29 oct. 2013

La strada (1954) Federico Fellini


La strada a le pouvoir des plus beaux films muets, il faudrait le voir avec pour seul accompagnement la musique de Nino Rota, sa force en serait décuplée car le travail de Giuletta Masina vaut tous les silences. Son visage clownesque, ses yeux grands ouverts, ses expressions mouvantes, sa gestuelle qui rappelle Charlot (le chapeau, la canne, le manteau sont un bel hommage) nous captivent et nous renversent. Elle est renversante de fragilité.
L'itinéraire merveilleux de Gelsomina est entièrement restitué par ces expressions, la découverte du monde et de ceux qui le peuplent, monde vu par son regard, est aussi le nôtre et lorsque la brutalité, le mal font irruption, lorsque Gelsomina gémit, nous gémissons aussi.
C'est une histoire triste et pourtant elle contient des beautés époustouflantes faites de rien, un terrain vague, un trottoir, un cheval qui passe dans la nuit.
Fellini chante la fête, l'amour du cirque, de ses troubadours mais n'oublie pas de nous dévoiler le reste, ces moments vides lorsque la fête est finie, la jalousie, la brutalité, la survie. Anthony Quinn est inoubliable dans ce rôle, Zampano. Zampano l'errant qui avance au volant de sa roulotte de fortune, qui prend tout ce qui se présente devant lui, sans chercher à comprendre et lorsque l'angoisse l'étreint, lorsqu'il n'arrive plus à la faire taire, il s'abandonne à la douleur, à sa triste condition d'être imparfait.
Avec le  Fou (Richard Basehart), ce trio fait d'amours maladroites et de solitudes compose une des plus belles odyssées que le cinéma puisse nous donner.

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