6 août 2013

Voskhozhdeniye (1977) Larisa Shepitko


Deux résistants, Sotnikov et Rybak (Boris Plotnikov et Vladimir Gostyukhin) durant la Deuxième Guerre mondiale quittent la troupe affamée afin de trouver de quoi se ravitailler en pleine campagne. Ils finissent par être pris par les allemands.

Sotnikov est le personnage principal du film mais il n'apparaît pas de suite dans le récit, le capitaine de la troupe désigne plusieurs soldats avant qu'il soit choisi, il l'est par défaut, parce que d'autres hommes doivent se soigner ou réparer du matériel. Il incarne l'homme anonyme, qui n'a pas vraiment le choix. C'est un russe typique et sa banalité lui donne un statut symbolique d'autant plus fort.
Une fois les deux hommes partis chercher de la nourriture, ils subissent plusieurs attaques, Sotnikov se révèle d'abord comme le plus faible des deux. Nous apprenons qu'il est un intellectuel, il enseignait les mathématiques avant la guerre, il souffre du froid et se fait blesser lors d'une rixe avec un groupe allemand. Rybak est plus rustique, plus proche de cette nature hostile, méprisée par Sotnikov.
La première fois que Sotnikov montre une force de caractère exemplaire se manifeste alors qu'il est sur le point d'être pris par l'ennemi, blessé il s'apprête à se tirer une balle dans la tête afin de ne pas parler car il vient de comprendre que les allemands tentent de le prendre vivant. A ce moment Rybak revient le chercher et fait preuve d'une abnégation admirable, le traînant dans la neige. Cette séquence est belle, les deux hommes font corps avec la nature qui les cache et les éprouve en même temps. C'est peu après cette séquence qu'ils seront faits prisonniers, alors qu'ils étaient cachés chez une fermière, seule avec ses enfants.
Les deux hommes réagiront différemment face aux questions du milicien, Sotnikov est torturé mais ne parle pas ou alors pour tout assumer afin de sauver les autres.
Sotnikov fait preuve alors d'une pureté d'âme exceptionnelle, à plusieurs reprises il ressent sa fin prochaine, ces moments sont soulignés par un thème musical précis et accepte la mort avec sérénité, sachant qu'il ne se trahira pas, ni sa conscience, ni les siens, ni sa patrie. Il dira à un moment "J'ai un père, une mère, une patrie."
Les autres prisonniers, Rybak, la femme, le chef du village...ont aussi peur de la mort, c'est l'attitude de Sotnikov, la force qu'il dégage, l'aspect christique de sa mort, véritable Passion, qui les pousse à l'admiration et à la dignité. Même Rybak sera hanté par Sotnikov, le russe absolu, proche de sa mère patrie, proche de Dieu. Il meurt mais reste intact, son aura se diffusant parmi ceux qui ont assisté à sa mort.

Film sublime aux cadres hantés par la grâce.
Disponible dans la collection Eclipse Criterion, en zone 1.

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