30 nov. 2013

I'll Never Forget What's'isname / Qu'arrivera-t-il après ? (1967) Michael Winner


C'est une comédie grinçante qui nous est présentée par Michael Winner.
Le ténébreux Oliver Reed joue un réalisateur de films publicitaires, Andrew Quint, qui en a assez de la célébrité et de ses artifices. Il veut la vérité.
La première scène donne le ton, Andrew se promène dans les rues de Londres avec une hache à l'épaule, entre dans un immeuble de bureaux et massacre le sien. Son patron, joué par Orson Welles, sait qu'il reviendra, il ne croit pas en ses colères et ne cessera de vouloir le retenir.

Dénonciations amusantes, parfois assez nihiliste, d'une société de consommation, de progrès, de cynisme, le propos est totalement contestataire et prend racine dans l'air du temps qui verra naître les différents mouvements plus ou moins révolutionnaires dans différents pays européens. Pour construire quoi ? C'est une autre histoire.
Winner s'amuse à mettre de la beauté partout, de nombreuses actrices, jeunes et jolies, traversent le film, Carol White, Wendy Craig, Marianne Faithfull, de belles voitures, des piscines, de jeunes gens sortis de Cambridge cependant ce que nous retenons sont les traumatismes, la violence, le vide de vies insatisfaites. Derrière les belles images de la publicité se dressent des pulsions de mort, des détritus, voir le film que tourne Quint et qui rencontre tout de même le succès.
Winner et son scénariste, Peter Draper, installent déjà, au coeur de la contestation, l'impossible renaissance, chantée par un Orson Welles, figure du démiurge qui brise les élans juvéniles à coups d'omniscience et de lucidité impitoyable.

Le Swinging London, toutes couleurs et jambes dénudées, est un monstre qui dévore ses enfants, pris dans un tourbillon faussement féerique. La forme du film, son rythme, ses couleurs singent cette séduction et offrent au milieu de ces voiles pastels, brillants ou vifs quelques substances organiques nauséabondes.

A Dog's Life / Une vie de chien (1918) Charlie Chaplin


Premier film pour la First National, A Dog's Life est une réussite totale.
Il y a une nette différence dans le soin apporté au cadre, dans le tempo, nous sentons que Chaplin avait le désir de prendre son temps et la possibilité de le faire. 

Charlot est le même, irrécupérable solitaire, rejeté par tous. Un parallèle est fait avec Scraps, un chien bâtard, abandonné, vivant dans la rue. La première partie du film nous les désigne comme identiques, ayant la même difficulté pour survivre et devant se battre pour le faire. C'est un monde hostile qui entoure les deux héros, voir la manière dont Charlot est évincé par d'autres exclus lors de la séquence de la demande d'emploi et la manière dont Scraps tente de gagner un peu de nourriture parmi d'autres molosses affamés.
C'est, évidemment, un traitement comique qui est mis au premier plan sans toutefois négliger une peinture sociale sordide.
Les deux compères, une fois unis, vont associer leur peine avec une chanteuse de bar (Edna Purviance), cette dernière est exploitée par son patron.
Les trois âmes vont fuir leur triste condition grâce au destin qui leur procure un peu d'argent, après avoir vaillamment lutté pour le préserver ils fondent une famille unie. Le happy end, inhabituel chez Chaplin sous cette forme, nous montre Charlot travaillant la terre, rentrant chez lui et, avec sa compagne, se penchant sur un berceau : Scraps et un chiot y reposent.

Mélange adroit de gags, les meilleurs sont la scène de l'embauche, celle où Charlot engloutit les préparations culinaires du snack ambulant et la récupération finale de l'argent dans le bar dancing, A Dog's Life témoigne d'une ambition plus vaste que les oeuvres précédentes, Chaplin veut se rapprocher de l'idée d'unité, d'un ensemble plus harmonieux, d'une véritable histoire. Il y parvient tout en préservant une puissance comique intacte.

Seven Thieves / Les sept voleurs (1960) Henry Hathaway


Film de casse honnête avec une distribution solide : Edward G. Robinson, Rod Steiger, Joan Collins, Eli Wallach...

L'action se déroule sur la Côte d'Azur mais elle apparaît seulement en transparence, excepté quelques plans de coupe tournés sur place. Dommage, c'est retirer un plaisir supplémentaire qui a un coût mais qui rapporte.
L'action se met en place lentement et c'est Joan Collins qui est chargée de faire monter la température de la plus belle des manières, elle déroule ses longues jambes dans deux numéros dansants, sobres mais redoutables.
Pas vraiment d'intensité si ce n'est dans la confrontation Robinson/Steiger, nous nous laissons guider par eux et savourons les scènes.
Notons un beau numéro de Wallach qui joue un baron infect, distribuant les répliques humiliantes de son fauteuil roulant.

Un film très loin d'être inoubliable mais pas totalement vain non plus.

29 nov. 2013

Waste Land (2010) Lucy Walker


Vik Muniz, artiste brésilien, veut faire un projet autour de la plus grande décharge du Brésil, près de Rio. Lorsqu'il commence à rencontrer ceux qui y travaillent son projet évolue, il y trouve des travailleurs déterminés à gagner leur vie dans la dignité, au prix de pénibles efforts ils trient des déchets pour les vendre à des sociétés qui les recyclent.

Muniz les fait participer au projet, des tableaux constitués des matières jetées et qui vont avoir une seconde vie, emmène certains d'entre eux à Londres lors de la vente aux enchères qui leur permettra de récolter les gains acquis...

Le projet et le film qui en est tiré offrent une fenêtre au problème du recyclage en plus de constituer de magnifiques portraits d'individus mais l'on ne peut s'empêcher de ressentir un certain malaise dans la manière de placer l'artiste à l'origine du projet à l'intérieur du cadre. Certains verront dans cette critique un signe flagrant d'incapacité à ressentir simplement les choses, d'autres y verront une exigence morale, j'admets ressentir cette gêne sans pour autant pouvoir la rationaliser mais j'aurais préféré ne pas voir l'artiste autant, ne pas le voir douter, s'enthousiasmer alors même que je reconnais la générosité du geste et du projet.

From Here to Eternity / Tant qu'il y aura des hommes (1953) Fred Zinnemann


Romances au sein de l'armée, destins qui se croisent et puis l'histoire avec un grand H qui passe.
Zinnemann a été plus brillant et plus captivant car en dépit de l'affection que je porte à Burt Lancaster c'est un ennui poli qui m'a tenu la main pendant tout le film.
Que reste-t-il ? Le corps de Burt Lancaster mais seulement son corps, la beauté de Kerr les cheveux mouillés, le numéro de Borgnine et les scènes de Donna Reed...
Sinatra était un peu paresseux, Clift reste le boudeur de service. 
Bof, bof...

Fear X / Inside Job (2003) Nicolas Winding Refn


Harry Cain (John Turturro) est agent de surveillance dans un centre commercial. Son épouse qui l'attendait à la sortie de son travail se fait assassiner sans raison autre que le hasard le plus total.
La police fait son enquête mais Harry, hanté par ce drame, fait la sienne de son côté en visionnant des heures d'enregistrement issues des caméras de surveillance. 

Les dialogues, peu nombreux,  sont écrits par Hubert Selby Jr. et la mise en scène tend à épouser le style d'un Lynch, façon Lost Highway, sans parvenir à en recréer la puissance émotionnelle.
De nombreux points sont à mettre au crédit du film, son ambiance, ses couleurs, sa bande son très travaillée, le jeu de Turturro, Deborah Kara Unger et James Remar mais l'ensemble ne prend pas, les lents travellings avant sur la nuque de Cain sont poussifs et l'on aurait aimé être pris par la paranoïa du personnage avec plus de conviction.
Pas un naufrage, loin de là, mais une déception.

28 nov. 2013

Skyfall (2012) Sam Mendes


Une séquence d'ouverture parfaite débute le film, plongée immédiate dans l'action mais action lisible, ce qui est appréciable. Surenchère dans le scénario mais nous sommes bien dans un James Bond et nous ne devons pas nous étonner du traitement hyperbolique de la poursuite, un agent blessé et laissé sur place mais le devoir exige des décisions et des priorités et quand M (Judi Dench) décide Bond agit. Quelques minutes plus tard un autre ordre donné par M expédie Bond au tapis.
Le spectateur est cloué dans son fauteuil.
Générique spectral. Grandiose.

Quelle ouverture ! qui ne sera pas trahie par le reste du film qui distribue les moments d'actions avec brio, qui jette aux regards des scènes soignées, nimbées d'une beauté qui mérite les éloges. Je pense au combat dans l'immeuble de verre à Shanghai avec les méduses lumineuses qui gravitent autour, je pense au domaine de Skyfall en Ecosse...

Mendes donne à cet opus une classe incontestable. Savourons, en plus, tout le discours sur la tradition et la modernité qui parcourt le film et donne aux personnages une épaisseur et une humanité délicates. Bond, M sont vieillissants, en proie au doute, leur passé respectif les hante et l'apparition d'un ancien agent (Javier Bardem jubilatoire) devenu haineux à force de rancoeur, la trahison le ronge, donne plus de complexité à l'histoire. Les fils se tissent, les thèmes et tout devient grandiose.
Si en plus nous bénéficions d'acteurs impeccables comme Ralph Fiennes, Naomie Harris, Albert Finney, Ben Whishaw et Bérénice Marlohe, nous sommes comblés.

Dans le registre du divertissement nous tenons là une sorte de mètre étalon auxquels tous les projets doivent se confronter.

21 nov. 2013

Boy and Bicycle (1956) Ridley Scott


Ridley Scott produit et réalise ce court métrage en 1956, son premier film dans lequel joue son jeune frère Tony. Il interprète un jeune homme qui vient d'avoir seize ans, qui en a assez des ordres donnés par ses parents, assez de l'école, des sermons, de ces paysages industriels qui entourent la ville. Il décide, sur le chemin de l'école, de profiter du beau temps, de la liberté, au diable l'école... à lui les chemins qui mènent à la mer, à bicyclette.

Liberté, soleil, embruns, la caméra embrasse les espaces, délice de fumer sa cigarette en regardant le large.
Mais vient l'orage, la pluie, les abris de fortune, les poupées au crâne éclaté, le chien mort sur la plage, le froid, l'humidité, la peur.

Il sera long le chemin qui mène à l'indépendance, pour l'instant le jeune homme fait quelques tentatives, nous l'imaginons heureux de retrouver le foyer et ses pantoufles à motif écossais.

Court qui se tient si ce n'était la voix off un peu envahissante du personnage, procédé trop appuyé. La volonté de vivre pleinement, le désir de la jeunesse sont traités avec une poésie qui laisse toute sa place au travail du temps qui passe et qui marque chaque chose de son empreinte laissant la pourriture et la mort comme seuls souvenirs.

20 nov. 2013

La Vénus à la fourrure (2013) Roman Polanski


L'espace scénique de Polanski ne cesse de se réduire, c'est dans un cercueil que ses personnages vont bientôt s'agiter et quand bien même cela se vérifierait, nul doute que le cinéaste réussirait à nous captiver de la même façon car l'envoûtement, le charme opèrent sur le spectateur comme les pouvoirs de cet être étrange, venu de nulle part, sur le metteur en scène.
C'est une séquence morbide qui ouvre le film, une avenue légèrement en plongée, des arbres sur les côtés, il fait gris, la rue est déserte et le chasseur, une Vénus avide de chair, s'oriente vers un théâtre parisien désert. C'est Vanda (Emmanuelle Seigner) qui va à la rencontre de Thomas (Mathieu Amalric). Ce dernier adapte La Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch et reste insatisfait des actrices vues pour l'audition.
Vanda va s'imposer.

Polanski, charmeur, malicieux et intelligent, s'amuse follement dans ce film, il se rit de lui, du pouvoir qu'à le metteur en scène et c'est forcément Polanski que nous voyons, incarné par Amalric qui lui ressemble tant. C'est Simone Choule que nous voyons, c'est le couple Dorléac / Pleasance, autant de duos qui retracent cette ligne de séparation entre un homme et une femme, entre jeux de pouvoirs, asservissement et soumission.
Les visages changeants de Vanda, maquillages et tenues différentes, rythment le film et entraîne Thomas dans une danse infernale, Seigner a un rôle en or ici, gourde, séductrice, vamp, succube, déesse, garce, tous les registres y passent et nous sommes éblouis.
Elle nous entraîne dans l'émotion et brise l'atmosphère qu'elle vient de créer, nous voilà réveillés en sursaut et elle en profite, se dévoilant et se cachant sans cesse en de subtiles métamorphoses.
Nous restons là, les yeux ouverts et soudain, au détour d'un contre-champ, nous voyons la salle vide, mais oui, c'est bien un décor restreint, nous l'avions oublié. La mise en scène est impeccable.
Passant du texte qui doit être joué aux commentaires du texte et revenant aux questions pratiques de l'audition en passant par la séduction, nous glissons d'un niveau l'autre et, comme Thomas, nous tentons de garder nos esprits mais il est trop tard, la déesse danse devant nous, pauvres marionnettes.

Et mon mal est délicieux...

19 nov. 2013

Sunshine (2007) Danny Boyle


J'aime la science-fiction et l'idée d'aller faire redémarrer le soleil est une bonne idée mais pourquoi en 2057 ? Ce ne serait pas un peu trop tôt ?
Et ce casting qui est d'une mollesse... 
Pour un film sur le soleil, la lumière, la chaleur nous n'éprouvons rien, le vide, le néant.
Aucun personnage pour vivre un tant soi peu une émotion, pas de vibrations, rien.
Et ce final d'une laideur rarement vue à l'écran, ce jaune, ces flous saccadés.
Non, décidément non.
Le seul pouvoir de ce film est de se faire oublier au fur et à mesure que le temps passe et je ne l'ai vu qu'hier. Je crains le pire pour les jours à venir. Il va disparaître totalement de ma mémoire. 

18 nov. 2013

Agora (2009) Alejandro Amenabar


Alexandrie, 391 après J.-C.
Fin du paganisme, le judaïsme se disputant les places d'honneur avec le christianisme, les deux religions ne négligeant ni la violence, ni la politique, c'est-à-dire l'instrumentalisation de leur foi.
Entre ces mouvements qui visent à donner à l'homme un espoir de salut, Hypatia (Rachel Weisz), une femme qui se passionne pour l'astronomie, les mathématiques, la science...

Le film est soigneusement réalisé mais j'aurais bien aimé plus d'espace pour choisir mon camp, les religieux sont trop idiots, trop brutaux, trop aveugles et Hypatia trop "cool", la première scène de cours la voit s'asseoir sur les marches de son estrade de pierre... Non pas que cela soit interdit à l'époque, je n'en sais strictement rien mais la présenter d'emblée avec cette attitude réduit le personnage à un type que je n'aime pas.
Et puis tout est propre dans le film, les différents groupes sont habillés de façon très homogène, ce didactisme m'éloigne du film sans compter avec la musique désormais de rigueur utilisée dans les péplums, je pense aux chants new age à la Lisa Gerrard.

Ces travers ne doivent pas interdire de rendre hommage au réalisateur qui réussit un pari audacieux : placer au centre de son film une philosophe méconnue par le commun des mortels. En cela il illustre parfaitement un des messages les plus importants du film, une certaine transmission du savoir qui doit préserver les sources car en son sein se trouve la sagesse.

Le vieil homme et l'enfant (1967) Claude Berri


L'Occupation, le petit Claude part à la campagne afin d'être plus en sécurité car il est juif.
C'est Pépé et Mémé qui l'accueillent, Pépé étant joué par Michel Simon. Pépé n'aime pas les juifs et le dit assez ouvertement...

C'est ennuyeux, le film s'étire lentement, enchaînant les bons sentiments, les joies de la campagne mais rien n'accroche, rien ne retient l'attention. Restent Paul Préboist et et Roger Carel, même si ce dernier agace avec un rire mécanique qui ne le quitte pratiquement pas.
Seules la séquence parisienne avec Charles Denner qui joue le rôle du père était satisfaisante mais elle se situe au début, dommage...

Un plaisir un peu égoïste de la part de Berri qui met en images ses souvenirs sans penser que l'émotion qu'il vit certainement au moment du tournage doit être recréée pour le spectateur.

17 nov. 2013

El secreto del Dr. Orloff / Les maîtresses du Docteur Jekyll (1964) Jess Franco


Un savant garde son frère mort dans son laboratoire, frère qu'il a assassiné car ce dernier a couché avec sa femme. Quand il arrive à lui redonner vie c'est pour l'envoyer assassiner ses maîtresses.

Je m'attendais à un navet, un produit de série Z, le titre me le suggérait fortement et je fus conquis par ce film assez audacieux.
Il y a d'abord un plaisir à filmer ce récit, Franco multiplie les plongées, contre-plongées, mouvements soignés, sans compter un montage très libre, vivifiant. Amour du cinéma souligné par des références explicites à Clouzot, Chaplin...
L'aspect gothique de l'histoire me ravit, le château, les couloirs exigus, le laboratoire sous les combles, même si l'ensemble est plutôt fauché il dégage un certain charme, certainement maintenu par le noir et blanc. La tradition gothique est flanquée d'un modernisme excitant, ce sont les scènes qui se passent dans le club de jazz, les chansons qui parsèment le film.
Entre ces deux univers la créature (Hugo Blanco) fait des allers et retours, le temps de dénicher ses victimes, de prendre le soin de les tuer après qu'elles se soient suffisamment dévêtues.
Intervient alors un inspecteur fantasque, aux dialogues ironiques, qui ajoute à l'aspect hétéroclite de l'ensemble.
Le spectateur est satisfait devant tant de légèreté organisée avec sérieux.

16 nov. 2013

Quelques veuves de Noirmoutier (2005) Agnès Varda


Des vies, des couples puis la mort. Des veuves.
L'absence, la solitude, la foi.
Des veuves parlent de cette absence à la caméra de Varda. Varda qui, elle aussi, vit dans le souvenir, Demy...
Les absents sont là, en elles, chez toutes ces femmes, chacune à sa manière.

Le documentaire présente des anonymes, des vies, des témoignages émouvants. Les femmes autour de cette table vide, face à la mer, deviennent vivantes, nous prenons le temps de les écouter. Le plan de fin qui reprend cette ronde n'est plus le même.

Dans une séquence d'une émotion poignante, Varda déclare son amour à Demy, la douleur de son absence. 


11 nov. 2013

Marathon Man (1976) John Schlesinger


J'avais gardé en mémoire "la scène du dentiste" mais cette fois je l'ai trouvée assez banale.
Cet ancien nazi, superbement campé par Laurence Olivier, qui représente l'histoire encore vivante est une figure inoubliable. La scène la plus réussie est celle où Szell, le nazi, se fait reconnaître dans la rue, en plein New York, le crescendo de la scène est superbe, le montage tout autant, tout le jeu des regards, la tension qui monte...
L'intrigue ne m'a pas vraiment captivé, j'étais plus intéressé par les endroits de New York qui servaient de toiles de fond aux personnages et aux acteurs, notamment William Devane, j'adore ce visage, il a vraiment un look peu banal, ses lèvres et sa dentition fascinent et épouvantent à la fois. 
Marthe Keller, Roy Scheider et Dustin Hoffman sont bons mais Olivier emporte le morceau, un bon méchant ne respecte rien ni personne.

L'ordre et la morale (2011) Mathieu Kassovitz


La prise d'otages sanglante d'avril 1988 en Nouvelle-Calédonie et les négociations suivies de l'assaut par l'armée et la gendarmerie forment le propos du film de Kassovitz.
La première réflexion qui me vient à l'esprit est qu'à voir les films insipides qui sortent semaine après semaine l'on ne peut que se satisfaire d'une exigence et d'une ambition qui méritent qu'on le signale.
Le film m'a complètement séduit sur le fond et sur la forme.
Sur le fond car comment éviter le point de vue qui n'épargne personne ? Pons, le ministre de l'Outre-Mer de l'époque, déclare que le film est pétri de désinformation, Michel Rocard pense l'inverse, pense qu'il y a là un traitement conforme à la réalité des faits.
Et que nous dit le film ? Que la violence a prévalu sur la négociation ? Qu'une tension s'est installée suite à la mort des gendarmes et que celle-ci interfère avec ces négociations ? Que certains penchent pour une issue négociée, que cette issue était sur le point de l'être et que d'autres veulent frapper fort, faire un exemple ? Tout est là, montré, et je ne vois pas vraiment de manichéisme outrancier.
Les kanaks sont montrés avec leurs traditions, leur culture et certains d'entre eux ont la gâchette facile, "tenir ses hommes" est un conseil régulièrement répété par le négociateur.
L'armée est montrée avec la sienne et le devoir d'obéissance est mis en avant, si un soldat ne désire pas obéir il n'a plus qu'à démissionner, cela est manifeste dans le film.
La tension entre la conscience individuelle et le devoir est patente.
Ensuite certains soldats veulent limiter les dégâts, d'autres tuent dans le dos, des rapports font état de meurtres commis après l'assaut. Ces deux options, passez-moi l'expression, sont visibles dans le film. La volonté d'embrasser les nuances est un point que l'on doit accorder au film. Les propos polémiques lus ici et là, sont les aboiements constants de ceux qui sont adeptes des chapelles et n'ont aucune consistance.
Quant à la forme j'ai aimé la manière dont la prise d'otages est racontée, les faits se déroulant devant les protagonistes qui en parlent, j'ai aimé la lisibilité du récit, autant pour le informations que pour les scènes d'action.

10 nov. 2013

Bonjour tristesse (1958) Otto Preminger


Le beau générique de Saul Bass, l'interprétation sensible de Jean Seberg, la Côte d'Azur, voici ce qui m'a ébloui dans ce Preminger un peu décevant. J'ai trouvé l'ensemble assez lourd, convenu, le récit avançant sans souplesse, seules les apparitions de Seberg amènent une sincérité, quelque chose de l'ordre du vivant dans ce monde des morts. C'est bien là le sujet et en cela le film est réussi mais il est difficile de subir l'aspect artificiel qui entoure ces moments heureux. 
Je crois me souvenir que le roman n'avait pas ce carcan formel un peu étroit que le film impose à son sujet. Il me faudra y revenir mais lire Sagan est un bonheur que je ne crains pas.

9 nov. 2013

The Late George Apley / Un mariage à Boston (1947) Joseph L. Mankiewicz


Les Apley de Boston vivent dans la tradition et le conservatisme, le moindre changement heurte et ne s'intègre pas dans les coutumes familiales. Le patriarche, George Apley (Ronald Colman), veille avec une ferveur toute religieuse à ce que rien ne change.
Sachant que la tradition est non pas celle de Boston mais celle d'un quartier alors lorsque sa fille tombe amoureuse d'un new-yorkais, son flegme est en danger.

C'est une savoureuse comédie qui nous est offerte, avec de beaux personnages et des dialogues qui nous régalent. C'est typiquement le film qui vous donne de l'enthousiasme et de l'énergie. 
Eloge du naturel, du respect des sentiments, le film pointe les dérives rigides et glacées des traditions où le coeur n'est regardé que de loin. Freud pointe le bout de son divan et la nouvelle génération qui tient à vivre ses émotions revendique le droit au changement. Finkielkraut y verrait peut-être le début de la décadence mais ne boudons pas notre plaisir et admirons la légèreté de l'oeuvre, dirigée avec doigté par Mankiewicz.
Peggy Cummins y promène sa frimousse naturelle, vue au Festival Lumière 2013, elle présentait Gun Crazy, nous certifions que sa jovialité n'est pas feinte. Percy Waram joue les oncles bienveillants, nous savourons ses répliques tout autant que son personnage aime le cognac. Signalons la présence de Mildred Natwick, qui joue la soeur de George Apley, "Les colons avaient les Indiens, nous avons Amelia".


Underworld / Les nuits de Chicago (1927) Josef von Sternberg


Von Sternberg a débuté en réalisant avec presque rien The Salvation Hunters, film qui a été remarqué par Chaplin qui le distribue via sa United Artists. Son second film ne plaira pas vraiment au producteur qui le fera modifier par un autre réalisateur afin qu'il soit plus abordable. C'est à ce moment que Chaplin lui commande un film, Sea Gulls, pour relancer la carrière d'Edna Purviance. Von Sternberg s'exécute mais Chaplin ne distribue pas le film dont il est le propriétaire, sans que l'on sache pourquoi. Pour éviter de payer des impôts sur le film il en fera brûler le seul négatif devant témoin, heureusement un document récent prouve qu'il y a deux tirages et deux négatifs, le film est pour le moment introuvable.
Von Sternberg est parti pour une belle carrière de cinéaste maudit. 
Un peu plus tard Paramount fait appel à ses services, en dépit de ses infortunes il reste crédité d'un talent reconnu, pour remonter un film, Children of Divorce. Ce dernier a un succès qui donne au réalisateur un mérite bienvenu, le studio lui fait une offre, Underworld est le premier film qui naît de ces circonstances.
Je tire mes informations du bonus de l'édition dvd Criterion écrit par Janet Bergstrom.

L'histoire vient de Ben Hecht qui s'inspire de deux vies de truands de Chicago, Timothy O'Connor qui s'évadera de prison juste avant la pendaison qui devait suivre sans qu'il soit jamais retrouvé et Dean O'Banion qui avait un magasin de fleurs en guise de couverture, il paraît qu'il est mort criblé de balles en préparant un bouquet de chrysanthèmes.
Le premier est incarné par George Bancroft sous le nom de Bull Weed, le second par Fred Kohler en tant que Buck Mulligan. Deux gueules qui en rajoutent pas mal dans la veine bestiale. Les deux truands aiment la même femme, Feathers (Evelyn Brent).
Bull va prendre sous son aile Rolls Royce (Clive Brook) un balayeur de bar, alcoolique qui redeviendra avocat, de quoi ajouter au triangle un quatrième sommet, si je puis m'exprimer ainsi à la différence que l'amour, ici, se heurte à la loyauté.

L'histoire est digne d'intérêt mais c'est son traitement qui séduit. La bestialité des pulsions s'accompagne d'une douceur étonnante, il faut voir Bancroft et Kohler jouaient des expressions les plus hideuses pour ensuite voir le premier s'émouvoir d'un petit chat derrière la porte, si bien qu'il passe son doigt dans une bouteille de lait pour que le chaton le lui lèche. Ou bien avant la manière dont Rolls Royce fait la rencontre de Fathers avec cette frange qui tombe doucement et lui arrive sous le nez.
La force des images, leur composition, l'éclairage, la variété des décors, tout concourt à satisfaire le plaisir esthétique du spectateur.
Autre plaisir, celui de lire les cartons, pour une fois je goûte vraiment leur lecture, ils sont écrits, réellement, ce n'est pas du remplissage pour le spectateur idiot ou distrait, ils se chargent de réflexions, d'émotions, d'ironie. 


8 nov. 2013

Pina (2011) Wim Wenders


Ne connaissant pas le travail de Pina Bausch, n'ayant vu que très récemment le beau Tanztraüme, c'est avec plaisir que je me suis plongé dans ce documentaire.
Wenders est resté réellement au service du travail de la chorégraphe et nous avons droit à une restitution de quatre de ses spectacles, entre autres dispositifs, qui nous amène à constater un accès direct à l'émotion pour celui qui, comme moi,  n'est pas familier à cet univers. Accès direct à l'émotion et ouverture totale à l'individu, dans sa diversité. Le dispositif est souvent rudimentaire et pourtant il se dévoile comme incontournable au fur et à mesure que le spectacle progresse. Même à partir d'extraits, cela se sent, se transmet.

Gravity (2013) Alfonso Cuaron


Cinéma, 3D.

Il faut d'abord passer les premières minutes d'acclimatation au port des lunettes, l'on se demande si elles ne seraient pas un peu sales, s'il est normal que l'on constate un léger voile. Peu après on abandonne ou l'on s'habitue.
Le point fort du film est cet effet immersif bien conçu qui nous place aux côtés des personnages et qui rend les scènes d'autant plus spectaculaires. C'est une réussite.
En revanche, aucune émotion en ce qui me concerne, aucune identification avec les personnages, c'est un peu gênant. J'ai bien conscience que l'émotion est parfois comme un train que l'on rate ou dans lequel on s'installe. Je suis le premier à être désolé de rester sur le quai, je n'ai pas réussi à m'accrocher à quelque chose...
Il y aurait bien eu l'éblouissement potentiel si mon satané cerveau ne m'avait pas abreuvé de "non, ce n'est pas For All Mankind, non, ce n'est pas For All Mankind...". J'avais beau lui dire que ce n'est pas la même chose, rien à faire...
En fait le moment le plus intense a été celui où Kowalski (Clooney) rejoint Stone (Bullock) et que le silence, ce fameux silence, se fait. Là, c'était beau, intense, j'attendais que l'air emplisse la cabine pour de nouveau entendre du bruit. Le film se devait de jouer davantage avec cette dimension sonore. J'ajoute que je dis cela sans avoir été dérangé par la musique, plutôt bien utilisée mais cette petite scène a touché ce que j'aurais bien voulu voir plus encore.
Le final, la plage, le sable humide, est une délivrance, la preuve est faite, j'ai marché.

7 nov. 2013

Senna (2010) Asif Kapadia


Documentaire émouvant qui retrace la décennie folle des championnats de Formule 1 de 1984 à 1994 qui vit le duel passionnant entre Prost et Senna, deux pilotes au génie différent.
C'est l'époque où l'on peut encore doubler et remonter une dizaine de voitures, époque où les courses se regardaient avec un réel plaisir, j'avais l'envie de le faire, l'adolescence et je me souviens de ces moments. Ensuite cela se passa aux stands, fin de la récré.
Le documentaire, bien monté, présente Senna comme un héros, Prost jouant le rôle du vilain, je ne m'engagerai pas dans le débat, d'une part parce que je ne connais pas assez bien cet univers pour avoir un recul critique, d'autre part parce que Prost n'a pas vraiment droit à sa défense.
Toujours est-il que le talent de Senna était manifeste, sa soif de vaincre, sa quête mystique d'épouser les courbes avec précision, son esprit de compétition était entier.
Le film se voit avec plaisir et restitue une époque d'euphorie, propre aux grands duels sportifs, il est regrettable que la fin soit aussi sombre, sans rappel, sans revanche.

6 nov. 2013

Voici le temps des assassins... (1956) Julien Duvivier


Eric Bonnefille, dans son double Julien Duvivier paru chez L'Harmattan, évoque le décès de l'épouse du réalisateur ainsi que l'échec critique et public de son film précédent, ceci pour expliquer la noirceur du scénario original tourné et écrit par Duvivier.
Il est vrai que le personnage de Catherine et de sa mère Gabrielle (Danièle Delorme et Lucienne Bogaert) sont ignobles. Aussi ignobles que les hommes sont idiots. Chatelin et Gérard (Jean Gabin et Gérard Blain) sont de réels pantins et le scénario n'use d'aucune discrétion quant à leurs aveuglements successifs.
Le film ne m'a pas beaucoup enthousiasmé, la lourdeur de l'écriture y est pour beaucoup. Je me suis contenté de prendre mon plaisir avec quelques acteurs, notamment Lucienne Bogaert dans son rôle de droguée en totale rupture avec la morale et Germaine Kerjean, la mère de Gabin dans le film. Le reste était trop grossier ou trop timide.
Une déception.

Habemus Papam (2011) Nanni Moretti


Sur un mode humoristique et légèrement grave Moretti donne un peu à Piccoli un rôle similaire à celui qu'il tenait dans le superbe Manoel de Oliveira : Je rentre à la maison.
Ce film évoquait la fatigue d'un homme qui voulait consacrer la fin de sa vie à son petit-fils, à la vie.
Le cardinal qui refuse d'être pape, qui rechigne tant à s'enfermer dans des responsabilités énormes plonge dans la vie, dans les rues de Rome et respire un air qu'il tenait depuis longtemps à goûter. La couleur psychanalytique du film n'est pas si importante, nous sommes, pour la plupart d'entre nous, enfermés dans un rôle fragile que nous sommes tentés d'abréger. Le film de Moretti nous parle de ces moments où nous ne prendrions pas la bretelle qui nous amène sur notre lieu de travail. Nous irions tout droit et serions surpris de nous retrouver le sourire aux lèvres, vitre baissée à éprouver un quelque chose qui ressemblerait à la liberté.
Les règles, le cérémonial du Vatican est ancestral, extrêmement codé, à vouloir pénétrer le secret, les arcanes du lieu, nous avons un sentiment de fascination, nous devenons aveugles, enfin, le spectateur pénètre avec les cardinaux dans l'antre et puis... Et puis quoi ? Rien, une panne de courant, le burlesque, le néant. Sortons prendre l'air, jouons. La fuite du cardinal permet l'évasion des autres sous la baguette du psychanalyste incarné par Moretti.
Nous jouons aussi, comme des acteurs, le rôle de notre vie et personne n'est indispensable, une fois parti, la pièce continue alors pourquoi ne pas la quitter et parcourir le monde, s'évader de l'aliénation du monde du travail, pape ou pas.
Rêvons un peu.

5 nov. 2013

One of the Missing (1969) Tony Scott


Tiré de Ambrose Bierce, voici le récit d'un des disparus, de ceux qui ne reviennent pas de la guerre, ici, la guerre de Sécession.
Un début qui rappelle un peu The Red Badge of Courage de Huston, la place laissée à la nature, à l'environnement immédiat dans lequel évolue le héros, un soldat sudiste qui part en éclaireur.
Il suit un cours d'eau, chants d'oiseaux, bourdonnements d'insectes, clapotis, c'est beau, la guerre s'absente un moment jusqu'à, se réfugiant derrière un mur en ruines, ce qu'il mette en joue un groupe de soldats nordistes. L'éclaireur ne sait pas qu'il est lui aussi la cible d'un exercice de tir au canon. Le voici enseveli sous des pierres, son fusil face à lui, prêt à s'enclencher. La panique le prend, l'angoisse le saisit, les plans poétiques laissent la place à des effets sonores et visuels, trop appuyés à mon goût. Des images mentales surgissent, la manière dont le soldat avait pris soin de nettoyer et charger son fusil avant de partir en reconnaissance, d'autres moments.
Le drame se joue dans une solitude, un abandon et c'est l'incapacité à décider de son sort qui éclate dans ce premier film digne d'intérêt réalisé par Tony Scott.

3 nov. 2013

The Slender Thread / Trente minutes de sursis (1965) Sidney Pollack


Hasard de la programmation, c'est de nouveau un couple interprété par Anne Bancroft (Inga Dyson) et Steven Hill (Mark Dyson). Vus quelques jours auparavant dans le Garbo Talks ! de Lumet. Steven Hill, pour parler un peu de lui, joue deux scènes similaires chez Lumet, dans le Garbo puis dans Running on Empty, une scène où il éclate en sanglots, scène terriblement poignante dans le second, un peu moins dans le premier. Fin de la parenthèse.

Seattle, Inga appelle le numéro de soutien aux âmes désespérées, elle a ingéré des barbituriques. C'est Allan (Sidney Poitier, grande classe, comme d'habitude) qui répond, étudiant bénévole qui va devoir gérer la situation.
La thématique soulevée par le film, le suicide, pourrait faire fuir le spectateur, oh non, encore un film débat, un film didactique bien écrit pour spectateur voulant se coucher apaisé socialement.
Le film vaut mieux que cela, premier opus de Sidney Pollack, ce dernier ne choisit pas la facilité en traitant trois fils narratifs en parallèle, la manière dont Allan réussit à prolonger la conversation avec Inga, le récit en flash back fait par Inga des raisons qui l'ont amenée à prendre les pilules et enfin tout ce qui concerne la localisation de l'appel par les techniciens de la compagnie téléphonique et les policiers. Le montage et le scénario rendent  admirablement l'ensemble fluide et captivant. 
Bancroft est de toutes les scènes puisque même lorsque le récit se focalise sur Allan,  nous entendons sa voix (effet érotique garanti, j'écoute les films avec un casque et la voix sensuelle de Bancroft a de l'effet, ceci entre nous...). Bancroft omniprésente, c'est une raison évidente pour voir le film. Signalons Telly Savalas qui joue le docteur responsable de la Clinique d'écoutes et Indus Arthur et son joli visage.
La fin, amenée par un suspense inévitable, est assez haletante.

Une scène se déroule dans une discothèque où un groupe, les Sons of Adam, joue un rock trépidant/ Le batteur n'est autre que Michael Stuart, qui usera ses baguettes plus tard avec un autre groupe, plus célèbre, Love.

...Comme la lune (1977) Joël Séria


Avec cet opus c'est un peu comme si l'on reprenait un plat que l'on avait aimé mais sans retrouver la même sensation, la nouveauté est passée et il est plus difficile de renouveler la surprise. Tout ce qu'on avait aimé dans Les galettes de Pont-Aven se retrouve ici : le numéro grandiose de Marielle, la truculence des dialogues, les scènes cultes mais l'on sent un peu trop le désir d'en faire plus encore, d'en rajouter. Je ne dis pas que le film est raté mais il ne possède pas cette touche sensible visible dans Les galettes. 
Séria est ici plus dur envers ses personnages, moins paternel. C'est un petit regret.
Sophie Daumier joue une garce nymphomane de premier choix mais c'est Dominique Lavanant que l'on aime plus encore, personnage tellement utilisée et jetée par les hommes qu'elle ne croit plus en la fidélité, en l'amour.
Le sexe est vécu comme une damnation, une drogue qui vous entraîne vers les bas-fonds. Si l'on rit souvent, c'est un peu avec effroi. Un film presque moral en somme.

2 nov. 2013

The Mountain / La neige en deuil (1956) Edward Dmytryk


Tourné à Chamonix, voici un film d'alpinisme qui met en scène la relation tumultueuse entre deux frères : Zachary (Spencer Tracy) et Chris (Robert Wagner).
Le scénario est adapté de Troyat.
Zachary a fait un serment à sa mère, morte suite à l'accouchement de son frère dont il a promis de s'occuper seulement ce dernier est une tête à claques. Le chalet familial, transmis de génération en génération, ne représente pour lui qu'une vente potentielle qu'il voudrait réaliser avec des promoteurs de stations de ski. Il veut de l'argent et vite. Lorsqu'un avion s'écrase en haute montagne il veut aller dépouiller les morts, sachant qu'une rumeur parle d'or dans les soutes. Zachary, ancien guide de haute montagne, ne peut que l'accompagner pour tenir sa promesse.

Le récit est assez poussif, le VistaVision et le Technicolor ne suffisent pas à faire de ce film un moment digne d'intérêt. Chris est insupportable, nous sommes dans la caricature, l'on se demande comment Zachary a pu vivre avec lui tout ce temps.
Les scènes de l'ascension et de la descente sont corrects mais cela vaut essentiellement pour le jeu de Spencer Tracy (acteur sujet au vertige en montagne*) pour qui nous éprouvons un peu de peine à le voir dans un film aussi grossier.

* 50 ans de cinéma américain, Tavernier, Coursodon, Nathan, 1991.

Angèle (1934) Marcel Pagnol


"Dans l'arrière-pays provençal, au lieu-dit Marcellin, au pied du pic de Garlaban, à dix kilomètres de la petite station thermale de Camoins-les-Bains, il (Marcel Pagnol) a acheté un terrain, une colline, une vieille ferme et installé son monde alentour, traçant une route, creusant un puits, rectifiant ici ou là le paysage à la dynamite."*
Et il a tourné Angèle.

Fort de ce succès, il construit ses studios et son oeuvre. Cet homme savait ce qu'il voulait.
Angèle est la première adaptation de Giono, un film sublime.
Le réalisme de cette histoire qui vise à l'universel touche les coeurs.

Angèle (Orane Demazis) est une jeune fille de la campagne, elle se laisse séduire par un voyou de la ville, Louis (Andrex), qui la fait quitter sa famille pour devenir une putain. Saturnin (Fernandel), le valet de ferme va tout faire pour la ramener, aidé par Amédée (Edouard Delmont), un ouvrier agricole qui veut qu'elle revienne à son ami Albin (Jean Servais et sa voix hypnotique), amoureux de la jeune fille.

 Fernandel est épatant, jouant sans continuellement sur le charme d'une simplicité amusante et d'une humanité profonde. Les personnages sont fondamentalement bons ou mauvais, jamais les deux, même s'ils ont leur moment, je pense au père colérique.
L'opposition ville/campagne est un thème traité ici grossièrement "Rien de bon ne vient de la ville"mais qu'importe, nous nous laissons porter par l'émotion véhiculée par les personnages mais plus encore par la mise en scène et le style imposés par Pagnol. Ce souci de réalisme devait être étonnant pour l'époque, la durée du film également. Nous avons là un univers restitué qui paraît pleinement authentique et dans lequel nous plongeons comme un enfant à qui l'on raconte une histoire.
Quels acteurs ! Quels moments ! La conversation entre Tonin (toujours heureux de voir Charles Blavette) et Saturnin et le quiproquo à propos de la situation d'Angèle, l'arrivée de Saturnin à Marseille ("Ah ! Vous êtes dans le commerce !"), la métaphore filée du fumier lorsque Saturnin s'adresse à Angèle...

* L'Age classique du cinéma français, Pierre Billard, Flammarion, 1995

Stützen der Gesellschaft / Les piliers de la société (1935) Douglas Sirk


Le commentaire de la jaquette de l'édition Carlotta nous dit ceci : "Le film approfondit le travail esthétique de Detlef Sierck, qui joue subtilement sur les angles de vue, la lumière, le montage alterné, s'inventant ainsi un langage cinématographique propre."
Je ne suis pas assez calé pour voir ce qui est propre à Sirk dans ce film mais je reconnais volontiers que sa maîtrise du langage cinématographique est éclatante. Le film est assez complexe, de par ses différentes trames développées en parallèle, et reste d'une fluidité exceptionnelle si l'on considère que Sirk ne signe là que son quatrième long métrage.

C'est un mélo social qui montre les tares des notables d'une ville en dévoilant les vertus des bannis, des gens du cirque, des gitans. Le propos tiré d'une pièce de Ibsen est audacieux dans la mesure où les nazis sont au pouvoir depuis deux ans en Allemagne mais Hitler, grand cinéphile, a aimé le film. Sirk raconte à Jon Halliday* : "On pouvait encore faire des choses impensables sous les nazis. Il leur a fallu du temps pour mettre les gens au pas, et à la UFA, il y avait encore une certaine marge de manoeuvre." Car les sociétés en crise, menée par les hommes de pouvoir aiment jeter l'opprobre sur les minorités, la foule, ravie d'avoir des solutions faciles, trouve alors de quoi se relever de sa propre imbécillité, de sa propre décadence.
C'est donc un exclu, Johann (Albrecht Schoenhals) qui s'est enfui de Norvège pour rejoindre l'Amérique, revenant dans sa ville qui va en devenir le héros. Il revient avec un cirque, troupe de gitans comme les appellent les notables, et règle ses comptes avec le Consul Bernick (Heinrich George, très bon acteur qui, devenu sympathisant nazi, finira ses jours dans un camp russe) qui a sali son nom.
Le scénario entremêle avec bonheur les secrets, les révélations, les tractations, comme dans un grand mélodrame. Tout est couru d'avance mais le plaisir est aussi dans le respect du genre, voire même le cliché. Le respect de la norme a autant de vertu que l'écart.
L'intérêt particulier s'oppose à l'intérêt général et le récit traverse toutes les couches de la société de cette ville, des pêcheurs aux notables.
Sirk ajoute à l'adaptation une touche plus prononcée pour la soif de l'Amérique, c'est le but du prologue, satisfaire une envie personnelle, concrétisée plus tard par la réalisation d'un western, le désir d'Amérique traverse le film, notamment avec le petit Olaf. Une Amérique vue comme un brassage social et ethnique, mais circonscrite à l'univers du cirque, ce qui en fait un panel moins représentatif.
C'est un mélo des plus classiques mais si bien réalisé que l'on goûte totalement son plaisir.

* Conversations avec Douglas Sirk, Jon Halliday, Cahiers du Cinéma, 1997.

1 nov. 2013

How to Make Movies (1918) Charlie Chaplin


Fin 1917, nouvelle période pour Chaplin qui rejoint la First National où il aura beaucoup plus de pouvoir et d'indépendance puisqu'il devient son propre producteur et intégrera de nouveaux studios.
Ce court n'est jamais sorti, Chaplin le gardait dans ses archives et en intégrera des extraits dans sa The Chaplin Revue de 1959. Il est fort intéressant et original, c'est une sorte de cadeau, un objet hétéroclite pour les fans, à des fins didactiques et divertissantes, un making-of avant l'heure.
Nous y voyons les terrains sur lesquels le nouveau studio est construit puis des plans de la construction, la visite se poursuit dans une mise en scène légère et amusante, Chaplin croque un citron en grimaçant, il surprend les charpentiers à la sieste, nous montre le labo où est développée la pellicule, puis la salle de montage.
La salle des coffres est là, avec ses reliques à l'intérieur : les chaussures de Charlot.
Des répétitions ont lieu, on tente de voir de quelle manière Loyal Underwood peut être étranglé, nous passons au maquillage, aux essais caméra.
Enfin Chaplin devient Charlot et nous offre une séquence inédite se passant autour de la pratique du golf.
C'est terminé, Chaplin repart avec son chauffeur japonais et nous dit "au revoir" !

Hamnstad / Ville portuaire (1948) Ingmar Bergman


Bergman déclare que ce film est "entièrement réalisé dans l'esprit de Rossellini"*, cela explique les nombreuses scènes où le réalisateur s'attarde sur le monde du travail dans lequel évoluent ses personnages : les docks, les cales des navires, l'usine... Le néo-réalisme vient prêter un style à un homme qui cherche encore le sien, même si certaines audaces visuelles sont en contradiction avec le néo-réalisme, Bergman est Bergman, un cinéaste suédois qui garde un pied dans le studio.
Ce film mettant en scène les jeunes femmes de Göteborg, celles qui doivent rentrer dans le droit chemin, dont Berit (Nine-Christine Jönsson), pourraient faire l'objet de séances pour étudiants en psycho ou dans le social afin qu'ils puissent constater d'où proviennent les difficultés des êtres en proie à la souffrance, au manque de confiance en soi, à la peur de l'amour.
Berit a la chance de rencontrer Gösta (Bengt Eklund) qui voudra lui faire confiance et affronter la vie avec elle.
Les adultes représentent un carcan pour la jeunesse dépeinte ici, la pauvreté également, leur vie, du fait qu'ils soient ouvriers, est plus difficile, on leur pardonne moins. Il passe un courant de révolte, un pessimisme qui est souvent brocardé et qui se doit de disparaître sous la volonté de réagir, de lutter. 
C'est sous l'eau que le film commence, là où Berit veut se perdre, c'est au-dessus de la ville qu'il finit, Berit n'est plus seule et peut aller au-delà de ses démons.


* Les archives Ingmar Bergman, Taschen, 2008

The Desperate Hours / La maison des otages (1955) William Wyler


De nombreuses choses dépassent Glenn Griffin (Humphrey Bogart dans son dernier rôle de truand) lorsqu'il décide d'investir la demeure des Hilliard en s'échappant de prison.
Il ne voit là  que le schéma ennuyeux d'un modèle où l'homme se ferait servir par sa femme, un endroit lassant loin de la vie tumultueuse qu'il désire. Le film nous démontre qu'il n'en est rien, se révèlent, au fur et à mesure que l'action progresse, la douceur et l'amour qui relient les membres de cette famille : celui qui lie Dan (Frederic March) à son épouse, Ellie (Martha Scott), et l'amour qu'ils portent à leurs enfants.
Mais il faut un révélateur, un drame, pour que cette vérité surgisse, pour que l'affection et la nature profonde des individus émergent à la surface.
C'est après ce drame que l'abnégation et le courage de l'épouse éclatent, la force pour le père, la bravoure pour le fils, la fille. Le couple se renforce et les enfants ont grandi.
Cette vérité est invisible pour Griffin mais pas pour son jeune frère qui la voit et mesure la distance qui le sépare de ce monde, c'est une des beautés du scénario que de développer cette relation.

Wyler filme de main de maître ce huis-clos sans jamais appauvrir le cadre, la mise en scène fait évoluer les personnages de manière à ce que l'espace soit utilisé avec brio.

Bogart disait qu'il était trop vieux pour jouer les truands, je trouve, au contraire, qu'il donne à ce personnage les traits adéquats, un homme dépassé par ce qu'il voit, un homme qui n'est pas à sa place dans ce décor. Frederic March est excellent dans un rôle qui devait être tenu par Spencer Tracy. Arthur Kennedy, Gig Young, Ray Collins et Ray Teal sont de la partie, pour le dernier que j'aime beaucoup, un regret : il apparaît trop souvent de 3/4 arrière laissant aveugle son visage sympathique.

Garbo Talks / A la recherche de Garbo (1984) Sidney Lumet


Gilbert (Ron Silver) est à peu près le seul être normal de la faune qui évolue dans ce film. Il est surtout vampirisé par sa mère, Estelle (Anne Bancroft), excentrique au plus haut degré et activiste de toutes les causes, la dénonciation de l'injustice sous toutes ses formes est l'air qu'elle respire. Ceci étant traité sous l'angle de la comédie, les répliques et le personnage qu'incarne Bancroft sont un vrai bonheur, on rit souvent devant son numéro.
Sa petite particularité, comme si celles énoncées ci-dessus ne suffisaient pas, est sa passion pour Greta Garbo, son fils ne s'appelle pas Gilbert pour rien,  ce qui la rend d'autant plus attachante. Lorsque la maladie survient, qu'il ne lui reste plus que quelques mois à vivre, clouée à l'hôpital, elle veut voir Garbo. Son fils part à sa recherche...

Les extravagances d'Estelle (la scène des ouvriers du bâtiment notamment), de Jane (Catherine Hicks), sa collègue de travail sont hilarantes mais le film ne se contente pas de cela.
La quête de Garbo, si nous aimons l'actrice, est prenante, nous avons, nous aussi, envie de l'apercevoir et comment ne pas comprendre cet attachement à un monde faits de rêves, un monde en noir et blanc, fictif mais réel.

Lumet filme un New-York loin des fantasmes, une ville où les gens travaillent, sont en pyjamas à la maison (Carrie Fisher en négligé...), une ville qui conserve tout de même, et c'est la beauté du personnage de Bancroft, sa part de rêve, c'est ce qu'elle transmet à son fils, cette respiration particulière qui fait d'un être un individu entier, vraiment normal.