30 août 2013

La chamade (1968) Alain Cavalier


Lucile (Catherine Deneuve) vit dans le luxe, Charles (Michel Piccoli), son amant ayant les moyens de le permettre. Soirées où l'on bavarde autour de quelques whiskys dans des demeures richement décorées, jours qui coulent. Lorsque Lucile tombe amoureuse d'Antoine (Roger Van Hool), une jeune homme qui travaille dans l'édition, ce dernier lui demande de choisir. Antoine n'a pas d'argent, ne peut lui promettre la vie qu'elle a menée jusqu'à présent, Lucile accepte et travaille, change de vie...

Il ne faut pas s'arrêter à l'insouciance des personnages, à leur frivolité, leur oisiveté. En tout cas ne pas croire que le film aura la même teneur, la même superficialité car il y a de la vacuité, de la superficialité dans ces comportements où tout semble fragile, creux. Seulement le récit est tiré d'un roman de Sagan, qui en a écrit le scénario avec Cavalier, et si vous avez lu Sagan vous savez que derrière la façade pointent les vrais sentiments, les émotions profondes.
L'oisiveté, les plaisirs assumés, vécus pour eux-mêmes sont propres à l'univers de l'écrivain et la première scène est révélatrice de cet éthique, nous y voyons Lucile se lever et prendre la lumière du jour avec une extase peu commune. Plus tard, en lisant un passage de Faulkner, elle évoquera ce credo épicurien, cette obligation de suivre les plaisirs. C'est une manière de comprendre son parcours. Elle tentera sincèrement de vivre avec Antoine, elle tentera de vaincre le dénuement, la tristesse de la chambre, les plaisirs absents, de dompter la résignation, la patience, le manque d'imprévus, de possibilités mais sa nature profonde est celle d'une liberté, d'un style aérien. Nous pourrions nous moquer, affirmer qu'avec de l'argent nous pouvons tout faire, je ne le crois pas. Apprécier les belles choses n'est pas une question de moyens, Lucile est fantasque mais sincère et sa souffrance au petit matin dans la scène finale est magnifique par ce qu'elle lutte contre elle-même et cela n'est pas possible.
Lucile est une femme moderne, pressée par Charles et par Antoine de garder l'enfant qu'elle porte, elle le refuse. L'IVG est interdite dans la France de l'époque mais cela n'a aucune importance, elle le refuse car un enfant ne correspond aucunement à la philosophie de la vie telle qu'elle la conçoit. Un enfant est une privation de liberté, même avec deux nurses, aussi n'a-t-elle aucun mal à s'en défaire. Charles bien compris la nature de Lucile et, loyalement et intelligemment, il accepte de se mettre en retrait tout en sachant qu'elle lui reviendra. Il exerce une forme de charme, de sortilège en laissant simplement la porte ouverte, une porte dorée, sertie de diamants. Antoine n'a pas seulement peu de moyens, il a la fougue de la jeunesse et celle de l'amour romantique, il veut enfermer Lucile dans une possession, une exclusivité qu'elle ne peut supporter bien longtemps.
Cavalier, aidé par Pierre Lhomme, filme merveilleusement cette femme, jouant des lumières artificielles et naturelles pour lui donner la subtilité qu'elle dégage.

Deneuve, d'une beauté renversante, habillée par Yves Saint Laurent, illumine nos regards. Il faut bien cela, et le talent de Sagan, pour percevoir, derrière les colliers, les étoffes, un coeur qui bat.

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