31 août 2013

G.I. Jane / À armes égales (1997) Ridley Scott


Je n'avais pas vu ce Ridley Scott qui jouit d'une pâle réputation, le titre original est quand même suicidaire, mais Ridley Scott, première raison pour voir le film ! 
Alors je m'y colle.

Une sénatrice (Anne Bancroft, deuxième raison pour voir le film) veut imposer plus de mixité à l'armée et notamment dans les commandos d'élite. Ses opposants lui proposent de faire participer une femme dans les sélections les plus difficiles : les Navy Seals. 
Le Lieutenant O'Neil (Demi Moore, désolé mais là, ce n'est pas une raison supplémentaire) sort du lot, c'est elle qui doit relever le défi.

Je dois dire que j'ai été surpris, je m'attendais à quelque chose de plus grossier et c'est d'abord un grand film d'action que j'ai vu , les scènes de sélections concernant le programme physique et psychologique sont rudes pour les nerfs. Demi Moore s'en sort pas mal et si l'on excepte quelques plans où l'actrice est vue, en pleine forme, en train de suer avec toute l'esthétique requise, elle reste crédible. Ridley Scott sait évidemment faire mousser son sujet. Le scénario obéit aux règles habituelles : les opposants qu'elle doit convaincre, l'abnégation et la volonté mais tout ceci fait partie du genre et l'essentiel est que le rythme suive avec l'efficacité émotionnelle qui va avec. C'est bien réalisé, que demande-t-on de plus ?
Le propos lié à la présence des femmes dans l'armée est original et traité sérieusement, aujourd'hui il faudrait passer au harcèlement dont elle font l'objet, voire pire. Mais c'est un début.
L'opération finale en Libye est peut-être de trop. 
Au final, Bancroft est géniale en garce politique, Mortensen l'est tout autant en Master Chief intraitable et une chose subsiste : aucune envie de suivre ce genre d'épreuves si ce n'est devant l'écran.

This Happy Breed / Heureux mortels (1944) David Lean


Noel Coward était si heureux du succès de In Which We Serve qu'il demanda à ses protégés de continuer à adapter ses pièces à l'écran. Ainsi Anthony Havelock-Allan, David Lean et Ronald Neame créèrent une société de production pour exaucer ce souhait.
La pièce date de 1939 et présente le quotidien d'une famille anglaise de la petite bourgeoisie vivant à Londres durant l'entre-deux guerres.
Le défi pour Lean était de réussir à captiver le spectateur avec un sujet si dénué d'action.
Aidé par une distribution superbe, par un Technicolor magnifique (veuillez excusez les adjectifs élogieux), le film ne peut que plaire aux âmes bien faites. 
Loin des futures grandes productions qui feront sa renommée, Lean prouve qu'il excelle également dans l'intime. Que d'émotions nous vivons à franchir les années avec ces personnages, nous ressentons avec force le drame lorsqu'il surgit brutalement, nous rions avec eux, nous nous réchauffons au coin du feu. Tout est faux, bien sûr, mais n'est-ce pas du génie lorsque cet artifice qu'est le cinéma nous fait ressentir autant d'émotions ? Chaque détail, chaque intonation, les regards échangés par les acteurs, tout nous ravit.
Cette maison, ce décor, qui est vide deux fois, vibre d'une intensité émouvante une fois la porte refermée, l'on se dit que oui, nous pourrions vivre parmi eux. Coward voulait présenter les anglais face à l'adversité, unis dans les difficultés de la guerre, c'est réussi.
Le sentiment du temps qui passe, la manière dont les événements se succèdent, dont les personnages apparaissent ou disparaissent est un autre tour de force. 
Un pur moment de cinéma.

30 août 2013

Summer of Sam (1999) Spike Lee


Spike Lee met en images l'été 1977 qui vit "Son of Sam", un serial killer, sévir à New York, son mode opératoire étant de tuer des couples en voiture ou des brunes dans la rue à l'aide d'un revolver de calibre .44.
Film de genre mais, Spike Lee oblige, l'angle d'approche est ethnique ainsi nous vivons l'intrigue par le biais d'un groupe de mafieux locaux italiens qui, peu à peu, vont devoir se mêler de l'affaire étant donné que les meurtres ont lieu dans leur quartier. Comme ils sont totalement abrutis, ils vont suspecter celui de leur communauté qui présente le plus de différences avec eux, où l'on voit que l'exclusion n'est pas l'apanage d'un groupe déterminé, certes.
Une distribution agréable (Brody, Sorvino, Gazzara, Starr, LaPaglia, Imperioli...) nous réjouit mais l'on reste sur sa faim, l'émotion ne vient pas et c'est avec un certain désintérêt que nous patientons durant plus de deux heures. 

La chamade (1968) Alain Cavalier


Lucile (Catherine Deneuve) vit dans le luxe, Charles (Michel Piccoli), son amant ayant les moyens de le permettre. Soirées où l'on bavarde autour de quelques whiskys dans des demeures richement décorées, jours qui coulent. Lorsque Lucile tombe amoureuse d'Antoine (Roger Van Hool), une jeune homme qui travaille dans l'édition, ce dernier lui demande de choisir. Antoine n'a pas d'argent, ne peut lui promettre la vie qu'elle a menée jusqu'à présent, Lucile accepte et travaille, change de vie...

Il ne faut pas s'arrêter à l'insouciance des personnages, à leur frivolité, leur oisiveté. En tout cas ne pas croire que le film aura la même teneur, la même superficialité car il y a de la vacuité, de la superficialité dans ces comportements où tout semble fragile, creux. Seulement le récit est tiré d'un roman de Sagan, qui en a écrit le scénario avec Cavalier, et si vous avez lu Sagan vous savez que derrière la façade pointent les vrais sentiments, les émotions profondes.
L'oisiveté, les plaisirs assumés, vécus pour eux-mêmes sont propres à l'univers de l'écrivain et la première scène est révélatrice de cet éthique, nous y voyons Lucile se lever et prendre la lumière du jour avec une extase peu commune. Plus tard, en lisant un passage de Faulkner, elle évoquera ce credo épicurien, cette obligation de suivre les plaisirs. C'est une manière de comprendre son parcours. Elle tentera sincèrement de vivre avec Antoine, elle tentera de vaincre le dénuement, la tristesse de la chambre, les plaisirs absents, de dompter la résignation, la patience, le manque d'imprévus, de possibilités mais sa nature profonde est celle d'une liberté, d'un style aérien. Nous pourrions nous moquer, affirmer qu'avec de l'argent nous pouvons tout faire, je ne le crois pas. Apprécier les belles choses n'est pas une question de moyens, Lucile est fantasque mais sincère et sa souffrance au petit matin dans la scène finale est magnifique par ce qu'elle lutte contre elle-même et cela n'est pas possible.
Lucile est une femme moderne, pressée par Charles et par Antoine de garder l'enfant qu'elle porte, elle le refuse. L'IVG est interdite dans la France de l'époque mais cela n'a aucune importance, elle le refuse car un enfant ne correspond aucunement à la philosophie de la vie telle qu'elle la conçoit. Un enfant est une privation de liberté, même avec deux nurses, aussi n'a-t-elle aucun mal à s'en défaire. Charles bien compris la nature de Lucile et, loyalement et intelligemment, il accepte de se mettre en retrait tout en sachant qu'elle lui reviendra. Il exerce une forme de charme, de sortilège en laissant simplement la porte ouverte, une porte dorée, sertie de diamants. Antoine n'a pas seulement peu de moyens, il a la fougue de la jeunesse et celle de l'amour romantique, il veut enfermer Lucile dans une possession, une exclusivité qu'elle ne peut supporter bien longtemps.
Cavalier, aidé par Pierre Lhomme, filme merveilleusement cette femme, jouant des lumières artificielles et naturelles pour lui donner la subtilité qu'elle dégage.

Deneuve, d'une beauté renversante, habillée par Yves Saint Laurent, illumine nos regards. Il faut bien cela, et le talent de Sagan, pour percevoir, derrière les colliers, les étoffes, un coeur qui bat.

29 août 2013

Killer of Sheep (1977) Charles Burnett


La vie de tous les jours dans le ghetto noir de Watts, à Los Angeles, durant les années 70.
Stan (Henry G. Sanders) travaille dans un abattoir où il tue majoritairement des moutons (le titre fait référence à son métier mais aussi à ceux qu'il compte sans cesse lors de ses nuits d'insomnies), il travaille pour pas grand-chose et a du mal à joindre les deux bouts. Une fatigue morale s'empare de lui, une déprime qui le fait renoncer aux avances de son épouse, qui ne lui donne goût à rien. 
Mais le moral revient, sans que l'on s'y attende.

Burnett a l'art de laisser le temps s'installer dans les plans, scènes où l'on ne fait rien, si ce n'est être ensemble, scènes nombreuses où les gamins du quartier s'amusent, grimpent partout. Le décor est pauvre, terrains vagues sur fond de palmiers mais il subsiste une dignité et une envie d'y arriver, malgré les contraintes. Burnett montre également la violence, la tentation de la délinquance mais l'essentiel réside dans les notions d'entraides, de dépassement de soi car il faut beaucoup de courage et de volonté pour ne pas se laisser aller aux facilités.
La beauté formelle du film est évidente, un sens du cadre, de l'usage de la lumière...
C'est un film qui n'aurait pas du rester sur les étagères. Il n'a pu être distribué qu'en 2007, et en dvd, car Burnett n'avait pas les droits des 22 morceaux de la bande-son qui, racontent un parcours dans la musique noire américaine.

Contagion (2011) Steven Soderbergh


Un virus se propage rapidement sur la planète, que faire ? Comment ça marche ? Qui fait quoi ? Soderbergh, accompagné d'une distribution affolante, s'amuse à imaginer toutes les différentes phases d'un désastre épidémique et cela fonctionne. J'ai été pris par les enjeux de cette hypothèse. Parfois nous aimerions suivre certains personnages mais le récit nous ramène à un collectif constant où les détails comptent plus que les petites histoires. Il y a là un parallèle fait avec la situation de crise, "penser global, pas personnel", le film pratique la même démarche puisqu'il parie sur un traitement presque documentaire (la forme est très travaillée) laissant les possibilités narratives en plan, abandonnant des personnages un peu plus en avant à la maladie, développant les enjeux moraux, les dilemmes.
C'est court, généraliste mais le film donne une idée assez juste de ce que pourraient être les enjeux d'une épidémie  grande échelle.
A part ces considérations, je trouve le score de Cliff Martinez beaucoup trop proche de ce qu'ont fait Trent Reznor et Atticus Ross sur The Social Network.

28 août 2013

Per le antiche scale / Vertiges (1975) Mauro Bolognini


Brion présentait le film, lors de sa diffusion à la télévision, en citant Mauro Bolognini : "J'ai voulu que le public s'approche de la folie". Passée la stupeur initiale et toutes les craintes, nous devrions nous rendre compte que cet univers n'est pas si effrayant ou si étrange que cela, il repose sur de la raison.
C'est le personnage de Anna Bersani (Françoise Fabian) qui nous sert de témoin, assistante universitaire elle rejoint l'équipe du professeur Bonaccorsi (Marcello Mastroianni) qui règne sur un asile où il fait l'admiration de tous et de toutes, de toutes car c'est trois maîtresses qu'il fréquente, chacune sachant que les autres le sont aussi. Les fous n'ont pas de pudeur, leur érotisme, leur sexualité n'est pas bridée, ils laissent libre cours à leurs envies, il semblerait que Bonaccorsi soit imprégné des comportements qu'il a quotidiennement sous ses yeux.
Anna va s'opposer à lui, en refusant ses avances maladives et en s'opposant à ses théories qui voudraient que la folie soit le fruit d'un germe, d'un microbe qu'il faut identifier pour pouvoir le combattre et éradiquer l'aliénation d'un individu. Anna a une approche qui touche davantage au milieu familial, social dans lequel le patient a évoluer, elle travaille sur son histoire et obtient des résultats tout en prouvant à Bonaccorsi qu'il se trompe. ce qu'il ne supportera pas. 
Effectivement, le milieu dans lequel les personnages s'animent, cet asile, devient assez vite familier au spectateur et lorsque, pour une sortie ou pour un départ définitif, ces mêmes personnages sont à l'extérieur, dans la vraie vie, celle-ci nous paraît plus effrayante, plus aliénée. Ce qui est normal puisque c'est une Italie fasciste qui sert d'ancrage historique au récit. Une folie au pouvoir.
L'on ne sait ce que peut faire Bonaccorsi s'il rejoignait les hordes fasciste au pouvoir...

Sur la forme un halo esthétisant pare le film et le dessert un peu, le thème de la folie n'a peut-être pas besoin d'une touche sucrée pour charmer le spectateur d'autant plus que les scènes érotiques sont plus percutantes lorsqu'elles se déroulent dans un cadre médical sans pour autant les distancier avec ce voile pudique. Les liens entre le pouvoir et le sexe parcourent le film, Bolognini filme de hauts corridors, des salons percés d'une lumière crépusculaire d'un bel orangé, les décors oscillent entre la pauvreté des murs où vivent les patients et la richesse feutrée de la direction. Anna Bersani incarne un avenir, une modernité plus lucide, qui apporte de l'espoir dans un monde totalement déviant.

Baby, the Rain Must Fall / Le sillage de la violence (1965) Robert Mulligan


Baby, the Rain Must Fall est une petite déception, je ne sais pas assez de choses sur le film pour comprendre certains choix mais celui de Steve McQueen (Henry Thomas) me paraît maladroit. Non pas à cause de son jeu, même si sa moue boudeuse lorgne trop vers celle de son aîné, James Dean mais bien plus parce qu'il n'a pas l'âge du rôle, il aurait fallu un acteur un peu plus jeune pour apporter de la crédibilité au personnage coincé entre désir de plonger dans la musique et désir de fonder une famille. D'ailleurs les séquences chantées où McQueen est doublé sont ridicules et doivent s'oublier au plus vite.
En revanche Lee Remick (Georgette Thomas) est exceptionnelle. C'est à travers son personnage que le spectateur vit le film, comme un peu éloigné des choses, de la réalité. En cela, le choix discutable de McQueen n'est pas si dénué de sens puisque nous sommes censés, comme Lee Remick, ne pas vraiment le comprendre. Regarder une vie brûler, par fragilité émotionnelle ou absence d'acuité intellectuelle, et ne rien pouvoir faire si ce n'est fuir, c'est le propos du film. Henry Thomas ne maîtrise rien, vit sur l'instant, s'engage dans ses chansons comme dans la vie : si cela se présente. Il n'envisage pas la totalité du spectre, équilibrant les différentes parties, évaluant l'une en envisageante l'autre. Ce que lui reproche, brutalement, Kate, la vieille dame qui est son tuteur de conditionnelle, le fait qu'il ne sois pas bon, que le mal vit en lui, est juste dans son constat. Il agit avec instinct, avec son impulsivité...
Georgette, innocente, regarde avec amour et incompréhension, avec stupeur cet animal, parfois doux, parfois violent. Mulligan filme Colombus de la même manière, montrant ces espaces désertiques où tout est possible, comme la maison isolée que choisissent les Thomas, espaces beaux, sauvages, ennuyeux, mélancoliques, c'est l'humeur qui décide.
Georgette repart comme elle est venue, seule, Slim pourrait vivre avec elle, peut-être seraient-ils heureux ? Mais Slim ne dit rien. Nous pensons à Muriel dans Les deux anglaises et le continent : "La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas."

26 août 2013

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette (1978) Jean Yanne


Jean Yanne se moque de la télévision, de ses jeux stupides, de son personnel stupide et cupide, de sa vacuité. Nous sommes bien d'accord mais cette dénonciation même est inutile, en tout cas, elle ne m'intéresse guère, sauf traitée comme dans Network
Le pire étant cette soupe disco qui ne cesse de dégouliner, soupe de l'époque mais il est difficile d'ingérer au milieu du film un clip des Village People, pour qui j'ai toujours eu la plus extrême détestation, puis les gesticulations de Mimi Coutelier, le pire étant la chanson-titre...
Ce qui sauve le film du naufrage total, ce sont les parodies de publicité, le numéro de quelques acteurs dont Jean-Pierre Cassel en présentateur, quelques blagues ici et là mais pas plus. 

22 août 2013

Arabian Nights / Les mille et une nuits (1942) John Rawlins


Disons le tout de suite, Maria Montez me laisse froid. Elle interprète Shéhérazade pour laquelle tous les hommes succombent. Seule la scène de danse finale m'a ébloui et, de la manière dont elle est montée, nul doute que Montez n'y soit pas pour pas grand chose.
Si je laisse de côté l'intrigue dont je me suis désintéressé assez vite, il faut se souvenir de ce film pour l'exotisme de ses charmes, crée de toutes pièces mais qui agit en nous comme Tintin et les Picaros qui vient d'être acheté et lu aussitôt par un jeune garçon sur le siège arrière de la voiture qui le ramène à la maison. 
Rien de sérieux ici, si ce n'est une application pour honorer le contrat : divertir. Les décors visibles n'empêche pas du tout le charme d'opérer, il en fait sa substance et les couleurs du Technicolor, couleurs supervisées par la "bitch" Kalmus, sont superbes. C'est l'édition dvd (Bach films mais pour celui-ci Bach n'est que le distributeur, la copie provient de Universal) que j'ai eue entre les mains, elle laisse entrevoir ce que peut être l'éblouissement d'un master HD, ce serait beau !
Les acteurs sont corrects, le fond de teint qui leur imprime un orientalisme prononcé est souvent visible, l'accent sud-américain de Montez éclate à chaque instant mais qu'importe, l'action, les bagarres (et le ventre de Billy Gilbert), la bonhomie de Sabu, les montagnes du Colorado, le tout nous emporte vers une jeunesse tolérante qui succombe aux parfums bon marché de l'illusion propre aux contes.
Un petit enchantement, made in Hollywood.

Pulp Fiction (1994) Quentin Tarantino


Je me souviens encore de l'enthousiasme après être sorti de la salle, je regagnai la chambre de la cité universitaire avec le sourire aux lèvres. En choisissant de le revoir hier je n'étais absolument pas certain de passer par les mêmes émotions.
J'avais tort car le film est toujours aussi jouissif.
Ce qui m'a le plus frappé ce sont les dialogues à rallonge, autour de sujets d'une banalité extrême mais que l'on écoute avec un plaisir intense. Le film pourrait se jouer sans que nous ayons à le voir, il suffit de faire attention à ce qui est raconté. Souvenez-vous de l'importance de l'histoire que devait raconter Tim Roth dans Reservoir Dogs, sa crédibilité devait passer par la validité de son discours. l'histoire, si elle était racontée avec suffisamment de force, doit non seulement intéresser l'auditeur mais rendre celui qui la raconte réel.
C'est la même chose ici, le film tient, les personnages tiennent parce que nous les écoutons, toutes ces voix, ces textures différentes, ces rythmes forment une musique des plus captivantes, même lorsqu'elles sont déformées par les interphones et les micros.
D'accord pour le son mais les images ?
Ce qui est drôle c'est que les dialogues n'ont souvent rien à voir avec les actions, ce que font les personnages. Il y a un décalage constant, ce qui captive davantage.
Ajoutons l'humour, l'action, l'émotion, la virtuosité du montage et nous avons un film qui diffuse du plaisir en pagaille.
Malgré la coupe de Thurman, la coupe de Travolta (ressuscité après un tunnel de quelques années qui sentait férocement le navet persistant), la coupe de Samuel Jackson, tout est jouissif, mêmes ces coupes d'ailleurs. Les situations ont un côté grand-guignol (voir la définition de ce qu'est le pulp exhibée au début du film), les chapitres soulignent l'écriture du film, son artifice, le surenchérissement des péripéties (Tex Avery n'est pas loin, Keitel emprunte les fines moustaches et la classe un peu ringarde de son loup, ainsi que son nom).
Le nombre impressionnant de scènes parfaites classe le film assez haut dans mon panthéon personnel

19 août 2013

Dimenticare Palermo / Oublier Palerme (1990) Francesco Rosi


Film d'un pessimisme absolu, Oublier Palerme présente le pouvoir de la mafia comme un système incontournable qui ruine la ville (et par extension le pays) en laissant le patrimoine historique en décrépitude, le menuet des soeurs, les palais à l'abandon, les princes relégués dans des hôtels en sont les quelques exemples exhibés.
La violence, la manipulation, l'emprise de la mafia sont dans les détails, dans la façon qu'ont les individus de répondre évasivement aux questions posées, elle est là tout en étant invisible. Les séquences liées au jasmin sont révélatrices du vampirisme qui règne sur la population. Palerme est vivante, les scènes du marché, les petits restaurants, les habitants chaleureux et cependant fantomatique.
Belushi et Rogers ne sont pas convaincants, ils n'habitent guère leurs personnages, cela n'empêche pas le propos de passer au-dessus de cet écueil et de donner une force sombre au récit.

The Lodger / Jack l'éventreur (1944) John Brahm


John Brahm adapte le récit de Marie Belloc Lowndes, après Hitchcock en 1926.
Nous retrouvons l'atmosphère de terreur et de panique qui règne sur les pavés et les eaux usagées qui s'écoulent dans les rues mais ce n'est pas là le principal attrait de cette version.
C'est Laird Cregar qui fascine, il interprète Slade. Il n'a pas le visage élégant d'Ivor Novello, ni l'apparence spectrale de Jack Palance qui reprendra le rôle en 1953 mais ce mélange entre un Peter Lorre et un Vincent Price empâté fait mouche. La douceur de sa voix et les conflits intérieurs qui le rongent sont extrêmement bien rendus par l'interprétation de Cregar, il arrive à faire naître la peur et la compassion ce qui est une performance.
Pour rester sur l'interprétation, le casting est réussi, Merle Oberon donne de l'intelligence à son personnage et le couple Bonting l'est tout autant, Cedric Hardwicke et Sara Allgood sont des acteurs solides. Etrangement seul George Sanders n'a pas l'air à sa place, c'est l'impression que j'ai ressentie alors que Sanders fait habituellement ma joie.
Il y a des moments assez ennuyeux dans le film, disons moins forts, c'est la succession des meurtres, la lente danse de séduction entre Kitty et Slade mais cela est sans doute le fruit de la récente vision du Fregonese. En revanche lors de la séquence du meurtre de Jennie, le film prend une dimension bien plus sombre, plus hystérique, la mise en scène se fait plus expressive. La dernière scène entre Oberon et Slade est également admirable, le reflet démultiplié de Cregar est facile mais opportun, c'est encore le jeu de ce dernier qui capte l'attention. La suite du récit, la traque dans le théâtre est un beau travail de montage et de cadrage, les angles de prise de vues ajoutent à la tension. 
C'est une superbe version, au final, qui est donnée par Brahm. Le film mériterait une reprise pour pouvoir pleinement apprécié le travail de Lucien Ballard.

18 août 2013

Neotpraviennoye pismo / La lettre inachevée (1959) Mikhail Kalatozov


Dès le premier plan, un avion quitte quatre individus qu'il vient de poser en pleine nature, la beauté des images nous frappe avec une intensité qui ne va pas s'atténuer, bien au contraire.
Ces quatre individus sont des géologues et leur guide. Le chef de l'expédition est Sabinine (Innokentiy Smoktunovskiy) aidé par un jeune couple de scientifiques de la même spécialité, Tanya et Andrei (Tatyana Samoylova et Vasili Livanov), accompagné par un guide, Sergei (Evgeniy Urbanskiy). La nature : le plateau sibérien et ses vastes espaces.
A la recherche d'une mine de diamants, le groupe va être pris dans un feu de forêt, les difficultés prennent des proportions dramatiques.

Les personnages sont, à l'exception de Sergei qui est envoûté par les charmes de Tanya, motivés par un sens de la collectivité proprement soviétique, trouver le filon leur apporterait la gloire, la richesse mais aussi le prestige de la pierre apportée à l'édifice commun. Tous ont une force de caractère, un sens du sacrifice et une ténacité qui les amène à dépasser leur limite, la puissance de la nature, la grandeur des espaces parcourus exigent ces comportements.
Le style du film est d'une beauté étonnante, les plans, les cadres, le montage, les mouvements de caméra vous font sentir une énergie, un dynamisme qui ne peuvent laisser insensible. Les adeptes d'une mise en scène sobre seront heurtés par les effets dégagés par la forme du film, ceux qui n'ont rien contre une esthétique expressionniste goûteront les scènes hallucinantes qui se succèdent sans laisser au spectateur le temps de se reposer de tout cet enchantement.
Je ne décrirai pas les moments qui m'ont semblé les plus remarquables, ils sont nombreux mais c'est avec une sorte de choc émotionnel et de ravissement esthétique que j'ai découvert ce film, il me sera délicieux de le contempler encore.


17 août 2013

Paris vu par... (1965) Jean Douchet, Jean Rouch, Jean-Daniel Pollet, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol


Au moment même où la Nouvelle Vague, après avoir connus des succès retentissants, subit des échecs, des remarques négatives, Barbet Schroeder monte ce projet qui peut constituer une sorte de manifeste, d'empreinte cinématographique de ce que la Nouvelle Vague peut être au moment de son déclin, au moment également où chacun va partir dans des directions différentes. Le but est de faire léger, de faire libre : pratiquement pas de salaires, acteurs non-professionnels souhaités, son synchrone recommandé et usage du 16mm. le tout autour d'un sujet : Paris, qui doit être traité comme un ensemble de quartiers autonomes, chaque réalisateur choisira un quartier et ne saura pas ce que feront les autres, chaque réalisateur aura sa propre équipe.
Jean Douchet raconte, dans les suppléments de l'édition dvd Opening, que Schroeder a écarté certains noms, choix qui découle de la lutte interne des clans au sein des Cahiers du Cinéma aussi Rivette est hors-jeu puisqu'en désaccord avec Rohmer, chéri par Schroder (les films du Losange, la société de Schroeder se confond avec le nom de Rohmer), Truffaut également puisque soutenant Rivette. Voilà pour la petite histoire.
Nestor Almendros raconte dans Un homme à la caméra (Hatier, 1991) que le choix du 16mm était plus contraignant que le 35 car exigenat plus de lumière pour pouvoir supporter le gonflage alors qu'à l'époque des pellicules suffisamment sensibles étaient disponibles et auraient abouties à un meilleur résultat, la théorie était trop belle pour fronder avec du 35.


I : Saint-Germain des Prés / Jean Douchet
Jean Douchet n'avait pas envie de traiter Saint-Germain des Prés mais le Marais néanmoins, aidé par Almendros venant tout juste de débarquer de Cuba, il se met à la tâche et raconte l'histoire d'une jeune américaine (thème très nouvelle vague) séduite par la ville, tellement séduite qu'elle ne voit pas les stratagèmes d'un petit séducteur qui se fait passer pour un riche jeune homme. Ce dernier existe, il lui prête son appartement et sa voiture mais la jeune américaine, en dépit de la supercherie éventée, décide quand même d'aller revoir son premier amant. peine perdue, il est déjà avec une autre. 
L'introduction est très belle, elle commence par une voix-off qui décrit le quartier en une manière documentaire et bascule dans la fiction en décrivant les lieux et les itinéraires de la rencontre sans les acteurs jusqu'à les retrouver dans le lit. On pense aux libertés prises par Guitry.


II : Gare du Nord / Jean Rouch
Jean Rouch voulait "montrer ce qui précède le drame", prendre un faits divers et le raconter en un plan-séquence car la dernière minute, chargée dramatiquement, était importante. 
Nous voyons un couple (Nadine Ballot et Barbet Schroeder) au petit-déjeuner, conversation banale, scène banale, mais peu à peu la discussion s'envenime. Elle se révèle insatisfaite de cette vie, des petites ambitions de son mari qui préfère "être couillonné que couillonneur". Elle quitte l'appartement avec fracas. Dans la rue elle rencontre un autre homme (Gilles Quéant) qui a failli l'écraser, il abandonne sa voiture et la suit. Il a envie de se suicider, séduit par ce visage il parle de lui, lui propose de partir avec lui. Tout chez lui représente ce qu'elle espère de la vie : il a de l'argent, préfère dévoré plutôt que de l'être, veut voyager, l'aventure, l'imprévu. Elle refuse, il compte jusqu'à dix, lui laissant le choix, elle réaffirme son refus, il se jette d'un pont.
Le choix du plan-séquence (quelques cuts subsistent) insiste sur le hasard des rencontres, sur les mots que l'on peut prononcer et la différence des choix que l'on peut faire, sur la complexité de la vie.


III : Rue Saint-Denis / Jean-Daniel Pollet
Celui-ci est très drôle, Claude Melki (compère du réalisateur) joue le client d'une prostituée interprétée par Micheline Dax. Ce pourquoi les deux êtres se rencontrent ne cesse de faire l'objet d'un report, en effet, la prostituée s'amuse du regard lunaire de son client, se rit de ses vacances passées à Limoges, ils discutent puis finissent par prendre un repas, puis le café, et la lecture du journal, les faits divers, pour se divertir...
Lui, attend.
Poésie du sordide, du quotidien, comique de caractère entre la timidité du client et le bagout de la pute, totalement vampirisante. Lorsqu'elle finit par lui proposer de faire ce pour quoi il était venu, nous avons peur pour lui.


IV : Place de l'Etoile / Eric Rohmer
Description de cet espace particulier qu'est la Place de l'Etoile, au centre l'Arc de Triomphe à partir duquel convergent, de manière régulière, douze avenues. L'espace au centre n'est guère fréquenté que par les touristes, les parisiens gravitant dans la périphérie, franchissant les chaussées sur les passages piétons prévus à cet effet. Attention, s'y aventurer est hasardeux. Nous y voyons un homme faire son parcours entre la sortie de métro et le magasin où il travaille (Sollers y fait une visite, jouant un client qui a besoin d'un pyjama). Il arrive avenue de Wagram et doit se rendre à l'opposé, avenue Hugo, il prend donc le risque maximal. Douchet raconte que Rohmer avait des théories fantastiques à propos de ces trajets, des risques importants encourus par le piéton qui peut s'accrocher avec un automobiliste, un autre piéton (ce que fait notre héros), une séquence montée avec des gros titres de fait divers insiste sur ce point. Le film en est la démonstration mais il souligne également, avec une rigueur toute géométrique et mathématique, qu'une ville où l'on est libre laisse le choix au citoyen de se rendre d'un point à un autre par des chemins différents. Sachant que le chemin le plus court n'est pas forcément la ligne droite car pour pouvoir atteindre son but il faut parfois se résoudre à prendre des chemins détournés. Ce que Rohmer saura démontrer avec talent dans des films à venir.
Une merveille de précision et d'humour.


V : Montparnasse et Levallois / Jean-Luc Godard
Après avoir adapté Le Mépris, Godard Adapte La Méprise, une nouvelle de Giraudoux qui faisait l'objet d'une anecdote dans Une femme est une femme. Il est question d'une jolie demoiselle qui envoie deux pneumatiques à ses amants. Elle se rend compte qu'elle a échangé les courriers. Elle se précipite alors chez le premier et, insidieusement, se met à lui dire la vérité en prenant des précautions, au premier abord le sculpteur, car c'est un sculpteur (action-sculpteur même) lui pardonne puis, rattrapé par les sentiments, la met à la porte. Elle se précipite chez le second, un carrossier, elle recommence le même manège mais lui aussi la met à la porte, en prenant soi de lui montrer la lettre reçue : c'était bien celle qu'il devait recevoir. La méprise.
Ce court est sous-titré : "un action-film organisé par J.L. Godard et filmé par Albert Maysles". Ce dernier a été évoqué par Schoeder qui l'a rencontré aux USA, Godard l'a invité à Paris et lui a demandé de filmer ses acteurs comme un documentaire. Caméra à l'épaule, le film possède ce côté réel dans la forme que le fond nie par son récit très structuré. C'est le film le moins classique de la série mais pas le moins intéressant.


VI : La Muette / Claude Chabrol
Chabrol n'avait pas eu le temps d'écrire les dialogues de son histoire : un jeune gamin qui habite avec ses parents bourgeois, dans un immeuble bourgeois, au sein d'un quartier bourgeois se met à en avoir assez des problèmes de constipation de sa mère, des sauteries de son père avec la bonne et des conflits incessants entre ses parents. Un soir il vandalise le portrait du grand-père et porte des boules Quiès. C'est le silence, la tranquillité. La mère hurle après son mari, glisse le long de l'escalier et chute, elle meurt, le fils ne pouvant lui porter secours, n'entendant pas les râles de l'agonisante.
Pour aller plus vite, Chabrol et Audran jouent le couple à l'écran qu'ils sont déjà dans la vie. Bêtise des aînés qui engendre l'irrespect qu'on leur doit, Chabrol est là avec cette peinture amusée et terrifiée d'un milieu inculte, décadent.

16 août 2013

The Vagabond / Charlot musicien (1916) Charlie Chaplin


Où le mélodrame fait irruption dans le burlesque.
Chaplin tente autre chose mais pour faire passer la pilule le film commence par du pur burlesque, Charlot est en train de jouer du violon pour gagner deux sous, nous le voyons à l'arrière-plan, tout à l'arrière, contre le mur du saloon, au premier plan un groupe de musiciens se met à jouer, faisant bien plus de bruit et suscitant de meilleures réactions chez les clients. Charlot s'arrête de jouer et passe le chapeau, il récolte pas mal d'argent étant donné que les clients pensent qu'il fait parti du groupe. 
C'est ensuite que Charlot quitte la ville pour la campagne et tombe sur une jeune fille abandonnée (Edna Purviance) et élevée chez des gitans. Le mélo joue à plein, Charlot tombera amoureux mais la jeune fille aimera le peintre (Lloyd Bacon) qui lui aura tiré le portrait. Schéma qui sera reproduit dans d'autres films bien plus tard. Une fois dans la voiture qui l'emmène vers la grande vie, sa mère fortunée l'a reconnue grâce à une tâche de naissance qui figure sur le portrait, elle angoisse et revient chercher Charlot pour l'amener avec elle. le carton signale qu'il s'agit là du fruit du véritable amour mais nous ne sommes pas dupes, c'est davantage de l'amitié dont il est question.

Intérêt de l'irruption du mélodrame, Chaplin tire le fil à faire pleurer les foules tout en veillant bien à ne pas oublier de les faire rire de temps en temps.
Il faut noter que la mise en scène est plus étoffée que d'habitude, Chaplin tient à utiliser tout l'espace qui est disponible à l'intérieur du cadre. Sa position à l'arrière-plan joue pleinement sur la profondeur de champ, tout comme d'autres plans dont celui qui fait l'objet de la capture, à l'arrière plan ou devant c'est toujours pour signaler une solitude essentielle. La hauteur et la largeur sont des espaces qu'il utilise bien plus pour le comique, voir la manière dont il se hisse sur une branche pour assommer les membres de la petite communauté qui exploite la jeune fille. Enfin la caméra est plus mobile, un panoramique (ou deux, je ne sais plus) est visible et la caméra est même embarquée à l'intérieur de la roulotte afin de donner plus de dynamisme à la fuite.

Okuribito / Departures (2008) Yôjirô Takita


Daigo, un jeune violoncelliste (Masahiro Motoki) résidant à Tokyo, se retrouve au chômage. Il part avec son épouse Mika (Ryôko Hirosue) dans son village natal pour vivre dans la maison léguée par ses parents, sa mère n'est plus et Daigo n'a aucun contact avec son père, qu'il renie, ce dernier ayant quitté le foyer familial avec une jeune serveuse travaillant dans son café.
Daigo répond à une petite annonce pour renouer avec le monde du travail seulement l'entrepreneur qui l'accueille, Ikuei (Tsutomu Yamazaki) n'est pas directeur d'une agence de voyages, comme spécifié dans l'annonce, mais s'occupe de la mise en bière des morts.

La première vertu du film est de nous faire découvrir et admirer ce que peut signifier la mise en bière au Japon. Dans une posture documentaire, s'attachant aux différents gestes et opérations qui constituent le protocole en question, Takita nous place en position de témoin silencieux. Ce sont là, les meilleures séquences, celles qui, en silence, nous montrent les choses. Il s'agit de donner au défunt un masque qui le présente sous son meilleur jour. Il est intéressant de remarquer que le visage embelli, le corps paré de ses plus beaux atours permettent à la famille qui assiste à l'opération de voir l'être aimé dans une remarquable posture sereine. C'est un cadeau et il est vécu comme tel par les personnages en deuil. Au passage, ce métier qui n'a pas l'air de recueillir tous les suffrages,  est d'un seul coup réévalué et hissé à une noblesse qui n'est pas usurpée. Il faut constater le soin, l'attention, le respect qui sont donnés à la dépouille, sans compter la dignité rendue.
La seconde vertu est de mêler à ce volet explicatif la petite histoire du personnage principal, qui, comme les saumons, revient à la source et retrouve une famille.

Regrettons tout de même des effets larmoyants trop soulignés par une musique envahissante, l'image se suffit à elle-même lorsqu'elle est servie par un si beau sujet.

Un mauvais fils (1980) Claude Sautet


Bruno (Patrick Dewaere) sort de prison et va chez René (Yves Robert), son père. La mère est décédée durant la détention de son fils et le père fait porter à ce dernier toute la responsabilité de cette perte. En dépit des efforts du fils, la réconciliation est difficile. Bruno rencontre alors Catherine (Brigitte Fossey), une toxico qui tente de sortir de sa dépendance, aidée en cela par Dussart (Jacques Dufilho), un libraire compatissant.

Ce qui est extraordinaire avec Sautet, c'est la facilité avec laquelle il donne le sentiment que ses personnages sont vivants, réels. D'abord par la qualité de l'interprétation des acteurs mais aussi parce que ces personnages évoluent dans des espaces réels, Sautet sort de la chambre ou des trois, quatre lieux qui auraient été gardés par un autre réalisateur. Il les fait plonger dans le métro, les cafés, les restaurants et plus encore dans le travail, ici le travail au noir, les petits boulots où l'on en bave parce qu'il faut en sortir.
Le propos du film est justement cela, en sortir. Cesser de souffrir, s'échapper de soi, de ses problèmes. Dussart a une réplique superbe à ce sujet : on n'en sort pas, il faut affronter et faire avec, ce que comprend Bruno, tenace, c'est là sa principale qualité, qui ne cessera, malgré les gifles cinglantes reçues, de vouloir renouer avec son père.

C'est un grand film, sensible, juste, sur des personnages singuliers, aimables, qui luttent qui tendent la main, qui vivent ensemble (beau portrait des travailleurs émigrés en passant), servi par de grands acteurs et par un grand metteur en scène.

Go Go Tales (2007) Abel Ferrara


Voyeurs et autres (a)mateurs de chairs fraîches s'abstenir, si vous passez par ici vous serez forcément déçus car en dépit des trailers et autres photogrammes du film donnant un aperçu sulfureux du programme, aidé en cela par la personnalité de Ferrara, vous constaterez, mais oui, que le plaisir est à prendre du côté de Cassavetes, volet The Killing of a Chinese Bookie. Ceci étant dit, ne croyez pas non plus que les émotions vont arriver comme si vous vous trouviez devant Cosmo Vittelli, non, non, non. Le Ferrara est plus foutraque, plus bordélique (aucune allusion quant au choix des termes), moins profond.
Nous sourions souvent face aux petits numéros de Burt Young, aux rages tempérées de Bob Hoskins, aux paris de Willem Dafoe, à la naïveté de Matthew Modine, aux invectives de Sylvia Miles,  : tous ces personnages accrochés à un rêve fugace alors même que tout est sur le point de se terminer.
Le Paradise Lounge ressemble bien plus à un petit enfer où chacun attend de voir s'il sera encore là le lendemain.
Bon, il y a bien ces petits corps frêles qui jettent de la poudre aux yeux des rares clients, c'est drôle, un peu coquin, légèrement frénétique, allez, Anita Pallenberg passe le balai, zou, circulez, il n'y a plus rien à voir.

15 août 2013

Lourdes (2009) Jessica Hausner


Christine (Sylvie Testud) est handicapée, elle se rend à Lourdes, assistée par les membres de l'ordre de Malte. Le miracle opère, elle se remet à marcher.

Hausner filme les rituels de Lourdes, la visite de la grotte, les ablutions, tous les préparatifs autour de ces activités. Ce qui se dégage de ceci c'est  le respect apporté aux pèlerins, le soin apporté aux gestes qui les entourent, ils sont eux-mêmes, je parle des gestes, porteurs d'une foi évidente car le silence et l'attention qui sont en place permettent le recueillement, la sérénité, la réflexion. En revanche dès que nous sommes au centre du lieu, la grotte, les chemins qui y mènent, ce n'est que trivialité, vulgarité, j'en veux pour preuves la Vierge et son néon lumineux qui fait office d'auréole, les stands des marchands du temple et leurs bidons de 10l. d'eau de Lourdes, tout ce fatras qui éloigne de la foi. Ceci pour le décor, le cadre général.
Dans ce cadre plane constamment la notion de miracle, les pèlerins le savent, en parlent, l'attendent, l'espèrent, le scrutent. Des conversations sont entendues, des mots prononcés qui posent question : "... et si tu le veux, guéris également son corps...", extrait d'une prière dite par un prêtre. "Si tu le veux", difficile d'entendre cela, si Dieu le veut alors s'il ne se passe rien c'est le fruit de sa volonté ? Pourquoi ? Pour quelle faute ? Pourquoi certains sont guéris, d'autres pas ? Dans toutes ces interrogations surgit une sorte de compétition au mérite, les pèlerins, certains d'entre eux, vivent la guérison de Sylvie comme une espèce d'injustice car elle n'est pas une grande croyante, elle préfère les voyages "culturels" et puis elle s'intéresse davantage à la petite vie des membres de l'ordre de Malte, les flirts entre eux, la vie en somme qu'aux protocoles des journées à Lourdes. 
Il y aurait une attitude à avoir, un cadre bien défini, comme lors de la validation de la guérison en tant que miracle, scènes un peu ridicules.
Dieu est présent, si tenté que nous posions le postulat de sa présence, dans le silence, dans les préparatifs, sur le visage de Sylvie, dans l'attitude de sa compagne de chambre, dans le ciel de l'excursion, pas dans les propos des pèlerins mesquins, pas dans les étals des commerces, je serai même tenté de l'exclure des lieux de culte, il est dans une pièce épurée où se diffuse Bach.
Alors miracle ou pas ? Le mystère demeure, le film de Hausner montre l'activité humaine, la manière dont un groupe vit sa religion et cela n'est en rien la volonté d'un Dieu mais des choix faits par un groupe d'individus. Sylvie, assez innocente, vient en révéler les beautés et les tares.

14 août 2013

Zulu / Zoulou (1964) Cy Endfield


Si j'ai bien suivi le film relate une des batailles qui se sont déroulées en janvier 1879 entre les zoulous et les britanniques dans le Natal, l'Afrique du Sud d'alors. L'on évoque, au début du film, l'une d'entre elles qui fait l'objet du film Zulu Dawn, film réalisé quinze ans plus tard et qui devait être dirigé par Cy Endfield.
Dans des paysages grandioses l'on suit l'attaque d'une mission tenu par une poignée de soldats, attaque effectuée par des milliers de zoulous. Ces derniers sont magnifiés et valorisés par la mise en scène, le regard porté sur eux. Considérant que le film s'est tourné en plein Apartheid, c'est une réussite majeure du film, Endfield et Baker voulaient absolument qu'il en soit ainsi. Les corps, les accoutrements, les chants des zoulous sont un enchantement de tous les instants. 
Comme le veut la tradition, la première heure est composée de portraits des différentes personnalités du camp qui se verront presque toutes massacrées dans la deuxième. Un casting redoutable hausse le niveau de l'interprétation : Michael Caine est l'officier, jeune et snob, qui sera changé par le cours des événements, Stanley Baker est l'officier supérieur, d'un rang moins noble que Caine mais dont le pragmatisme et l'autorité forcent l'admiration, viennent s'ajouter des seconds rôles que l'on aime à voir : Nigel Green, Patrick Magee que l'on voit trop peu à mon goût et n'oublions pas Jack Hawkins, mémorable en prêcheur apocalyptique hanté par la peur et l'alcool.
Les couleurs sont éclatantes (dominante rouge, bleue et ocre), les extérieurs sublimes... Il manque un peu d'effets sur les impacts de balles, de lances mais c'est vraiment pour être pointilleux. Du grand spectacle.

7 août 2013

La langue ne ment pas (2006) Stan Neumann


En 1947 Victor Klemperer publie "LTI, la langue du troisième Reich, carnets d'un philologue", essai tiré du journal qu'il tiendra à partir de l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933 jusqu'à leur défaite.
Klemperer est juif, grâce aux efforts de son épouse il a réussit à survivre en Allemagne et a pu faire la chronique de la tyrannie subie au quotidien.
Le documentaire relate les différentes mesures prises à l'encontre de la population juive en Allemagne et rend compte, avec quelques exemples, du travail que le philologue effectuait sur la langue allemande de l'époque, n'ayant pas l'autorisation de poursuivre ses recherches en bibliothèque, elles lui étaient interdites, Klemperer s'est focalisé sur le seul objet d'étude disponible, le langage spécifique élaboré par les nazis.
Le documentaire rend bien compte de ce travail et des conditions dans lesquelles Klemperer l'a rédigé. 

Da zui xia / L'hirondelle d'or (1966) King Hu


Hirondelle d'or (Cheng Pei-pei) est chargée de ramener son frère prisonnier de brigands qui veulent l'échanger contre leur chef, détenu par le Gouverneur. Un mendiant, Chat ivre (Yueh Hua) va lui venir en aide.

Dans de superbes décors, la caméra extrêmement mobile vient capter les combats habilement chorégraphiés. Il y a beaucoup d'inventivité dans ce film d'action, peu de temps mort, nous retrouvons le plaisir du simple divertissement bien mené.
Le sujet principal, la mission d'hirondelle d'or, disparaît pratiquement du récit pour laisser la place au personnage du mendiant et à l'ennemi qu'il doit combattre. Hirondelle d'or réapparaît à la fin, ce qui donne une structure bancale au scénario, la digression étant très prononcée.
Un film plaisant.

6 août 2013

Voskhozhdeniye (1977) Larisa Shepitko


Deux résistants, Sotnikov et Rybak (Boris Plotnikov et Vladimir Gostyukhin) durant la Deuxième Guerre mondiale quittent la troupe affamée afin de trouver de quoi se ravitailler en pleine campagne. Ils finissent par être pris par les allemands.

Sotnikov est le personnage principal du film mais il n'apparaît pas de suite dans le récit, le capitaine de la troupe désigne plusieurs soldats avant qu'il soit choisi, il l'est par défaut, parce que d'autres hommes doivent se soigner ou réparer du matériel. Il incarne l'homme anonyme, qui n'a pas vraiment le choix. C'est un russe typique et sa banalité lui donne un statut symbolique d'autant plus fort.
Une fois les deux hommes partis chercher de la nourriture, ils subissent plusieurs attaques, Sotnikov se révèle d'abord comme le plus faible des deux. Nous apprenons qu'il est un intellectuel, il enseignait les mathématiques avant la guerre, il souffre du froid et se fait blesser lors d'une rixe avec un groupe allemand. Rybak est plus rustique, plus proche de cette nature hostile, méprisée par Sotnikov.
La première fois que Sotnikov montre une force de caractère exemplaire se manifeste alors qu'il est sur le point d'être pris par l'ennemi, blessé il s'apprête à se tirer une balle dans la tête afin de ne pas parler car il vient de comprendre que les allemands tentent de le prendre vivant. A ce moment Rybak revient le chercher et fait preuve d'une abnégation admirable, le traînant dans la neige. Cette séquence est belle, les deux hommes font corps avec la nature qui les cache et les éprouve en même temps. C'est peu après cette séquence qu'ils seront faits prisonniers, alors qu'ils étaient cachés chez une fermière, seule avec ses enfants.
Les deux hommes réagiront différemment face aux questions du milicien, Sotnikov est torturé mais ne parle pas ou alors pour tout assumer afin de sauver les autres.
Sotnikov fait preuve alors d'une pureté d'âme exceptionnelle, à plusieurs reprises il ressent sa fin prochaine, ces moments sont soulignés par un thème musical précis et accepte la mort avec sérénité, sachant qu'il ne se trahira pas, ni sa conscience, ni les siens, ni sa patrie. Il dira à un moment "J'ai un père, une mère, une patrie."
Les autres prisonniers, Rybak, la femme, le chef du village...ont aussi peur de la mort, c'est l'attitude de Sotnikov, la force qu'il dégage, l'aspect christique de sa mort, véritable Passion, qui les pousse à l'admiration et à la dignité. Même Rybak sera hanté par Sotnikov, le russe absolu, proche de sa mère patrie, proche de Dieu. Il meurt mais reste intact, son aura se diffusant parmi ceux qui ont assisté à sa mort.

Film sublime aux cadres hantés par la grâce.
Disponible dans la collection Eclipse Criterion, en zone 1.

5 août 2013

Boogie Nights (1997) Paul Thomas Anderson


Où comment un jeune ado, Eddie Adams (Mark Wahlberg), bien monté, tente sa chance à Hollywood mais pas le Hollywood des gros studios, celui de la montée en flèche du cinéma porno. Comment il se trouve une famille, comment il vit l'insouciance, prend la grosse tête (il a le don pour avoir des organes développés) et touche le fond lorsque la vague porno surfe ensuite sur le marché de la vidéo.

Autour de quelques individus, acteurs, techniciens, réalisateur, producteurs, P.T. Anderson lève le voile sur une autre histoire hollywoodienne, tout aussi glauquissime que la grande, toute aussi emplie de rêves, de moments magiques que son aînée. Histoire américaine aussi puisque la famille représente le noyau dur qui tient les personnages, famille déchirée, reconstituée mais famille quand même. L'illusion tire les ficelles de ces personnages souvent en proie à la détresse, idiots mais qui veulent vivre quelque chose de plus grand que leur propre condition.
Un casting impressionnant pour un film prenant, moins léger et plus profond que sa surface ne le laisse à penser.


4 août 2013

Shoot 'Em Up / Que la partie commence (2007) Michael Davis


Un homme mange une carotte sur un banc, passe devant lui une femme enceinte en train de hurler. Un autre homme poursuit cette femme un flingue à la main. L'homme à la carotte se lève et va protéger cette femme mais une horde de tueurs surgit. Dans la foulée la femme a accouché, l'homme à la carotte s'est occupé de l'accouchement alors même qu'il tuait les assaillants. Il recueille alors l'enfant qu'il va confier à son amie, une prostituée. D'autres tueurs surgissent et en veulent à l'enfant. L'homme à la carotte va tout faire pour le sauver.

Mais qui est cet enfant ?
D'où viennent tous ces imbéciles qui se font tuer par l'homme à la carotte ?
Pourquoi la carotte ?

Esprit cartoon déjanté pour ce film d'action totalement voué au délire jubilatoire, rien n'est sérieux, tout est excessif. 
Clive Owen dégomme tout ce qui bouge avec une inventivité sans limites, Paul Giamatti en fait des tonnes, Monica Belluci les accompagne discrètement.
Excellent divertissement.

3 août 2013

Silver River / La rivière d'argent (1948) Raoul Walsh


McComb (Errol Flynn) est un bon officier, devant surveiller le convoi qui transporte la solde des troupes, il se fait attaquer par des nordistes (l'action se situe très peu de temps avant la fin de la bataille de Gettysburg). Il décide alors de tout brûler afin de ne leur rien laisser. Les renforts arrivent quelques instants plus tard, l'argent parti en fumée conduit McComb au conseil de guerre où il est dégradé de son rang.
Il décide alors de n'obéir qu'à une règle : son ambition personnelle, elle le mène tout droit vers Silver City où il ouvre une salle de jeux, les mineurs du coin y dépensent leur argent. Il devient très vite le maître de la ville.

Parabole sur les méfaits de l'argent, ce Walsh montre Flynn sous les traits du anti-héros. Le comportement de ce dernier est condamnable, notamment lorsqu'il trompe Moore dont il désire la femme jouée par Ann Sheridan. Son ami avocat, Beck (Thomas Mitchell, impeccable) est le personnage qui souligne son immoralité. 
Flynn donne de l'intérêt au personnage car, en dépit de ses travers, il lui procure de la sympathie, le happy end est de rigueur mais sans surcharger l'interprétation Flynn arrive à la nuancer. Les citations de la Bible, de Shakespeare donnent au récit des couleurs tragiques, la fin hollywoodienne jure maladroitement et oriente le film vers une autre direction. Nous sommes davantage dans le besoin de croissance et de prospérité des pionniers, le chant du collectif qui doit taire l'ambition individuelle.
Un bon Walsh.

2 août 2013

Major Barbara (1941) Gabriel Pascal, David Lean


Tourné à Londres durant le Blitz, Major Barbara est l'adaptation d'une pièce de George Bernard Shaw. C'est une comédie qui montre les difficiles arrangements de Major Barbara, officier à l'Armée du salut avec les activités de son millionnaire de père, celui-ci possédant une usine qui produit des armes.
C'est assez drôle, quelques répliques sont bien senties mais l'ensemble n'est pas inoubliable. Il faut, pour maintenir l'attention, tout le talent de décorateur de John Bryan, la verve de Robert Newton et l'apparition timide de Deborah Kerr qui débute.
Le propos est qu'on arrive à faire le bien tout en vendant des armes, c'est tout à fait possible. La pilule est difficile à avaler mais en temps de guerre il faut bien rendre ce mal nécessaire.
Shaw était satisfait de la réussite de Pygmalion, produit par Gabriel Pascal aussi ne s'engagea-t-il qu'à la seule condition que ce dernier obtienne la réalisation de ce film. Mais Pascal était incompétent, la production l'entoura de deux assistants réalisateurs, Harold French et David Lean. Le premier reconnaît que c'est le second qui a tourné le film. Ayant déjà fait ses preuves au montage, c'était l'occasion pour lui d'aller plus loin, Gabriel Pascal le lui a permis, malgré lui.

1 août 2013

The Yakuza (1974) Sidney Pollack


J'aime bien Sidney Pollack mais ce récit plan plan sur le code de l'honneur, bafoué d'un côté, honoré de l'autre ne m'a pas enthousiasmé. La présence de Robert Mitchum et de Brian Keith n'a pas suffi à relever un scénario pourtant signé Paul Schrader et Robert Towne.
J'ai patiemment attendu la fin du film, c'est tout.