16 oct. 2013

Try and Get Me a.k.a. The Sound of Fury / Fureur sur la ville (1950) Cy Endfield


Festival Lumière 2013, Lyon.

C'est reparti pour l'excitante programmation "Art of Noir" présentée par Eddie Muller et Philippe Garnier, merci à eux pour la programmation et pour les informations transmises.

Quelques paroles rapportées au préalable. 
Ce film était invisible en salles aux USA, aucune copie disponible, la seule copie existante à ce jour est possédée par un certain Martin Scorsese. La Fondation Eddie Muller a restaurée la copie, en argentique, pas en numérique.
Le film est produit à l'apogée de la chasse aux sorcières, triste époque. Il aborde le thème métaphoriquement, cette hargne politique où la bêtise le dispute à la violence. 

L'histoire est tirée d'un faits réel qui vit le lynchage de deux hommes dont un est innocent par une foule en rage, voir le Fury de lang en 1936 qui traite du même thème. L'auteur du roman inspiré d'articles relatant le drame a écrit l'adaptation, Jo Pagano.
L'on y voit un homme, Howard Tyler (Frank Lovejoy est excellent dans le rôle), acculé par le chômage se laisser séduire par l'argent facile que gagne Jerry Slocum (Lloyd Bridges, parfait en psychopathe narcissique). Lorsque le drame surgit, il est trop tard et la foule, excitée par une presse locale avide de forts tirages, vient les lyncher en prison.
La scène de lynchage est d'une violence éprouvante.
Seul le personnage de Vito (Renzo Cesana) est d'une lourdeur excessive, il doit souligner à gros traits la dimension morale de l'histoire et chacune de ses interventions plombe le film qui reste néanmoins impressionnant de par la qualité de l'interprétation et de par la beauté de sa mise en scène.

Cy Endfield ne sera blacklisté qu'après ce film où il fera une carrière, comme d'autres, en Angleterre. Magicien de formation, il étonnait Orson Welles, autre passionné, par ses tours. Ce dernier le fera débuter au cinéma. Il est, de ceux qui seront sur la liste, celui qui est le plus à gauche, son premier film, Inflation, un court métrage, traite de la bienveillance qu'ont les américains pour les pro-nazis de l'époque.
Pierre Rissient a distribué le film en 1968, ami de Cy Endfield, il lui permettra de couper quelques scènes, certainement celles qui concernent les interventions de l'intellectuel didactique qui, aujourd'hui, ne sont vraiment plus nécessaires, elles ne devaient pas l'être à l'époque.

La rage de Slocum est parfaitement jouée par Bridges, son emprise sur Tyler est flagrante mais ce dernier est pris dans l'étau du désir de réussite, il veut apporter plus à sa famille. L'aspect néfaste d'une presse à sensations est souligné avec efficacité mais ce qui marque davantage est la dimension psychologique du personnage de Tyler. La séquence où Slocum le fait sortir et le jette dans les bras d'une vieille fille digne et prude (Katherine Locke) est une des plus belles du film car ce sont deux personnages perdus qui se rencontrent.
Une belle découverte.

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