31 oct. 2013

The Cincinnati Kid (1965) Norman Jewinson


Si nous prenons en considération le casting, ce film avait tout pour plaire : Tuesday Weld, Karl Malden, Edward G. Robinson et Steve McQueen.
Mais non, cette histoire d'intégrité me lasse et je n'aime pas les jeux de cartes.
Sachant que Peckinpah et Sharon Tate étaient initialement de la partie nous pouvons avoir un petit regret...


Remorques (1941) Jean Grémillon


Le capitaine d'un remorqueur, André Laurent (Jean Gabin) va tomber amoureux d'une jeune femme, Catherine (Michèle Morgan) alors même que son épouse Yvonne (Madeleine Renaud) est en train de mourir.

Résumé comme cela, on ne risque guère de se précipiter pour voir le film et pourtant...

Jean Grémillon est un musicien à l'origine, cela s'entend car le traitement du son est admirable, voir la séquence du sauvetage en mer sous la tempête où les maquettes évoluant dans des ralentis amusants (on pense à Hitchcock) sont complètement écrasées par un son effrayant qui donne toute sa substance à la scène, voir aussi les dialogues chuchotés (Morgan demandant à Gabin : "...embrassez-moi...embrassez-moi...".
C'est un roman de Roger Vercel à la base, je dois absolument lire cet écrivain, responsable  du Capitaine Conan également, roman qui traite des hommes de la mer dans des missions, des situations périlleuses, roman qui est bien plus sombre à l'origine puisque le film devait débuter, non par un mariage mais par une enterrement. De plus le personnage interprété par Morgan est une garce. 
Il s'agit de montrer que les sacrifices ne sont pas sans dommages, que ce soit André qui fait passer sa vie personnelle après ses hommes et son bateau ou encore son épouse qui espère que son homme soit auprès de lui et quitte cette vie dangereuse, "à force de tirer la ficelle casse", c'est exactement ce que subit le lieutenant Conan, les épreuves changent les hommes.
Le film bénéficie des dialogues de Prévert, repérable de suite par leur beauté profonde. Certaines répliques sont un peu artificielles, la richesse cumulée peut aussi avoir des excès, le bon mot est trop visible ou peut-être mal porté par les lèvres d'un acteur, ce qui ne change rien à la beauté de ces dialogues qui, souvent, nous émeuvent, nous séduisent. Mais il y a aussi ces scènes plus naturelles, comme l'échange entre Renaud et Gabin et les reproches que la première fait au second, échange assez moderne, qui touche.
Morgan venait de tourner Quai des brumes avec Gabin, elle est d'une beauté écrasante. J'aime beaucoup la manière dont elle surgit dans le récit, ce visage, saisi derrière une fenêtre, j'aime encore plus ce qu'elle fait avec ce visage, en quelques secondes à peine, lorsqu'elle est enlacée par Gabin, une foule d'expressions passent alors devant nos yeux, passage que le dvd permet de voir et revoir, à la suite, goulûment.
Et quelle distribution ! Charles Blavette a un capital sympathie inépuisable, Jean Dasté à la radio, Marcel Pérès et Fernand Ledoux, un acteur que j'affectionne. Alain Cuny est de la partie, c'est un des matelots du navire secouru.
Le monde ouvrier, le petit peuple est sublimé, la virilité est chantée, parfois un peu trop, Gabin est souvent droit comme un I, à bord de son navire ou d'une barque, cela peut prêter à sourire mais c'est un détail.
Lorsque l'on sait que ce film a été tourné en plusieurs fois, arrêté par le guerre, que les bobines étaient dispersées, l'on mesure le talent mis en oeuvre pour nous donner un film si beau, si grand.

Le final, un chant funèbre qui donne au film une dimension tragique, est inoubliable.



Last of the Comanches / Le sabre et la flèche (1953) André De Toth


TCM France diffuse en ce moment ce western et la copie est superbe, un beau Technicolor tout en pastels. Tavernier parle d'émerveillement, lié à l'enfance, devant des images magnifiquement coloriées de cavaliers filmés à contre-jour dans le désert, voir la préface du livre de De Toth, Fragments, publié aux éditons Actes Sud/Institut Lumière.
La copie diffusée permet de restituer cette splendeur visuelle, de nombreuses scènes sont filmées au crépuscule, entre chien et loup, nous gardons alors les yeux grands ouverts.
Cette beauté visuelle ne peut apparaître si le film est vu grâce à une copie dvd médiocre et encore moins si c'est un enregistrement télé standard. En revanche l'effet sera certainement décuplé devant un écran, en salle.
La couleur des tuniques de la cavalerie, les peintures faciales des indiens, l'ocre du sable, tout concourt à un enchantement. Vous me direz que la beauté ne peut être uniquement concentrée sur les couleurs et vous aurez raison mais c'est déjà ça et la qualité est suffisamment élevée pour la signaler.

Le film débute en pleine action, une patrouille de cavalerie se réfugie dans une ville, harcelée par les indiens de Black Cloud, ils devront la quitter, laissant derrière eux une ville en feu.
Seuls six hommes échappent au massacre, conduits par le sergent Trainor (Broderick Crawford). Ce dernier est un meneur un peu rustre, éructant des rafales d'ordre par paquet de cinq sur un ton monocorde qui donne envie de l'envoyer au diable. Au fond c'est un vrai nounours, le récit le révélera.
Il est drôle de voir Broderick, accompagné de Lloyd Bridges, dans la cavalerie, ces deux-là sont plutôt habitués aux rôles de truands et leurs trognes, leur air mauvais ne donnent pas du crédit à leurs personnages.
Ces hommes subiront les péripéties habituelles avec sauvetage ultime, ce n'est pas ce qui est le mieux réussi, les scènes d'action sont convenues et mornes, il est risible de voir des hommes plonger devant la caméra pour ajouter du mouvement. C'est davantage le thème de l'eau qui sauve le film, toute cette histoire de désert, de sécheresse, de puits sec, d'eau rationnée est bien rendue, De Toth prenant le temps d'exposer le thème.
La séquence où les hommes de Trainor doivent donner l'illusion d'avoir assez d'eau devant des indiens qui la veulent et qui font le siège devant des ruines est intéressante. Je pense notamment au soldat aux lèvres séchées qui doit jouer de l'harmonica, comme si la joie l'habitait, comme si le temps n'avait aucune importance.


30 oct. 2013

A Personal History of British Cinema by Stephen Frears (1997) Stephen Frears

S. Frears, M. Apted et A. Parker
Documentaire bien trop court sur le cinéma britannique. Les Hitchcock, Lean, Balcon, Korda, Rank, Mackendrick sont convoqués, sans oublier Powell puis la nouvelle vague issue de la télévision anglaise.
Loach, Roeg et Russell y sont mais le tout manque un peu de perspective, le propos est vague, elliptique. La fin tente de combler des lacunes avec les affiches des films de Boorman, Brook, Ivory, Greenaway mais c'est trop tard, le mal est fait. C'est bien plus que la cinquantaine de minutes qu'il faut pour traiter le sujet. Les séquences sur le tournage de Mary Reilly sont inutiles, du temps perdu alors qu'il en manque.

29 oct. 2013

The Hunt for Red October / A la poursuite d'Octobre Rouge (1990) John McTiernan


"Happy as a clam"

Film captivant qui respecte la tradition du genre : le film de sous-marin.
Cette fois c'est Marko Ramius (Sean Connery), l'officier soviétique le plus respecté en charge d'un sous-marin, qui décide de partir à l'Ouest. Fini les missions, à lui la pêche.
Il décide de taquiner le goujon en s'éclipsant discrètement à bord d'un sous-marin dernier cri qui est des plus silencieux. Seul Jones (Courtney B. Vance) qui a des oreilles ultra-sensibles le repère. Une fois l'envie de pêcher parvenue à Moscou c'est toute la flottille soviétique qui prend le sous-marin, Octobre Rouge, en chasse, sans compter les américains qui détestent ce genre de surprises. 
Un petit génie, Jack Ryan (Alec Baldwin), en sait plus que les autres, il sera sollicité pour établir le contact avec Marko the fisherman.

Derrière mon paragraphe douteux, c'est un film prenant et superbement dosé qui nous est proposé par un artisan solide et fiable : John McTiernan. L'homme sait ficeler son divertissement. J'ai même cru un instant que Connery, comme tous les autres acteurs jouant des soviétiques, allait parler le russe pendant tout le film. Un subterfuge nous les ramène très vite à la langue de Shakespeare mais comme McTiernan nous fait un clin d'oeil, du genre, j'aurais bien aimé continuer en russe mais Connery aurait eu des répliques réduites mais voilà, la production n'aurait pas aimé, on va faire comme si... ce clin d'oeil reçoit toute notre sympathie et nous cédons volontiers aux conventions dominantes.
Scott Glenn, Sam Neill, James Earl Jones et Stellan Skarsgard sont embarqués au fond des mers. Deux bonnes heures sans ennui, des bips, des leds, des clams et du suspense.

My Beautiful Laundrette (1985) Stephen Frears


On ne sait pas vraiment pourquoi ce projet capote : faire fructifier une laverie automatique et s'en servir comme tremplin pour réussir dans cette formidable Angleterre de l'ère Thatcher. En fait, nous le savons très bien puisque Frears nous l'indique clairement : comment réussir avec l'argent de la drogue ? Comment réussir en se trompant soi-même ? La famille pakistanaise que nous fréquentons est menée par l'Oncle Nasser, sa joie de vivre, sa chaleur est merveilleusement transmise par Saeed Jaffrey, cependant cet oncle (ce parrain) est déjà en fin de course, il ruine sa famille et se fait dépasser par Salim, son bras droit qui ne se contente pas de son petit business. Jeu dangereux que la réussite comme seul objectif. 
Nous concédons volontiers que le trait est épais mais l'énergie qui jaillit du film est contagieuse. Omar (Gordon Warnecke) qui apprend vite peut paraître candide et soucieux de bien faire, ce n'est qu'un jeune arriviste qui veut aller plus loin encore. 
La relation qui le lie à Johnny (Daniel Day-Lewis, acteur magique) n'est que l'explosion qui dépasse toutes les règles, sociales, sexuelles, ethniques. Je vois plus Omar comme l'incarnation d'une jeunesse qui est indomptable que comme la voie qu'il faut suivre. La bonne volonté, la sympathie du jeune home ne doivent pas cacher le goût plus prononcé encore de la recherche de la fortune, même si l'amour l'accompagne.
Hussein (Roshan Seth), son père est un intellectuel qui voudrait que son fils aille à l'université, son sacrifice, l'éducation qu'il a transmise sont stériles, les voies du libéralisme ont de ces airs qui séduisent la jeunesse.

Le film donne envie de lire le roman car l'on sent une richesse que le scénario restitue avec habileté.
Seuls les glouglous de la bande sonore me sont indigestes, le reste est adorable.

The Long Voyage Home / Les hommes de la mer (1940) John Ford


C'est juste après avoir tourné Les raisins de la colère que Ford se lance dans The Long Voyage Home, une adaptation de plusieurs pièces d'Eugene O'Neill. Comme pour le premier, le second bénéficie de la présence de Gregg Toland à l'image, le chef-opérateur brille par l'usage du clair-obscur, de la profondeur de champ (la fuite de Smitty) et sublime le récit par un style très éloigné d'une transparence classique. La forme est visible et c'est un plaisir permanent.

Même si les américains sont, à l'époque, cantonnés à une neutralité parfois dérangeante, Ford tient à s'impliquer davantage, il ne cessera de le faire, lire pour cela la biographie remarquable de McBride. Ce film est une étape dans un long processus qui prendra véritablement corps dès Pearl Harbor.

Le récit suit l'équipage irlandais qui travaille à bord d'un navire de la marine marchande britannique. A quai aux Antilles, le navire doit transporter des explosifs jusqu'à Londres, alors en guerre. La crainte d'avoir un espion à bord, de se faire torpiller par un sous-marin, de subir une attaque aérienne accompagnera les hommes pris entre deux pulsions : rejoindre leur maison une fois la mission accomplie ou continuer à travailler sur les navires, subissant l'éloignement, le travail intense, les tempêtes...

La solitude de certains marins est compensée par l'esprit d'équipe qui règne à bord, chaque homme est seul, loin de chez lui mais au sein de l'équipage il retrouve une famille et les peines, les drames disparaissent momentanément devant les beuveries, les chants irlandais, les bagarres vivifiantes. Un film de John Ford, en somme.


La strada (1954) Federico Fellini


La strada a le pouvoir des plus beaux films muets, il faudrait le voir avec pour seul accompagnement la musique de Nino Rota, sa force en serait décuplée car le travail de Giuletta Masina vaut tous les silences. Son visage clownesque, ses yeux grands ouverts, ses expressions mouvantes, sa gestuelle qui rappelle Charlot (le chapeau, la canne, le manteau sont un bel hommage) nous captivent et nous renversent. Elle est renversante de fragilité.
L'itinéraire merveilleux de Gelsomina est entièrement restitué par ces expressions, la découverte du monde et de ceux qui le peuplent, monde vu par son regard, est aussi le nôtre et lorsque la brutalité, le mal font irruption, lorsque Gelsomina gémit, nous gémissons aussi.
C'est une histoire triste et pourtant elle contient des beautés époustouflantes faites de rien, un terrain vague, un trottoir, un cheval qui passe dans la nuit.
Fellini chante la fête, l'amour du cirque, de ses troubadours mais n'oublie pas de nous dévoiler le reste, ces moments vides lorsque la fête est finie, la jalousie, la brutalité, la survie. Anthony Quinn est inoubliable dans ce rôle, Zampano. Zampano l'errant qui avance au volant de sa roulotte de fortune, qui prend tout ce qui se présente devant lui, sans chercher à comprendre et lorsque l'angoisse l'étreint, lorsqu'il n'arrive plus à la faire taire, il s'abandonne à la douleur, à sa triste condition d'être imparfait.
Avec le  Fou (Richard Basehart), ce trio fait d'amours maladroites et de solitudes compose une des plus belles odyssées que le cinéma puisse nous donner.

28 oct. 2013

Bus Stop / Arrêt d'autobus (1956) Joshua Logan


Bo (Don Murray) est prêt à conquérir tous les rodéos de la planète, il se rend à Phoenix avec Virgil (Arthur O'Connell), son mentor qui lui demande non seulement de gagner le rodéo mais de ramener une compagne. Bo compte sur ses talents de cow boy pour atteindre les deux objectifs.
A Phoenix, il tombe amoureux d'une entraîneuse de bar, Chérie (Marilyn Monroe), Bo veut se marier avec elle de toute urgence et la harcèle jusqu'à l'amener de force dans le bus qui le ramène dans le Montana.

C'est une comédie qui se regarde avec un certain plaisir pour peu que l'on soit d'humeur à supporter le cabotinage de Don Murray. Monroe n'a pas un grand rôle mais sa beauté suffit à rendre digne d'intérêt le moindre plan où elle apparaît. Les personnages secondaires sont d'une aide précieuse, O'Connell et Betty Field y sont pour beaucoup.
Le final devrait l'emporter à l'émotion mais me laisse froid.

A voir uniquement pour les fans de Monroe et les quelques scènes folkloriques dans le bus et l'auberge.

Red Line 7000 / Ligne rouge 7000 (1965) Howard Hawks


Trois couples, des coureurs de course automobile et leurs conquêtes, vont se chercher et mettre un peu de temps pour se trouver.
Cela commence comme un mauvais roman photo feuilleté par désoeuvrement, léger et niais, des histoires de coeur autour de verres bus dans un bar, quelques chansons, des courses de voiture qui tournent en rond, le speaker ne cessant de retenir le spectateur qui s'ennuie "Wait a minute !", "Hold it !", on s'embrasse, on pleure, les bluettes virent au drame mais pas trop non plus.

Rien de vraiment captivant si ce n'est la voix râpeuse de Gail Hire, le joli minois de Laura Devon et le tout jeune James Caan.

Nos héros sont morts ce soir (2013) David Perrault


Le réalisateur est fan de Roman Polanski, c'est naturellement que son premier long métrage aborde le thème du trouble de l'identité.
L'originalité du propos est d'inscrire ce thème dans l'univers du film de genre, ici celui du catch (clin d'oeil à Wise et son The Set-Up) mais pas à n'importe quel comment, celui du début des années 60, celui où la France regorge d'hommes meurtris par la guerre d'Algérie, une guerre qui, alors, ne dit pas son nom.
Victor (Denis Ménochet), espèce de jeune Lino Ventura, revient de la Légion, ses souvenirs le hante et l'on comprend sans peine que la frontière du bien et du mal n'est plus aussi nette. Son ami de dix ans, Simon (Jean-Pierre Martins) est catcheur, il le rejoint et ils vont lutter ensemble. 
Scénaristiquement parlant, le ring va parfaitement illustrer les problèmes de Victor, il joue le rôle du salaud, conformément à la tradition du catch, masque noir qu'il porte à l'intérieur et dont il veut se débarrasser tandis que Simon est le héros, l'homme en blanc.
Conscient des problèmes de Victor, Simon lui propose d'échanger leurs masques.

C'est une galerie d'hommes cassés qui traversent l'écran, Victor en est un spécimen, le choc post-traumatique des soldats qui reviennent de la guerre n'est pas un phénomène dont on parle encore, Simon en est un autre, presque incapable d'aimer. Anna (Alice Barnole) sera celle qui tentera de lui inculquer ce devoir d'amour, cette nécessité d'embrasser le plus possible la vie et ce qu'elle offre. Théorie qui se reflète dans le volet cinéphilique du film, les citations sont nombreuses et l'amour du cinéma est palpable, c'est un autre point fort du film.

Bon casting, Yann Collette, Pascal Demolon, Philippe Nahon sont remarquables, bande sonore travaillée, littérature, cinéma et Histoire convoqués, image très belle, nous avons là un premier film riche, ambitieux qui donne au prochain des attentes qui doivent être, nous l'espérons, comblées.

22 oct. 2013

Monte Walsh (1970) William A. Fraker


C'est la fin d'une époque qui est dépeinte ici, la période où les grandes compagnies rachètent des ranchs plus petits et optimisent la masse salariale, une époque où les nouveaux mots surgissent comme "capital"...
Monte Walsh (Lee Marvin) et son pote Chet (Jack Palance) sont fatigués et ne peuvent plus vraiment vivre dans un temps qui leur échappe. Le mariage les attend...

Fraker (chef-op renommé) signe un western tranquille, avec nostalgie et tristesse. Les chevaux ruent encore mais vont regagner les cirques ambulants. 
La première partie montre encore le travail des cowboys, la solidarité qui les lie, le chômage venant, tout disparaît et ils en viennent à s'entre-tuer. 
Le trait est un peu lourd et l'ennui pointe parfois.

Polytechnique (2009) Denis Villeneuve


Le massacre de plusieurs étudiantes à Polytechnique, université de Montréal donne lieu à une fiction, signée Denis Villeneuve.

Le réalisateur s'emploie à montrer les faits et les répercussions de cet événement sur quelques personnages dans un noir et blanc austère, un style qui l'est tout autant. Seul le montage perturbe la chronologie et donne au spectateur de fausses pistes ce qui était, peut-être inutile.

La misogynie du tueur est clairement exprimée et nous le voyons se préparer, être à l'oeuvre.
La froideur du film, son absence de point de vue ou de discours laisse le spectateur sans explications supplémentaires, c'est bien le mal et sa démonstration qui se réalisent. Rien de plus à comprendre. Les survivants, comme les spectateurs, doivent vivre avec cela. Pour les premiers, rien de plus difficile. Pour les seconds, le film est là pour témoigner d'une réalité. 
Sorti de là, je crois que je préfère, de loin, un documentaire bien fichu ou, pour prendre un sujet équivalent, Elephant de Van Sant, qui apporte plus d'humanité, plus de réalité au sujet.

21 oct. 2013

The Furies / Les furies (1950) Anthony Mann


TC Jeffords (Walter Huston, haut en couleurs même si le film est en noir et blanc) règne sur ses terres du Nouveau-Mexique comme un empereur, il a des ennemis, des squatters mexicains qui revendiquent le droit d'avoir un espace restreint pour vivre, un tenancier de saloon (Wendell Corey) qui réclame une terre usurpée... Il a des ennemis et des enfants, dont une fille, Vance (Barbara Stanwyck). De fort tempérament elle ne rêve que de dominer cet espace, de montrer à son père qu'elle peut le faire.

Comme dans les tragédies les plus pures, le roi ne veut céder sa place qu'au prix de la mort ou de l'élimination des siens. Mann filme ce western crépusculaire comme une tragédie antique, les plus belles. Tout sentiment y est exacerbé, l'amour ou bien la haine et les conflits se règlent dans le sang. Même la divine Judith Anderson baisse les bras devant la rage qui chante en ces terres.
Mann multiplie les scènes tournées dans une nuit finissante, les personnages se meuvent comme des ombres, des fantômes, parcourant les espaces infinis de leurs ambitions sans voir les précipices qui naissent sous leurs pieds. 
Comme dans toutes les tragédies, l'enfant à venir est, contrairement au voeu du roi, voué à subir la même malédiction.

Un western grandiose.

Le chat (1971) Pierre Granier-Deferre


L'avantage de la numérisation des copies est de pouvoir revoir des classiques dans des conditions optimales, ainsi ce Granier-Deferre qui confronte deux acteurs majeurs du cinéma français avec un grand texte de Simenon.

Je retenais de ce film l'élément le plus facile, le principe du duel, de l'amour vache, de la dépendance qui nous tient lorsqu'une relation s'établit dans la durée et le couple formé par Gabin/Signoret en rend toutes les nuances. Mais en revoyant ce film c'est plus l'image de la mort à l'oeuvre qui surgit. Certes les immeubles détruits, ce quartier de Courbevoie en voie de réhabilitation, cette maison au fond d'une impasse établissent un parallèle un peu voyant mais des phrases font mal, donnent à cet amour une butée, une borne indépassable. Nous ne sommes pas là dans un romantisme où l'amour transgresse l'espace et le temps.

"J'étais belle, tu t'souviens ?"
"Les années ont passé, maintenant je suis au bout du rouleau, j'ai rien compris."

Le beau chant funèbre de Philippe Sarde accompagne ce couple. La haine, comme l'amour, a besoin pour s'exercer d'un objet. L'autre, celui qui vous accompagne, est ici, pour Julien Bouin (Gabin), celui qui va disparaître et la mort met un terme à la haine ou à l'amour. Julien semble vouloir se préparer à cette issue inéluctable mais il sacrifie le temps qui lui reste, se met en retrait en anticipant. c'est ce drame que filme Garnier-Deferre avec une belle maîtrise, laissant des scènes se répéter pour mieux marquer le temps qui passe et qui broie tout.

20 oct. 2013

Coming Home / Le retour (1978) Hal Ashby


Festival Lumière 2013, Lyon.

Grand film sur le post-traumatisme des soldats revenant de le guerre du Vietnam, le film de Hal Ashby lève le voile sur l'invisible, la manière dont des hommes reviennent un handicap, physique ou mental. Handicap d'autant plus invisible que l'hospice qui les accueille manque de moyens et que les images de la guerre sont partout et ne donnent leur donnent pas le beau rôle.
Dès les premières images, les premières scènes, la réalité des corps meurtris, des esprits perturbés n'est pas évacuée, elle est là, en plein écran. Le scénario est porté par une distribution éclatante, le rôle qui échoit à Jane Fonda est fait sur mesure, l'implication politique de l'actrice ne pouvait que la porter vers celui-ci. C'est Jon Voight qui impressionne, nous avons le sentiment qu'il est le personnage, il réussit à éviter le pathos lacrymal et donne une force au film qu'il porte sur ses épaules. Quant à Bruce Dern, l'a-t-on déjà vu mauvais ? Il a un personnage plus nuancé et difficile et s'en sort avec les honneurs.
C'est en même temps l'émancipation d'une femme de militaire, Sally, qui ne doit pas travailler, doit rester au foyer et l'éveil d'une conscience politique, Luke. Ce couple incarne ainsi une modernité presque avant-gardiste, d'ailleurs lorsqu'ils vont au cinéma c'est 2001, A Space Odyssey qu'ils choisissent. Kubrick est cité une deuxième fois avec A Clockwork Orange, Luke Martin qu'on alimente à l'hôpital est une citation de Alex faisant de même.
La bande-son est constituée des plus grands groupes de l'époque et défile presque en continu témoignant certainement d'une pratique courante de cette période.

Des gens sans importance (1955) Henri Verneuil


Festival Lumière 2013, Lyon.

Jean Viard (Jean Gabin) est un routier qui ne trouve aucun réconfort dans sa famille, il est bien plus à l'aise au volant de son camion, volant qu'il partage avec son collègue Berty (Pierre Mondy). Lorsqu'il va rencontrer Clotilde (Françoise Arnoul), bonne au relais routier où il aime s'arrêter, c'est une relation passionnelle qui va débuter.

Gabin avait tourné au volant d'un camion dans Gas-oil de Gilles Grangier, l'année précédente mais là où le Grangier développait une intrigue ambiance polar auvergnat, Verneuil peint des profils psychologiques et décrit un univers avec une volonté réaliste ainsi le monde des routiers, leurs problèmes, les pressions du patron sur les horaires, la fatigue, tout cet univers est remarquablement reconstitué et c'est une des vertus du film que de le faire exister avec retenue et simplicité.
La mise en scène de Verneuil est efficace, c'est celle d'un artisan qui connaît bien son métier et qui met son talent au service du film. Notons que lors d'une conversation entre Gabin et Arnoul se déroulant dans une chambre, le bruit d'un camion passant sur la route étouffera le dialogue un instant, procédé que répétera, plus tard Godard dans A bout de souffle lors d'un même échange entre Belmondo et Seberg. Procédé assez rare dans la production des années 50.
L'écueil possible du scénario est de rendre crédible cette histoire d'amour, à cause de a différence d'âge entre les deux personnages mais cette différence est soulignée à plusieurs reprises, le fait qu'elle ne soit pas évacuée permet de régler le problème. il faut souligner également la tenue des dialogues, tous les échanges entre Mondy et Gabin sont dignes du meilleur Audiard, nous retrouvons cette décontraction du langage, cet usage de l'argot et de l'esprit vif de l'ouvrier populaire, celui qui pense, remercions François Boyer.

Enfin, reste Gabin, ces colères, ces emportements, ces yeux roulés, ces claques, Gabin possède cette aura particulière qui fait que lorsqu'il est à l'écran, nous avons l'impression de retrouver quelqu'un de la famille. J'ai tellement vu ses films dans le salon familial que dès qu'il apparaît c'est un plaisir. Il est, encore une fois, parfait dans ce film. Je goûte un peu moins la prestation de Françoise Arnoul, son personnage n'est pas à son avantage, cette fille déprimée qui ronge son frein en attendant de trouver une issue à sa vie, n'est pas un personnage facile à jouer car la palette des émotions est moins grande. 



The Landlord / Le propriétaire (1970) Hal Ashby


Festival Lumière 2013, Lyon.

Produit par Norman Jewinson dont Hal Ashby montait les films, The Landlord fait le récit d'une émancipation, celle de Elgar Enders (Beau Bridges), jeune homme provenant d'une famille extravagante et fortunée new-yorkaise. Il décide de faire quelque chose de personnel, acheter un immeuble situé à Brooklyn pour y installer, après avoir expulsé tous les locataires, un gigantesque lustre. Le jeune homme est vaguement idiot, tare qu'il hérite de ses parents racistes et incultes.
Elgar va rencontrer les habitants de cet immeuble, tous afro-américains, ils vont d'abord l'utiliser, tenter de le dépouiller mais au final, le lien se crée, même si ce lien oscille sans cesse entre exploitation et amitié.

Black power, psychédélisme, rock'n'roll, soul power, libéralisme, conservatisme, esprit communautaire, capitalisme sauvage, indépendance et émancipation, carcan familial... les thèmes sont si nombreux, la réalité décrite si complexe que c'est bien là le cadre idéal pour jeter un personnage totalement ingénu dans un bain si bouillonnant (la vitalité de la bande-son est à la hauteur de la température qui y règne). 
Récit d'initiation, le film est immense dans sa façon d'embrasser la totalité d'un univers. Les personnages que l'on y croise sont énormes, il force Elgar à les prendre en considération, chacun d'eux, je ne les citerai pas tous, mérite qu'on leur porte attention et si cela n'est pas fait, ils vous forceront à le faire, même avec une hache.
Alors quelle leçon retenir ? Si ce n'est cette force et cette diversité et la nécessité vitale d'exister réellement pour tracer son chemin car le risque est grand de se faire vampiriser par un autre individu qui, lui, n'attend que cela.

L'humour et l'émotion dominent le film, les personnages sont intenses, le montage magistral, les couleurs riches et variées, c'est bien le plus large spectre possible qu'il faut étendre. Le spectateur, ébloui, admire l'exercice.

Mention spéciale à Lee Grant et Pearl Bailey qui offrent une performance exceptionnelle.
Pour un premier film Hal Ashby a frappé fort.

19 oct. 2013

Reunion / L'ami retrouvé (1989) Jerry Schatzberg


Festival Lumière 2013, Lyon.

En présence de Jerry  Schatzberg qui raconte sa collaboration avec Harold Pinter, la manière dont il redoutait de devoir lui demander de retravailler le scénario après la première mouture, la manière dont il acceptait volontiers les remarques, pas toutes mais beaucoup d'entre elles.
Pinter, de son vivant, a appelé Schatzberg à chaque fois qu'il voyait le film, ceci pour lui dire combien il l'aimait.

L'ami retrouvé est un roman célèbre de Fred Uhlman, l'ayant lu plusieurs fois, je dois dire que cette adaptation est extrêmement fidèle à l'oeuvre originale. Le final conserve la même émotion, la même force. 
En dehors du talent pour faire exister les personnages, pour inscrire le récit dans des décors, c'est la force du montage qui séduit. Schatzberg a décidé de donner aux images mentales de Strauss, une place de premier ordre. Les souvenirs de l'homme vieillissant qui se retrouve à Stuttgart, incarné merveilleusement par un acteur que l'on chérit sans peine, Jason Robards, ces souvenirs sont le sel qui rehausse l'ensemble et capte l'attention du spectateur qui devra recoller les morceaux, faire le lien.
La mémoire est double, il y a le travail de mémoire, cher à Primo Levi, la mémoire est soulignée par l'extrait de Henry V, de Laurence Olivier, mémoire parce que le fascisme est toujours présent, voir les anciens pro-nazis qui en sont pas morts et ceux qui rêvent de suivre leurs traces.
Et il y a celle de l'amitié, L'ami retrouvé est d'abord le récit d'une amitié improbable entre un petit bourgeois et un aristocrate, amitié qui se confrontera aux différents idéaux politiques, à la différence de classe sociale et à la guerre. 
Une phrase est prononcée par le jeune Konrad, dite à Henry : "You teach me to think !".

Le final est bouleversant et donne sa noblesse à ce quelque chose d'impalpable, de rare et précieux qu'est l'amitié.

Le bonheur (1934) Marcel L'Herbier


Festival Lumière 2013, Lyon.

Voici un L'Herbier amusant, tiré d'une pièce de Bernstein, en grande partie grâce à la prestation remarquable de Michel Simon qui joue le manager homosexuel d'une diva, Clara Stuart, interprétée par la séduisante Gaby Morlay. La star ne cesse de cabotiner et s'attire les foudres d'un dessinateur anarchiste, Philippe Lutcher (Charles Boyer revenu des Etats-Unis pour tourner ce film), alias Chakal lorsqu'il signe ses oeuvres. Lutcher lui tire dessus et c'est une histoire passionnelle qui commence, histoire d'un amour réciproque mais impossible.

Le film est drôle et chaque fois que Simon apparaît, il irradie l'écran reléguant les autres personnages à l'arrière-plan. Il faut voir sa prestation lors du procès devant condamner Lutcher suite au coup de feu tiré sur la star.
Dénonciation du star-système, le film explore l'univers du spectacle, ses coulisses, nous avons même un film dans le film lorsque Stuart obtient un contrat et tourne pour le cinéma. 
Boyer est celui qui ne peut vivre ses sentiments car ils sont trop forts, c'est une belle séquence qui se joue lorsqu'il lui demande de ne plus se voir mais Stuart doit penser à lui lorsqu'elle tournera la première scène de chaque film, il sera alors dans la salle et saura que ce regard est pour lui, belle idée romantique.

Chicago Calling (1951) John Reinhardt


Festival Lumière 2013, Lyon.

"Art of Noir", séance présentée par Eddie Muller et Philippe Garnier.

Film rarement montré qui présente la particularité de voir Dan Duryea dans un rôle inhabituel, celui du mec sympathique, il endosse traditionnellement des rôles de crapules sans pitié.
Duryea interprète William Cannon, un ancien photographe qui sombre dans l'alcoolisme. L'argent vient sérieusement à manquer et son épouse en a assez de le voir rentrer à l'aube. Elle décide de quitter San Francisco et de partir à Chicago avec Nancy, leur fille. Arrivées à Chicago, l'épouse expédie un télégramme pour signifier que la petite a eu un accident, une opération chirurgicale doit suivre, elle rappellera. William ne sait où elles sont exactement et il n'a que ce coup de fil pour connaître l'issue de l'opération seulement il doit payer la facture téléphonique pour retrouver sa ligne. Une mini épopée commence.
William sera aidé par un gamin qui lui portera toute son affection, Bobby (Gordon Gebert).

Le réalisateur m'était inconnu jusqu'à cette séance, c'est un bourlingueur, Amérique du Sud, Europe, Etats Unis...
Ce film tente de donner une version américaine du Voleur de bicyclette, ce qui est plutôt réussi, la relation entre William et Bobby étant crédible et manifeste. Il y a aussi une mode issue de la réussite de The Naked City avec le même souci d'inscrire le récit dans le foisonnement d'une ville, avec une voix-off introductive. Les plans de Los Angeles sont nombreux, le film se déroule dans le quartier de Bunker Hill, ceux qui ont fréquenté l'oeuvre de John Fante reconnaissent la topographie particulière de ce quartier, les maisons et hôtels à flanc de colline... 
La pauvreté est un thème qui inonde le récit et une sorte de fatalité s'abat sur le personnage même s'il est régulièrement aidé par un tiers (le jeune gamin, l'argent retrouvé au stade, la vendeuse de sandwichs, le technicien de la compagnie de téléphone). Nous retrouvons la difficulté sociale, loin des codes hollywoodiens qui concerne la Californie, lorsque William travaille une journée dans le bâtiment, sa tentative de manier le marteau-piqueur est un passage rarement visible dans la production cinématographique qui en dit beaucoup sur la réalité du monde du travail et sur ceux qui exercent ce job, la minorité afro-américaine.
Après une séquence admirablement mise en scène, celle du "suicide" de William, un happy-end permet au spectateur de respirer.
Un film très recommandable.

18 oct. 2013

Crashout (1955) Lewis R. Foster


Festival Lumière 2013, Lyon.

"Art of Noir" par Eddie Muller et Philippe Garnier.

Film écrit par Cy Endfield qui aurait voulu le tourner mais le réalisateur doit s'exiler et c'est Chester, le producteur qui engage Foster, ancien journaliste de San Francisco, pas un inconnu puisqu'il a écrit le scénario de Mr Smith Goes to Washington.
Une seule copie 35 mm existe de ce film et elle était là, à Lyon, le 18 octobre 2013.
Le film vaut par son casting "avec tous les méchants que l'on aime" dira Garnier.

Le film débute par une évasion et un magot à aller chercher.
Qui s'évade ?
Van Duff, c'est-à-dire William Bendix, une gueule et un timbre de voix reconnaissable entre tous, il est vraiment le bad guy de cette équipée sauvage alors qu'à l'époque il jouait les nounours gentillet dans une série télévisée. Arthur Kennedy est de la fête (il joue Joe Quinn), un acteur excellent, journaliste dans Lawrence d'Arabie ou plus méconnu le héros de The Naked Dawn. Luther Ader joue l'italo-américain irrésistible mais c'est William Talman qui retient notre attention, il est le tueur psychopathe du groupe, l'évangéliste au couteau rédempteur, acteur qui brille dans Armored Car Robbery de Fleischer. Adam Williams a un rôle dans le film, c'est l'un des truands de North by Northwest. Que du beau monde !
Ces truands doivent composer entre eux et cela ne se fait pas sans heurts. Au fur et à mesure du film le groupe perd des membres, l'argent dissout, une de ses vertus principales.
C'est un excellent polar de série B, a l'interprétation de qualité. La mise en scène est soignée, certes ce n'est pas Cy Endfield qui est aux manettes mais Foster s'en sort honorablement, seule une production parfois un peu chiche se fait sentir de temps à autre mais ce n'est guère gênant.

Mise à sac (1967) Alain Cavalier


Festival Lumière 2013, Lyon.

Alain Cavalier présente son film, issu des  collections de la Cinémathèque Française, en indiquant que voler une banque, en 1967, était une idée à la mode, du coup il ne se sent pas moralement irresponsable de faire ce film, étant, de plus, amoureux du film de Huston, Asphalt Jungle.
Alain Cavalier est malicieux, comme toujours, plein d'une ironie discrète mais diablement efficace.
Il indique à la salle que le film n'est pas situé à Lyon comme mentionné dans le récit mais tourné à Paris et comme il ne veut se fâcher avec les spectateurs lyonnais, il se doit de leur dire la vérité. Puis il évoque une femme, une lyonnaise, avec qui il s'est marié trop brièvement, elle n'est pas là mais la salue. Il s'agit de Irène Tunc, avec qui le réalisateur s'est marié, Irène Tunc est décédée suite à un accident de la route et il est très émouvant que Cavalier pense à elle et le dise avec cette douceur, cette profondeur et cette discrétion.
Elle joue avec charme et intelligence la standardiste, elle apparaît aussi dans La chamade.
Un salut à Pierre Lhomme dans la salle et la projection commence.

C'est une histoire de braquage, de braquage motivé par la vengeance. Il y a la description de l'opération, une ville dans l'Isère, Servage (nous sommes peu avant mai 68), les différents endroits braqués et puis le final, comme dans un vrai polar mais un polar écrit par Sautet et Cavalier, d'après un roman de Richard Stark.

La musique de Jean Prodromidès est expérimentale, des sons plus que des notes, de la musique électronique expérimentale mais qui fonctionne bien, qui donne au film un aspect étrange, aussi étrange que ce village isérois vide de ses habitants, déserté, où seuls les truands déambulent, vaquent à leurs affaires.
Michel Constantin est de la partie et le casse de la ville se fait dans une torpeur propre au songe. La réalité surgit avec toute la force de sa présence, comme dans un bon polar.
Mais la vie aussi, la petite vie, la petite vie de la standardiste (Irène Tunc) retenue par Maurice (Franco Interlenghi, vu chez Fellini ) qui en tombe amoureux, comment faire autrement ?
Il suffit d'un rien, d'un détail pour que ces petits bourgeois tranquilles se réveillent avec le vide. Seulement il y a le coeur, l'amour qui fait basculer la grande opération (c'est le commanditaire, l'instigateur).
Il y a de la grandeur, de la noblesse, on braque mais sans violence, lorsqu'un policier se fait assommer, l'un des braqueurs s'indigne : "Eh bien, beau travail, tu assommes les gens maintenant !!" De l'absurde aussi comme ce quidam qui appelle la police et se fait coffrer.
Un travail d'équipe, une équipe aimable qui n'a pas de chance mais qui reçoit notre affection.

16 oct. 2013

Try and Get Me a.k.a. The Sound of Fury / Fureur sur la ville (1950) Cy Endfield


Festival Lumière 2013, Lyon.

C'est reparti pour l'excitante programmation "Art of Noir" présentée par Eddie Muller et Philippe Garnier, merci à eux pour la programmation et pour les informations transmises.

Quelques paroles rapportées au préalable. 
Ce film était invisible en salles aux USA, aucune copie disponible, la seule copie existante à ce jour est possédée par un certain Martin Scorsese. La Fondation Eddie Muller a restaurée la copie, en argentique, pas en numérique.
Le film est produit à l'apogée de la chasse aux sorcières, triste époque. Il aborde le thème métaphoriquement, cette hargne politique où la bêtise le dispute à la violence. 

L'histoire est tirée d'un faits réel qui vit le lynchage de deux hommes dont un est innocent par une foule en rage, voir le Fury de lang en 1936 qui traite du même thème. L'auteur du roman inspiré d'articles relatant le drame a écrit l'adaptation, Jo Pagano.
L'on y voit un homme, Howard Tyler (Frank Lovejoy est excellent dans le rôle), acculé par le chômage se laisser séduire par l'argent facile que gagne Jerry Slocum (Lloyd Bridges, parfait en psychopathe narcissique). Lorsque le drame surgit, il est trop tard et la foule, excitée par une presse locale avide de forts tirages, vient les lyncher en prison.
La scène de lynchage est d'une violence éprouvante.
Seul le personnage de Vito (Renzo Cesana) est d'une lourdeur excessive, il doit souligner à gros traits la dimension morale de l'histoire et chacune de ses interventions plombe le film qui reste néanmoins impressionnant de par la qualité de l'interprétation et de par la beauté de sa mise en scène.

Cy Endfield ne sera blacklisté qu'après ce film où il fera une carrière, comme d'autres, en Angleterre. Magicien de formation, il étonnait Orson Welles, autre passionné, par ses tours. Ce dernier le fera débuter au cinéma. Il est, de ceux qui seront sur la liste, celui qui est le plus à gauche, son premier film, Inflation, un court métrage, traite de la bienveillance qu'ont les américains pour les pro-nazis de l'époque.
Pierre Rissient a distribué le film en 1968, ami de Cy Endfield, il lui permettra de couper quelques scènes, certainement celles qui concernent les interventions de l'intellectuel didactique qui, aujourd'hui, ne sont vraiment plus nécessaires, elles ne devaient pas l'être à l'époque.

La rage de Slocum est parfaitement jouée par Bridges, son emprise sur Tyler est flagrante mais ce dernier est pris dans l'étau du désir de réussite, il veut apporter plus à sa famille. L'aspect néfaste d'une presse à sensations est souligné avec efficacité mais ce qui marque davantage est la dimension psychologique du personnage de Tyler. La séquence où Slocum le fait sortir et le jette dans les bras d'une vieille fille digne et prude (Katherine Locke) est une des plus belles du film car ce sont deux personnages perdus qui se rencontrent.
Une belle découverte.

15 oct. 2013

Le voyou (1970) Claude Lelouch


Festival Lumière 2013, Lyon.

Quentin Tarantino présente le film dans le cadre de sa carte blanche, Claude Lelouch et Charles Gérard sont présents. 
Tarantino s'amusait à revoir les films, presque tous les films, de l'année 1970 pour préparer, éventuellement, un ouvrage sur le sujet. Connaissant un peu le bonhomme, l'on peut même se dire qu'ayant de l'argent, du temps et les relations pour le faire, c'est davantage le genre de projet qu'établit un cinéphile compulsif ayant les moyens de le réaliser. Le film de Lelouch a été une de ses plus belles découvertes. Il demande alors à la salle de crier en choeur "Merci Simca !" dès que cette phrase est prononcée à l'écran, ce qui a été fait et a donné à cette séance une tonalité particulière, en plus du rire d'ogre (Jack Carter, si tu me lis...) qui a ponctué avec régularité la projection. Car Quentin Tarantino ne se contente pas de présenter les films, il les regarde avec le public.
Lelouch, touché de cet hommage, raconte qu'à l'époque il a beaucoup de succès. Des voyous tentent alors de lui extorquer gentiment un peu d'argent. Il refuse et ils se lient un peu avec ces derniers. L'un d'eux lui raconte un coup qu'il désire réaliser, Lelouch le lui déconseille mais lui achète les droits et tourne le film.

L'introduction du film est déroutante, un numéro de danse qui met en scène des gangsters, règlement de comptes avec grands jetés sur macadam. Le récit révélera, avec malice, l'origine de ses images.
La malice, l'inventivité, la joie de filmer, de jouer avec les acteurs, le récit, le montage, les cadres, tout concourt à procurer du plaisir dans ce film. Les dialogues sont drôles et l'on rit beaucoup.
Trintignant joue avec son image austère, il est Simon, le Suisse, un gangster qui s'évade et a du charme et de l'astuce à revendre. Yves Robert est le commissaire qui est chargé de l'enquête et Charles Denner le gogo de service, qu'il joue admirablement bien. Charles Gérard est le complice de Trintignant.
En dehors du plaisir à s'amuser avec les lois du genre policier, Lelouch se moque des jeux télévisés, de l'appât du gain, de la fortune qui font rêver les gens simples mais sans agressivité, avec une décontraction qui fait mouche.

14 oct. 2013

The Adventurer / Charlot s'évade (1917) Charlie Chaplin


Dernier film pour la Mutual, le titre n'est en rien métaphorique puisque Chaplin se plaisait dans ce studio, c'est pour lui une période heureuse.
Les décors variés, les gags nombreux font de ce court une réussite. Un rythme endiablé entraîne le spectateur dans un tourbillon étourdissant.
Chaplin est un prisonnier qui réussit son évasion, grâce à un sauvetage près d'une plage il intègre un monde plus fortuné.
Nous assistons au dernier rôle de Campbell, acteur qui ne passe pas inaperçu, sa masse physique et sa taille jouaient un rôle important dans les courts de Chaplin. Ce dernier aimait à avoir des domestiques japonais, Kono, son chauffeur, joue son propre rôle dans le court.

The Immigrant / L'émigré (1917) Charlie Chaplin


Les films de Chaplin prennent de plus en plus une tonalité dramatique, il est flagrant que le réalisateur veut explorer d'autres registres que la comédie, il le fait par touche. Il ne faut pas oublier que Griffith, pour ne citer que lui, jouit d'un prestige immense à cette époque, Chaplin le surpasse en célébrité, connu dans le monde entier son oeuvre reste cantonnée à l'univers du burlesque, Chaplin sait qu'il peut donner autre chose.
Ici, c'est l'évocation des émigrants qui arrivent aux Etats-Unis, même si les jeux de cartes à bord du navire qui les conduits vers ce nouveau monde prêtent à rire, c'est bien plus la composition de tableaux mélodramatiques qui frappent le spectateur, une certaine gravité surgit au détour d'un plan, d'une scène.
Après la séquence du bateau le film situe son action au sein d'un restaurant où le héros retrouvera une passagère et finira par se marier avec elle.
Une description réaliste sur la condition des ces émigrants, le traitement un peu rude qu'ils subissent à l'arrivée, le manque d'argent s'effacent devant l'intégration par le mariage, l'emploi. Le personnage de Charlot est ici moins sauvage, plus sociable mais reste, encore et toujours, universel.

Dark Horse (2011) Todd Solondz


Abe (Jordan Gelber) vit encore chez ses parents. Il est paresseux, incompétent, collectionne les figurines en plastique et autres peluches issues de l'univers du comics et du cinéma (aujourd'hui les deux ne semblent plus faire qu'un). Sa mère (Mia Farrow) le couve, son père (Christopher Walken) le méprise, lui ayant toujours préféré son frère devenu chirurgien. Il tombe amoureux de Miranda (Selma Blair), belle jeune femme mais dépressive au plus haut point...

Abe, prisonnier d'un monde artificiel, auditeur de chansons pops qui lui vantent la réussite, les espoirs incandescents d'une vie meilleure, ne saisit pas les codes et valide de mauvais choix. Alors que le bonheur se trouve à sa portée mais ce bonheur n'est pas loué par la culture qui l'imprègne. C'est un premier constat, le second est celui d'un enfant qui s'est vu attribué un statut qui lui a collé à la peau comme une malédiction, celle du tocard, du "dark horse", duquel nous n'attendons rien si ce n'est un miracle. L'amplitude est trop immense pour que le jeune Abe puisse la dépasser.
Le film de Solondz rend hommage, et justice, à  tous ceux qui débutent dans la vie avec ce handicap. L'épreuve leur sera difficile.

The Cure / Charlot fait une cure (1917) Charlie Chaplin


Chaplin endosse le costume d'un dandy alcoolique qui vient faire une cure de désintoxication. Etablissement riche en possibilités, nous trouvons une piscine, un masseur, un puits qui délivre l'eau curative. Parmi les personnages, Eric Campbell, le pied bandé, souffrant de la goutte.
La meilleure scène est celle du massage, Chaplin la compose comme une lutte greco-romaine hilarante. Le puits est un élément dont Chaplin use avec brio.
C'est l'époque où le réalisateur n'hésite pas à faire des centaines de prises pour obtenir la perfection d'un geste, d'un enchaînement et même si Mutual est un studio qui lui permet une grande liberté, il semble que Chaplin veuille en acquérir une à sa dimension, totale, sans bornes.

Easy Street / Charlot policeman (1917) Charlie Chaplin


Charlot devient policier, son secteur est Easy Street, une rue en T, fameux décor qui naît ici, dans ce film. Eric Campbell joue les brutes épaisses, il fait régner la terreur dans cette rue où les policiers lucides n'osent s'aventurer. Charlot, malicieux et opportuniste, inconscient également, réussit à le mater, gagnant ainsi le respect des autres truands.

Court où le récit est moins haché, moins artificiellement constitué de gags, le propos est plus harmonieux. En dépit de l'usage du vol, de la drogue, c'est l'évangélisation des masses qui clôture le film, le final est un idéal des plus mortels, des plus ennuyeux car tout le monde assiste  la messe. Il fallait certainement, après avoir témoigné des déviances du personnage, calmer les sectes des bonnes moeurs avec ce nappage religieux.

13 oct. 2013

Musik i mörker / Musique dans les ténèbres (1948) Ingmar Bergman


Bengt (Birger Malmsten), un jeune pianiste, a un accident sur un champ de tir militaire, devenu aveugle il doit tout réapprendre. Ingrid (Mai Zetterling, le printemps à elle toute seule), une jeune servante, va tomber amoureuse de lui.
C'est l'histoire de deux destins qui se croisent, deux êtres qui, grâce à l'amour, vont pouvoir se surpasser et vaincre les difficultés de la vie. Ce thème est présent à travers d'autres personnages secondaires.
Après un début étonnant où Bengt se trouve entre la vie et la mort (Bergman filme les limbes avec le personnage se traînant dans la boue d'où surgissent des bras qui tentent de le retenir mais finalement il s'élève et remonte à la surface, Bengt s'élève à travers un espace liquide, un aquarium avec superpositions de poissons et une sirène, en bas de l'écran, à droite, Mai, une prémonition), séquence naïve et osée, le film déroule un mélodrame classique, une histoire d'amour, simple et belle, en partie grâce aux charmes des deux acteurs principaux et à la réalisation soignée de Bergman qui aime jouer avec la lumière, les ombres. Quelques scènes tournées en extérieur, scène du cimetière, scènes de la campagne,  sont les bienvenues et ajoutent à la beauté du film.

Basic (2003) John McTiernan


Des Rangers s'entraînent au fond de la jungle du détroit de Panama, plusieurs d'entre eux sont tués dont le chef instructeur West (Samuel L. Jackson), un fêlé jusqu'au-boutiste de la dépense énergétique voulant que ses hommes puissent penser, laissant la douleur et l'effort de côté, exercice assez difficile à réaliser.
L'enquête piétine et l'on fait appel à Hardy (Travolta), un ancien Ranger, spécialiste des interrogatoires.

Peu d'action dans ce McTiernan mais un dispositif scénaristique qui capte l'attention des spectateurs, ce dernier ne cessant de mettre à jour ses informations jusqu'à ce qu'il abandonne et s'en remette au récit qui finira bien par lui dire la vérité.
C'est bien filmé, et même très bien filmé, les acteurs s'amusent et  Travolta est bon. Arguments faibles mais suffisants pour passer un bon moment.

A ce jour le dernier film de McTiernan. Il est assez désespérant de voir que cet homme ne peut pas continuer à faire ce qu'il sait faire : de bons films d'action.

12 oct. 2013

The Twilight Zone : The Four of Us Are Dying (1960) John Brahm


Saison 1

Arch Hammer a un don stupéfiant, il change de visage selon ses désirs. Homme médiocre, il met son talent au service de son peu d'ambition, il découpe les articles mortuaires dans les journaux et revient surprendre les connaissances du défunt pour mieux les abuser. Seulement un homme n'est pas seulement son visage, même s'il a lu Lévinas.

Episode distrayant avec, parmi les acteurs, Ross Martin (Les mystères de l'Ouest) et Pat Comiskey, un figurant déjà vu chez Wilder et au côté de Bogart dans The Harder They Fall.

I Am a Fugitive from a Chain Gang / Je suis un évadé (1932) Mervyn LeRoy


En revenant de la guerre James Allen (Paul Muni), soldat décoré, veut changer de vie et quitter l'usine dans laquelle il exerçait auparavant. Son expérience dans le Génie lui donne envie de s'affirmer et de construire des ponts mais rien n'est facile et la crise ne lui donne guère l'occasion de faire ses preuves. Dupé par un vaurien alors qu'il était dans la misère, Allen écope de dix ans de bagne. Il découvre alors les conditions inhumaines de détention et d'exploitation de l'individu enfermé. Il s'échappera par deux fois, il réussira à s'accomplir dans la profession voulue mais en toute clandestinité. la société lui refusera le pardon, le trahira, le poussera à voler pour survivre.

C'est un réquisitoire redoutable contre le bagne et au-delà la prison comme institution visant seulement à punir, humilier. Les mécanismes qui conduisent à la haine jouent à plein et l'on désire sans peine que la prison ait un rôle différent. C'est de la grande production Warner, à veine sociale, de celle qui a un impact direct sur les spectateurs.

The Rink / Charlot patine (1916) Charlie Chaplin


Lorsque le film commence et que nous voyons ce restaurant avec cette allée centrale, nous devons avouer une certaine crainte, celle de la répétition. C'est un cadre beaucoup vu dans les courts précédents mais, heureusement, ce qui suit n'est que source de nouveautés et numéros merveilleux !
Chaplin fait d'abord l'addition en regardant les tâches qu'il trouve sur son client, puis c'est un cocktail préparé devant nous mais au lieu d'agiter le shaker c'est le corps de Chaplin qui tremble, les scènes mémorables se suivent, la chaise "préparée" de Mrs Stout, le jeu avec le poulet, le chat à la cloche... Devant cette imagination débordante, ces fantaisies, nos peurs sont oubliées.
Ensuite ce sont des scènes de patinage où l'adresse de Chaplin est extraordinaire, les trucages à la corde sont aussi drôles due l'habileté de Chaplin est grande. Le jeu avec sa canne est également très au point.
C'est un des courts les plus riches en numéros nouveaux, un de ceux qui ne s'oublient pas.

Gloria (1980) John Cassavetes


"I love you Gloria. Il love you to death."

Je ne sais pas pourquoi, je pensais que ce film était une commande, du coup je l'avais relégué dans une zone vaguement indifférente mais à bien y regarder c'est réellement un film de Cassavetes, d'ailleurs il l'a écrit.
En dehors de quelques péripéties trop nombreuses au milieu du film (je me demandais si Gloria allait encore courir longtemps dans les rues de New-York) et d'un ralenti final assumé par le réalisateur mais too much à mon goût, c'est un beau polar qui centre son propos sur la relation d'une femme, Gloria (Gena Rowlands, sublime), et d'un jeune portoricain, Phil (John Adames), qu'elle doit sauver des griffes de la mafia.
Beau portrait de femme, une femme forte qui tient tête à des mâles virils se devant de respecter leur code. Beau portrait de la ville également, New-York est sale, ses immeubles ne sont plus très frais et le système (celui du cinéma aussi) corrompt, dilue les valeurs dans de sombres histoires d'exemplarité.
Cassavetes filme la pègre, le mal, comme une entité invisible mais bien présente. Seule Gloria les repère car elle les connaît, elle franchit alors l'espace qui les sépare, va droit sur eux et nous les révèle (voir les scènes du bus et du restaurant). 
Le film n'est pas aussi poignant que les plus belles réussites de Cassavetes mais nous succombons devant la beauté de Gena Rowlands, devant son charme, ses moues étrnages dont elle nous fait grâce le temps d'un regard. Passer deux heures en sa compagnie n'a jamais fait de mal à personne.

11 oct. 2013

Prisoners (2013) Denis Villeneuve


Thriller autour de l'enlèvement d'enfants dans une banlieue tranquille, le mal et le bien se confondent et tous les repères deviennent flous sous le coup de la douleur et de l'espoir.

La distribution est remarquable : Hugh Jackman joue un personnage rongé par la douleur et la vengeance, Jake Gyllenhaal est un flic tenace et habité par sa fonction, Melissa Leo est magnifique, comme d'habitude, quant à Paul Dano, c'est un autre rôle d'allumé de service à mettre à son palmarès.
Le récit nous immerge dans un bain où la tension est savamment maîtrisée, les twists sont nombreux et nous finissons par abandonner toute idée d'anticipation. Villeneuve prend le temps de nous faire vivre avec les personnages et le climat est si lourd que nous sortons de la salle avec un sentiment de délivrance.
Plus divertissant qu'Incendies, plus hollywoodien, plus classique, Vileneuve démontre un savoir-faire d'une solidité redoutable.

9 oct. 2013

The Hills Have Eyes / La colline a des yeux (1977) Wes Craven


Une famille de new-yorkais en partance pour la Californie s'arrête en plein désert suite à un problème mécanique. Du haut d'une colline des dégénérés les observent, ravis de trouver enfin de la chair fraîche.

Des citadins se font décimer par des sauvages, confrontation civilisation/nature ? Pas si simple car la zone est un secteur nucléaire et c'est un accouchement dans cette zone qui déclenche la dégénérescence de cette micro-société, fruit de radiations probables. Le nucléaire étant à l'avant-garde de la recherche scientifique c'est, de ce fait, un retour violent des sévices portés à la Terre. Le mal est déjà inscrit en l'homme moderne, voir le final et la violence manifestée par Doug.
Le film est un modèle du genre et Michael Berryman est effrayant au possible.

Behind the Screen / Charlot fait du ciné (1916) Charlie Chaplin


Charlot est de retour sur un plateau de cinéma et sème, of course, le désordre.
Une image est révélatrice de cette fonction chaotique : Charlot empile des chaises sur son dos en les enfilant par le bras, les pieds dressés à l'extérieur forment une véritable nuée de pics qui le font ressembler à un virus ambulant dangereux pour les occupants du plateau.
Le film est plus confus que ses meilleures réalisations précédentes, nous revenons à un aspect Keystone plus prononcé, tartes à la crème et autres compilations de mini-scènes gags. L'ensemble reste agréable, la scène du repas étant la plus drôle à mon goût.
Notons un numéro de travestissement et une scène relative à une grève.

8 oct. 2013

The Twilight Zone : What You Need (1959) Alvin Ganzer


Saison 1

Un vendeur ambulant (Ernest Truex) donne à ses clients ce dont ils ont besoin sans qu'ils le sachent encore. L'un d'entre eux (Steve Cochran) se rend compte du don de ce vieil homme et veut abuser de ses services seulement est-il bien raisonnable de confondre ses besoins et ses désirs ?

Voici un épisode qui tient la route, le travail en studio permet de soigner la photographie et j'aime beaucoup ces plans récurrents dans la série qui jouent à fond le parti de l'ombre.
Steve Cochran convient parfaitement au rôle dans cet épisode qui lorgne vers le film noir.

The Twilight Zone : And When the Sky Was Opened (1959) Douglas Heyes


Saison 1

Un vol expérimental, l'avion disparaît des radars durant 24 heures. Quelques jours après leur retour, un des pilotes, le lieutenant Clegg Forbes (Rod Taylor) se rend compte de la disparition d'un des membres de l'équipage. Il se souvient, il était là, avec lui, puis plus rien, plus aucune trace de sa présence, ni dans les journaux, ni chez ses proches. Il est le seul à conserver un souvenir de lui. Il perçoit à son tour un léger malaise, il ne veut pas disparaître...

Excellent épisode, belle performance de Rod Taylor. La concision du scénario permet une simplicité redoutable basée sur l'utilisation habile du point de vue. L'économie des moyens nécessaires à la réalisation de l'épisode rivalise avec l'efficacité de sa narration.

The Pawnshop / Charlot brocanteur (1916) Charlie Chaplin


Charlot est un employé qui travaille chez un prêteur sur gages. Le personnage de Charlot est défini par son incompétence intrinsèque, incapable de remplir une fonction, qu'il soit à l'accueil, aux cuisines, qu'il s'occupe de l'entretien de la devanture du magasin ou qu'il fasse le ménage. Sa relation aux autres est identique, c'est-à-dire basée sur l'incapacité à entretenir une relation normale, exceptée avec les femmes.
Les objets sont détournés de leur fonction initiale, l'imaginaire l'emporte sur la réalité, la poésie surgit brusquement en laissant la place à la farce.
Equilibre sur une échelle, sur une corde posée à terre, destruction appliquée d'un réveil... Chaplin multiplie les numéros emportant le spectateur dans un tourbillon dont il a le secret, c'est beau, c'est étonnant, c'est drôle, du Chaplin concentré.

7 oct. 2013

Une souris verte (1996) Orso Miret


Sylvie est une prostituée qui se détruit lentement mais sûrement. Elle commence à créer des problèmes au mac du coin qui ordonne à Marc, un de ses hommes de main, de l'amener dans un autre secteur, une autre ville. Ce dernier s'arrête en chemin pour participer à une chasse organisée par son père. Sylvie en perturbe le bon déroulement, totalement troublée par la beauté de l'animal traqué.
Marc ne sait que faire, devant l'obstination de cette femme à vouloir en finir, devant sa fragilité, son nihilisme, il décide, en dernier ressort, de la sauver. Il part avec elle.

C'est un court captivant qui nous est offert, d'une trentaine de minutes. Jocelyne Desverchère livre une performance admirable, le malaise qui se dégage du personnage, sa détresse sont frappants d'intensité.

Tanztraüme / Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch (2010) Anne Linsel, Rainer Hoffmann


Wuppertal, Allemagne.
Une quarantaine d'adolescents issus d'écoles différentes préparent un spectacle de Pina Bausch. Ils ne savent pas danser mais vont s'engager dans ce projet.

Les répétitions se succèdent, les doutes, les interrogations, les peurs. La caméra est à l'épaule, au coeur du plateau. Immersion dans cette folie qui, peu à peu, prend corps.
Il est beau de voir la chose s'accomplir, de voir les histoires personnelles surgir car la danse exige un abandon qui nécessite une vérité, tâche ardue pour des adolescents.
Ce beau documentaire laisse place à la pédagogie, art subtil qui met en place deux individus faisant un chemin ensemble, le professeur et son élève. Le travail porte ses fruits, l'émotion s'installe, celle de l'accomplissement, de la compréhension, de la rencontre, de la transmission.

Et nous de vouloir voir le spectacle dans son intégrité.
De vouloir en faire partie.
De vivre cette expérience.
La magie de la danse, la joie du détail.

6 oct. 2013

La donna scimmia / Le mari de la femme à barbe (1964) Marco Ferreri


Napoli.
Antonio Focaccia (Ugo Tognazzi) rencontre dans les cuisines de l'hospice une jeune femme recueillie par l'Eglise, elle s'appelle Maria (Annie Girardot) et a le corps velu.
C'est le coup de foudre, Antonio voit là le moyen de s'enrichir et de se sortir de sa condition misérable. Petit à petit il réussit à convaincre Marie de faire le singe. Il l'exhibe d'abord dans son garage en faisant payer modestement les spectateurs, racontant qu'il l'a trouvée dans la jungle, à la manière des foires coloniales.
Maria est amoureuse, elle résiste devant cette manière qu'il a de la rabaisser mais elle finit toujours par accepter. Dans l'intimité c'est l'inverse qui se produit, c'est elle qui réussit progressivement à l'amener dans son lit, puis à l'épouser, lui faire un enfant...
L'enfant arrive alors que le couple est engagé dans les cabarets et fait le show à Paris.
Après la naissance, Maria perd sa pilosité...

Le film de Ferreri n'est pas si grossier qu'il en a l'air.
Si nous regardons ce couple, la domination d'Antonio n'est pas si évidente, Maria finit par le "dompter" et lui faire jouer le rôle du mari qu'il n'avait guère envie de tenir. Certes Antonio est un mufle, il ne prend pas de gants néanmoins Maria le fait changer et, après la perte de sa pilosité, le garde. Elle est enceinte d'un deuxième enfant et Antonio travaille. Ce dernier regrette sa vie de paillettes, ses voyages, quant à Maria, c'est la joie qui l'habite.
Le spectateur devra se demander si cette vie, ces deux enfants, ce repas pris sur le chantier, est une meilleure situation. 

Wagon Master / Le convoi des braves (1950) John Ford


Des truands, les Clegg, tue un homme après lui avoir volé de l'argent. Séquence très courte, le mal est introduit dans le récit. 
Générique.
Une ville, le marshall se plaint, tous ces mormons, vendeurs de chevaux, voleurs, saltimbanques, cela le gêne comme les roms en notre bonne vieille France ou d'autres communautés, l'autre est souvent envisagé comme un nuisible qu'il faut repousser.

Le pays est grand et la communauté conduite par Elder Wiggs (Ward Bond) espère gagner la terre promise : une terre fertile où il fait bon vivre en paix.
Ford va suivre ces outcasts à travers la vallée de San Juan, deux cow-boys les accompagnent. Les Clegg les rejoindront, rappelant que les serpents existent.

En même temps que le récit sublimé d'une page de l'histoire américaine, c'est un discours sur l'exclusion qui pousse les hommes à se rassembler, mêmes les indiens, des navajos, partagent un moment avec eux.
En filigrane, c'est une ode à la nature, à la vie en communauté, à l'extérieur, finalement c'est ce qu'aimait Ford et ce qu'il réalisait lorsqu'il partait en tournage avec sa troupe, loin des studios.
Des cadrages superbes, un rythme qui ne laisse aucune place à l'ennui, des émotions, tout est parfaitement maîtrisé.
Et c'est ainsi que Ford est grand !

5 oct. 2013

The Call of the Wild / L'appel de la forêt (1935) William Wellman


La séquence d'ouverture est superbe, dans une rue où la boue est de rigueur, une bagarre divertit l'assistance, un homme braille après son indigène qui tire le traîneau où il est installé, un ivrogne balance un marron au videur qui veut le sortir du bar : c'est la concentration de tous les cinglés qui sont en ville pour partir à la recherche de l'or ou bien pour dépenser celui qu'ils viennent de gagner. Une sorte d'asile renfermant des mâles virils se donnant tous les droits, celui de s'oublier avant de risquer sa vie dans les températures glaciales du Klondike.
Jack Thornton (Clark Gable), en cette soirée d'ivresse, vient de perdre tout son or et va partir en quête d'une autre mine, d'une autre espoir. Il y a tout ce que l'on aime chez Wellman, de la fougue, de la passion et un peu de délire.

La séquence de la traversée de la rivière par Thornton et son coéquipier Shorty (Jack Oakie) est, contrairement à ce que Blumenfeld annonce dans les suppléments, est de celles les plus ratées vues chez Wellman. Le danger est surjoué, tout est artificiel et grotesque. Une hérésie chez le cinéaste.
Heureusement elle n'est pas répétée, une autre scène se déroulant dans la rivière est celle qui voit les voleurs se noyer, bardés qu'ils sont de l'or qu'ils ont subtilisé. Cette fois la scène est vue de l'intérieur, sous l'eau, dans un silence étouffant les hommes tentent d'arracher les bourses qu'ils ont serrées auparavant, avant de périr, les seuls reflets qui accompagnent la dernière lueur de leurs regards sont ceux des couteaux qui tentent d'en trancher les cordons, en vain.
Cette scène résume la folie de l'or, la vénalité des hommes qui viennent en ces contrées et perdent leur bien le plus précieux.
La relation avec Claire Blake (Loretta Young) n'est intéressante que dans la mesure où, après être tombé amoureux, Thornton la perd. 
Le chercheur d'or doit s'habituer à perdre rapidement ce qu'il a conquis dans la difficulté, le film illustre parfaitement ce propos.
Dommage qu'une vingtaine de minutes manquent à l'appel.