15 août 2013

Lourdes (2009) Jessica Hausner


Christine (Sylvie Testud) est handicapée, elle se rend à Lourdes, assistée par les membres de l'ordre de Malte. Le miracle opère, elle se remet à marcher.

Hausner filme les rituels de Lourdes, la visite de la grotte, les ablutions, tous les préparatifs autour de ces activités. Ce qui se dégage de ceci c'est  le respect apporté aux pèlerins, le soin apporté aux gestes qui les entourent, ils sont eux-mêmes, je parle des gestes, porteurs d'une foi évidente car le silence et l'attention qui sont en place permettent le recueillement, la sérénité, la réflexion. En revanche dès que nous sommes au centre du lieu, la grotte, les chemins qui y mènent, ce n'est que trivialité, vulgarité, j'en veux pour preuves la Vierge et son néon lumineux qui fait office d'auréole, les stands des marchands du temple et leurs bidons de 10l. d'eau de Lourdes, tout ce fatras qui éloigne de la foi. Ceci pour le décor, le cadre général.
Dans ce cadre plane constamment la notion de miracle, les pèlerins le savent, en parlent, l'attendent, l'espèrent, le scrutent. Des conversations sont entendues, des mots prononcés qui posent question : "... et si tu le veux, guéris également son corps...", extrait d'une prière dite par un prêtre. "Si tu le veux", difficile d'entendre cela, si Dieu le veut alors s'il ne se passe rien c'est le fruit de sa volonté ? Pourquoi ? Pour quelle faute ? Pourquoi certains sont guéris, d'autres pas ? Dans toutes ces interrogations surgit une sorte de compétition au mérite, les pèlerins, certains d'entre eux, vivent la guérison de Sylvie comme une espèce d'injustice car elle n'est pas une grande croyante, elle préfère les voyages "culturels" et puis elle s'intéresse davantage à la petite vie des membres de l'ordre de Malte, les flirts entre eux, la vie en somme qu'aux protocoles des journées à Lourdes. 
Il y aurait une attitude à avoir, un cadre bien défini, comme lors de la validation de la guérison en tant que miracle, scènes un peu ridicules.
Dieu est présent, si tenté que nous posions le postulat de sa présence, dans le silence, dans les préparatifs, sur le visage de Sylvie, dans l'attitude de sa compagne de chambre, dans le ciel de l'excursion, pas dans les propos des pèlerins mesquins, pas dans les étals des commerces, je serai même tenté de l'exclure des lieux de culte, il est dans une pièce épurée où se diffuse Bach.
Alors miracle ou pas ? Le mystère demeure, le film de Hausner montre l'activité humaine, la manière dont un groupe vit sa religion et cela n'est en rien la volonté d'un Dieu mais des choix faits par un groupe d'individus. Sylvie, assez innocente, vient en révéler les beautés et les tares.

1 commentaire:

  1. Magnifique photo, rigorisme dans la direction d'acteurs, sujet passionnant (et sujet à maintes interprétations). Il y a un petit rôle qui m'a marqué, c'est celui de la jeune femme brune que l'on voit accoudée au bar et qui drague les garçons venus lui dire un mot sans en avoir l'air. Un moment de respiration, de liberté, dans un film très dialogué, et millimétré dans chaque geste.

    Ca tient à la fois du travail de disciple d'Haneke avec de la rigueur formaliste, et en même temps c'est tout à fait personnel, féminin et assez accessible.

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