31 oct. 2013

Remorques (1941) Jean Grémillon


Le capitaine d'un remorqueur, André Laurent (Jean Gabin) va tomber amoureux d'une jeune femme, Catherine (Michèle Morgan) alors même que son épouse Yvonne (Madeleine Renaud) est en train de mourir.

Résumé comme cela, on ne risque guère de se précipiter pour voir le film et pourtant...

Jean Grémillon est un musicien à l'origine, cela s'entend car le traitement du son est admirable, voir la séquence du sauvetage en mer sous la tempête où les maquettes évoluant dans des ralentis amusants (on pense à Hitchcock) sont complètement écrasées par un son effrayant qui donne toute sa substance à la scène, voir aussi les dialogues chuchotés (Morgan demandant à Gabin : "...embrassez-moi...embrassez-moi...".
C'est un roman de Roger Vercel à la base, je dois absolument lire cet écrivain, responsable  du Capitaine Conan également, roman qui traite des hommes de la mer dans des missions, des situations périlleuses, roman qui est bien plus sombre à l'origine puisque le film devait débuter, non par un mariage mais par une enterrement. De plus le personnage interprété par Morgan est une garce. 
Il s'agit de montrer que les sacrifices ne sont pas sans dommages, que ce soit André qui fait passer sa vie personnelle après ses hommes et son bateau ou encore son épouse qui espère que son homme soit auprès de lui et quitte cette vie dangereuse, "à force de tirer la ficelle casse", c'est exactement ce que subit le lieutenant Conan, les épreuves changent les hommes.
Le film bénéficie des dialogues de Prévert, repérable de suite par leur beauté profonde. Certaines répliques sont un peu artificielles, la richesse cumulée peut aussi avoir des excès, le bon mot est trop visible ou peut-être mal porté par les lèvres d'un acteur, ce qui ne change rien à la beauté de ces dialogues qui, souvent, nous émeuvent, nous séduisent. Mais il y a aussi ces scènes plus naturelles, comme l'échange entre Renaud et Gabin et les reproches que la première fait au second, échange assez moderne, qui touche.
Morgan venait de tourner Quai des brumes avec Gabin, elle est d'une beauté écrasante. J'aime beaucoup la manière dont elle surgit dans le récit, ce visage, saisi derrière une fenêtre, j'aime encore plus ce qu'elle fait avec ce visage, en quelques secondes à peine, lorsqu'elle est enlacée par Gabin, une foule d'expressions passent alors devant nos yeux, passage que le dvd permet de voir et revoir, à la suite, goulûment.
Et quelle distribution ! Charles Blavette a un capital sympathie inépuisable, Jean Dasté à la radio, Marcel Pérès et Fernand Ledoux, un acteur que j'affectionne. Alain Cuny est de la partie, c'est un des matelots du navire secouru.
Le monde ouvrier, le petit peuple est sublimé, la virilité est chantée, parfois un peu trop, Gabin est souvent droit comme un I, à bord de son navire ou d'une barque, cela peut prêter à sourire mais c'est un détail.
Lorsque l'on sait que ce film a été tourné en plusieurs fois, arrêté par le guerre, que les bobines étaient dispersées, l'on mesure le talent mis en oeuvre pour nous donner un film si beau, si grand.

Le final, un chant funèbre qui donne au film une dimension tragique, est inoubliable.



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