28 oct. 2013

Nos héros sont morts ce soir (2013) David Perrault


Le réalisateur est fan de Roman Polanski, c'est naturellement que son premier long métrage aborde le thème du trouble de l'identité.
L'originalité du propos est d'inscrire ce thème dans l'univers du film de genre, ici celui du catch (clin d'oeil à Wise et son The Set-Up) mais pas à n'importe quel comment, celui du début des années 60, celui où la France regorge d'hommes meurtris par la guerre d'Algérie, une guerre qui, alors, ne dit pas son nom.
Victor (Denis Ménochet), espèce de jeune Lino Ventura, revient de la Légion, ses souvenirs le hante et l'on comprend sans peine que la frontière du bien et du mal n'est plus aussi nette. Son ami de dix ans, Simon (Jean-Pierre Martins) est catcheur, il le rejoint et ils vont lutter ensemble. 
Scénaristiquement parlant, le ring va parfaitement illustrer les problèmes de Victor, il joue le rôle du salaud, conformément à la tradition du catch, masque noir qu'il porte à l'intérieur et dont il veut se débarrasser tandis que Simon est le héros, l'homme en blanc.
Conscient des problèmes de Victor, Simon lui propose d'échanger leurs masques.

C'est une galerie d'hommes cassés qui traversent l'écran, Victor en est un spécimen, le choc post-traumatique des soldats qui reviennent de la guerre n'est pas un phénomène dont on parle encore, Simon en est un autre, presque incapable d'aimer. Anna (Alice Barnole) sera celle qui tentera de lui inculquer ce devoir d'amour, cette nécessité d'embrasser le plus possible la vie et ce qu'elle offre. Théorie qui se reflète dans le volet cinéphilique du film, les citations sont nombreuses et l'amour du cinéma est palpable, c'est un autre point fort du film.

Bon casting, Yann Collette, Pascal Demolon, Philippe Nahon sont remarquables, bande sonore travaillée, littérature, cinéma et Histoire convoqués, image très belle, nous avons là un premier film riche, ambitieux qui donne au prochain des attentes qui doivent être, nous l'espérons, comblées.

1 commentaire:

  1. Bonsoir,

    J'attendais de pouvoir lire ton papier. Tu fais aussi écho aux nombreux éloges concernant la photo et la plastique générale du film même si certains ont pu critiquer le manque d'aspérité et une texture lisse.

    A ce propos, j'ai d'ailleurs appris très récemment que le film avait été tourné en numérique et non pas en pellicule argentique. Le résultat (de la BA, de l'extrait) que j'ai pu voir a l'air en effet tout à fait alléchant.

    Cela ne fait pas tout, mais la presse est plutôt enthousiaste (sinon curieuse, parfois même conquise) à propos du film.

    Cela fait du bien de voir que de jeunes cinéastes (que l'on a été amené à côtoyer à au moins deux reprises, dont une fois lors d'une table ronde organisée par "Les Cahiers du cinéma" en 2004)s'aventurent sur des chemins peu arpentés par le ciné français d'aujourd'hui et qu'il y a donc le goût du risque (celui de la confidentialité) qui l'emporte avec son ambition propre.

    Une carrière cinématographique s'ouvre en tout cas à David Perrault.

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