31 juil. 2013

Shoah (1985) Claude Lanzmann


Documentaire de plus de neuf heures, Shoah évoque l'extermination des juifs par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Lanzmann tourne des images sur les lieux de l'extermination et recueille la parle de survivants tout en piégeant certains participants allemands.
J'avais déjà vu le film il y a longtemps lors de sa diffusion télévisée et m'y replonger durant une journée représente un long voyage qui marque.
La valeur historique de ce document est capitale car ce sont les voix de ceux qui ont vécu le drame qui parlent, la transmission de ces témoignages est fondamentale. Lanzmann a su créer une oeuvre qui maintient une distance permettant l'émotion et la réflexion.
Le montage est fait de sorte que ces voix individuelles se rejoignent et forment une réalité poignante, réalité que n'assument pas les allemands interrogés.
Souvent la parole recueillie recouvre les lieux où se sont déroulés les événements, dans cet entre-deux se glisse l'horreur, oui, cela a été, cela s'est passé. Nous n'avons rien vu et pourtant nous avons peine à le concevoir, il n'est pas surprenant que ces témoignages n'ont pas été crus après la guerre, pas étonnant que les mots semblent si dérisoires pour les relater. Shoah réussit à nous faire prendre conscience de cette catastrophe, c'est un travail remarquable.

30 juil. 2013

Two Friends (1986) Jane Campion


Beau téléfilm qui contient beaucoup de l'oeuvre à venir, les problèmes de l'adolescence mais plus encore ceux liés à une difficulté à intégrer une réalité normative. Kelly peut très bien devenir Sweetie qui est le film qui sera tourné une poignée de mois plus tard.
Adolescence, famille, amusant de voir que les deux amies sont au coeur du film mais d'autres couples gravitent autour, qui eux, pour la mère de Louise c'est une réelle amitié qu'elle partage avec Alison, sont confrontés également à l'autre. 
Le fait de partir d'une construction en flash back permet de repérer le moment où tout bascule, où la séparation s'établit, ici le refus du beau-père de  Kelly d'intégrer la prestigieuse "City Girls" en dépit de sa réussite à l'examen d'entrée. Séparation dont les germes pointent ici et là.
Campion nous montre tous les méandres d'une relation, ses différentes couleurs, ces instants salé/sucré mais aussi les rêves que l'on se promet de vivre. Le propos est assez simple mais le traitement est si honnête qu'il empêche, pour ma part, de voir le film comme une oeuvre à vocation pédagogique, rubrique psycho.

22 juil. 2013

Le corps de mon ennemi (1976) Henri Verneuil


François Leclercq (Jean-Paul Belmondo) sort de prison pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Il parcourt la ville afin de retrouver les commanditaires.

Voix off dominante, flashbacks récurrents, le film est trop long, on peine, au début des scènes, à savoir si nous sommes avant ou après le séjour carcéral. La réalisation est paresseuse, proche d'un téléfilm, quant à la musique de Francis Lai, je ne la trouve guère séduisante. En somme, de nombreux griefs s'amoncellent.
Ce qui reste ? Les dialogues souvent enlevés d'Audiard et les acteurs. Belmondo fait son Belmondo, ce n'est pas sa meilleure prestation mais il ne sombre pas dans les pitreries à venir, Marie-France Pisier est superbe, Blier est aussi bon que d'habitude, quelques autres acteurs traversent le cadre, Nicole Garcia, Jean Dasté, Bernard-Pierre Donnadieu, à signaler la prestation amusante de Claude Brosset en travesti sadique.
La peinture de la bourgeoisie de province est poussive, peinte à gros traits.
C'est un Verneuil que j'ai découvert et que je ne reverrai pas, les deux heures ont été assez pénibles.

21 juil. 2013

Ace in the Hole / Le gouffre aux chimères (1951) Billy Wilder


Sunset Boulevard, réalisé un an plus tôt, traitait déjà, à sa façon, de l'ivresse de l'image, de la fascination qu'elle exerçait sur ses victimes. Avec Ace in the Hole, c'est l'écrit qui est abordé. 
Kirk Douglas interprète un journaliste, Chuck Tatum, qui surgit, voiture embarquée par une dépanneuse, au Nouveau Mexique. Il a été viré de son journal à New York, en a fréquenté d'autres et se propose au journal local. Son rêve est de prendre sa revanche. 

Le besoin avide d'occuper la une, d'être à la page, d'exister, d'être célèbre est abordé dans le film, la vérité qui est l'exigence du journal local subit les affronts de l'arrivisme, de la finalité peu importe les moyens. Tatum illustre parfaitement ce schéma mais il incarne plus encore celui qui veut mener la danse, celui qui veut contrôler, avoir le pouvoir, les scènes sont nombreuses où il domine son ou ses interlocuteurs. Il faut l'énergie d'un Kirk Douglas pour rendre l'interprétation crédible car le personnage a un pouvoir de conviction immense, il n'est pas dénué de qualités seulement celles-ci sont mises au service d'un goût pour la gloire douteux, ou d'un désir de vengeance malsain.
Douglas, comme dans d'autres rôles, joue habilement sur les deux registres, celui de la rage destructrice, d'un homme qui ferait tout pour atteindre son but. Le visage de l'acteur a des traits qui font parfois peur, emplis d'une vulgarité distillée par la morale douteuse du personnage. Néanmoins Wilder nous le fait voir aussi dans son humanité compatissante, lorsque Tatum se rend compte qu'il est allé trop loin, lorsqu'il ne contrôle plus. Douglas sait se rendre aimable et la rédemption n'est pas loin.

C'est un excellent Wilder, les cadrages sont souvent percutants, ils diffusent une énergie propre au personnage et à la violence avec laquelle il se fraye un chemin pour arriver à destination. Le propos est noir et juste. 

"Bad news sells best"

20 juil. 2013

The Taking of Pelham One Two Three / Les pirates du métro (1974) Joseph Sargent


A New York quatre hommes s'emparent d'un wagon de métro, de ses passagers et exigent un million de dollars.

C'est un excellent film, le suspense est au rendez-vous, le récit se suit sans temps mort. la distribution réunit une brochette de bons acteurs : Walter Matthau dans le premier rôle, Martin Balsam et des acteurs aux noms moins connus mais dont les visages retiennent notre attention comme Robert Shaw ou Kenneth McMillan qui a une petite scène.
L'humour qui parsème le film est le bienvenu mais ce que j'ai préféré est l'atmosphère multi-ethnique du film, la représentation de la population new yorkaise, on ressent une variété d'individus au fort caractère, des gens attachés à leur job qui veulent absolument faire le maximum dans la tâche qui leur est confiée, le film montre admirablement cela tout en suivant le fil narratif de l'action.
Notons que les jurons fusent allègrement au fil des répliques et que l'irrévérence, l'ironie et les sarcasmes pleuvent. Un film solide.


5 juil. 2013

Je rentre à la maison (2001) Manoel de Oliveira


Un vieil acteur, Gilbert Valence (Michel Piccoli) perd tragiquement sa femme, sa fille et son mari laissant un enfant, Serge.
De Oliveira nous montre l'acteur au travail puis dans son quotidien. Il semble résister à la douleur là où beaucoup s'effondreraient. Des rituels scandent le film, un café pris à la même place, journal en main, la sieste et les rideaux tirés, le bonjour de Serge au petit matin... De l'humour (l'homme au Figaro), des irritations (Gilbert et son agent ambitieux), la vie qui passe.
Et puis les choses se dérèglent, Gilbert est fatigué, ne retient pas bien son texte, n'a plus envie. Est-ce le choc de la perte qui surgit brutalement, à contre-coup, est-ce la mort qui s'approche doucement ? Nous n'en savons rien et le regard inquiet de Serge sur son grand-père lorsqu'il le voit rentrer chez lui, hagard, presque titubant est beau parce qu'il contient toute cette incertitude, la peur de perdre celui qui reste.