temps de montrer les personnages dans des situations banales tout en ne négligeant pas d'exhiber les liens croisés qui les unissent et desquels la violence, la vengeance peuvent surgir à tout moment. Jusqu'au bout l'on ne sait quel est le chemin que va prendre Josh, il est jeune, s'enferme dans un mutisme presque total et les différentes pressions qui s'abattent sur lui sont de natures si diverses qu'il est impossible d'anticiper ses réactions. 
Au final, une forme étrange de lien familial se dessine, finalement c'est le seul lien encore valide dans l'univers vide qui nous est décrit car l'amour, la considération ne se laissent percevoir tout au long du récit qu'au travers de traces infimes, comme autant de possibilités de bonheur qui n'arrivent pas à éclore.

21 juin 2013

Aguirre, der Zorn Gottes / Aguirre, la colère de Dieu (1972) Werner Herzog


1561, une expédition espagnole parcourt les affluents de l'Amazone à la recherche de l'Eldorado. Aguirre, un militaire, prend peu à peu le pouvoir et amène l'expédition jusqu'à la folie.

Herzog a 28 ans lorsqu'il part au Pérou tourner ce récit. Un budget réduit, de nombreux figurants, des conditions de tournage éprouvantes et Klaus Kinski. 
Le film est sublime.

Ce huis-clos en pleine jungle péruvienne, personnages enfermés sur leur radeau, donne à voir au spectateur ce dont parle Quiroga dans ses contes, cette jungle impassible, cette nature somptueuse et violente qui emprisonne progressivement chaque personnage, les poussant à la destruction, à la folie.
Les discours des responsables de l'expédition sont, au fur et à mesure de leur progression, de plus en plus incohérents, ridicules et détachés de la réalité qui les entoure. C'est à John Okello auquel Werner Herzog pensait en choisissant Aguirre, un général complètement cinglé qui mena la révolution de Zanzibar en 1971 mais ce portrait d'un homme ravagé par la folie et entraînant les hommes qui le suivent pourrait s'appliquer tout aussi bien à Hitler et à d'autres figures historiques. L'étonnement vient du fait que personne ne songe à l'éliminer, chacun allant jusqu'au bout du délire. La peur véhiculée par Kinski se lit sur les visages des figurants, Herzog raconte dans le commentaire audio de l'édition dvd du film qu'il terrorisait l'équipe avec ses accès de furie, Herzog menaçant même de le tuer s'il venait à quitter le tournage, Kinski avait l'habitude de le faire, ruinant la production du film en cours.

De nombreuses scènes sont sublimes, notamment celles faites avec des animaux, la musique hypnotique de Popol Vuh  accompagne admirablement les personnages dans leur descente aux enfers. Faim, indiens invisibles, rivalités, délires, humidité, fièvres, un mur vert se dresse autour de l'embarcation et vient ruiner les espoirs ridicules de quels individus méprisables.

20 juin 2013

Public Speaking (2010) Martin Scorsese


L'avantage de ce documentaire est de nous permettre de passer un moment avec Fran Lebowitz que je ne connaissais nullement. Connue aux Etats-Unis comme une critique, un écrivain, une conférencière hors-pair, elle parcourt le pays pour donner des shows où elle donne son avis sur des sujets de société, sur la littérature, shows suivis de conversations avec le public où elle excelle à fournir des traits d'esprit à la pelle. Quelques images d'archives mais surtout de longs entretiens nous la font découvrir, nul doute qu'un docu signé Scorsese va lui procurer une audience plus vaste.
Ses livres ne sont pas traduits en français mais j'ai bien envie d'en essayer un.

19 juin 2013

Inception (2010) Christopher Nolan


"Choose to be here, choose me..."

Un blockbuster doit divertir, celui-ci a son nombre de bagarres, en apesanteur ou pas, de fusillades et d'explosions finales. 
Mais ce ne sont pas vraiment ces éléments qui ont contribué à mon plaisir.
C'est davantage les différents niveaux de rêves enchâssés qui forment autant de séquences montées en alternance, récit qui demande une attention un peu plus soutenue, attention, je ne dis pas que nous avons là une densité folle mais disons que pour un film grand public, cela reste alambiqué. Nolan n'est pas à son premier récit shaker près.

Mais plus encore cette histoire d'amour à l'arrière-plan du stratagème d'espionnage industriel. Cette idée que l'amour pousse ceux qui s'aiment vraiment à créer un monde qui leur est propre. Un monde qui vient s'opposer à la réalité, faisant de cette dernière un espace que l'on veut quitter et qui devient secondaire. Ceux qui aiment savent cela. La difficulté vient alors de pouvoir continuer sa vie en ne sombrant pas tout à fait dans l'espace conçu pour deux, en gardant une raison nécessaire qui permette d'évoluer dans la vie quotidienne sans devenir fou, car la tentation est grande de s'enfouir au creux du microcosme chéri. Inception, dans ses meilleurs moments, touche cela du doigt, et c'est un supplément que ne donne pas tous les blockbusters.

16 juin 2013

A Lawless Street / Ville sans loi (1955) Joseph H. Lewis


Voici un western plutôt attachant, l'intrigue mêle celles de The Gunfighter de Henry King et High Noon de Zinnemann tournés quelques années auparavant.
Randolph Scott campe un marshal lassé de voir arriver avec l'aube de nouveaux tueurs venus lui faire la peau. Il garde un certain détachement mais les années passent et la fatigue s'accumule. Les premières scènes nous montrent Scott se préparer comme l'acteur qui enfile son costume, nous le verrons par la suite, meurtri mais voulant à tout prix tenir son rang devant les citoyens qu'il protège.
Scott est parfait pour le rôle, il est suffisamment âgé, Lewis prend soin de le filmer en montrant ses faiblesses, son harassement.
Une fois blessé et tenu pour mort, la ville sombre dans le chaos, chaos souhaité par ceux qui voulaient la mort du marshal. La ville se rend alors compte des bienfaits de son héros mais un peu tard.

Le thème de la vieillesse est habilement amené par les échanges entre Scott et la vieille femme qui l'héberge et qui lui fait la cuisine, quelques propos superficiels amènent le sujet qui sera repris à de nombreuses reprises. L'inquiétude du personnage principal se fixe sur les lendemains, y aura-t-il encore des bonnes volontés pour contrer ceux qui veulent l'anarchie. Nous sommes encore dans une Amérique qui se cherche entre un individu, sorte de héros qui attire toute l'attention, qui protège la communauté ou bien une communauté qui s'organise pour se protéger.

Lewis, en 75 minutes, maintient un intérêt constant et trouve des cadrages, filme des plans expressionnistes, montrant un héros fatigué, affichant la plus grande ténacité en public et n'ayant plus l'envie de continuer lorsqu'il est seul, c'est la scène où il s'isole dans une cellule de sa prison pour enfin dormir ou celle où blessé, il attend de tourner le coin de la rue principale pour s'effondrer.

Big Jake (1971) George Sherman



Wayne tardif, Big Jake est assez longuet, ne contient aucune surprise et se voit parce qu'on aime John Wayne. Pour autant il ne fait pas grand chose de mémorable, quelques répliques fusent mais nous les remarquons parce qu'il n'y a rien autour. 
Wayne joue un grand-père qui vient à la rescousse de son petit-fils enlevé par une bande de mauvais garçons emmenés par Richard Boone et ses moustaches malicieuses. 
Notons un discours un brin conservateur, c'est Wayne qui produit, où les mulets l'emportent sur les voitures fraîchement débarquées (l'action se situe en 1909). Un beau Technicolor met en valeur les paysages mexicains autour de Durango et Maureen O'Hara fait une petite apparition au début. 

Wayne s'amuse avec la petite famille, comble les fans mais le film ne se hausse pas parmi le sommet de sa filmographie. 

15 juin 2013

The Onion Field / Tueurs de flics (1979) Harold Becker


Gregory Ulas Powell (James Woods en grande forme) est un truand intelligent et psychopathe, les deux allant souvent de pair. Il vampirise un autre minable et fait des coups ici et là. Lors d'une virée, ils se font arrêter par deux flics, Powell les braque et les emmène à bord de son véhicule. Loin de la ville, il décide de les éliminer, il en tue un, l'autre, Hettinger (John Savage), réussit à prendre la fuite. Les deux complices sont très vite arrêtés, le procès commence. Débute alors un cauchemar sans fin, Powell se met à se défendre lui-même et use à merveille des recours, la peine de mort prévue se commuant à perpétuité. Hettinger, le flic survivant, n'arrive pas à se défaire de ses hantises, ravivées par les interminables auditions et reconstitutions qu'il est obligé de faire. Il perd son boulot, est constamment perturbé, cette affaire le ronge...

Film tiré d'une affaire réelle et d'un livre dont l'auteur a signé le scénario, The Onion Field dénonce la procédure complexe de la justice américaine qui permet à des criminels de faire traîner en longueur des affaires, pour peu qu'ils puissent étudier le droit et y développer leur intelligence. La manière dont la police laisse tomber un de ses membres est également pointée. Savage et Woods sont des acteurs suffisamment solides pour que le film ne souffre pas trop des quelques longueurs observées.

That Cold Day in the Park (1969) Robert Altman


Une bourgeoise solitaire, Frances Austen (Sandy Dennis) aperçoit un jeune garçon (Michael Burns) de sa fenêtre, sous la pluie et le froid. Elle ne cesse de le regarder jusqu'à ce qu'elle l'invite dans sa confortable demeure. Le jeune homme se laisse faire, ne dit pas un mot, Frances n'a de cesse de s'occuper de lui et s'attache très vite à cet inconnu.

Le beau visage de Sandy Dennis, son ovale de porcelaine, son chignon, sa retenue cachent un désir fou d'échapper au cadre morbide dans lequel son personnage vit. Entourée de vieillards qui attendent la mort dans un club, elle est étouffée par les conventions et les usages de sa classe. Le garçon qu'elle recueille lui permet de s'affranchir de ces règles mais la distance qui les sépare ne peut être franchie aussi vite qu'elle le voudrait. C'est une histoire d'amour ratée qui se raconte, une incompréhension. Les personnages sont tous originaux, ils ont une forte personnalité, le drame c'est la rencontre impossible entre la fantaisie, la liberté et la solitude, le poids des conventions. Pourtant il ne manque presque rien, un peu de temps peut-être, quelques mots justes, prononcés au bon moment pour que le lien se fasse.

Altman réalise un beau film, un huis clos précis, intime et troublant. Il est étrange que le film n'ait pas trouvé de distributeur, tant ses qualités sont nombreuses.

Sur Hitchcock

          "Un jour, je me suis retrouvée à la fin d'une liste pour interviewer Hitchcock. Ce n'était pas la première fois. Je lui ai dit : "ça va être dur, je suis la dernière." Il m'a dit : "No, I saved a joke for you""

France Roche raconte cette anecdote à Hervé Guibert, in Articles intrépides, Gallimard, 2008 (p. 243)

8 juin 2013

Pork and Milk (2004) Valérie Mréjen


En hébreu devenir religieux se dit littéralement "aller vers la réponse", quitter la religion "aller vers la question".
Mréjen donne la parole à d'anciens ultra-orthodoxes qui sont allés vers la question et même au-delà puisqu'elle ne se pose plus. Ils racontent le moment où ils ont senti puis décidé de franchir le pas.
Ils racontent le carcan des règles et la curiosité, l'envie de connaître le monde extérieur, de lire le journal...
La rupture avec la famille est le prix à payer, cette douleur se fait sentir, ces hommes et ces femmes laissent passer une tristesse, un abandon qu'ils assument. En dépit de cette solitude familiale ils ne sont pas prêts à revenir vers un monde clos.
Tourné à Tel-Aviv, ce documentaire est d'une sobriété exemplaire.
Aucune haine, ni ressentiment, seul le désir d'être libre.

7 juin 2013

Black Hawk Down / La chute du faucon noir (2001) Ridley Scott


1993, c'est la guerre civile en Somalie. L'ONU tente d'apporter des vivres à la population mais des chefs de guerre s'emparent des denrées. Les troupes américaines sont présentes et veulent capturer le général Aidid, chef sanguinaire réfugié dans la capitale, Mogadiscio. La ville est infestée de rebelles qui profite de la présence des civils pour faire rempart. L'opération doit durer trois semaines mais un mois et demi Washington s'impatiente. 
L'opération débute enfin mais rien ne se déroule comme prévu.

Convoi de Humvees, hélicos en appui, groupes limités de troupes au sol, le tout dans une jungle urbaine faite de rues plus ou moins étroites, de bâtiments aux façades éventrées, c'est un véritable cauchemar qui nous est donné à voir, à vivre même car Ridley Scott n'a pas son pareil pour soigner les décors et faire ressentir les sons, les matières, le réel dans toutes ses nuances. Le récit a un aspect "video game" de par la nature de l'affrontement entre les belligérants mais Scott retire beaucoup de glamour et de tonalité épique au film pour en souligner les aspects les plus tragiques, chairs sanguinolentes et peurs du combat associées.
Les troupes américaines se réduisent à une centaine d'hommes expérimentés, les faits sont réels, aussi avons-nous le sentiment de connaître les personnages, c'est une dizaine d'acteurs qui font la richesse de ce casting et chacun a une part assez équivalente : Hartnett, McGregor, Sizemore, Bana, Fichtner, Shepard, Bremner, Bloom, Ivanek...

Une plongée dans la guérilla qui ne donne aucune envie d'en être, un film captivant qui emprisonne son spectateur pour une plongée infernale mémorable.